INFLAMMATION DE LA TUNIQUE VAGINALE
d'une affection, que même les praticiens les plus répandus n'observent que fort rarement. OTerral, qui, en 1841 (Dublin, Jour, of Med. t. XIX, p. 343), a le premier appelé l'attention sur cette maLidie si rare, a cru devoir indiquer comme signe caractéristique la façon particulière dont l'œdème de la paupière supérieure se liinite à sa portion tarsale ; mais c'est là une subtilité, que l'observation clinique n'a pas justifiée ultérieurement, comme du reste sa description se prête en général notablemeiil à la critique.
La capsulite, qu'il ne nous a été permis d'observer comme maladie distincte que dans un petit nombre de cas, présente trois symptômes caractéristiques, qui sont :
1° Une injection sous-conjonctivale prononcée avec tuméfaction du tissu sous-conjonctival, phénomène qu'on chercherait vainement à rattacher soit à une kératite, soit à une iritis, soit enfin à une affection des membranes profondes. Cette injection violacée et le gonflement du tissu périlvérati(|ue rappellent, quant à l'aspect, la tuméfaction épisclérale, si manifeste dans quelques formes d'iritis que les anciens, fidèles observateurs, croyaient devoir rapporter à la diathèse rhumatismale; seulement, ici, l'iris est intact et ses fondions sont normales. L'injection ne peut pas non plus se rattacher à une choroïdite; car, bien qu'elle persiste en général plusieurs semaines, les milieux de l'œil n'offrent jamais le moindre trouble et la vue reste excellente. Enfin, il n'est pas permis de songer à une violente inflammation de la sclérotique, à laquelle le tissu sous-muqueux de la conjonctive bulbaire se serait associé, et cette confusion est impossible à cause de l'égalité de répartition de l'injection, l'absence de foyer avec soulèvement en monticule du tissu épiscléral de la muqueuse.
2° Le second symptôme essentiel de la capsulite consiste dans une légère exophthalmie, qui s'établit dès le début de la maladie et qui, tout en durant autant qu'elle-même, n'atteint jamais des proportions notables, comme celle qui résulterait des inflammations étudiées dans les chapitres précédents.
3° Le troisième caractère de la capsulite réside dans une diminution de la motilité du globe oculaire, ce phénomène restant beaucoup moins prononcé que dans les inflammations des autres parties que l'orbite contient. C'est pour cela que ce symptôme peut, comme le précédent, échapper à un observateur peu exercé; il ne se manifeste que pendant les mouvements extrêmes de l'œil, et n'est sensible aux malades qu'en leur donnant la perception d'images doubles. L'apparition de ces images doubles a lieu pendant le regard forcé, dans toutes les directions, et ces images présentent, à éiîale distance, le même écartement, ce qui prouve que l'exophthalmie s'est produite d'une manière uniforme.
O'Ferral, qui a, le premier, décrit une inflammation du tissu rétro-bulbaire, sous le nom d'inflammation de la tunique vaginale, maladie qu'il attribua à la diathèse rhumatismale, s'est évidemment trompé; car il n'avait
très probablement alTaire qu'à une inflammation du tissu graisseux de l'orbite, ou à une périostite. Il relate, dans ses observations, une protrusion de l'œil tellement prononcée, un chémosis si considérable et des douleurs si violentes, que ces symptômes ne sauraient se rapporter à une simple inflammation de la capsule de Tenon. Il trouve un signe pathognomonique de la capsulite dans ce fait que la paupière supérieure n'est pas le siège d'une rougeur intense au voisinage du rebord orbitaire, et que ce dernier n'est pas sensible à la pression : or ces phénomènes peuvent tout naturellement se rattacher à un phlegmon du tissu cellulo-adipeux contigu à la paroi inférieure de l'orbile, phlegmon consécutif à une périostite.
Les caractères que cet auteur attribue à la marche de la capsulite ne peuvent, en outre, que se rattacher à une inflammation du tissu graisseux de l'orbite, ou à une périostite de la même région ; car il n'arrive jamais dans une véritable inflammation de la capsule de Tenon, qu'il se forme une collection purulente, pour qu'on puisse, d'après son conseil, percer l'abcès en pratiquant une ouverture à la capsule, dans le point où la fluctuation se fait sentir. Nous pouvons avancer hardiment que la véritable capsulite n'aboutit jamais à la suppuration, sauf dans les cas où elle accompagne l'inflammation phlegmoneuse du globe de l'œil (panophthalmitis). En pareille circonstance, nous avons vu le pus se faire jour au travers de la sclérotique, et le tissu cellulaire lâche, qui unit cette membrane à la capsule, lui-même être le siège d'une suppuration abondante.
La capsulite doit être envisagée comme une lymphangite périoculaire, plus ou moins aiguë, dont l'exsudat séreux se répand uniformément dans tout l'espace lymphatique périoculaire {Linhardt, Verhand. der phys. med. Gesellschaft zuWûrzburg, t. IX, p. 245), pouvant distendre quelque peu la capsule et, en projetant légèrement l'œil en dehors, donner à la palpation une sensation vague et incertaine de fluctuation.
Peut-il exister une forme chronique de capsulite avec hydropisie consécutive? Théoriquement oui, mais jusqu'à présent on ne l'a qu'exceptionnellement rencontrée dans les cas d'exostose orbitaire (Knapp, Arch. f. Oplithal, t. VÏII, p. 242) et on doit admettre la possibilité d'une confusion avec des kystes séreux adjacents à la capsule. L'hydropisie de la bourse fibreuse de Tenon que Garron du Yillards {Ann. d'Ocul, XL, sept.-oct. 1858) décrit et où l'œil jaillissait de l'orbite lorsque le malade se baissait, et dans un second cas, donnait lieu à un chémosis péricornéen d'une extrême étendue, est restée exclusivement réservée à cet auteur, dont la fantaisie paraît avoir pris la majeure part dans l'énumération des symptômes.
La marche de la capsulite est caractérisée par une certaine lenteur et par la persistance de la plupart des symptômes ci-dessus mentionnés. Les douleurs n'atteignent jamais la même intensité que dans, la périostite et le phlegmon orbitaire, et on les a vues, dans certains cas, manquer presque absolument. Elles disparaissent lorsque l'œil reprend sa position, ce qui