DÉCOLLEMENT DU COUPS VITRÉ
Pour ceux qui, comme nous, regardent avec Schwalbe (voy. p. 518), en se basant sur des considérations embryologiques, la membrane hyaloïdienne comme appartenant au corps vitré, nous ne désignerons comme véritable décollement du corps vitré que les détachements plus ou moins complets de l'hyaloïde par l'interposition d'un liquide ou d'une masse solide entre la rétine et la membrane hyaline; autrement dit le décollement hyaloïdien seul représente pour nous le décollement du corps vitré, tandis que pour ceux qui pensent que la membrane hyaloïde représente la membrane limitante interne de la rétine, ce genre de détachement répondra à un décollement partiel de la rétine par déchirure.
D'autre part, nous ne pouvons pas regarder certaines formes de soi-disant décollements qu'Iwanoff a décrits comme ne se différenciant en rien anatomiquement d'une liquéfaction circonscrite du corps vitré avec condensation des parties avoisinantes de la vitrina. C'est H. Mûller (1) qui parle le premier d'un décollement hyaloïdien, « qui est, sous bien des rapports, analogue au décollement de la rétine ». Iwanoff (2) dislingue, au contraire, sans bien les préciser, le décollement hyaloïdien et le décollement du corps vitré, distinction qu'il est utile de supprimer au point de vue clinique, en conservant seulement le terme de décollement hyaloïdien comme équivalent à celui de détachement du corps vitré. Chaque fois que l'hyaloïde est restée attachée aux membranes enveloppantes, même lorsqu'une grande partie de liquide sera sus-jacente à la rétine et le corps vitré nettement délimité par des masses condensées et rétractées, on fera bien mieux, au point de vue clinique, de se tenir aux expressions de liquéfaction, de condensation et de rétraction du corps vitré.
Le véritable décollement du corps vitré, c'est-à-dire le décollement hyaloïdien, s'observe chaque fois que brusquement une partie du contenu s'échappe de la coque oculaire en changeant ainsi tout à coup les conditions normales de tension et de circulation intra-oculaire. Il est, pour établir ces changements, indifférent que ce soit une grande partie de l'humeur aqueuse, le cristallin ou une partie du corps vitré qui quitte l'œil. A ce moment un vide ne pouvant se faire, et la coque rigide de l'œil ne comblant pas par son plissement la perte du contenu oculaire, il se produit une exsudation abondante de sérosité qui s'étale au-devant des vastes troncs vasculaires, entre la margo limitans rétinienne et l'hyaloïde qu'elle soulève. C'est au-devant des vaisseaux rétiniens, qui participent activement à cette transsudation, que s'accumule le liquide, et non derrière la membrane nerveuse, comme on le pensait autrefois; aussi ne se produit-il pas un décollement rétinien, mais bien hyaloïdien.
(1) Situmgshericht lier phijs. med. Gesellsch. in Wûrzb. 1856, et Arch. f. Ophthalni., t. XV, 2, p. 3.
(2) Arch. f. Ophthalm.; t. XV, 2, p. 54, et Compte rendu du congrès de Paris, par Giraud-Teulon ei Wecker, Paris, 18G8.
DE WEGKER. —
'Ce fait pathologique a la plus grande importance pour le clinicien, il lui révèle pourquoi des pertes brusques d'une partie du contenu de l'œil ne sont pas accompagnées, mais suivies de décollement de la rétine, et, par suite, d'une perte de la vision; il nous donne l'explication de ce redoutable accident survenant longtemps après une opération de cataracte exécutée avec brusquerie ou suivie de perte du corps vitré. Aussi ce fait sera-t-il une des raisons principales qui empêcheront l'extraction du cristallin dans sa capsule d'entrer dans le domaine de la pratique courante; car si Iwanoff dit, dans son remarquable travail : « Autrefois on ne craignait la perte du corps vitré qu'à cause de ses complications médiates », il ignorait ce que j'avais publié deux années auparavant comme contre-indication de l'extraction du cristallin dans sa capsule : (( La lésion du corps vitré fait courir à l'organe opéré des dangers sérieux à une époque où les autres procédés par extraction, n'ayant pas intéressé ce milieu, ont cessé d'exercer une influence nuisible. »
Le décollement hyaloïdien, qui doit forcément se produire lorsqu'on entame la partie postérieure de l'œil en laissant échapper brusquement une partie du corps vitré, est une des principales raisons qui empêchent d'attaquer le globe oculaire de ce côté pour l'extraction de corps étrangers. Les suites de pareilles tentatives ne manquent jamais de se révéler sous forme de décollements rétiniens, de troubles nutritifs du cristallin et de phthisie v.ssentielle de l'œil (1).
On comprendra aisément que le véritable décollement hyaloïdien, que même dans les atlas pathologiques on n'a pas suffisamment différencié du refoulement du tissu du corps vitré, de sa membrane enveloppante par une couche plus ou moins épaisse de liquide, doit avoir, au point de vue de l'intégrité de la rétine, de la fixité du cristallin, de la perméabilité plus grande du cercle de filtration de Leber, une toute autre importance que les divers états nutritifs du corps vitré même, qu'on peut désigner comme ramollissement partiel, réiraclion ou détachement partiel du corps vitré. Encore récemment M. Leber a repris la théorie que nous avons émise sur le décollement de la rétine par déchirure et invasion brusque du liquide superposé, en arrière de la membrane lacérée en un point. Il n'est pas bien difficile de comprendre que le détachement progressif de l'hyaloïde avec la rétine laisse en quelque sorte planer au-dessus de la tête du malade une menace permanente de décollement rétinien, tandis que rien d'analogue n'existe lorsque le corps vitré s'est détaché de sa membrane enveloppante ou a subi partiellement un ramollissement plus ou moins considérable.
Iwanoff explique le décollement par suite d'une déchirure de l'hyaloïde simultanément avec la rétine au point (voy. fig. 144, g') où le corps vitré refoulé et condensé adhère avec l'hyaloïde, mais pareille adhérence ne doit pas exister, à moins d'admettre que le décolle-
(1) Il esl vrai qu'on a encore récemment formulé, d'une unique opération de ce genre, l'étrange conclusion suivante : qu'il y avait moyen d'inciser targement la sclérotique et même la rétine sans aucun danger pour l'œil.