VAISSEAUX DU CORPS VITHÉ
rendue possible par une conservation parfaite de sa transparence ; il ne peut être nullement question de la vascularisation d'un corps vitré désorganisé. Nous ne mentionnons pas non plus les formations de vaisseaux sur des membranes affectant la forme de tente qui^ à la suite d'bémorrhagies, s'élèvent de la papille dans le corps vitré (voy. p. 55G).
Ce que M. Manz a décrit comme rétinite proliférante, et que nous croyons devoir rapporter à des épanchements organisés dans le corps vitré, venus de l'espace intervaginal et de la papille, a, comme je l'avais décrit dans ma Monographie (Graefe-Saemisch), principalement fourni l'occasion d'étudier des vaisseaux de nouvelle formation dans le €orps vitré. Ce sont donc les parties postérieure et centrale du corps vitré qui sont le siège de pareilles désorganisations; les rencontre-t-on sur les côtés, près de la rétine? le doute d'une confusion avec un détachement partiel de la rétine reste toujours présent à l'esprit, et cela d'autant plus qu'un défaut de transparence parfaite rend l'inspection de l'œil difficultueuse.
Au point de vue clinique, il est important de constater que nous n'assistons pas à la formation de nouveaux vaisseaux dans le corps vitré sans que l'œil soit passé pas des processus inflammatoires tumultueux, et sans une profonde désorganisation de ce milieu devenu le siège d'une formation de tissu cellulaire qui l'a en partie incomplètement remplacé.
Une variété assez curieuse de vascularité du corps vitré consiste dans la persistance de Vartère hyaloïde. Celle-ci, comme on le sait, traverse, pendant la vie fœtale, la partie médiane du corps vitré, gagne la fossette hyaloïde et forme, entre le corps vitré et le cristallin, un réseau qui embrasse la cristalloïde postérieure. Des mailles périphériques de ce réseau partent de lins rameaux qui se recourbent sur la cristalloïde antérieure pour se joindre à la membrane capsulo-pupillaire, tandis que d'autres se portent vers la zonule deZiim. Ce n'est qu'à la fin de la vie fœtale que ces vaisseaux s'oblij tèrent, à partir de la membrane pupillaire, et le dernier qui disparaisse est j l'artère hyaloïde. Chez le veau et le poulain, cette artère s'observe même encore un certain temps après la naissance.
M. Meissner(l) est le premier qui, dans ses recherches anatomo-palhologiques, ait constaté, sur i'homnle, la persistance de l'artère hyaloïde. Après lui, feu H. Mûller (2) a décrit avec beaucoup de soin cette disposition chez le bœuf, et il attribue au même phénomène le petit bulbe blanchâtre qu'il avait, à plusieurs reprises, observé chez l'homme, près de l'artère centrale, au point où elle se recourbe sur la rétine. Il supposait d'ailleurs, en se basant sur ses recherches anatomo - pathologiques , que l'artère hyaloïde persistante deviendrait un jour l'objet d'une description ophthalmoscopiqne.
(1) Arch. fur Ophthalmologie, t. VII, A. 2, p. 92. (t) Zeilschrift fur rat. Medicin, p. 1857, p. 562.
568 DE WECKER. — MALADIES DU CORPS VITUÉ.
Quelque temps après, M. Saemisch (1) confirmait celte opinion, en apercevant une artère hyaloïde sur un œil qui, d'ailleurs, ne présentait d'autre particularité qu'un certain degré d'hypermétropie. L'artère en question était représentée par un cordon opaque, entouré d'un second contour faiblement grisâtre, et était tendue entre la papille et le pôle postérieur du cristallin,
A la même époque, M. Zehender (2) relata une observation analogue. Dans ce cas, le cordon était très faiblement tendu et présentait des mouvements ondulatoires (liquéfaction du corps vitré?). L'éclairage oblique montrait manifestement une coloration rouge dans la partie de ce cordon accessible à ce mode d'examen.
Des faits analogues ont été rapportés, plus tard, par MM. Toussaint, Slœr, Mooren , etc. Nous avons publié une observation où l'artère persistante coexistait avec une cataracte luxée, probablement elle-même congénitale. Celte observation rappelle que de Ammon (3) rapportait la formation de certaines cataractes polaires postérieures, congénitales, à l'oblitération prématurée de celle artère si importante pour la nutrition du cristallin pendant la vie fœtale.
Il s'agissait d'un œil droit sur lequel le ci istallin cataracté se trouvait luxé en haut et en dehors de façon qu'il était à l'état de contraction de la pupille presque complètement soustrait au regard. Dans la pupille artificiellement dilatée, on observe autour du cristallin des dépôts irréguliers d'une coloration blanche intense, probablement constitués par des masses calcaires. Ces opacités sont adossées à une membrane translucide qui, occupant la majeure partie du champ pupillaire, présente une solution de continuité ovoïde, par laquelle il est très facile d'apercevoir le fond de l'œil avec toute sa netteté. Celui-ci n'offre à l'examen qu'une particularité remarquable, à savoir, un cordon rectiligne qui, partant du point d'émergence des vaisseaux de la papille, se porte directement en avant, en haut et en dehors pour se perdre derrière les masses blanchâtres susdécrites. Ce cordon, que nous regardons comme le vestige de l'artère hyaloïde, présente à son origine, au niveau de la papille, environ le calibre de l'artère centrale, mais il augmente d'épaisseur à mesure qu'il approche du cristallin, et, dans le point où on le perd de vue, son diamètre a doublé. L'éclairage latéral ne permet pas de voir au voisinage de celte terminaison Ja moindre coloration rougeâtre et l'on n'y constate qu'un seul contour. Pendant les mouvements de l'œil, ce cordon ne se déplace en aucune manière et reste fortement tendu. Ce cas a été observé sur une jeune femme de vingt-cinq ans, en traitement pour un larmoiement, et qui, dès son enfance, ne voyait avec cet œil que pour se conduire {Ann. (rOcuL, t. LUI, p. 65).
L'observation rapportée du service de M. Panas prouve (4) que dans un cas analogue, où le cristallin avec organisation antérieure de Tarière hyaloïdienne persistante était resté en place, cette disposition a pu donner lieu
(1) Archiv fur Ophthalm., t. il, A. 2, p. 65.
(2) Klinische Monalsblàtter, 1863, p. 258.
(3) Klin. Darstellungen, t. III, p. 57. f i) Persistance de Varière hyaloïde et de la membrane pupillaire ayant déterminé des
altérations inlra-oculaires, simulant cliniquement un néoplasme, par G. Vasseaux [Arch. d'Ophthalm., 1883).
VAlSSt:AUX DU COPiPS VITHÉ.
à la confusion avec un gliome de la rétine et exposer à enlever un œil absolument inoffensif pour le porteur.
Il est encore intéressant à noter que l'on a vu concorder la persistance partielle de l'artère hyaloïdienne avec la rélinite pigmentaire congénitale (Ulrich).
Rarement on aura occasion, comme dans le cas de M. Unterharnscheidt(l), de voir une artère hyaloïdienne persistante se déchirer à la suite de la distension que subit un œil atteint de myopie progressive, ce qui est bien la • reuve la plus éclatante de l'allongement progressif de l'axe antéro-postérieur de l'œil en pareil cas. Du reste,. le nombre de cas de persistance de l'artère centrale, est déjà si important que nous ne la notons que lorsque sa concordance avec d'autres altérations fixe l'attention, ou que son excessive épaisseur frappe comme dans le cas de M. Eversbusch (2).
Ce qui doit nous intéresser au point de vue clinique, c'est que non seulement le vaisseau central peut disparaître en ne laissant persister, comme nous le verrons tout à l'heure, (|ue le canal qui lui livrait passage, mais qu'il peut, comme dans le cas si curieux de M. Unterharnscheidt, s'opérer une déchirure intra-oculaire d'une artère hyaloïdienne ayant anomalement persisté. De cette manière nous ne rencontrons sur le nouveau-né que les résidus exsangues attachés à la cristalloïde postérieure, où ils simulent une cataracte polaire postérieure, et une sorte d'appendice filamenteux ou en champignon sur la papille qui, lui, peut charrier encore dans son intérieur un filet sanguin.
C'est là le seul cas où dans un corps vitré absolument sain, on peut voir s'agiter au-devant de la papille un appendice vasculaire; toutes les fois que l'on a rencontré des vaisseaux multiples à l'entour de la papille comme dans les observations de de Jaeger et Coccius, ils se trouvaient imbriqués dans des amas de tissu cellulaire ou dans des membranes s'élevant en tente dans l'intérieur de l'œil, et ils devaient leur origine à des épanchements intervaginaux du nerf optique, le plus souvent de nature hémorrhagique. A leur formation, ni la rétine dont les éléments ont été dilacérés ou dissociés^ ni le corps vitré qui a été refoulé en avant, iront pris une part active.
1 Qu'on veuille bien se méfier des observations qui relatent la procidence I latérale de membranes vascularisées dans l'intérieur de l'œil (Coccius, 0. Becker, de Graefe) et se rappeler combien, même pour les observateurs les mieux doués, la confusion avec un décollement partiel de la rétine est possible lorsque l'exploration de l'œil est rendue difficile à cause d'un trouble de ses milieux, particulièrement du corps vitré lui-même. Que, dans des conditions anormales d'inflammations tumultueuses de l'œil, le corps vitré
(1) Klin. Monalshl, t. XX, p. 449.
(2) Klin. anat. Beitraege zur Embryologie u. Tératologie des Glaskoerpers (Mitheilun~ gen ans der Koenigl. Universitdts-Augenklinih in 3Iûnchen, Leipzig, in-8\ p. 35).
puisse revenir sur lui-même, se vasculariser, ou que les produits morbides qui l'ont refoulé en avant et latéralement se vascularisent, rien de surprenant et les examens histologiques ne laissent plus persister à cet égard le moindre doute (voy. Beck (1), Schweigger (2) et Pagenstecher (3)); mais comme l'a aussi démontré, dans ses expériences, 0. C. Weber (4), il faut pour que l'œil se désorganise à ce point qu'il parcoure des phases prolongées d'inflammation.
La part que prend ici directement le corps vitré à la formation des vaisseaux sera toujours difficile à déterminer, car les masses vascularisées, dont les vaisseaux se trouvent en contact direct avec ceux de la rétine désorganisée, ont refoulé le plus souvent le corps vitré au point de le faire disparaître parfois presque en totalité.
Lorsqu'autrefois on enlevait encore les staphylômes de la cornée sans suturer la plaie, on pouvait assister à la formation des vaisseaux sur la hernie du corps vitré que laissait passer la plaie. Celui-ci se recouvrait d'une couche de leucocytes qui s'épaississait vers les bords de la plaie, la garnissait peu à peu de bourgeons, provenant de cete couche de plus en plus condensée vers ia périphérie. En se servant de l'éclairage oblique et en grossissant au moyen d'une loupe de Brucke, on apercevait bientôt dans ces bourgeons un léger filet sanguin, le nouveau tissu cellulaire qui se formait et se canalisait (G. 0. Weber (5) répandant peu à peu sur toute la surface du corps vitré mis à jour ses anastomoses multiples.
Nous devons ici faire encore mention de la persistance congénitale, non d'un vaisseau, mais du canal qui pendant la vie intra-utérine a livré passage à l'artère hyaloïdienne.
La persistance du canal de Cloquet a été signalée par M. Flarer (6) et nous (7). M. Manz a donné un dessin (8), grossi, représentant la préparation d'un canal hyaloïdien persistant entouré du canal de Cloquet. Cette préparation a été recueillie, sur une jeune fille de vingt-quatre ans qui pendant la vie ne pouvait être soumise à l'examen ophthalmoscopique à cause d'un leucome très étendu de cet œil ; « un manteau cylindrique et transparent entoure le vaisseau (partant d'un appendice conique de la papille). Cette ^înveloppe parcourt à peu près la partie centrale du corps vitré et s'insère par un disque à contour net et de forme ovalaire à la capsule postérieure u[i peu au-dessous de son centre ».
Dans le cas de M. Flarer, on observa simultanément avec le cordon Irans-
(1) Zeiischrift fur Ophthalmologie, t. IV, p. 99.
(2) Archiv f. Ophthalm., t. II, 2, p. 227.
(3) Ibid., t. III, 2, p. 92.
(i) Arcliiv f. path. Anatomie, t. XVI, p. iiO. (5) Archiv f. Ophthalm., loc. cit.
<6) Rendiconto clinico, 1870, p. 20.
(7) Traité des maladies du fond de Vœil, 1870, p. 18.
(8) Graefe. Saemisch, t. II, p. 98.