‹ Traité complet d'ophthalmologie (volume 2)Chapitre 38 sur 147 · BLESSURES DE L'IRIS · texte numérisé non relu

BLESSURES DE L'IRIS

l'iris a été détaché par un traumatisme quelconque. On a observé ce genre de lésion presque exclusivement sur des yeux dans lesquels le cristallin s'était déplacé ou s'était notablement réduit dans ses diamètres, de façon que l'iris n'y trouvât plus son point d'appui normal.

Ces divers genres de lésions ont été plus fréquemment observés pendant la guerre, alors que le choc sur l'œil de balles lancées par ricochet pouvait aisément produire ces accidents {Colin) (1).

Dans les cas relatés on a généralement constaté le renversement partiel de l'iris comme comprenant toute la largeur de la membrane. De môme que M. Samelson (2) nous avons aussi pu observer un cas de renversement incomplet et partiel de l'iris.

Il s'agissait d'un militaire âgé de trente ans, qui présentait la faculté de faire passer spontanément dans la chambre antérieure I droite le cristallin correspondant. Celui-ci, complètement transparent, mais réduit de volume, se trouvait couché horizontalement dans l'œil, et son bord inférieur, devenu antérieur, ne s'était pas sensiblement déplacé. Lorsque le malade penchait la tête, ce bord s'engageait dans la pupille, pour se loger dans la partie la plus déclive de la chambre antérieure. Dans ce moment, le cristallin, se relevant, sa face antérieure s'appliquait à la face postérieure de la cornée. Si maintenant le malade renversait la tête en arrière, le cristallin se couchait sur l'iris dont l'ouverture pupillaire était moyennement dilatée, et pour qu'il retombât dans le fond de l'œil, il fallait que son bord supérieur glissât, par un mouvement de bascule, sur la moitié inférieure de l'iris en refoulant et en distendant la pupille. Un examen attentif nous a permis déjuger que la dilatation permanente de la pupille, plus prononcée en bas qu'en haut, résultait d'un renversement du bord libre de presque toute la moitié inférieure de l'iris. Aussi l'inspection attentive montrait que tandis que la partie supérieure de la pupille laissait voir nettement sa dentelure d'uvée, la pupille était garnie en bas par un bord émoussé que formait l'iris renversé; en outre en observant le dessin de l'iris et la largeur comprise jusqu'au bord de la cornée il était permis de conclure que le renversement occnpait à peu près la moitié de la largeur de l'iris.

Ce renversement de l'iris peut être suivi de visu pendant certaines opérations de pupilles artificielles (3) qu'on fait à tort dans les cas de luxation? du cristallin où l'iritomie doit toujours remplacer l'excision de l'iris. Si en pareil cas on ne saisit pas prestement l'iris avant que le corps vitré ait pu passer au devant, celui-ci renverse l'iris en arrière et il devient impossible de le saisir. Dans un cas heureux, on peut avoir la bonne fortune que ce renversement soit assez complet pour remplacer la pupille que l'excision aurait donnée. J'ai va des cas semblables où l'on aurait juré sans inspection attentive que rien d'anormal ne s'était présenté et n'avait empêché cette excision; du reste, comme l'observation suivante le prouve, ces accidents se chargent aussi de produire de fort belles pupilles artificielles.

La figure 83 représente l'œil d'un enfant de douze ans qui, neuf mois avant de venir à la clinique, avait été atteint à l'œil droit par un morceau de bois. Il n'existe aucune trace de cicatrice et les parents affirment que, tout

(1) Schussverletmngen des Auges Erlangen, 1872, p. 16.

(2) Brit, med. Journal 28 septembre 1872.

(3) Voyez le travail de M. Passauer (Arc/i. f. Ophihalm., t. XIX, 2, p. 315.

en ayant paru gonflé pendant quelques jours, l'œil n'a présenté ni écoulement de sang, ni autre phénomène particulier. On a appliqué un bandeau pendant quelques jours sans faire d'autre traitement, et ce n'est que quantî les parents apprirent que cet œil n'y voyait plus, qu'ils se décidèrent à venir à Paris. Comme l'indique la figure, on croirait qu'on a pratiqué une pupille artificielle très périphérique en dehors et en bas, mais on s'aperçoil bientôt que l'iris est simplement replié sur lui-même, que le cercle interne (A) cesse à l'endroit où deux plis de l'iris (BB) se dessineni; assez nettement, et qu'il est impossible de découvrir la moindre trace des procès ciliaires. Lecristallin (C) mobile est tout à fait transparent, il est luxé en dedans et un peu en bas. Son bord externe a été légèrement transporté en arrière ; on remarque sur ce bord comme l'empreinte de la zonule indiquée par une série de petits traits parallèles. L'ophthalmoscope ne révèle que quelques.

FiG. 83.

plaques pigmentaires foncées, très nettement circonscrites autour de la lâche jaune (ancienne apoplexie ?) V = §5- On n'obtient aucune amélioration avec les verres.

L'arrachement d'une portion de l'iris ne peut que compliquer le traumatisme avec ouverture de la chambre antérieure. Lorsqu'on en voit relater des observations (1) sans blessure externe, il faut faire ses réserves et songer à la possibilité d'un renversement de l'iris avec large flocon de sang attaché au corps ciliaire près de la partie renversée.

Notre attention a été tenue en éveil tout particulièrement dans le but de conformer la fréquence relative des déchirures des membranes profondes simultanément avec l'irido-dialyse et le renversement. Fréquemment ces lésions traumatiques de la partie antérieure du tractus uvéal ne sont pas compliquées de déchirure des membranes plus profondément situées (choroïde, rétine).

La présence d'un corps étranger dans l'iris est bien plus dangereuse pour cet organe que les blessures que nous venons de passer en revue. En eff'et, l'irritation continue qu'il provoque amène facilement une inflammation suppurative si ce corps étranger renferme des éléments infectants. Il est exceptionnel qu'un corps étranger non oxydable reste libre dans la chambre

(1) Voy. Dohmen, Traumatiches Iris-Coloboma u. Ruptur des Retinia (Klin. MoiiatsbL, 1867, p. 160).

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