PARTIE CLINIQUE (TRAITEMENT DE L'HYPERMÉTROPIE
avait l'habitude de mettre en jeu une plus grande quote d'accommodation (de 33 à 30 centimètres, il y a 0,25 D de différence). Pour des jeunes gens, par contre, il est indispensable de savoir jusqu'à quel degré on peut ou l'on doit soulager le muscle ciliaire.
Il y a cependant des exceptions. Il arrive, par exemple, que des personnes se sont servies de verres convexes trop forts, ou qu'elles ont pris l'habitude de travailler avec une quote d'accommodation plus faible, d'avoir une réserve accommodative plus grande que n'exige la règle. Il est donc indispensable, quand on prescrit des verres de ce genre, de s'informer si le malade en a déjà eu, quel numéro il a porté, et de tenir compte de l'influence qu'ils ont pu avoir sur les fonctions accommodatrices.
Action secondaire des verres de lunettes convexes. — Le numéro de la lentille n'est pas la seule chose qu'il faille prendre en considération quand il s'agit d'adapter un œil.
La distance qui sépare le verre de Vœil peut augmenter ou diminuer l'action qu'il exerce sur la réfraction de ce dernier. Nous en avons déjà rencontré un exemple page 129, et constaté que, employés comme moyen d'adaptation à grande distance, les verres convexes agissent à la façon de lentilles d'autant plus fortes qu'ils sont plus éloignés de l'œil. Mais ce n'est là qu'un cas particulier. Les verres convexes ne servent pas seulement pour la vision au loin et ne se prescrivent pas seulement aux hypermétropes. Or l'influence de leur éloignement de l'œil varie avec les conditions dans lesquelles on les emploie, de même qu'avec leur numéro. Il convient donc de connaître les règles générales de leur action.
Ce sont les suivantes :
Pour adapter l'œil à une distance supérieure au double de la distance focale de la lentille convexe, cette dernière devra être d'autant plus faible, qu'elle est plus éloignée de l'œil ; ou, ce qui revient au même, un verre convexe plus faible, mais plus éloigné de l'œil, aura le même effet qu'un verre plus fort, mais plus rapproché.
Celte loi s'applique au cas que nous venons de rappeler, celui du verre correcteur de l'hypermétrope. La distance à laquelle ce verre l'adapte est infinie, par conséquent plus grande que 2 F, si nous appelons F la distance focale du verre.
Il en est de même pour une distance d'adaptation finie, tant que celle-ci est plus grande que 2 F. Ainsi, dans l'hypermétropie de degré très élevé, dans Paphakie surtout. Pour adapter un hypermétrope de 10 D à
25 centimètres Ç^-^), il faut, si le verre est appliqué tout contre la cornée,
10 + 4^—14 0. La distance focale en est F = 71 millimètres, le double, 2F = U2 millimètres, donc moins de 25 centimètres. Si nous plaçons les verres plus loin, un numéro plus faible sera nécessaire pour donner aux rayons émanés de 25 centimètres en avant de la cornée une convergence ver un point situé à 10 centimètres en arrière d'elle.
C'est pourquoi tous les hypermétropes peuvent augmenter Feffet du verre qui les adapte à grande distance, en l'éloignant de l'œil. Les hypermétropes extrêmes jouissent même de cet avantage avec le verre qui leur sert à la vision rapprochée.
Le contraire a lieu lorsque la distance pour laquelle l'œil s'adapte au moyen du verre convexe est moindre que le double de la distance focale de ce dernier. Dans ce cas, la lentille devra être d'autant plus forte, qu'elle est plus éloignée de l'œil ; son éloignement l'affaiblit, pour ainsi dire, si on la considère dans ses rapports avec le système dioptrique de l'œil.
C'est ce qui arrive aux hypermétropes faibles, aux emmétropes et myopes qui sont obligés de recourir aux lunettes convexes pour voir à courte distance. Prenons un exemple : Un hypermétrope de 2 D, dépourvu d'accommodation, aura besoin, pourvoira 33 centimètres, du numéro 2-|-3 = 5D. La dislance focale correspondante est de 20 centimètres, le double, 40 centimètres, donc plus de 33 centimètres. Si le verre est éloigné de l'œil, il agira comme s'il devenait plus faible, ou, en d'autres termes, devra être remplacé par un verre plus fort pour produire un égal effet. Le même fait s'observera à plus forte raison si cet hypermétrope dispose encore d'un certain degré d'accommodation. Il est alors assimilable à un emmétrope, ou même à un myope, lorsque son accommodation est plus forte que le degré de son amétropie. , '
Or Temmélrope dépourvu d'accommodation réclame une lentille positive, dont la distance focale est égale à celle pour laquelle il désire être adapté. Celle-ci est nécessairement inférieure à la distance focale double. L'emmétrope qui possède encore une certaine accommodation, ou le myope, ce qui revient au même dans ce cas, réclamera des verres plus faibles encore, c'est-à-dire ayant une dislance focale plus grande pour la même distance d'adaptation. Il ressentira donc davantage encore l'effet défavorable de l'éloignement du verre. Par exemple, un emmétrope disposant de 2 D d'accommodation, ou un myope de2D dépourvu d'accommodation, aura besoin du ïi° 1 pour voir à 33 centimètres. La distance focale doublée de ce verre est de 2 mètres, donc de beaucoup supérieure aux 33 centimètres pour lesquels le verre doit ajuster la vision.
Il est donc parfaitement inexact de dire que les presbytes mettent leurs lunettes sur le bout du nez pour en augmenter l'efFet. Ils l'affaiblissent, au contraire, en les éloignant des yeux, et verraient de plus près en les rapprochant. S'ils placent parfois les lunettes à l'extrémité du nez, c'est parce que celle-ci se trouve plus, bas que les yeux, et qu'ils peuvent ainsi, en même temps, incliner un peu les verres ; ce sont deux avantages pour le regard de près, dans lequel les yeux sont généralement dirigés en bas (1).
Les preuves de ce que nous venons d'exposer sont très faciles à fournir par l'expérience la plus simple. Celui qui n'est pas hypermétrope se rendra tel
(1) Landolt, Ann. d'ocul, janvier 1878, p. 95.