‹ Traité complet d'ophthalmologie (volume 3)Chapitre 69 sur 135 · INFLAMMATION DU TISSU GRAISSEUX DE L'ORBITE · texte numérisé non relu

INFLAMMATION DU TISSU GRAISSEUX DE L'ORBITE

ARTICLE IV

INFLAMMATION DU TISSU GRAISSEUX DE l'orBITE. CELLULITE. l'IILECîMOX ET

ABCÈS DE l'orbite

La généralisation de l'inflammation, qui peut aussi exceptionnellement avoir pris son point de départ du périoste et gagner tout le liss» graisseux de la cavité orbitaire, nous engage à difl'érencier nettement une cellulite de

' l'affection précédente. Cette inflammation peut devenir phleg moue use, aboutir à un abcès de l'orbite, mais la périophthalinite (Friedberg) n'a pas forcé-

\ ment besoin d'abcéder.

La cellulite, désignation choisie par des confrères anglais, est constamment le résultat d'une infection qui gagne le tissu périorbitaire et se jette

i très fréquemment sur la trame périoculaire, la capsule de Tenon. Cette infection peut être transmise comme nous venons de le dire, de la paroi osseuse de l'orbite et de son périoste, mais elle peut aussi résulter d'une carie des os avoisinants, de l'os cunéiforme par exemple (Horner). La transmission peut être plus indirecte encore, se communiquer par les sinus qui longent les os malades et Torbite. La cellulite suit alors la throm.bose des sinus longitudinaux et caverneux.

Une des plus fréquentes transmissions s'opère sur les veines de la face qui se jettent dans l'orbite et charrient des masses infectantes, lorsque le tégument facial est devenu le siège d'inflammations érysipélateuses et phlegmoneuses. En traitant des phlébites de la veine ophthalmique dans un arlicle à part, nous parlerons de la cellulite, pour laquelle on a revendiqué une origine genuine et spontanée qui ne lui revient certainement pas.

I Enfin un genre de cellulite qu'on peut déclarer traumatique, doit le plus

, souvent son origine à des blessures par des corps contaminés, des instruments d'une propreté contestable. Ici les chirurgiens se chargent quelquefois

; de procéder à de véritables expériences cliniques pour la production artificielle de la cellulite. Un sondage avec une sonde de Bowman amène une déchirure du conduit et aboutit, en la faisant pénétrer quelque peu dans le tissu cellulaire de l'orbite, à une cellulite infectieuse, peut-être en y déposant les masses infectieuses que renferme si souvent un conduit lacrymal malade.

Comme pour l'érysipèle, les degrés de la cellulite peuvent sensiblement varier; L'inflammation se borne parfois à un simple gonflement œdémateux, avec hypérémie du tissu affecté et les changements pathologiques sont si peu prononcés que si la mort survient, il n'est plus possible de rencontrer macroscopiquement trace de l'altération morbide sur le cadavre. Tout au contraire l'infection du tissu orbitaire peut avoir été tellement généralisée et maligne que la suppuration et le sphacèle du tissu connectif se trouvent répandus tout à l'entour du globe oculaire.

Ce qui caractérise la cellulite, c'est que^ette infection renfermée et couvant dans la cavité orbitaire, même lorsqu'elle ne doit pas aboutir à la destruction et à la formation d'un abcès, retentit notablement sur l'état gênerai de la santé. Un degré variable de fièvre accompagne constamment le début de la cellulite, ainsi qu'une prostration notable et une anorexie complète. Une douleur sourde, alourdissante, occupe le front et souvent la moitié de la tête, dont l'œil commence à proéminer et à accuser un degré variable de déperdition de motilité. Si la cellulite est uniformément généralisée, l'œil sera chassé assez exactement dans le sens de son axe et la motilité réduite d'une manière égale en tous sens, mais fréquemment le tissu de la glande lacrymale participe plus ou moins à l'inflammation infectieuse et alors le globe de l'œil se trouve de préférence déplacé en dedans, la motilité étant presque complètement abolie en dehors. Le gonflement œdémateux et parfois le luisant phlegmoneux gagnent aussi de préférence la paupière supérieure qui surplombe, comme une masse dure et inerte, la fente palpébrale, en rendant toute exploration des plus laborieuses.

A cette époque, prolrusion et douleurs peuvent atteindre un degré tel que l'on ne sera nullement surpris de la prostration des malades qui nous frappait au contraire, au début de l'affection, lorsque l'orbite était encore le siège d'altérations en apparence insignifiantes. Explore-t-on le globe de l'œil pi-e'sque immobilisé au début de sa protrusion, on trouve la vision assez intacte et si le gonflement de la paupière le permet, l'exploration ophthalmoscopique donne aussi un résultat négatif, à part une certaine dilatation des veines de la papille. Aussi les malades se plaignent-ils à cette époque à peine de quelques phosphènes, ou d'un léger nuage qui leur voile les objets. C'est plus tard que des changements notables de la vision, avec abolition complète de tout sens lumineux, s'observent, et leur début est en général marqué par une dilatation progressive de la pupille et une anesthésie, plus ou moins prononcée, de la cornée, dénotant que les nerfs ciliaires subissent un degré sensible de compression à laquelle le nerf optique ne saurait longtemps échapper.

Il n'est guère possible, vu l'extrême sensibilité de la région oculaire, la prostration des malades et la répulsion pour tout ce qui les dérange, de procéder à une exploration quelque peu concluante de l'orbite même. Ce que l'on peut presque toujours constater, c'est que contrairement à ce qui s'observe pour la périostite, la compression de la région périorbitaire n'est pas douloureuse, mais que par contre toute tentative pour réduire l'exophthalmie, en repoussant l'œil dans l'orbite, entraîne une douleur aiguë.

Ce n'est ordinairement que lorsque l'inflammation rétrograde qu'on peut arriver à explorer quelque peu la région rétro-bulbaire et se renseigner que l'œil est projeté par une tumeur très peu résistante qui l'embrasse de toute part.

Très souvent la cellulite se dissipe sans qu'il se forme un abcès; si le contraire a lieu, on voit alors que le globe oculaire est davantage projeté

Page 1