‹ Traité complet d'ophthalmologie (volume 2)Chapitre 46 sur 147 · CHANGEMENTS DE CHAMBRE ANTÉRIEURE · texte numérisé non relu

CHANGEMENTS DE CHAMBRE ANTÉRIEURE

Il semble que cette curieuse anomalie soit encore plus fréquente dans un âge peu avancé, et que, par conséquent, les vestiges de la membrane pupillaire tendent à disparaître à une époque ultérieure ; du moins quelques observations viennent appuyer cette supposition. On rencontre pourtant encore assez fréquemment la persistance d'un cordon pupillaire s'implantant simplement ou par ramification sur le grand cercle de l'iris. Ces cordons se distendent fortement lorsqu'on emploie l'atropine, au contraire ils se plissent en de nombreuses ondulations lorsqu'on fait usage de l'ésérine. Quoiqu'on n'ait pas encore fait l'examen microscopique de pareils cas, il est à présumer que ces cordons observés sur des sujets âgés doivent leur persistance à une organisation histologique parfaite et à une vascularisation garanlissant leur nutrition.

Il ne faut pas songer à traiter cette affection, car elle n'amène presque jamais l'occlusion de la pupille. Pourtant j'ai proposé l'iridectomie des portion^ centrales d'une pupille fermée par une membrane pupillaire persistante chez une jeune fille de dix-huit ans (nièce d'un confrère), car chez elle la pupille se trouvait exceptionnellement presque entièrement fermée par une membrane bleuâtre, mobile sur la cristalloïde et de même couleur que l'iris. Le contraste qu'offrait cet œil présentant une coloration bleu blanchâtre uniforme avec l'autre muni de sa pupille noire et largement dilatée constituait une difformité très choquante.

ARTICLE IX

CHANGEMENTS DANS LA CONFORMATION ET LE CONTENU DE LA CHAMBRE ANTÉRIEURE

La description des maladies de l'iris doit être complétée par une énumération des diverses altérations du contenu de la chambre antérieure qui s'opèrent pendant ou après l'évolution des différentes maladies du tractus uvéal.

A. La configuration de la chambre antérieure montre déjà à l'état normal des variations notables, variations qui sont bien moins en rapport avec des différences dans le rayon de courbure de la cornée, mais dépendent surtout de la position et de la conformation du cristallin sur lequel se trouve exactement appliquée la plus grande partie de la surface postérieure de l'iris. En général, la profondeur de la chambre antérieure diminue avec l'âge, tandis que la distance qui sépare la capsule de la face postérieure de la cornée varie chez l'adulte de 1 millimètre à 11/2 millimètre et demi, elle mesure à peine 1 millimètre chez le vieillard dont la forme du cristallin reste plus ou moins constante. Il en est de même chez le nouveau-né, ce qui tient à ce qu'il a le cristallin plus bombé.

Selon la réfringence des milieux de l'œil, la profondeur de la chambre antérieure présente aussi des variations : ainsi Ico myopes, chez lesquels l'axe optique offre une longueur anomale et qui n'usent que faiblement de leur pouvoir accommodateur, ont la chambre antérieure profonde, tandis que le contraire se présente chez des hypermétropes forcés de bomber leur cristallin sous l'effort accommodateur et chez lesquels Taxe optique est court.

On observe une diminution anomale et très notable de la chambre antérieure, lorsque le plan de l'iris qui se trouve attaché par son bord libre au cristallin, est refoulé par des exsudations vers la cornée. Il peut alors arriver que les parties périphériques de ce diaphragme membraneux, par un contact prolongé avec la cornée, s'y attachent et y forment dessynéchies antérieures multiples, qui réduisent la chambre antérieure à un petit espace infundibuliforme situé cenlralement. Une diminution notable de cette cavité s'observe encore après une iritis chronique ou une irido-choroïdite, si le tissu de l'iris et des parties antérieures de la choroïde (le cercle ciliaire) s'atrophie, et si la sécrétion de l'humeur aqueuse ne se fait qu'imparfaitement.

Le diamètre antéro-postérieur de la chambre antérieure se réduit aussi considérablement, lorsque, par suite d'une augmentation survenue dans la pression intra-oculaire, le cristallin est repoussé vers la cornée (glaucome). Nous avons vu que, dans l'iritis séreuse (lymphangite oculaire), la chambre antérieure gagne beaucoup en profondeur. Mais dès qu'il survient une hypersécrétion notable de sérosité en arrière du cristallin, la pression que l'iris et le cristallin subissent l'emporte bientôt sur la tension de la chambre antérieure. Le cristallin se porte en avant, et, l'excès d'humeur aqueuse sécrétée s'éliminant, la chambre antérieure diminue de capacité.

Il en est de même lorsque le cristallin s'opacifie, que ses parties corticales se ramollissent et sont le siège d'un gonflement qui se dissipe quand la cataracte a persisté quelque temps et quand le liquide que renfermait la capsule a disparu : cela permet, lorsque la maladie s'est développée à des époques différentes sur les deux yeux, de discerner quel œil a été le premier cataracté, en se guidant sur la capacité des chambres antérieures. A une époque peu avancée le gonflement cataracteux, tout en réduisant la chambre antérieure, se révèle de préférence par le plus ou moins grand degré de myopie qu'il produit.

On peut encore observer une réduction notable de cette cavité dans les cas où l'organisme perd, dans un espace de temps relativement court, de grandes quantités de liquide, comme dans le choléra (Buisson), ou comme on l'a vu dans les expériences de Magendie sur l'inanition. La tension oculaire ne paraît pourtant pas sensiblement se modifier en pareil cas (de Graefe) (1).

L'espace qui sépare la cornée du cristallin disparaît aussitôt que l'humeur aqueuse s'échappe et qu'il s'établit une fistule cornéenne.

(1) Archiv fur Ophthalmologie, t] VII,2, p. 198,

CHAMBRE ANTÉRIEURE. 385

La chambre antérieure gagne notablement en profondeur dans tous les cas où survient une distension des [parties antérieures du globe oculaire (hydrophthalmie)^ lorsque le cristallin se trouve déplacé, etc.

On a attribué les changements que nous venons de signaler à des variations dans la sécrétion de l'humeur aqueuse. Ainsi, il est certain que ce n'est pas l'iris seul qui le produit, car une iridérémie artificielle ne parvient pas à faire disparaître la chambre antérieure. La cornée, presque dépourvue de vaisseaux, ne participe pas à celte sécrétion, mais il est bien plus naturel de considérer les procès ciliaires, si riches en plexus vasculaires, comme l'origine principale de ce liquide, ce qu'ont confirmé les expériences de M. Deutschmann.

B. Les modifications du contenu de la chambre antérieure peuvent résulter d'inflammations, d'épanchements de cause traumatique, ou de la présence d'un corps étranger.

L'hypopyon occupe ici une des premières places, et il faut en distinguer trois formes, d'après l'origine de la collection morbide. Ainsi, il peut provenir d'une inflammation de la cornée, de l'iris ou des parties antérieures de la choroïde, en particulier des procès ciliaires.

L'hypopyon survenu à la suite d'une inflammation de la cornée peut résulter simplement d'une accumulation de pus qui s'est fait jour dans la chambre antérieure, comme nous l'avons vu à propos des abcès de la cornée; mais il se rencontre bien plus souvent sans qu'il y ait eu perforation, et alors il a pour cause une immigration cellulaire provenant des mêmes vaisseaux qui contribuent à la nutrition cornéenne et d'où émanent les cellules qui constituent l'abcès. Les expériences de M. Strohmeyer (1) ont prouvé que la couche cellulaire delà membrane de Descemet ne participe pas, ainsi que nous le supposions autrefois, à cette collection de pus. L'accumulation des leucocytes peut alors s'effectuer avec une extrême rapidité. Ils s'accumulent dans l'humeur aqueuse, et se déposent dans la partie la plus déclive de la chambre antérieure. En même temps qu'émigrent ces différentes cellules, et sous l'influence de l'irritation inflammatoire des parties voisines de la cornée malade, une exsudation fibrineuse peut s'effectuer à la superficie de la membrane de Descemet. La fibrine épanchée dans le contenu de la chambre antérieure se coagule et emprisonne un nombre variable d'éléments cellulaires.

Le chemin que prennent les cellules lymphoïdes qui constituent l'hypopyon peut être différent.

1" Les cellules peuvent être passées par la cornée même, ou tomber à travers le tissu trabéculaire péricornéen au moment de faire invasion pour se collectionner en abcès dans la cornée. Il est inadmissible qu'avec une intégrité parfaite de l'épithélium cornéen du pus traverse cette membrane

(1) Archiv.f. Ophthalm, t. XIX, 2, p. 35.

DE WECKER ET LANDOLI.

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