‹ Traité complet d'ophthalmologie (volume 2)Chapitre 74 sur 147 · VAISSEAUX DU COUPS VITRÉ · texte numérisé non relu

VAISSEAUX DU COUPS VITRÉ

parent qui traversait le corps vitré une persistance partielle de la membrane pupillaire, tandis que la persistance isolée du canal se trouve relatée dans l'observation suivante :

M. Barbier, âgé de cinquanle-ciiiq ans, employé de commerce, ne fut soumis que par hasard à l'examen ophthalmoscopique lors d'une visite qu'il avait faite à la clinique pour accompagner sa femme. 11 nous avait prié de contrôler ses lunettes. A l'aspect extérieur, les yeux ne montraient rien de particulier, ils sont hypermétropes ('H 2.i2.^)) et présentent V = 2/3. A rophthalmoscope on voit sur les deux yeux un cordon noii àtre qui traverse le corps vitré et se dirige du pôle postérieur du cristallin vers la papille du nerf optique. Ce cordon a des deux côtés une insertion circulaire à la cristalloïde postérieure, est courbé en S et flotte manifestement pendant les mouvements des yeux. Le corps vitré est parfaitement libre d'opacités et le fond de l'œil tout à fait normal, sauf l'insertion du cordon sus-mentionné. Si l'on examine après dilatation de la pupille et à l'image droite, tout en ayant soin de faire varier son accommodation pour des profondeurs différentes, on reconnaît que le cordon qui traverse le corps vitré possède une épaisseur égale et qu'il offre partout la largeur d'une première branche de l'artère centrale. Pendant cette exploration il se montre parfaitement transparent et muni d'un contour très délicat, mais très distinct. Sa transparence ressort surtout lorsqu'on s'adapte pour les couches postérieures du corps vitré et que le cordon en question se trouve placé devant la section jaune rougeâtre clair du nerf optique. Il semble alors que le corps vitré est traversé par un tube de verre tordu et très mince. Au contraire si la ligne visuelle de l'observateur concorde d'avantage avec l'axe du cordon et si l'œil s'adapte en même temps pour les couches antérieures du corps vitré, on reçoit l'impression d'un ruban noirâtre aplati. Lorsqu'on s'adapte pour la papille, le cordon qui traverse le corps vitré gagne alors tellement en transparence qu'il faut une accommodation des plus exactes et une observation très attentive pour se convaincre que ce cordon transparent s'insère des deux côtés près de la branche descendante interne de l'artère centrale, entre elle et le tronc veineux, où il se perd dans une excavation physiologique reflet très éclatant. A l'image renversée et même avec le secours d'un fort grossissement (-[- 4 (-f- 9) il ne m'est pas possible, à l'ophthalmoscope fixe, de démontrer d'une façon satisfaisante à mes élèves la connection de ce cordon avec le nerf optique, tellement il était transparent dans ses parties postérieures. Du reste, à l'éclairage oblique on pouvait aussi se convaincre qu'une pareille transparence existait pour les parties antérieures. Pendant cet examen, l'insertion du cordon ne se révélait que par une augmentation du reflet de la capsule postérieure et le cordon ne dénotait sa présence même après dilatation complète de la pupille, que sous forme d'un filet étroit et indistinct, qui ne se montrait que pendant les mouvements de l'œil ; il réflétait la lumière comme la capsule postérieure, mais moins qu'elle et se soustrayait au regard à une courte distance du cristallin.

Depuis la publication de cette observation, j'ai eu occasion de rencontrer deux autres cas : l'un concerne une femme de quarante-cinq ans observée en 1872, mais chez laquelle la présence de nombreuses opacités fines du corps vitré résultant d'une chorio-rélinite spécifique rend l'examen très difficile. A mesure que la malade se guérit (restant dix ans en observation), on put se rendre compte qu'il s'agissait en réalité d'un canal qui traversait le corps vitre, canal qui ne contenait aucun vaisseau. L'autre observation concernant une jeune femme est absolument concordante avec l'observation relatée plus haut.

Les rares observations qu'on a pu recueillir jusqu'à présent (1) montrent

(1) Voy. Bayer (Fr.), Ueber den sichtbaren CloqueVschen Canal imAuqe iPraq. Zeitsch. f. Ileilk., t. IV, I, p. 4.9). Trois cas. .v \

que la persistance du canal se rencontre constamment sur les deux yeux, tandis que jusqu'ici on n'a observé généralement la persistance de l'artère hyaloïde que sur un seul œil (le cas de M. Knipp fait exception).

Jusqu'à présent on n'a pas parlé d'altérations du canal de Stilling qui le rendent visible, à l'exception des épanchements sanguins provenant des gaines du nerf optique et sur lesquels nous aurons à revenir.

ARTICLE V

CORPS ÉTRANGERS ET ENTOZOAIRES DE l'HUMEUR VITRÉE

Les corps étrangers qu'on rencontre le plus fréquemment dans Thumeur vitrée sont des éclats métalliques (des morceaux de capsule), des grains de plotnb et des fragments de pierre.

D'après les recherches de M. Berlin (1), le corps étranger n'est pas parvenu de prime aborda l'endroit où nous le trouvons à l'examen ophthalmoscopique pratiqué après l'accident, mais il a été projeté par ricochet de la surface postérieure du globe oculaire. Nous trouvons donc un double trajet creusé dans la substance gélatineuse du corps vitré. De plus, il faut prendre en considération le poids du corps vulnérant qui, lorsqu'il est quelque peu accusé, l'entraîne dans les parties déclives du segment inférieur de l'œil. En dernier lieu, il ne faut pas oublier que des secousses violentes imprimées soit au globe oculaire directement, soit indirectement, peuvent faire changer de position un corps étranger, et cela à tel point qu'on a vu des grains de plomb quitter leur poche où ils s'étaient enkystés pour se porter en avant et en bas, faisant renaître tous les phénomènes irritatifs de la blessure première.

Le degré de force de pénétration, la position du malade pendant l'accident, la manière dont il s'est comporté après, modifieront tellement le lieu d'emplacement réservé au corps étranger, qu'il n'y a guère d'utilité pratique à vouloir établir des règles générales, car il se peut qu'on voie, comme j'ai eu occasion de l'observer, qu'un grain de plomb reste suspendu dans le milieu du corps vitré, retenu dans une sorte de filet à ballon que lui ont fourni les traînées de tissu cellulaire résultant du processus de l'enkystement.

Ce qui doit nous intéresser infiniment plus, c'est quel est le degré d'irritation que présentera l'œil suivant la nature chimique du corps vulnérant, question que de Ammon (:2) avait déjà effleurée, mais que Lebert a soumise à une expérimentation et à une analyse chimique des plus inté-

(1) Journ. de Chir. u. Augeschelk., t. XVII, H. 3, 1830.

(2) Arcliiv f. Ophthalm., t. XXVIII, 2, p. 153 et p. 237, 1882.

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