‹ Traité complet d'ophthalmologie (volume 3)Chapitre 122 sur 135 · C. Obstruction et oblitération des conduits lacrymaux · texte numérisé non relu

C. Obstruction et oblitération des conduits lacrymaux

La perméabilité des conduits lacrymaux peut se détruire sous l'influence de quatre causes principales qui sont : 1° la déviation de ces canalicules; 2^ le gonflement inflammatoire de la muqueuse qui les tapisse; 3» un travail cicatriciel ; ¥ la présence d'un corps étranger dans leur continuité. . Les points lacrymaux venant à s'oblitérer, nous avons vu que les conduits correspondants peuvent cesser d'être perméables, à partir de leur orifice jusqu'à une certaine distance de ces derniers. On observe encore ce phénomène dans d'autres circonstances; lorsque, par exemple, les paupières changeant rapidement de position, les conduits les accompagnent dans cette déviation. Alors ces canalicules se coudent et leurs parois, comprimées et mises en contact très intime, se soudent d'autant plus facilement entre elles que l'écoulement du liquide par cette voie a complètement cessé. Ce déplacement reconnaît souvent pour point de départ la rétraction d'une cicatrice située au voisinage du conduit et qui a succédé elle-même, tantôt à une brûlure accidentelle, tantôt à une cautérisation énergique, etc.

2" Il est tout naturel que les maladies inflammatoires de la conjonctive gagnent avec beaucoup de facilité la muqueuse des conduits lacrymaux et du sac où ils se jettent. Cette propagation de la phlogose a été constatée, non seulement dans la conjonctivite purulente, mais encore dans l'ophthalmie granuleuse, dont les altérations caractéristiques ont été observées sur la muqueuse du sac largement ouvert (Weber). Il n'y a donc rien de surprenant à ce que les conduits se bouchent durant la période pendant laquelle se produisent le gonflement et l'hypertrophie du corps papillaire de la muqueuse. Si ce gonflement siège principalement sur une partie circonscrite du conduit, au voisinage de son orifice extérieur, il peut y produire de petites ' élevures turgescentes qui se font jour par le point lacrvmal dilaté (Demours Paul, Journ, d'Ophthalm., I, p. 24, 1872). Ces petits bourgeons ont été

mi DE WECKER. - MALADIES DES VOIES LACRYMALES, désignés sous le nom de polypes du conduit (Demours); ils sont, du reste, identiques avec les polypes conjonctivaux qui, on le sait, occupent habituellement le grand angle de l'œil et le voisinage des points lacrymaux

(voy. t. I, p. 413). , , w- .

30 Si dans le cours d'une ophthalmie granuleuse, les granulations ont envahi la muqueuse des conduits, cette membrane peut, lorsque survien la période de cicatrisation, se rétracter et revenir sur elle-même, de manière à déterminer l'oblitération du canalicule dans une étendue variable. Telle est la nature des callosités observées dans les conduits et qui s'opposent si opiniâtrément au rétablissement du cours des larmes. L'oblitération cicatricielle des conduits lacrymaux est quelquefois aussi la conséquence d'une coupure, d'une déchirure ou d'une brûlure. Il n'est pas sans exemple qu'elle se soit produite après un cathétérisme maladroit, ou une injection mal dirigée ces manœuvres ayant donné lieu à la déchirure du canalicule. L'embouchure des conduits dans le sac s'oblitère encore assez souvent à la suite d'une inflammation phlegmoneuse.

40 Quant aux corps étrangers qu'on a trouvés dans les conduits, nous citerons en première ligne des cils, plus souvent observés dans le conduit inférieur que dans son congénère. Ces cils sont pour l'œil une double cause d'irritation; car le poil engagé dans l'un des points lacrymaux exerce contre l'œil des frottements très pénibles, en même temps qu'il empêche Técoulement des larmes et détermine l'épiphora. Il arrive très rarement qu'il entre dans les conduits d'autres corps étrangers; néanmoins on y a vu des fragments d'épi de blé (Monoyer, Gaz. méd. de Strasbourg, n° 10, 1871), des barbes de plume, des cheveux, etc.

Les conduits s'oblitèrent un peu plus fréquemment sous l'influence de concrétions calcaires amassées dans leur canal : c'est principalement Desmarres père (1) qui a appelé l'attention sur la présence de ces concrétions dans ces parties, à une époque où quelques auteurs à peine en avaient fait mention (Gésoin, Sandifort, Syme). Les conduits inférieurs ont été vus, plus souvent que les supérieurs, contenir ces sortes de dacryolithes, qui signalent leur présence par du larmoiement et par une tuméfaction du canalicule, dont l'orifice excréteur est dilaté, rouge et laisse suinter, spontanément ou sous l'effort d'une légère compression, une petite quantité de mucus ou de muco-pus. Ces concrétions sont ordinairement grisâtres, ou jaunâtres, peu denses, et s'écrasent sous le doigt. Elles peuvent acquérir les dimensions 4'un petit pois, et l'on est ordinairement obligé, pour les extraire, d'inciser le conduit qui les contient. Leur peu de consistance s'explique par la proportion de matières albumineuses - 25 pour 100 - et de matières muqueuses C^) — 18 pour 100 — qui entrent dans leur constitution. Elles contiennent, en outre, du carbonate de chaux -48 pour 100 -et des phosphates de chaux et de magnésie — 9 pour 100 (Bouchardat).

(1) Annales cVOculislique, t. VII, p. 149 ; t. VIII, p. 85 et 205, et t. IX, p. 20.

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