RAPPORTS DE LA COLORATION DES VAISSEAUX ET DE LA PAPILLE
Ces changemenls qnaliLitifs consistant en ce que le sang renferme une plus ou moins grande quantité d'iiémoglobuiine, qu'il est plus ou moins saturé d'élémenis nutritifs, enfin qu'il subit, en pass.mt des artères dans les veines, un changement de coloration plus ou moins accusé, l'ophtlialmoscope peut-il nous renseigner k cet égard? Les variations de couleur sont ici seules à étudier, soit comme écart sensible entre veines et artères, soit comme homogénéité, et c'est aussi la coloration des vaisseaux en général qui nous renseignera sur la plus ou moins grande richesse du sang en éléments reconstituants.
Dans des conditions physiologiques, une différence marquée existe entre la coloration du sang artériel et du sang veineux et celte différence se rencontre même dans un certain nombre d'affections constitutionnelles. La différence de couleur se fait surtout valoir lorsque l'individu examiné se trouve dans d'excellentes conditions hygiéniques, et particulièrement d'aération; à mesure que les conditions nutritives baissent, que le sujet séjourne dans des endroits mal aérés, la différence d'aspect entre artères et veines nous frappe moins; elle tend de plus en plus à disparaître, lorsque des maladies débilitantes et chroniques ont atteint l'individu soumis à noire examen.
U assimilation de coloration répond donc à la dénutrition de l'individu ; d'après de Jaeger, l'arbre vasculaire correspond «à une flamme qui manque d'intensité lumineuse et de chaleur, pour ce qui regarde son extension en surface »; en termes plus sobres, il y a manque de désoxydation.
Une différence peu accusée dans cette assimilation de coloration peut se présenter chez les personnes d'un aspect de santé parfaite, à coloration de peau normale et qui paraissent bien nourries et vigoureuses, dont les muqueuses sont bien colorées ; d'après notre regretté ami, pourtant, le pouls plein et la vigueur apparente n'empêchent pas que les personnes atteintes de ce faible degré d'assimilation de coloration feraient preuve de manque d'énergie, de lassitude, de mollesse dans les mouvements et épuiseraient rapidement leurs efforts d'activité intellectuelle et physique. - A mesure que l'assimilation de coloration s'accentue, les individus paraissent déjà moins bien nourris et, tout en pouvant présenter un certain degré d'embonpoint, ne font plus l'impression de personnes en bonne santé. Chez eux, la peau et les muqueuses commencent à se décolorer et les téguments et muscles deviennent plus flasques. Une diminution thermique peut parfois être révélée chez eux, leur respiration s'accroît en nombre sensiblement lorsqu'ils font des efforts et le pouls devient accéléré, petit et facilement n-ritable. Chez ces personnes, un certain degré d'irritabilité concorde avec le défaut d'appétit et de la constipation; ils se plaignent de .lassitude, d'agacement, sont mélancoliques et font l'impression d'un manque d'énergie et de paresse et d'indifférence pour tout'.
A mesure que l'assimilation de coloration devient complète, c'est-à-dire que le sang veineux a de plus en plus pris la teinte plus claire du sang artériel, il se développe l'image de l'anémie, de la chlorose, tant pour le restant
du corps que pour le fond de l'œil, ce qui n'empêche pas que l'individu n'a pas besoin de présenter une réduction du volume de son sang, et peut même montrer des signes de pléthore, que la quantité d'hémoglobuline n'a pas besoin d'avoir sensiblement diminué.
Ces états d'assimilation de coloration, les habitants des grandes villes les présenteront bien plus fréquemment que les campagnards et, tout en les rencontrant dans des conditions de constitution sanguine plus ou moins normale, on les verra, bien entendu, encore bien plus prononcés lorsqu'il s'est patholo-iquement établi une hydrémie en oligocythémie. Cette assimilation est la compagne de ce qu'on désigne sous le nom de chlorose et d'anémie généralisée.
Sur quoi repose cette assimilation progressive dans la coloration des vaisseaux veineux et artériels? La difterence de couleur résulte et d'une quantité d'hémoglobuline plus grande que renferme le sang et de la différence dans le diamètre des artères et des veines, de façon qu'avec un sang artériel sombre et des veines relativement larges, la différence de coloration s'accentue davantage qu'avec un sang artériel clair et un calibre de veines normal. Ni la diversité de calibre des artères et des veines, ni leur plus ou moins o-rande ampleur ne jouent ici pourtant un rôle prépondérant, et actuellement Ton ne sait pas encore d'une façon tout à fait précise sur quoi repose l'accentuation dans la différence de couleur entre sang veineux et artériel; ce qui est le plus probable, c'est que c'est la plus ou moins grande quantité d'oxygène que contient le sang veineux qui détermine sa diversité de couleur. Le sang veineux est-il pauvre en oxygène, il se différenciera du sang artériel riche en oxygène; en pareil cas, le sang veineux a réduit d'une façon incomplète son hémoglobuline. Le sang veineux est-il, au contraire, pauvre en oxygène, renferme-t-il beaucoup d'oxyhémoglobuline, il jurera comme couleur avec le sang artériel oxygéné.
Moins le sang se désoxyde, c'est-à-dire moins il y a hypodésoxydation (oxyémie), moins aussi la différence entre le sang que les veines charrient se différenciera du sang des artères, en conservant son artériosité ; plus, au contraire, la combustion s'opère activement, c'est-à-dire plus il y a hyperdésoxydaiion (anoxyémie), plus aussi la coloration veineuse qu'acquiert le sang désoxydé frappera l'observateur en comparant veines et artères. L'assimilation de couleur des vaisseaux du fond de l'œil nous indique donc que le sang, tout en prenant une quantité suffisante d'oxygène, n'en dépense pas, pendant son passage à travers les tissus, une partie suffisante et qu'il y a une énergie amoindrie de combustion et de nutrition.
La différence de coloration s'accentuera dans les cas contraires. Arrivée à un haut degré, elle peut nous indiquer le summum d'activité nutritive physiologique, de même qu'un excès dans la différence de couleur nous met sur la voie qu'il y a suractivité de nutrition avec excès de désoxydaiion. L'hypérémie veineuse qui accompagne ces divers états, l'augmentation de surface des veines et des capillaires et le contact plus prolongé des tissus