‹ Traité complet d'ophthalmologieChapitre 104 sur 327 · PARTIE CLINIQUE (TRAITEMENT DE L'HYPERMÉTROPIE · texte numérisé non relu

PARTIE CLINIQUE (TRAITEMENT DE L'HYPERMÉTROPIE

Nous considérons la réfraction statique et dynamique comme un tout UNIQUE, et nous disons

Le verre convexe doit corriger la totalité du défaut de réfraction y et, de plus, dégager une certaine quantité de V accommodation y qui servira à l'individu pour soutenir son travail oculaire pendant le temps voulu*

Ainsi un hypermétrope de 5 D, qui n'a que 4 D d'amplitude d'accommodation, a, pour voir à grande dislance, un défaut de réfraction de 4 — 5 = — 1 D. Nous lui donnerons un verre un peu plus fort que le -|- 1 D, parce que, saus cela, il serait obligé de dépenser du coup la totalité de son amplitude d'accommodation. Il ne saurait maintenir cette correction. Son muscle ciliaire serait trop vite épuisé. Nous lui rendrons, par conséquent, au moyen d'un verre un peu plus fort, une certaine quantité d'accommodation en réserve.

De même, s'il désire voir de près, par exemple, à 28 centimètres (3,5 D). Le n° 4,5 ne suffirait pas, parce qu'il ne l'adapterait à la distance voulue que pour un instant, mais pas pour la durée de son travail.

Cette même règle est d'ailleurs applicable aux yeux de toute espèce de réfraction, comme nous l'avons déjà vu pages 173-175.

Il résulte de ce même principe qu'un hypermétrope peut réclamer le secours d'un verre convexe quand même son amplitude d'accommodation suffit pour corriger son amétropie. C'est lorsque la première est juste égale au degré de la seconde. Ainsi un hypermétrope de 3 D, qui dispose précisément de 3 D d'amplitude d'accommodation, trouvera généralement un avantage à se servir d'une faible lentille convexe pour voir au loin, à moins qu'il n'ait pris l'habitude de voir avec des images de diffusion, ce qui arrive encore plus souvent qu'on ne croit.

Il en résulte, d'autre part, que là où l'accommodation fait absolument défaut, on donnera juste le verre correcteur pour la distance voulue, attendu qu'il n'y a pas d'accommodation à dégager. Si à un emmétrope de

soixante-dix ans, qui désire lire à y, je donne le n° 4, la dioptrie que je

lui ai accordée de trop l'oblige à rapprocher son livre jusqu'à un quart de mètre, mais n'aura nullement pour effet de le faire voir aisément à 33 centimètres.

Il découle, de plus, de notre principe une règle précieuse pour notre conduite à l'égard de l'hypermétropie manifeste, absolue et facultative, La première peut toujours être corrigée, et même un peu surcorrigée, aussi longtemps que l'accommodation existe encore.

Mais l'hypermétropie manifeste facultative ne sera corrigée en totalité que dans des cas spéciaux, exceptionnels, dont nous parlerons à propos de l'asthénopie et du strabisme convergent surtout.

Nous avons dit, en effet, que, pour l'application de notre règle, les réfractions statique et dynamique doivent être considérées comme ne formant

ensemble qu'une somme unique. L'accommodation qui couvre à volonté une partie de l'hypermétropie manifeste, celle qui est facultative, s'ajoute à la réfraction en général, tout aussi bien que celle qui masque l'hypermétropie latente. Soit, par exemple, l'hypermétropie totale 6 D, dont 1,5 D manifeste absolue, 2 D manifeste facultative, par conséquent 2,5 D latente. Pour la corriger à grande distance, nous n'ordonnerons pas le convexe 1,5, parce qu'ainsi la vision à distance exigerait encore toute l'accommodation dont l'individu est capable. Nous ne donnerons pas non plus le 3,5 (montant de l'hypermétropie manifeste), parce que nous aurions dégagé ainsi une partie trop considérable de son accommodation (3,5 sur 4,5). Il lui faudra un numéro intermédiaire, un peu plus fort que 1,5.

Or quel est ce numéro, quelle est, en un mot, cette quantité d'accommodation qu'il faut avoir en réserve pour que le travail oculaire s'effectue avec aisance, et que nous mettons en disponibilité par l'emploi du verre convexe? Nous avons posé la question déjà une fois, page 174. Développons ce que nous y avons dit en passant, pour les besoins de la pratique :

Cette quantité d'accommodation ne peut évidemment pas être une valeur absolue, par exemple une dioptrie, ou une demi-dioptrie^ pour tous les cas. En effet, ce qu'il s'agit de ménager^ c'est la force du muscle ciliaire, et cette force n'est pas proportionnelle à l'effet obtenu, c'est-à-dire au nombre de dioptries de réfraction réalisées. Ce dernier est le résultat à la fois d'un effort musculaire et de l'élasticité du cristallin. Il varie donc avec les deux facteurs, mais surtout avec le dernier, Si bien que la contraction du muscle ciliaire produira une valeur accommodative (un nombre de dioptries) plus grande dans un œil dont le cristallin est plus élastique que dans un autre où il l'est moins. Une quantité de réfraction donnée exigera un effort musculaire très différent, suivant l'amplitude d'accommodation dont dispose l'œil, et la quantité qu'il en a déjà dépensée. Nous en avons déjà cité un exemple plus haut, en disant que la première dioptrie d'accommodation coûte nécessairement moins de travail musculaire que la dernière. Un emmétrope éprouvera beaucoup moins de peine à diriger son regard depuis l'infini à la distance d'un mètre (1 D d'accommodation) qu'à rapprocher son livre de 1/3 à 1/4 de mètre, c'est-à-dire à ajouter 1 dioptrie d'accommodation aux trois qu'il a déjà employées pour voir à 33 centimètres. La différence entre les deux dioptries mises en jeu lui sera surtout très sensible, si son amplitude d'accommodation n'est que de 4 D, parce qu'avec la dernière dioptrie qu'il met en jeu il dépense la totalité de sa force accommodatrice, tandis que la première n'en représente que le quart. Pour la même raison, un myope de 3 D, qui n'aurait que 2 D d'amplitude d'accommodation, et qui lirait à 1/4 de mètre, se fatiguerait moins que l'emmétrope cité, précisément parce que la dioptrie nécessaire pour voir de 1/3 à 1/4 de mètre exige de ce dernier la totalité de la force de son muscle ciliaire, tandis qu'elle n'en coûte à l'autre que la moitié.

De tout cela il résulte que la quantité d'accommodation que nous devons

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