‹ Traité complet d'ophthalmologieChapitre 126 sur 327 · PARTIE CLINIQUE (MYOPIE MALIGNE). m · texte numérisé non relu

PARTIE CLINIQUE (MYOPIE MALIGNE). m

La première idée qui se présente est nécessairement de rechercher quel rapport il pourrait y avoir entre l'ectasie du globe et les altérations de ses membranes que nous venons de considérer. Ces dernières sont évidemment de nature congestive ou inflammatoire. Elles consistent toujours essentiellement en une choroïdite, qui peut atteindre des degrés plus ou moins élevés, depuis la simple hypérémie jusqu'à des altérations qui ne le cèdent en rien à celles de la choroïdite disséminée. C'est une inflammation qui peut se localiser à une région limitée du fond de l'œil, ou s'étendre au tractus uvéal

FiG. 125. — Séparation des gaines du nerf optique, élargissement de l'espace intervaginal dans un œil fortement myope. Suivant Donders, loc. cit., p. 376, éd. angl., p. 316, éd. allem.

La signification des lettres est la même que dans la figure préce'dente. Une mince couche de la sclérotique {a') reste attachée à la choroïde, tandis que la plus grande partie [a") s'en est séparée. L'espace intervaginal se trouve ainsi notablement élargi en c'. — La partie correspondante de la choroïde (d') est presque entièrement dépourvue de pigment et laisse voir le reflet blanc de la sclérotique à travers elle et la rétine nn. (Comparez fig. 121, p. 397.)

tout entier, qui surtout peut affecter les membranes voisines, la rétine et la sclérotique, et même les autres tissus de l'organe visuel. Mais cette choroïdite est-elle l'eff'et ou la cause de l'ectasie du globe?

Il n'est pas douteux que, si la sclérotique est primitivement amincie, non seulement elle cédera à la tension intra-oculaire, mais elle ne protégera plus convenablement les membranes intérieures du globe. La choroïde, privée de son soutien naturel et soumise à la distension par le contenu du globe oculaire, souffrira dans sa nutrition. Les conditions mécaniques

deviendront propices à son inflammation. Des altérations circulatoires seront bientôt la conséquence de son ectasie; une stase sanguine de ces régions postérieures amènera une augmentation de la pression intra-oculaire; enfin les éléments anatomiques de cette membrane pourront répondre par la phlogose à leur tiraillement continuel.

On a donc admis un affaiblissement congénital de la sclérotique au pôle postérieur, affaiblissement accidentel ou consécutif, soit à un arrêt de développement, — fermeture imparfaite de la fente d'Ammon (1), funiculus scleroticœ de Hantiover (2), — soit à la séparation des gaines du nerf optique. Nous avons déjà mentionné cette dernière; elle serait due à des efforts de convergence exagérés. La gaine externe, en se détachant, entraînerait avec elle une bonne partie de la sclérotique.

Ces dernières hypothèses ne sont cependant pas très heureuses. La persistance d'une fente fétale demande à être prouvée chez les yeux myopes, et l'élargissement de l'espace intervaginal du nerf optique ne s'étend jamais aussi loin que le staphylôme, même de grandeur moyenne.

Sans qu'on invoque un arrêt de développement de la sclérotique, la cause du manque de résistance peut se trouver dans la forme même du globe oculaire.

Supposons que ce dernier, au lieu d'être sphérique ou à peu près, affecte une forme ovoïde ou ellipsoïde, sa plus forte courbure correspondant au pôle postérieur. Si la tension intra-oculaire vient à augmenter, son effet se fera sentir — conformément aux lois de l'hydrostatique — à l'endroit qui offre le plus de surface sur le plus petit espace, c'est-à-dire au pôle postérieur, qui est le plus courbé. Une conformation oblongue de l'œil prédispose donc à la myopie sous l'influence de la pression intraoculaire.

Suivant toutes ces théories, l'ectasie du globe oculaire serait donc le fait

(1) V. Ammon {Arch- f. Ophtli.,l\, i, p. 1, 1858) avance que la sclérotique, pendant la première époque fétale, présente en bas une ouverture, une fente pyriforme, dont la grosse extrémité se trouve près du nerf optique, tandis que la petite extrémité est dirigée en avant. A l'époque où cette fente se ferme, le globe exécuterait un mouvement de rotation de dedans en dehors, et conserverait pendant quelque temps encore, du côté externe de son pôle postérieur, une protubérance recouverte par la membrane mince qui ferme la fente scléroticale.

(2) Le funiculus scleroticœ, découvert par Hannover (Copenhague, 1876), se présente comme un cordon filiforme s'implantant obliquement dans le pôle postérieur de l'œil, dans la région de la fosse centrale. L'extrémité antérieure ou interne s'attache à la choroïde. L'extrémité externe s'épanouit à la surface de la sclérotique. Ces deux extrémités sont élargies en forme-de membranes, si bien que la sclérotique peut être amincie à cet endroit. Tout l'espace compris entre le nerf optique et la macula et même au-delà peut présenter un sillon, et la sclérotique peut être ouverte sur toute l'étendue de la fente fétale.

M. Rothholz (Arch. f. Ophth., XXVII, 2, p. 45, 1881) pense, d'après les examens faits sur des yeux de porcs, que la fente scléroticale est une fente correspondante à la fente choroïdale et rétinienne. La sclérotique reste béante à l'endroit où le mésoderme qui a formé le corps vitré pénètre dans l'œil. C'est le pédicule du corps vitré embryonnaire qui devient le funicule, et ce dernier pourrait donner la prédisposition à l'ectasie scléroticale, lorsque son orifice d'entrée n'est pas solidement fermé.

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