IV. — TUMEURS DE LA GLANDE LACRYMALE
Outre une hypertrophie, générale ou partielle, dont l'étude aurait dû être, à la rigueur, placée dans cette rubrique, on a observé dans la glande lacrymale des tumeurs de diflférente nature. M. Schirmer (loc. cit., p. 7) range
(1) Observation L — Par Gluge {Annales (VOculistique, t. XXXIII, p. Ub et Allas der pathologischen Anatomie, liv. XVII, pl. III, fig. 20-22). — Chez un enfant de cinq ans, Florent Cunier enlève, en juillet 1849, une tumeur dont le début remonte à la naissance et qui occupe la région do la glande lacrymale. Elle représente à peu près le volume d'un œuf de poule : l'examen microscopique révèle une hypertrophie du tissu glandulaire et une dilatation énorme des canaux excréteurs.
Observation II. - Par Lebcrt {Traité de M. Desmarres, t. I, p. 266). — M. Chassaignac enlève, en octobre 1851, sur une malade de vingt-six ans, une tumeur occupant la moitié externe de l'orbite et qui avait déplacé l'œil en avant et en dedans. La saillie de cet organe avait été observée six ans auparavant; elle s'était, depuis cette époque, accrue insensiblement, tout en restant complètement indolente. Extirpée, elle mesure 35 millimètres de long sur 2 centimètres de large et environ autant d'épaisseur. La forme de cette tumeur se rapproche beaucoup de celle d'un testicule : extérieurement elle est entourée d'une enveloppe cellulo-fibreuse peu vasculaire. En comprimant une coupe fraîche, dont l'aspect est grenu et la coloration rougeâtre, on obtient de nombreux grumeaux qu'on reconnaît sous le microscope pour des culs-de-sac glandulaires et qui, examinés avec de faibles grossissements, paraissent allongés, lobulés et groupés entre eux.
Observation III. — Par de Rothmund {Klinische Monatshldtlar fur Ophthalmologie, p. i264, 1863). — De Rothmund enlève chez une femme de trente ans, en juin 1862, une tumeur de l'orbite droite qui est arrondie, dure, immobile, recouverte par la paupière supérieure et présentant un diamètre de deux pouces et demi. Le globe de l'œil est completement^luxé sur la pommette, en bas et en dedans, et descend un pouce plus bas que celui du côté opposé II est légèrement aplati et la cornée s'est assez notablement opacifiée, a la suite d'une kératite panneuse, pour que la malade puisse à peine, avec cet œil, compter les doigts à un pied de distance. Il y a cinq ans que la tumeur a paru; au bout d une année, elle avait les dimensions d'un œuf de pigeon ; il y a deux ans, la malade pouvait encore lire de l'œil droit. L'extirpation fut facile et l'œil replacé dans l'orbite. La tumeur mesurait 5 centimètres et demi de longueur sur 5 de largeur. Elle était compacte et la section y montra un contenu gélatineux. Le professeur Buhl constata, au moven du microscope, qu'elle provenait de l'hypertrophie de la glande lacrymale. Après la guérison, la cornée recouvra une partie de sa transparence, et la malade put compter les doigts a quatre pieds de distance.
Des observations analogues ont été relatées par Halpin {Annales d'Oculistique, t. XIX, p. 159; — Andersen {Edinburg monthly Journal of med. science, Annales d'Oculistique, t. XIX, p. 243, 1848); — Fano {Gaz. des Hôp., n» 133, 1862); — Warlomont {Annales d Ocuhstique, t. XLVIII, p. 53, 1862); — Wuth {Bericht der 37. Naturforscher-Versamnilung, 1862); — Letenneur {Gai. des Hôp., n" 147, 1865), etc.
1030 DE WECKER. - MALADIES DES VOIES LACRYMALES, même les hypertrophies dans les adénomes et pense, avec M. 0. Becker {Med. Jahrb., XIIÏ), que la plupart, des tumeurs de la glande lacrymale (tumeur colloïde, sarcome, myome, fungus medullaris, encéphaloïde, squirrhe) doivent être rangées parmi les adénomes. A cet égard, M. Berlm (loc. cit., p. 719) fait la réflexion judicieuse : a que, pour ce qui concerne la manière de voir de Schirmer de regarder les cas de Gluge, Lebert, Busch, Warlomonl, Rothmund, Letenneur , Fano , Savary, Sautereau, Knapp, Mackenzie, Alexandre, Adams, Horner, Mooren, Becker, tous comme pouvant être rangés parmi les tumeurs adénoïdes, je ferai la remarque que Kœster {Virchow's Archiv., XL, p. 468, 1867) a déjà fait observer que le cas de Becker se rapportait à un cylindrome et que cette opmion tut plus tard confirmée par les recherches de Sattler {Ueber die sogen Cylindrome, V. 1, 1874) et Billroth {Chirurgische Khmk, 1879, p. 102) sur la récidive de ce cas. Si donc, d'une part, la désignation de tumeurs adénoïdes n'est pas très concluante et que plusieurs des cas susmentionnés ne concordent pas avec cette désignation, il paraît pourtant être établi que la plupart de ces tumeurs appartiennent en réalité à un type commun : à savoir, celui des cî//md!romes ». ^
Nous avons,comme le dit ailleurs {loc, ciU, p. 7^21) M. Berlm, jusqu a plus ample information, toute raison d'être prudent avec le diagnostic <( d'une tumeur de la glande lacrymale », car, pour la plupart des cas décrits comme tels il reste encore à savoir, en réalité, si le tissu glandulaire propre a pris quelque part à l'évolution de la tumeur même et si ce n'est pas, dans un très grand nombre de cas, le tissu connectif ambiant qui est le point de départ de ces tumeurs, relativement encore trop rares pour qu'on puisse avec toute certitude affirmer qu'il existe tel ou tel genre de tumeurs, naissant de la trame glanduleuse même. C'est donc plutôt dans le but de ne rien omettre que nous énumérons les diverses formes de tumeurs qui suivent. ^ ^
Les fibromes de cette région, d'ailleurs assez rares, n ont pas ete, jusqu'à présent, reconnus comme ayant, d'une manière certame, pris leur origine dans le tissu cellulaire qui fait partie de la glande lacrymale.
Quant aux tumeurs fibro-plastiques de cette glande, peu communes elles-mêmes, c'est surtout à Mackenzie et à Burns que nous devons leur description. Le premier de ces auteurs a décrit une tumeur fibro-plastique de la glande lacrymale, à laquelle il assigne le nom de chloroma a cause de la coloration verdâtre que cette néoplasie présente, mais que, d ailleurs, elle perd par le lavage dans l'eau ou dans l'esprit-de-vin; sur la coupe, cette tumeur se montre uniformément ferme, fibriUaire et pauvre en vaisseaux Elle offre comme caractère essentiel, à l'instar des autres sarcomes, d'envahir, en se développant énormément, les cavités voisines de celle ou elle est née, et de se montrer à la fois dans plusieurs régions, affectant de préférence la dure-mère crânienne. Le chloroma aurait été, suivant quelques auteurs, principalement observé chez des jeunes sujets et se serait rencontré, non seulement dans la cavité orbitaire, en dehors de la glande