ANÉMIE ET ISCHÉMIE DE LA RÉTINE
De même que pour des états circulatoires essentiellement aptes à favoriser des congestions et hypérémies de la rétine, nous voyons la tension sous laquelle s'opère constamment la circulation intra-oculaire empêcher que ces changements ne retentissent sensiblement sur la quantité de sang amenée dans la coque oculaire, de même on constate que, grâce à l'intervention de cette pression, la circulation intra-oculaire, pour ce qui concerne la rétine, ne subit pas de changements très sensibles lorsque les anémies générales se produisent lentement à la suite de maladies débilitantes et émaciantes. Le meilleur contrôle du reste qu'il en est ainsi nous est fourni par la fonction rétinienne même, qui se trouve instantanément abolie dès qu'une véritable ischémie de la rétine se produit, et cela n'a lieu que lorsque l'afflux
(1) « On constate la transparence des milieux réfringents et l'état normal de la choroïde. Sur les deux tiers inférieurs des disques de la papille (image renversée) existe uue tumeur qui déborde en bas la limite propre de la papille. La grosse tubérosité est en haut; en bas la tumeur se rétrécit brusquement et se continue avec une artère delà réline, artère qui offre le phénomène de double contour. Cette tumeur exécute des mouvements alternatifs de contraction et de dilatation. La coloration rouge de cette tumeur varie suivant l'incidence de la lumière réfléchie par le miroir et suivant le degré de dilatation. Quand la tumeur est affaissée, elle permet de constater une plus grande quantité de la surface papillaire, et alors sa coloration est celle des artères. Quand il y a une dilatation, le centre de la tumeur, plus éclairé que les bords, prend une teinte plus claire que les artères, et les bords une teinte qui se rapproche de celle des veines. La dilatation coïncide avec lu contraction des ventricules du cœur. Les veines de la rétine m'ont paru un peu plus volumineuses qu'à l'état normal, néanmoins elles ne sont pas variqueuses. Les artères de la rétine, autres que celles qui émanment de la tumeur, sont filiformes. Une portion de la rétine qui avoisine la tumeur en bas, présente une teinte vaporeuse que j'attribue à un léger œdème de la rétine. » (Affaiblissement de la vue du côté gauche. Ann. d'oculist., 1865 t. LUI, p. 241.)
(2) Compte rendu du Congrès de Londres, 1872.
(3) Klin. Monaisbl, t. XI II, p. 132.
Arch. de Virclww, t. LX, p. 38.
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du sang s'opère sur une pression telle qu'il ne peut plus vaincre la résistance qu'oppose à l'entrée du sang artériel la tension intra-oculaire, ou qu'une pression directe et exercée sur l'artère centrale de la rétine, ou un obstacle dans le calibre du vaisseau empêche le sang artériel de se rendre à la rétine.
La vue s'obscurcit ainsi instantanément lorsqu'un sujet tombe en défaillance et la tension cardiaque produit par son affaissement à la fois un affaissement de la circulation cérébrale et rétinienne. Il en est de même lorsque dans l'agonie la circulation se ralentit progressivement, le mourant se voit plongé dans les ténèbres avant d'avoir souvent encore perdu conscience. C'est^encore la nuit qui se répand brusquement autour d'un malheureux sujet aux attaques épileptiques et qui lui annonce l'attaque. Le cholérique, dont le cœur et les vaisseaux deviennent impuissants pour charrier un sang trop épaissi, tombe souvent dans la nuit au cours de la période asphyxique de son affection, et pourtant dans cette maladie on peut voir une cyanose déjà excessivement accusée encore coïncider avec une circulation continue de la rétine ou seulement interrompue, produisant le pouls artériel.
Ce dernier fait prouve que l'ischémie se produit pour la rétine de préférence sous une détente assez brusque de la tension circulatoire telle que l'anémie, la syncope, l'agonie, l'attaque épileptiforme ; qu'au contraire le ralentissement de la circulation par la diminution d'innervation des centres circulatoires sous l'influence d'une anémie des plus accusées n'entraîne que très tardivement une ischémie complète de la rétine, qui fonctionne encore tant que la continuité du courant n'est pas interrompue. Ainsi les personnes qui périssent par hérnorrhagies voient jusqu'au moment de perdre connaissance; la défaillance est ici aussi précédée d'une interception dans la continuité que doit présenter la circulation rétinienne pour accomplir sa fonction (Il sera question, à l'occasion de la névrite intra-orbitaire (rétrobulbaire), des cécités instantanées, suite d'hémorrhagies brusques et très abondantes).
Il n'est actuellement plus question de l'ischémie idiopathique dont quelques auteurs, Alf. Graefe (1), Heddeus(2), Rothmund (3), Secondi (4), etc., ont parlé et où ils mettaient sous la dépendance d'une ischémie de la rétine une perte complète et brusque de la vision que l'ophthalmoscope n'expliquait pas, car, la circulation rétinienne persistant, à peine pouvait-on voir une diminution de volume des artères de la rétine qui charriaient le sang d'une façon continue. Ces cas se rapportent à des obstacles circulatoires dans la partie orbitaire du nerf optique, dont il sera ultérieurement question.
C'est au moment où l'intermittence dans la circulation est signalée par le pouls artériel que la fonction rétinienne cesse. Ainsi M. Mauthner a
(1) Arch. f. ophthalm.,t. VIII, 1, p. 143.
(2) Klin. Monatsbl, t. ill,p.285.
(3) IbicL, t. IV, p. 106.
(4) Caso di amaurosi per ischemia délia retina. Torino, in-8, 1866.