‹ Traité complet d'ophthalmologie (volume 3)Chapitre 118 sur 135 · TUMEURS DE LA GLANDE LACRYMALE · texte numérisé non relu

TUMEURS DE LA GLANDE LACRYMALE

lacrymale ; mais encore dans les fosses nasales, la cavité crânienne, etc. (Balfour, Durand-Fardel, King).

Le cas de M. 0. Becker présente surtout un intérêt, parce que l'examen microscopique de ce cylindrome démontre juste la naissance de la tumeur dans le centre de la glande même ; ici la dégénération avait pris son maximum de développement, tandis que, vers la périphérie, il se rencontrait encore des tubes glandulaires parfaitement conservés. Le point de départ de cette tumeur fut trouvé aussi bien dans l'épendyme des tubes glandulaires que dans le tissu ambiant. Ce cas paraît donc donner tort à ceux des auteurs qui se rallieraient à la manière de voir de J.-A. Schinidt {loc. cit., p. 130, 1803), qui depuis fort longtemps a dit : «Je n'ai jamais observé cette maladie de la glande lacrymale comme une alfeclion inhérente à la glande même. Dans tous les cas où la glande fut trouvée dégénérée, squirrheuse ou carcinomateuse, c'étaitou le tissu graisseux de l'orbite qui était carcinomateux,, ouleglobeoculaire lui-même. » Cette réflexion conserve pourtant encore une grande importance, et, si nous devons convenir que le nombre restreint d'observations, recueillies depuis, n'a pas beaucoup démenti l'opinion d'Ad. Schmidt, on comprendra aussi aisément qu'en dehors du cylindrome, on doit retrouver encore, comme soi-disant tumeurs^de la glande, toutes les variétés de tumeurs que nous avons énumérées dans le chapitre des tumeurs orbitaires, et, en réalité, les observations de Knapp, d'Alexandre, d'Adams, de Horner et Ebert, ainsi que de Morin, sont là pour le confirmer.

Les tumeurs cancéreuses ont, en tout cas, fort rarement la glande lacrymale pour siège, et il faut croire que ces néoplasies, développées primitivement dans d'autres parties du contenu de l'orbite, n'ont envahi cette glande que par suite des progrès de leur évolution, dans plusieurs des cas où l'on a regardé cet organe comme étant leur point de départ. Une migration semblable a très certainement été observée par Pamard père (1) pour la forme dite mélanose simple ou bénigne. Plusieurs auteurs nient que la glande lacrymale soit atteinte de cancer; quoi qu'il en soit de cette assertion, elle prouve du moins que cet organe n'est pas, tant s'en faut, le siège de prédilection de ces néoplasies dans l'orbite.

On prétend avoir trouvé dans la glande lacrymale des kystes de dimensions différentes et de contenu variable, sur l'origine desquels les opinions des auteurs ne s'accordent guère. La dilatation cystique d'un conduit excréteur de la glande, connue sous le nom de dacryops, a été décrite à l'occasion des tumeurs des paupières (voy. t. I, p. 124). Nous avons dit, au sujet des kystes folliculaires (t. I, p. 105), que leur siège le plus ordinaire est l'angle supéro-externe du bord orbitaire antérieur, et nous avons ajouté que ] ces kystes ont beaucoup de tendance à s'introduire dans l'orbite. On com- I prend sans peine combien il est naturel de regarder ces kystes comme nés 1 de la glande lacrymale, lorsqu'ils se sont insinués dans l'épaisseur de cet

(1) Annales d'Oculistique, t. XXIX, p. 27.

organe ou lorsqu'ils s'y sont si étroitement juxtaposés qu'ils en ont déter-

ininé l'atrophie, en le comprimant.

Si, dans un cas donné, on avait réellement affaire à un kyste englobé dans la glande lacrymale et contenant lui-même un liquide plus ou moins transparent, on devrait l'attribuer à la rétention du produit normalement sécrété par la glande (kyste par rétention de Virchow), ou rechercher avec beaucoup de soin s'il ne résulterait pas de la présence d'un cysticerque ou d'un échinocoque. Les observations connues d'hydatides siégeant dans l'épaisseur de la glande lacrymale semblent se rapporter principalement à cette dernière espèce d'entozoaires (Ad. Schmidt, Benedict, Dupuytren).

Quoiqu'on ait déjà pu, après l'ouverture de l'hydatide, en extraire une poche ayant, pour l'aspect extérieur, les caractères del'échinocoque (Ad. Schmidt), l'absence de tout examen histologique nous engage à beaucoup de réserve dans l'appréciation de ces faits. Les hydatides de la glande lacrymale se seraient fait remarquer par un développement extrêmement rapide, la production d'un exorbitisme très considérable et des phénomènes de compression des plus alarmants.

En somme, les facilités que l'époque actuelle fournit aux recherches anatomo-pathologiques sont, peut-être, une des raisons pour lesquelles on n'a pas, depuis quelque temps, recueilli d'observations de ce genre; et lorsqu'on songe que Rosas {Handbuch der theor. u. pract. Augenheilkimde Wien, t. II, p. 348, 1830) a consacré dix paragraphes à l'étude de cette maladie exceptionnelle, on est bien en droit de se demander avec quelles affections cet auteur la confondait.

Les symptômes des tumeurs lacrymales se différencient si peu de ceux des tumeurs de l'orbite en général, lorsqu'on les observe après leur entier développement, qu'on n'est généralement à même de poser le diagnostic qu'après leur extirpation. Au début, les signes caractéristiques sont : l'évolution prédominante de la tumeur vers le rebord supéro-externe et le déplacement du globe oculaire en bas et en dedans avec abolition plus ou moins complète de la mobilité en haut et en dehors. Ces tumeurs sont presque toutes très dures à la palpation, lobuleuses, et surplombent le rebord orbitaire, soulevant notablement la queue du sourcil et immobilisant les mouvements de relèvement de la paupière supérieure. La disparition de la saillie, formée par la tumeur, réussit au moyen de la pression jusqu'à un certain degré. Les autres symptômes de compression intra-orbitaire sont identiques à ceux des tumeurs orbitaires en général.

Y. — CORPS ÉTRANGERS DE LA GLANDE LACRYMALE (dACRYOLITHES).

La science ne renferme presque pas d'observations authentiques de corps étrangers logés dans la glande lacrymale ; ce qui s'explique, en partie, par la mobilité et l'élasticité de cet organe, qui peut ainsi fuir devant le corps vulnérant. Larrey père (Clinique chirurgicale,i.l,\f.S%) rapporteun

CORPS ÉTRANGERS DE LA GLANDE LACRYMALE. 103a

fait dans lequel la moitié d'une balle, coupée en deux par l'angle externe du rebord orbitaire gauche, avait pénétré dans la glande. On prétend, en outre^ avoir accidentellement rencontré dans cet organe une espèce de filaire (Filaria lacrymalis, AUessi, Annales iVocul., t. XXIX, p. 58). Les concrétions calcaires, qu'on dit avoir observées dans le tissu de cet organe ou dans ses conduits excréteurs, constituent des faits exceptionnels. La faible proportion des parties solides que contient la sécrétion de la glande lacrymale (un centième environ), explique pourquoi il est si rare de rencontrer ces concrétions dans les conduits excréteurs de cet organe, comparativement aux productions solides que l'on trouve souvent dans divers autres canaux destinés au transport de liquides plus abondamment pourvus de sels (conduits salivaires).

L'analyse chimique de dacryolithes de la glande a démontré qu'ils étaient presque exclusivement composés de phosphate de chaux, qu'ils renfermaient très peu de substances organiques, et que le carbonate de chaux y faisait ordinairement défaut (Fourcroy et Vauquelin). Dans une observation rapportée par Meade (London med. Gaz., t. XV, p. 638, 1835), l'élimination de ces concrétions calcaires, dont vingt-trois s'évacuèrent dans l'espace de trois ou quatre jours, avait été précédée, chez une jeune femme, d'une céphalalgie violente localisée principalement au-dessus de l'œil gauche. Ces calculs semblaient (?) quelquefois sortir du cul-de-sac supérieur dont la conjonctive était fortement irritée. Tous les symptômes inflammatoires se dissipèrent après cette élimination mystérieuse.

Une observation plus précise nous a été transmise par de Walther {Journal f. Chir. et Ophthalm., t. II, 1820). Chez une jeune fille, il survient du larmoiement et du picotement avec photophobie de l'œil gauche. On observe, dans la conjonctive qui recouvre le bord antérieur de la glande^ une petite pierre anguleuse de la grosseur d'un pois qui, sous la pression du doigt, s'écrase en un sable graisseux. Peu de jours après, mêmes phénomènes d'irritation suivis de l'élimination d'un nouveau calcul. Pendant quelque temps, il s'évacua, quotidiennement, de la même manière, deux ou trois de ces concrétions parties du point indiqué plus haut. Peu après, l'autre œil fut pris des mêmes symptômes et la maladie, qui avait mis environ dix semaines à se dissiper complètement, réapparut dix ans plus tard, mais bien moins prononcée.

Laugier et Richelot {Traduction de Mackenzie, Paris, 1844) disent avoir observé un vieux troupier dont l'œil gauche était rouge et larmoyant, comme s'il contenait un corps étranger. En examinant la paupière supérieure après l'avoir relevée, on constata la présence d'un petit point blanc comme de la craie, occupant à peu près un point de la conjonctive situé à trois lignes au-dessus du bord libre et à une petite distance de l'angle externe. Ce point était immobile et dur au toucher, comme on pouvait s'en convaincre en y portant la pointe d'un stylet mousse ou d'une aiguille à cataracte. Quelques tentatives furent faites pour le dégager de l'ouverture de l'un des conduits lacrymaux où il semblait engagé ; mais elles échouèrent, et, comme

1034 DE WEGKER. — MALADIES DES VOIES LACRYiMALES.

les symptômes d'irritation s'étaient dissipés, le malade quitta l'hôpital deux

mois après.

Dans ces derniers temps, on n'a relaté qu'un fait de ce genre, qui se rapporte à l'observation de Williams {Arch. f. Augen- u. Ohrenlieilk., t. I,p. 78).

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