‹ Traité complet d'ophthalmologieChapitre 102 sur 327 · PARTIE CLINIQUE (TROUBLES VISUELS DES HYPERMÉTROPES · texte numérisé non relu

PARTIE CLINIQUE (TROUBLES VISUELS DES HYPERMÉTROPES

On peut dire, d'une façon générale, que l'adaptation de l'œil à courte distance, produite par l'allongement de son axe, suppose une distance entre le point nodal et la rétine bien plus grande, et, par suite, des images rétiniennes bien plus étendues, que l'adaptation au moyen de l'accommodation. Voilà pourquoi les myopes voient si bien de près; voilà, notamment, la solution de l'énigme que nous présentent ces myopes extrêmes qui, malgré la meilleure correction, n'obtiennent qu'une acuité visuelle à grande distance infiniment plus faible qu'un emmétrope, et analysent, à courte distance, des objets même plus petits que ce dernier.

La différence dans la vision à courte distance est plus prononcée encore pour l'hypermétropie. L'œil H , plus court que E, donc moins adapté que lui à la distance cC, augmente sa réfraction encore davantage, fait un effort d'accommodation plus considérable. Le rayon de courbure de sa surface réfringente «st plus court qu'en E, le point nodal est encore déplacé en avant, mais cet avancement K'K'^ est encore moindre que la valeur m'm"'^ \i"m" est donc inférieur à li'm', et, par suite, l'image a"b" plus petite que ab, proportionnellement à la différence entre KK" et mm". Il en résulte que, plus l'hypermétropie (axile) est forte, plus les images rétiniennes obtenues à l'aide de l'accommodation sont petites. Voilà pour l'hypermétrope une nouvelle cause de difficulté dans le travail.

Plus le degré de l'hypermétropie est élevé et plus l'amplitude d'accommodation diminue, plus éloigné sera le point auquel l'asthénopie commence à se manifester.

Loin d'être limitée à la portée du travail, cette distance peut varier jusques et y compris l'infini. Ainsi, un hypermétrope de 3 dioptries, âgé de quarante-sept ans, doit nécessairement éprouver une fatigue très sensible lorsqu'il désire voir nettement au loin, parce qu'il n'y parvient qu'en employant la totalité du pouvoir accommodateur dont il dispose (1). A plus forte raison, la vision à une distance finie est-elle absolument impossible pour lui. A un âge plus avancé, il ne verra même plus nettement dans la rue. C'est ce qui arrive chaque fois que l'accommodation est inférieure au degré de l'hypermétropie. Les personnes dans cette situation sont alors vraiment à plaindre, ne rencontrant nulle part entre ciel et terre un objet qu'elles puissent voir distinctement à l'œil nu.

Nous avons expliqué comment beaucoup d'hypermétropes achètent l'accommodation qui leur est nécessaire au prix de la vision binoculaire, comment ils tombent dans le strabisme convergent. Ce strabisme, qui se développe généralement à un âge très précoce, ne donne souvent pas lieu à des plaintes de la part des malades. Ils ne sont presque jamais gênés par la diplopie, et, n'ayant jamais bien connu les avantages de la vision binoculaire, ils ne souffrent presque pas de son absence. Ce sont plutôt des cousidérations cosmétiques qui, en pareil cas, les amènent au médecin, ou leur indifférence

(1) Comparez le diagramme de la page 164.

aux considérations de ce genre qui les empêche de lui demander conseil. Quoi qu'il en soit, nous savons quelle haute importance revêt la collaboration des deux yeux. Que l'individu se trouve ou non défiguré par le strabisme convergent, nous connaissons assez ce qui lui manque, lorsqu'il a perdu sa vision binoculaire, pour considérer le strabisme convergent comme une des conséquences les plus fâcheuses de l'hypermétropie.

Il arrive d'ailleurs aussi que, lorsque cette discordance dans les mouvements des yeux se développe à un âge plus avaacé, les malades sont extrêmement gênés par une diplopie passagère, autant que par la fatigue douloureuse qu'entraîne la contraction exagérée des muscles oculaires. Souvent ils n'accusent que des symptômes vagues d'asthénopie, des douleurs de tête, des vertiges; mais ils ne se rendent pas compte qu'ils voient quelquefois double, ou qu'ils louchent. C'est Texamen au moyen d'une lumière et d'un verre coloré qui met alors le phénomène en évidence.

Enfin, une cause de troubles visuels fréquemment liée à l'hypermétropie, c'est Vamblyopie. Elle peut être due à l'astigmatisme irrégulier, contre lequel nous ne possédons guère de remède.

Non moins importante est l'amblyopie due à l'imperfection de l'appareil nerveux de l'œil, telle qu'on la rencontre surtout dans les degrés les plus élevés de cette forme d'amétropie.

Ce sont là les troubles visuels prineipaux susceptibles d'être produits par l'hypermétropie. Il ne faut pas oublier cependant que celle-ci ne préserve l'œil d'aucune maladie; en d'autres termes, que l'hypermétrope peut être atteint d'affections oculaires de toute espèce, absolument comme l'emmétrope et le myope. Mais il faut se garder de vouloir, en pareil cas, mettre tout sur le compte de son état de réfraction, comme on l'a souvent fait dans un esprit de système excessif.

TRAITEMENT DE l'hYPERMÉTROPIE

L'hypermétropie peut guérir spontanément. La statistique, quelque fallacieuse qu'elle soit en général, le prouve clairement. La proportion des hypermétropes est beaucoup plus grande parmi les enfants que chez les adultes. Beaucoup d'emmétropes sont donc des hypermétropes guéris; et beaucoup de myopes ont été hypermétropes autrefois, sans avoir cependant à se louer beaucoup de ce changement de réfraction, comme nous verrons.

On peut d'ailleurs suivre facilement, â l'aide de l'ophthalmoscope, cette diminution et cette disparition de l'hypermétropie, qui s'opère graduellement chez certains individus, pendant la période où l'organisme tout entier s'accroît et acquiert sa forme définitive. L'œil participe alors au développement général, et, d'imparfait qu'il était, devient normal.

C'est la nature seule qui se charge de cette heureuse transformation. Nous sommes incapables de la produire. Si l'hypermétropie guérit spontanément,

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