‹ Traité complet d'ophthalmologie (volume 2)Chapitre 78 sur 147 · ENTOZOAIRES DE L'HUMEUR VITRÉE · texte numérisé non relu

ENTOZOAIRES DE L'HUMEUR VITRÉE

n'avons noté que 2 cas; la proportion est, en France, comparativement à l'Allemagne, de 1 à 50 000 malades. Il en paraît être à peu près ainsi pour l'Autriche, car M. Mauthner(l) a déclaré n'avoir observé sur 30000 malades aucun cas. Il est donc bien naturel qu'on se soit beaucoup plus occupé de cette affection et de son traitement en Allemagne que chez nous.

La première observation de la présence d'un corps vésiculaire dans les milieux postérieurs de l'œil a été rapportée par M. Coccius(2), et publiée deux années après la découverte de l'ophthalmoscope. Il est plus que probable qu'il s'agissait de la présence d'un cysticerque, quoique le nom n'en fût pas prononcé. Une année après (1854), de Graefe décrivit le premier cas, et depuis cette époque le nombre des observations s'est multiplié à un tel point en Allemagne qu'il ne paraît guère profitable d'en dresser le tableau numérique. Ce qui serait autrement pratique, ce serait que nos confrères d'Allemagne voulussent bien nous renseigner sur le degré de conservation définitif (après plusieurs années) des yeux qui ont passé par l'extraction de l'entozoaire avec conservation immédiate de la vision.

Nous nous arrêtons pas aux les détails de structure du cysticerque, connus de tous (voy. du reste, p. 390, fjg. 91 et 92), et nous nous contentons d'insister sur la proportion numérique des cysticerques qu'on rencontre libres dans le corps vitré, et de ceux qui séjournent sous la rétine. D'après de Graefe, cette proportion serait de 1 à 2. En outre, on ne rencontre que fort exceptionnellement, comme dans le cas de M. Otto Becker et dans la nécropsie de M. Alfr. Graefe, deux cysticerques à la fois dans l'intérieur de l'œil.

Au point de vue clinique, il importe surtout d'établir nettement le diagnostic différentiel entre la présence de cet entozoaire et celui d'un décollement partiel de la rétine, ou des paquets d'opacités agglomérées dans le corps vitré. Les difficultés ne surgiront donc que lorsque l'inspection de l'œil sera rendue difficile par la présence d'un trouble des milieux, tandis qu'un cysticerque se mouvant dans un milieu absolument transparent ne pourra guère être confondu avec aucune autre altération morbide.

La forme d'un cysticerque parfaitement mobile est absolument sphérique, et cela à un tel point que, même lorsque la vésicule (le malade tenant la tête droite et immobile) se met en contact avec les parties déclives de l'œil, on ne saurait guère songer à un décollement partiel de la rétine. Veut-on alors dissiper tout doute? on n'a qu'à renverser la tête du patient en arrière, la tenir immobile pendant quelque temps, pour pouvoir se rendre compte du déplacement de la vésicule et de la possibilité d'éclairer la partie du fond de l'œil sur laquelle elle reposait auparavant. Donc, même en l'absence de la constatation des détails anatomiques de l'animalcule, cette mobilité du corps vésiculaire absolument sphérique suffirait pour le diagnostic.

Bien entendu, tout doute se dissipe lorsque, en explorant directement

(1) Lelirboiich der Ophthalmoscopie., p. 461. (;2) Voy. la Bibliographie.

pareille vésicule, on peut tout d'abord apercevoir un reflet brillant mal délimité qui occupe une partie du corps sphérique, et lorsque, en s'adaptaiU bien pour cette partie claire, on la voit s'effder en un prolongement en museau qui, à mesure qu'il sort du corps vésiculaire, laisse distinctement apercevoir la lête carrée, poussée distinctement en dehors, une Ibis qu'une assez grande partie du cou a sailli du corps de l'animal. Ainsi étendu, on voit que le cou se trouve étranglé près de son point d'insertion au corps. A ce moment, on aperçoit aussi fréquemment des mouvements de rotation de la tête, dont les appendices en crochets (rostellum) ressortent par saccades. En outre, on peut voir la tête exécuter un mouvement manifeste de rotation autour du cou grêle de l'animal, celui-ci lui donnant un mouvement d'oscillation d'un côté à l'autre, pendant qu'il meut ses suçoirs, ballottement assez excursif pour que le cou vienne de temps à autre s'accoler au corps, pour s'en dégager alors et prendre une direction recliligne.

Ces mouvements sont parfois incessants, tandis qu'à d'autres moments j'ai vu la tête et le cou pendre d'une manière tellement flasque du corps, que l'on aurait pu croire qu'il s'agissait d'un entozoaire trépassé. Ces investigations sont surtout facilitées lorsque l'animalcule repose dans un milieu absolument transparent et tout près de la surface postérieure du cristallin, et que les nombreux filaments opaques qui se développent par suite de sa présence n'entravent pas la liberté de ses mouvements. C'est sur pareil animalcule fraîchement immigré dans un milieu sain qu'on aperçoit ainsi aisément sur la vésicule de petites taches arrondies ou un tacheté en points qui rappellent à s'y méprendre les dépôts cellulaires de la membrane de Descemet dans les cas de lymphangite oculaire, taches qu'on retrouve aussi quelquefois sur des membranes étendues du corps vitré dans certaines inflammations chroniques de la choroïde. Peut-être s'agit-il ici, comme le pense M. Liebreich, de dépôts provenant des mouvements de succion de l'animal?

Un des symptômes les plus précieux pour le diagnostic est de pouvoir constater la mobilité de ce corps vésiculaire, symptôme qui est surtout important lorsque par la position de l'entozoaire l'observation, en ce qui concerne la présence du cou et de la tête, est rendue impossible. Il est bien entendu qu'il faut savoir ici différencier entre mouvement propre et mouvement imprimé par déplacement de la tête ou de l'œil du patient. On fera bien pour cette étude de laisser regarder fixement le malade en bas, en tenant le plus possible immobile son œil, de manière qu'un petit segment de la vésicule émerge dans le champ de la pupille éclairé à l'ophthalmoscope. On constate alors comment ce segment se comporte pendant une immobilité parfaite du patient, comparativement à un point voisin de la pupille, du globe oculaire ou des paupières. Bientôt il sera aisé de se rendre compte, en pareil cas, que ce segment exécute un mouvement ondulatoire, ou par saccades, de façon qu'une portion plus volumineuse jaillit dans le champ éclairé de l'observation.

Il est moins aisé de contrôler cette mobilité en fixant la vésicule dans sa totalité ; pourtant en s'adaptant bien pour les taches en pointillé des préci-

ENTOZOAIRES DE L'HUMEUll VITRÉE.

pités sus-mentionnés, on peut apercevoir un mouvement ondulatoire des parois de la vésicule, mouvement semblable au déplacement péristaltique et que M. Otto Becker a décrit avec force détails. Même avec la plus parfaite limpidité des milieux, on n'aperçoit pas toujours un scintillement des parties progressivement propulsées et rétractées, produit par l'éclairage de grains calcaires sur la paroi vésiculaire.

Souvent on constate, indépendamment de ces particularités propres à l'animalcule, des altérations dans le fond de l'œil résultant de son intrusion dans l'organe visuel. Ainsi on rencontre parfois une plaque blanchâtre brillante ressemblant à un foyer exsudatif récent et (lui se rapporte au passage de l'animalcule à travers la rétine. A l'entour de cette plaque jaune, bleuâtre, se voient quelquefois des taches pigmentaires foncées, que l'on rapporte aux tentatives de perforations préalablement faites (Otto Becker). Il ne sera guère possible de soumettre l'endroit qui a livré passage au cysticerque à une exploration minutieuse, parce qu'en général ce point se trouve recouvert d'une opacité composée de couches opaques du corps vitré superposées les unes aux autres. Il m'a paru, dans un cas, que ce foyer se trouvait contourné par une membrane frangée (la rétine déchirée). Ce qui est infiniment plus aiséà constater, c'est qu'il se trouve tout prés du passage du scolex une partie décollée de la rétine; dans d'autres cas, on voit des opacités filamenteuses suivre en quelque sorte l'animalcule vers le point où il a pris de nouveau domicile.

Quant à ce qui concerne les dimensions du cysticerque, elles sont difficiles à indiquer à cause de l'emplacement variable qu'occupe l'animalcule. Se trouve-t-il à proximité de la surface postérieure du cristallin nageant librement dans le corps vitré? il nous parait à peine avec son col allongé, atteindre, comme dimensions, le diamètre pupillaire; au contiaire, occupe-t-il les régions équatoriales, fixé par les filaments sus-mentionnés? il nous produit l'effet d'avoir un volume quadruple de celui du diamètre pupillaire.

Le séjour prolongé des cysticerques provoque, dans la majorité des cas, des phénomènes propres à la présence d'un corps étranger non aseptique (voy. p. 573). lise forme progressivement des opacités du corps vitré de plus en plus nombreuses qui contournent le scolex et finissent par le soustraire entièrement à l'observation; c'est à ce moment que la vue baisse d'une manière marquée et brusque par suite d'un décollement étendu de la rétine. Ce n'est que dans des cas tout à fait exceptionnels que l'animalcule, probablement, incomplètement dégagé dès le début de la rétine, finit par s'enkyster en permettant la conservation d'une faible portion de la vision. Au contraire, le plus souvent après décollement, plus ou moins complet de la rétine, il se développe une irido-choroïdite traînante qui se termine par une phthisie de l'œil. Cette irido-choroïdite peut être interrompue par des poussées glau- I comateuses, et lorsqu'elle affecte plus ou moins le caractère de la lymphan- I gite, elle est susceptible de se compliquer d'une irritation sympathique par propagation de cette lymphangite sur l'autre œil, et cela à un moment où le cysticerque a déjà passé par les phases régressives de l'infarctation calcaire.

DE WEGKER.—

Ces diverses évolutions ont habituellement lieu dans l'espace de quelques mois, et il faut regarder comme absolument insolite le fait relaté par M. Teale, où le scolex, pendant deux ans, n'a guère produit d'altérations bien marquées, laissant supposer que son séjour remontant à une époque bien antérieure à la diminution de la vision se rapportait à l'enfance. Il est de règle que les symptômes qui entraînent la perte de la vision avec phthisie plus ou moins prononcée du globe oculaire, se développent dans le courant de l'année.

Il est, par ce qui précède, nettement indiqué d'intervenir par une opération pour débarrasser l'œil de cet hôte dangereux, et cette indication se pose avec d'autant plus d'urgence que l'on assiste au début de l'invasion, et que les désordres produits n'ont encore guère diminué sensiblement la vision. Ce qu'il ne faut pas se cacher, c'est que plus on opère à une période où le corps vitré a souffert dans sa nutrition, moins on a de chances d'arrêter ces désordres dans leur marche progressive, même après en avoir supprimé la cause première. En second lieu, on diminue de moins en moins les chances de la conservation de l'œil comme organe visuel, si par un manque de précision dans la localisation du siège de l'animalcule, et par suite du choix d'un emplacement exact de la section, on est contraint d'aller avec des instruments à traction chercher le scolex dans l'intérieur de l'œil, et de contribuer alors aux désordres nutritifs du corps vitré.

Ce qu'il ne faut pas perdre de vue, c'est que l'extraction du cysticerque ne peut s'effectuer que par une section plus ou moins étendue de la sclérotique, avec issue plus ou moins abondante du corps vitré, conditions des plus fâcheuses pour l'avenir d'un organe qu'on veut conserver. Aussi doit-on forcément distinguer entre le résultat médiat de l'opération et celui qu'on constatera deux ou trois ans après l'opération, époque où la rétraction cicatricielle de la plaie scléroticale a pu produire tous ses effets fâcheux, comme traction sur les parties avoisinantes de la rétine et du corps vitré. Il résulte de cela qu'on doit autant que possible éviter les incisions sclérales étendues, et ne les pratiquer que très restreintes après avoir pu, avec une précision rigoureuse, déterminer le lieu d'élection.

Les opérations diffèrent sensiblement suivant qu'on a affaire à un scolex fixé sous la rétine, ou attaché à la membrane nerveuse par des fdaments et membranes du corps vitré. S'agit-il d'un cysticerque sous-rétinien, alors qu'il est, par son emplacement, accessible à l'intervention chirurgicale ? nous préférons l'attaquer par la ponction galvanique. Cet évidement de la vésicule avec le fil de platine rougi à travers la sclérotique me paraîtrait moins blessant que l'incision qui doit livrer passage à l'animalcule dont laprésence à l'état de cadavre ne saurait présenter d'inconvénient, comme le prouvent les enkystements du cysticerque. Nous donnerions encore la préférence à ce genre de ponction toutes les fois que l'animalcule serait retenu fixé en un point aisément accessible au fil incandescent. S'agit-il d'une extraction? il faudra alors suivre les données d'un confrère

ENTOZOAIRES DE L'HUMEUR VITKÉE. 583 qui, comme M. Alf. Graefe, a pour ces genres d'opérations une expérience consommée.

Les mérites que ce confrère a acquis dans ce genre d'opération, sont qu'il choisit une section méridionale exécutable, même pour les parasites occupant une partie dans le fond le plus reculé de l'œil et qu'il précise avant l'opération au moyen de son ophthalmoscope à localisation (1), exactement l'emplacement de sa section. Si le cysticerque se trouve en un point assez voisin du nerf optique, cette méthode devient, à cause du point de repère que nous donne l'entrée du nerf optique, déjà plus ou moins superflue, mais il n'en est plus ainsi lorsqu'il siège dans les parties équatoriales. Ici l'emplacement de la section doit au besoin, après le résultat donné par l'exploration à l'ophthalmoscope à orientation et localisation, être fixé par un pointillé fait au moyen d'un tatouage (Foerster). On se prépare alors librement la sclérotique, la dégageant de conjonctive et de tissu sous-conjonctival, et on pratique une incision méridionale mesurant habituellement 8 millimètres, section qu'on ferait avec d'autant plus de lenteur qu'on se serait proposé d'extraire un cysticerque sous-rétinien, ne voulant pas ouvrir la chambre postérieure et donner lieu à un écoulement du corps vitré.

M. Alf. Graefe indique avoir obtenu, par une pareille incision nette et propre, dans seize cas une conservation parfaite de l'œil et de la vision; mais il si-

(1) L'ophthalmoscope à orientation, ou ophthalmoscope à localisation, est construit d'après les principes suivants : « Autour d'un miroir concave sphérique de 9" de foyer ayant une ouverture un peu plus grande (de 1,50"' de diamètre à peu près) se trouve ajusté un cadran gradué composé d'un étroit arc en métal. Ce cadran est ajusté de manière qu'il puisse tourner librement autour du miroir, ayant pour centre de rotation l'ouverture de l'ophthalmoscope. Le rayon possède une longueur de 12", en rapport avec la distance qu'occupe l'observateur, l'examen étant bien entendu toujours fait à l'image renversée en s'aidant d'un

fort verre convexe ^+ ^Y/l ^ 9) ' ^® ^^^^^ manière, si l'observateur se tient pendant

la durée de l'examen le plus exactement possible à 12" de distance de l'œil, la périphérie du globe oculaire ainsi que l'arc périmétrique mobile autour de ro[)hthalmoscope occupent une position à peu près concentrique. Pendant qu'il est possible de lire sur le bord de l'ophthalmoscope (gradué à cet effet) chaque excursion faite avec le périmètre, il existe sur l'arc même, comme point de mire pour l'œil examiné, une petite boule d'un blanc éclatant, ou mieux encore pour exciter davantage la fixation centrale, une lettre alphabétique. On précède alors de la façon suivante : après s'être quelque peu orienté sur la position du foyer à explorer et après avoir placé tout d'abord son propre œil ainsi que celui à observer vis-à-vis l'un de l'autre, on s'elîorce, pendant qu'observé et observateur conservent exactement la position initiale de leur tête, que l'œil observé, en fixant constamment le point de mire mobile sur l'arc périmétrique, soit conduit par un déplacement du point de mire et une rotation successive de l'arc, dans une direction secondaire telle que le foyer mobile avance dans le centre du champ visuel de l'observation. Il est alors possible de lire immédiatement sur le bord du miroir sa position par rapport au méridien et sur l'arc périmétrique exactement son éloignement linéaire du pôle antérieur respectivement au bord cornéen. Dans le cas où pour ce genre d'examen la rotation de l'axe visuel (qui, comme on le sait, se mesure en dedans et en dehors à peu près par un angle de 40 degrés en haut, et en bas par un angle de 35 et 50 degrés) serait épuisée avant que le foyer mobile, occupant une région assez rapprochée de l'équateur, soit rentré dans le champ de l'observateur, on sera obligé de donner à l'œil, par une direction appropriée de la tête, une position telle que le point initial de la rotation du cadran ne soit plus 0, mais suivant le cas à explorer, 10, 20 degrés, etc. (Cet ophthalmoscope à localisation se trouve chez M. Nockler, à Halles). »

5S4 DE WECKEK. — MALADIES DU COUPS VITUÉ.

gnale aussi qu'en pareil cas la détermination du siège de l'animalcule était possible, tandis que, lorsqu'il se trouve absolument libre dans le corps vitré, se déplaçant à mesure que le malade change de position comme œil ou tête, les conditions deviennent même mauvaises pour l'opérateur le plus expérimenté dans ce genre d'opération.

En dépit des nombreux et brillants résultats signalés par notre confrère de Halle, il n'en reste pas moins vrai, ainsi que l'annonce le professeur Cohn (1), que depuis une série d'années le silence s'est peu à peu fait dans la littérature sur ce genre d'opération qui avait excité à un si haut degré la curiosité des confrères. Probablement ceux qui, comme nous, ont pu se renseigner sur le résultat définitif d'une pareille opération l'ont trouvé, comparativement au résultat immédiat qu'on livre habituellement à la publicité, peu encourageant pour se décider, soit à de nouvelles opérations, soit à une publication trop hâtive de celles qu'on a exécutées.

Le cas que nous relatons concerne la seconde extraction de cysticerque faite en France (2), opération dont le nombre ne s'est accru que de quelques rares cas depuis.

M. Roussel, âgé de vingt-deux ans, sergent, se présenta, recommandé par le docteur André de Nancy, au commencement du mois de décembre 1875, à ma clinique, se plaignant que depuis six mois la vue de son œil gauche avait considérablement baissé. Ce jeune homme, natif des environs de Nancy, jouissant d'une excellente santé, accuse comme

raison de la diminution de sa vue = — ^ les travaux assidus auxquels il avait été astreint. L'examen ophthalmoscopique montre la présence d'opacités nombreuses du corps vitré, principalement dans ses couches postérieures; en dehors, près de la macula, se voit un foyer de quatre diamètres papillaires d'étendue, de couleur jaunâtre, réfléchissant fortement la lumière, foyer auquel sont attachées des opacités floconneuses, à contour indécis. Entre la papille et ce foyer, que voilent en partie les opacités, existe un dé;;ollement circonscrit de la rétine. En bas, et en dedans, on constate la présence d'une vésicule transparente, bleuâtre, qu'on reconnaît de suite être un cysticerque, quoiqu'on n'arrive que rarement à en apercevoir la tête dirigée en bas et un peu en arrière. Le cysticerque ne se déplace, avec les mouvements de l'œil et les changements de position de la tête du malade, que fort peu. Vu cet emplacement fixe de l'animalcule, je me crus autorisé à en opérer la ponction au moyen d'un couteau de deCraefe très étroit (I millimètre). A cet effet, je m'éclairai le fond de l'œil avec un miroir fixé sur le front, et je pénétrai du côté opposé à la place occupée par le scolex en dirigeant l'instrument à 1 centimètre de distance du bord de la cornée de haut en bas et de dehors en dedans, après avoir préalablement tiré l'œil avec la pince à fixation fortement en bas et en dedans. Il fut aisé de suivre les mouvements de l'instrument dans l'intérieur de l'œil, et de se rendre compte qu'au moment même où la pointe effleurait la vésicule, elle exécutait un déplacement par saccades rapides en haut et en dedans. Je fus forcé de renoncer, voyant que je poussais l'animalcule devant la pointe du couteau sans l'atteindre, et que je devais craindre, en insistant, de voir filer le long de mon couteau une partie du corps vitré très liquéfié. Cette tentative opératoire n'entraîna guère d'irritation de l'œil, et celui-ci, huit jours après, ne présentait plus la moindre rougeur. On constata, les premiers jours après la ponction, les changements suivants à l'ophthalmoscope. L'animalcule était bien plus libre dans ses mouvements, et

(1) Breslaaer aerzt. Zeitschrift, n°^ 23 et 24, 1881.

(2) La première extraction fut faite avec mon assistance par Siebel fils, le 12 décembre 1871 (voy. Gaz. hehd.j 11 janv. 1872); la seconde extraction d'un cysticerque visuel par moi, le 6 janvier 1876.

ENTOZOAIUES DE L'HUMEUR VITUÉE.

changeait de position à chaque déplacement de l'œil et de la tète. Le cou, ainsi que la tête du cysticerque, n'étaient que fort rarement rentrés; le cou se trouvait raide, la tête souvent agitée par des mouvements très rapides. Par contre, la vésicule était absolument immobile, ce qui me frappait d'autant plus qu'elle avait montré avant l'opération des contractions très apparentes. Je me berçai tout d'abord de l'espoir que la manière si différente dont se comportait l'animalcule indiquait sa lin prochaine; mais je vis que l'irritation du corps vitré augmentait rapidement, que des filaments enlaçaient l'animalcule en le fixant entre l'équateur et la zonule en haut et en dedans, que le décollement de la rétine allait en augmentant, et qu'en temporisant, toute perception lumineuse finirait par disparaître. Gomme il s'agissait ici essentiellement de conserver la forme du globe oculaire, compromise par un séjour plus prolongé du scolex, je me décidai à l'extraire. On dénuda, au-dessous du cysticerque, entre l'insertion des droit interne et droit supérieur, la sclérotique, et l'on fit, avec le couteau dedeGraefe, une section méridionale de G millimètres. Comme en arrière, les couches les plus profondes de la sclérotique n'avaient pas été atteintes, on compléta l'incision avec de fins ciseaux droits. J'avais espéré que, la section terminée, le corps vitré liquéfié se projetterait au dehors entraînant le cysticerque; mais ■ il n'en fut pas ainsi, seule une partie du corps vitré opacifié fit hernie dans la plaie, et je fus forcé d'extraire l'animalcule en introduisant des pinces qui ne le saisirent pas les premières fois, quoique avant chaque nouvelle introduction de la pince je me fusse renseigné exactement sur l'emplacement du scolex, et que j'eusse acquis la certitude qu'il s'était, par suite de l'introduction du couteau, déplacé en haut et en dehors, et davantage en arrière. A la grande surprise des médecins qui assistaient à fopération, le corps vitré ne s'échappa qu'en très petite quantité, et l'œil n'était nullement affaissé après l'extraction; il me fut facile déformer la plaie en passant une fine suture à travers les couches les plus superficielles de la sclérotique. Je pus, avant de placer le bandeau, constater, avec le miroir, que la partie inféro-externe de la rétine était décollée et poussée en avant. La guérison s'opéra avec une simplicité tout à fait remarquable; ni douleurs, ni sécrétion conjonctivale; à peine si le troisième jour on put constater un léger gonllcmcnt du tiers interne de la paupière supérieure. L'œil ne rougit que fort peu, de manière qu'on n'enleva que le dixième jour la suture. Le malade porta le bandeau pendant quatorze jours, occupa rigoureusement le décubitus pendant huit jours, espérant, en agissant ainsi, voir rétrograder une partie du décollement de la rétine. En réalité, la vision augmenta aussi un peu, de manière que lorsque le malade quitta, quatorze jours après son opération, la clinique, il distinguait d'une manière peu précise, il est vrai, les doigts [)lacés en bas et en dehors. Un léger gonflement du tissu conjonctival, au-dessus de la cicatrice sclérale, était tout ce que présenta d'anormal, à l'extérieur, cet œil. L'ophthalmoscope montra, à part le décollement sus-mentionné, un épais cordon blanchâtre de tissu cicatriciel indiquant le chemin qu'avaient pris les pinces dans ce milieu. Dans les premiers temps, je m'étais flatté que l'opération avait parfaitement atteint son but, en arrêtant les désordres que le cysticerque avait produits dans l'intérieur de l'œil, et qu'ainsi au moins la forme de l'organe ne souffrirait pas, et que le jeune homme pourrait continuer sa carrière militaire. Il n'en fut pas ainsi; revoyant le malade dix-huit mois après son opération, je constatai qu'une cataracte molle était en train de se développer, que toute perception lumineuse avait disparu, et qu'un ramollissement des plus accusés laissait redouter que cette plithisie essentielle ne se transformât peu à peu en phthisie réelle.

Pami d'autres entozoaires observés dans l'œil humain, nous avons à mentionner la filaire {Filaria spiralis), observée seulement dans un nombre excessivement restreint de cas. M. Quadri (1) est le premier qui fit au congrès de Bruxelles en 1857, une communication sur la filaire, qu'il observa avec l'helminthologue, le professeur Délie Chiage, chez une femme âgée de trente ans; cette malade se plaignait d'avoir dans l'œil gauche un corps filiforme agité de mouvements constants. Après avoir dilaté la pupille, on vit dans

(1) Compte rendu du Congrès ophtham. de Bruxelles, par M. Warlomont, Paris, 1858, p. 153.

586 DE WECKEll. — MALADIES DU GOPiPS VITRÉ.

le corps vitré un filament long- de six lignes, large d'une dizaine de lignes, dont l'une des extrémités était un peu élargie, tandis que l'opposée se trouvait effilée. Ce filament, interprété comme entozoaire, s'entortillait assez souvent de diverses façons.

M. Fano (1), de son côté, avait aussi observé chez un jeune garçon de douze ans, qui se plaignait de mal voir de l'œil droit, une Filaria spiralis. Ce corps, observé profondément en arrière de la pupille (où?), fut soumis à une mensuration bien caractéristique pour la précision de pareille observation. «En considérant l'étendue du diamètre vertical de la pupille dilatée (1 centimètre), et les rapports d'une des extrémités du fil avec le nerf optique, l'autre avec le bord inférieur de la pupille, on peut en estimer la longueur à 7 millimètres. » Go corps filiforme aurait, pendant un repos absolu de l'œil et de l'enfant tout entier, parcouru à diverses reprises le champ pupillaire éclairé; une des extrémités était légèrement renflée et un peu étranglée vers les parties amincies. L'extrémité postérieure adhérait au nerf opti> que, et ce petit corps exécutait pendant l'exploration les excursions suivantes: un mouvement de rotation autour du point qui semblait adhérent et des mouvements d'inflexion selon la longueur du filament lui-même. Il est bien probable qu'il s'agissait tout simplement d'une artère hyaloïdienne persistante.

M. Mauthner (2) dit, dans son Manuel d'ophthalmoscopie : « Moi aussi j'ai vu une fois dans un corps vitré parfaitement transparent d'un homme de quarante ans un corps libre et mobile, quoique non doué de mouvements propres, que j'envisage sans hésiter comme une filaire peut-être morte. »

Je crois qu'actuellement on y mettra un peu plus d'hésitation, et cela pour les raisons suivantes : d'une part, parce qu'on sait que les cas d'artères ou de canaux hyaloïdiens persistants ne sont nullement aussi rares qu'on le supposait autrefois, et, d'autre part, parce qu'il est connu (voy. p. 569) qu'à mesure que Tœil se distend physiologiquement ou par suite d'une myopie progressive, les extrémités de ces formations congénitales peuvent se déchirer ou détacher, et que la présence d'un corps filiforme dans la vitrina se trouve ainsi fort naturellement expliquée.

Il paraît que l'on rencontre assez fréquemment cet entozoaire chez le cheval, et Sichel père (3) dit l'avoir fréquemment vu dans la chambre antérieure des chevaux-

ARTICLE VI

DÉCOLLEMENT DU CORPS YITRÉ, DÉCOLLEMENT HYALOÏDIEN

On conçoit quelle importance acquiert, dans la description de la maladie que nous allons décrire, la définition exacte de l'enveloppe du corps vitré.

(1) Union méd., 1868, n" 31.

(2) Lehrbuch di der Ophthalmoscopie, p. 461.

(3) Compte rendu du congrès de Bruxelles, p. 155.

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