DÉPENDANCE DE LA CIRCULATION OCULAIRE DE LA CIRCULATION CÉRÉBRALE
La dépendance de la circulai ion, visible à roplilhalmoscope, telle qu'on voulait l'établir en faisant communiquer directement les vaisseaux de la papille avec ceux qui se répandent dans la cavité crânienne, a déjà été réfutée (voy. p. 243). La cérébro8copie, comprise de telle façon que le miroir éclairerait un appendice du cerveau, devait d'autant moins servir que, partant d'un principe anatomique faux, on joignait à cette étude si scabreuse d'exploration, portant sur des yeux d'enfants indociles et turbulents, une désinvolture étonnante dans l'interprétation de ce qu'on avait vu ou prétendait avoir vu : aussi des essais cérébroscopiques ii'ont-ils même pas eu l'avantage d'enregistrer quelques observations et faits empiriques utilisables pour la pathologie générale.
Une cérébroscopie scientifique ne pourra donc partir que de ce principe, d'utiliser les conditions si analogues de circulation et de pression que nous venons d'exposer dans l'article précédent, de considérer l'œil comme une seconde cavité cérébrale éclairable et explorable, dont les espaces lymphatiques correspondent et opèrent une écbange de liquide. Les variations d'aspect dans la circulation de l'œil ne nous permettent pas une déduction directe, comme s'il s'agissait de la continuation d'un réseau vasculaire qui du cerveau se répandrait dans l'œil. Les conclusions sont indirectes et se basent sur les analogies qui ont été exposées dans les conclusions de l'article précédent.
De ces conclusions nous avons à dessein appuyé sur une (11), c'est qu'en dépit des variations assez importantes que le contenu sanguin des vaisseaux de l'œil peut présenter, le calibre, principalement celui des artères, ne subit que des variations peu marquées. On le voit tout de suite, notre moyen de contrôle est donc des plus délicats, et l'on comprend que seuls les explorateurs rompus à toutes les minuties de ces examens ont pu se livrer, comme notre regretté ami Ed. de Jaeger, avec fruit à pareille étude. Par contre, que fallait-il attendre ici de recherches de cliniciens peu versés dans l'ophthalmoscopie? Évidemment ce qui est arrivé, les délicats et fins détails devaient forcément leur échapper, on y a substitué des faits grossiers de pure invention dont la vraie science, avec son inflexible précision et sa sévère justesse, a eu promptement raison.
La difficulté d'interprétation est aussi une cause pour laquelle un certain nombre de cliniciens et d'ophlhalmologistes ont jusqu'cà présent jeté tout par-dessus bord et font étalage d'un scepticisme complet en ce qui regarde la cérébroscopie, c'est-à-dire renoncent complètement de lire dans l'œil ce qui
se passe dans le cerveau et n'admettent que la transmission directe
d'affections du cerveau à l'œil ainsi que de Graefe a été le premier a la
relever.
Cette corrélation de troubles visuels avec les maladies intracrâniennes était déjà connue des anciens, avant que l'oplilhalmoscope ait mis à jour le fond de l'œil ; c'est grâce à ce mode d'exploration que de Graefe signala la coïncidence de manifestations du côté du nerf optique avec le développement de tumeurs intracrâniennes, coïncidence qu'il rapporte à une stase veineuse suite de compression des sinus, ou à une véritable névrite descendante.
Les idées courantes sur les affections infectieuses ont ici aussi avec raison gagné ce côté de la pathologie oculaire, et nous aurons occasion de voir que c'est surtout grâce à la continuation directe des espaces lymphatiques de l'œil avec ceux du cerveau que nous pouvons assister aussi bien a la propagation de micro-organismes de l'œil au cerveau et à son congénère,
que du cerveau aux yeux. , ,
Ce n'est pourtant pas ce genre de lésions directes et palpables que la cerebroscopie peut se vanter d'avoir, elle la première, mis en évidence et encore moins d'avoir interprété à sa juste valeur. Ce n'est aussi pas a ce genre d'études que doit se borner l'emploi de l'ophthalmoscope s'il veut justifier son litre de cérébroscope, mais il doit servir à nous éclairer d'après les renseignements qu'il nous a donnés sur la façon dont se comporte une portion de substance cérébrale blanche et grise étalée devant nous par rapport au restant des centres nerveux. De même que nous verrons dans l'article suivant .Ed. de Jaeger utiliser l'aspect de l'arbre circulatoire de la rétine pour en tirer des déductions sur l'élat général de la circulation et de la santé, de même cette exploration du degré et du genre de vascularisation doit nous permettre de déduire ce qui passe à l'intérieur du crâne.
C'est aussi dans cette voie qu'est entré dans ses expériences le professeur de Schultén, quoiqu'on doive faire encore des réserves à cet égard, car les expériences sur les animaux ne permettent pas une déduction rigoureuse, pour ce qui concerne l'homme, mais autorisent â admettre la très grande probabilité qu'il y ait ici une analogie ; la confirmation y apportera la concordance des faits cliniques. La concordance des phénomènes cérébraux et oculaires n'implique pas non plus qu'elle saute (que l'expression soil permise) aux yeux et qu'elle soit surtout saisissable pour celui qui n'explore ici que grosso modo comme cela se fera encore longtemps par le clinicien dont l'activité est de plus en plus mise à contribution pour la multiplication des divers modes de recherches. En tout cas pour celui qui désire laiie de la cérébroscopie scientifique il sera nécessaire de savoir d'après de
Schultén : .
a. Qu'un accroissement de Vafflux du sang vers le cerveau, sans diminution du tonus vasculaire ou d'une pléthore générale (sans que ce qu on appelle une hypérémie collatérale intervienne), ne peut se produire a moins qu'il n'en soit de même pour l'œil, ce qui se révélera ici par une augmenta-
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tion de la pression intra-oculaire et un accroissement peu prononcé, il est vrai, dans le calibre des vaisseaux de la rétine et de la choroïde. L'augmentation de la pression sanguine se propagera dans l'artère ophthalmique.
b. Une liypérémie passive dans le cerveau, lorsqu'elle se trouve causée par un obstacle intra-crânien, qui comprime les sinus et rend l'écoulement veineux plus difficile, n'a pas besoin de retentir sur l'œil, car les veines de l'œil peuvent autrement déverser leur sang- que par les sinus qu'une thrombose peut, au besoin, oblitérer sans entraver la circulation oculaire. S'agit-il, au contraire, d'une entrave de l'écoulement du sang veineux partant des veines jugulaires ou d'un obstacle circulatoire situé dans le thorax et qui peut aisément retentir sur la circulation veineuse si délicate du cerveau, elle le fera aussi pour l'œil, y augmentera la quantité de sang et la pression intraoculaire.
c. L'anémie qui résulte, pour le cerveau, d'une réduction générale de la masse du sang ou d'un défaut de propulsion par faiblesse cardiaque retentira à la fois sur le cerveau et l'œil. Une réduction dans V afflux sanguin vers le cerveau, résultant d'un obstacle circulatoire établi dans l'une ou les deux carotides communes, agit à la fois sur la moitié du cerveau et l'œil correspondant ou sur le cerveau en général et les yeux, lorsque les deux carotides sont intéressées. Gomment la diminution dans la circulation des artères vertébrales se comporte, c'est ce qui n'est pas encore étudié.
d. Les troubles vaso-moteurs, spasmes et paralysies des vaisseaux du cerveau, par suite d'altérations du centre vaso-moteur de la moelle allono-ée n'ont pas besoin de retentir sur l'œil. S'agit-il, au contraire, d'une irrita'tion partant du sympathique cervical ou d'une paralysie vasculaire du cerveau de cause centrale, le retentissement a lieu sur la circulation oculaire et se manifestera lorsqu'il s'agit d'un spasme par réduction du volume des vaisseaux, quand on a affaire aune paralysie vaso-motrice par une augmentation de ce même calibre. L'intervention du trijumeau, dont l'origine est située dans la moelle allongée et le parcours intracrânien, échappe, comme action isolée, à l'interprétation.
e. Pour ce qui regarde la transmission des variations de pression intracrânienne à l'œil, par suite d'une augmentation ou d'une diminution du liquide cérébro-spinal, il est fort probable que cette transmission peut s'opérer par les espaces inlervaginaux et retentir sur les vaisseaux centraux qui parcourent une certaine étendue du nerf et de ses gaines. Une pression exercée sur le sac durai du dehors doit alors aussi se répercuter sur la circulation et la pression oculaire. Des épanchements sanguins extradurals et intracrâniens ou intracanaliculaires (à l'endroit du passage du nerf dans l'orbite) peuvent ici intervenir.
Des expériences sur des animaux, en se servant d'un grossissement plus notable pour contrôler l'augmentation et la diminution du calibre des vaisseaux ont surtout permis de vérifier les corrélations susmentionnées , en sera-t-il ainsi chez l'homme, et nos moyens d'exploration actuellement en
usa-e suffiront-ils pour arriver à poser une base scientifique aux résultats de la Jérébroscopie? L'avenir le montrera. Ce qui est dès h présent démontre, c'est qu'il s'a-it ici de recherches d'une extrême délicatesse pour lesquelles, pour le mome'nt, nos moyens de mensuration de l'image oplithalmoscopique et les tonomètres sont peut-être insuffisants.
ARTICLE V
RAPPORTS DE LA COLORATION DES VAISSEAUX ET DE LA PAPILLE AVEC LA DÉSOXYDATION DU SANG VEINEUX
Avant d'arriver à l'étude des altérations morbides du nerf optique et de la napiUe en particulier, il sera indispensai)le de connaître jusqu'à quel pomt des chanoements dans l'état général de la santé, l'oxydation ou l'arteriosite du sano- pourront faire varier l'aspect du nerf, et de se renseigner s'il sera possible de tirer de cette étude des conclusions utiles pour le diagnostic des variations dans l'état de santé générale; car c'est bien dans la papille et la rétine seules qu'une comparaison entre la couleur du sang artériel et du sang veineux nous est offerte, les vaisseaux courant en quelque sorte a nu et éclairés par transparence d'arrière en avant chez l'exploré.
L'idée d'utiliser ce genre particulier et unique d'exploration revient a Ed de Jaeger, qui l'exposa tout d'abord en 1876, dans son travail classique sur les résultats et recherches des explorations ophthalmoscopiques (l), et insista sur ce sujet dans un travail nouveau publié Tannée suivante ^2). Dix ans après, Giraud-Teulon (3) signale comme chose absolument nouvelle à l'Académie de médecine le fait étudié avec tant de soin par notre regrette ami Nous reproduisons très fidèlement le dernier travail d'Ed. de Jaeger, e faisant suivre des conclusions lues par Giraud-Teulon, dans la séance du
l^'^ juin 1880. . . ,
En parlant de l'anémie de la papille, nous aurons occasion d insister sur le fait (qui découle des expériences exposées dans le précédent article et déjà signalé il y a dix ans par de Jaeger) qu'en excluant les cas d'anomie locale d'ischémie par embolie de l'artère centrale, ou apoplexie des gaines, l'anémie générale ne se révèle pas dans l'œil par une réduction du calibre des vaisseaux et qu'on peut, abstraction faite des conditions particulières do circulation de l'œil et de la tension sous laquelle s'opère cette circulation, déduire de ce fait que, dans l'anémie, la quantité dix sang ne subit guère de ehangement dans Tœil, mais bien sa qualité.
(1) Eniebnisse u. Unlenuchiuigen mit dem Augenspiegd unler besonderer Beûd^^ lUjumj ikres Werlhes fur die AlUjememe Pathologie, Wien 187b, ui-8 P; /J^;
\i) Ueber UmureicUende Uesoxijdation {Oxgaemie, Arleriosital) des lenenbLuies {Wien. med. Presse, n" lU, 1877). . .
(3) Noie sur un nouveau signe ophtlialmoscopique des lésions de nutrition des niembranes prolondes de l'œil, séance de l'Académie de médecine, compte rendu 1 juin l»»o.