PARTIE CLINIQUE (PROPHYLAXIE DE LA MYOPIE
l'avis du médecin, retarder leur instruction, jusqu'à un âge où leur état se soit fortifié.
Étant donné le minimum de connaissances que le citoyen d'un pays civilisé doit acquérir jusqu'à l'âge où il quitte l'école, nous ne voyons pas un grave inconvénient à ce que des enfants sains passent dans des locaux scolaires 22 heures par semaine jusqu'à l'âge de dix ans, 25 à 28 heures de dix à treize ans, et jusqu'à 32 heures plus tard. Il va sans dire que nous ne comprenons pas dans ce chiffre les heures affectées aux exercices de gymnastique. Seulement il faut alors que l'école ne charge pas les jeunes élèves de devoirs qui leur prennent autant de temps à la maison, où ils travaillent généralement dans de mauvaises conditions ; sinon, elle leur retire un des principaux avantages qu'elle devrait leur procurer. Elle leur enlève surtout la possibilité de se mouvoir librement, de se donner l'exercice indispensable au développement normal du corps et de l'esprit. S'il est bon et rationnel que l'écolier apprenne à étudier seul et indépendamment du maître, il faut que ces travaux n'exigent pas de lui au delà du cinquième de ses heures scolaires jusqu'à treize ans, et pas plus du tiers plus tard.
Je sais bien que ces exigences sont faciles à formuler, mais je suis aussi convaincu qu'elles ne sont pas difficiles à satisfaire. Le secret de leur réalisation se trouve dans le principe : Non multa sed muUum.
Il est incontestable que là où on surcharge les élèves de travaux en classe et à la maison, on leur enseigne une quantité de choses qui ont infiniment moins de valeur pour eux qu'une heure ou deux de récréation en plein air. On leur impose des connaissances qui ne leur sont pas indispensables et que ceux d'entre eux qui en auront besoin acquerront facilement plus tard. Ce sont, de plus, des sujets d'un intérêt médiocre pour eux, dont ils ne saisissent pas la portée et qui partant sont oubliés. Le temps qui leur est consacré est donc à peu près perdu. En s'en débarrassant, on gagne déjà bien des heures par semaine. Ce dégrèvement des devoirs serait déjà un bon commencement. Plus tard, en y mettant le prix, on se procurera des maîtres assez intelligents pour apprendre à la majorité des élèves (il y aura toujours des fruits secs, qui ne devront pas arrêter les progrès des autres) beaucoup de choses en peu de temps. On en augmentera le nombre, de façon que chacun d'eux ait moins d'élèves et qu'ainsi son enseignement devienne plus profitable encore.
Quelque évidentes que soient d'ailleurs les imperfections de l'école, nous soutenons qu'elles portent encore bien moins de préjudice aux enfants, sur- 1 tout en ce qui concerne l'état de leurs yeux, que le travail excessif à la mai- I son, dans les ateliers et les fabriques, contre lesquels on ne saurait trop ! protéger l'enfance.
I Si l'observation des règles d'hygiène que nous avons esquissées se recom- I mande à tous sans exception, elle est indispensable aux gens de constitu- I tion faible, ou appartenant à une famille où la myopie s'est déjà manifestée. Mais, lorsqu'on constate déjà des symptômes qui font présumer l'imminence
du mal, ou lorsqu'une véritable myopie s'est déjà établie, il faut recourir à des mesures plus rigoureuses. Ainsi on interdira tout travail à courte distance aux enfants atteints d'un spasme d'accommodation tel qu'ils ne puissent pas distinguer nettement les objets situés à grande distance, tout en étant emmétropes ou hypermétropes en réalité, ou qu'ils soient incapables de voir distinctement à la distance de leur punctum remotum^ lorsqu'ils sont myopes. On différera leur entrée à l'école, et, s'ils y sont déjà, on les en retirera au moins provisoirement pour la cure de leur spasme. Cette cure est surtout indiquée lorsque l'exagération de la réfraction des yeux s'accompagne de symptômes d'asthénopie.
Il suffit quelquefois de faire reposer les yeux pendant quelques semaines, d'envoyer les enfants à la campagne, de les laisser courir et jouer au grand air, et d améliorer à tous les points de vue leur état de santé. En cas de pholophobie, lorsque la saison ou le pays les expose à un soleil éclatant, l'usage de verres famés peut leur être recommandé.
Il faut cependant, avant de recourir à ce moyen, se bien demander si le malade sera à même de porter des verres constammefit au grand jour. Or, si, comme c'est le cas pour des enfants turbulents, il fallait tantôt les ôler pour le jeu, tantôt les remettre, ils feraient plus de mal que de bien à cause du changement d'éclairage de la rétine.
Souvent le spasme d'accommodation ne cédera pas à ces moyens, ou il reparaî!ra avec les autres symptômes : fatigue des yeux, douleurs de tête, aussitôt que les occupations scolaires recommenceront. Il convient alors de le supprimer à l'aide de mydriatiques. On instillera pendant plusieurs semaines, une ou deux fois par jour, une goutte de solution d'atropine ou de duboisine (1 : 200), en recommandant de tenir les yeux fermés ensuite pendant cinq minutes. On remarquera, en pareil cas, déjà au bout du premier jour, que la réfraction a considérablemerit diminué, que l'accommodation est presque entièrement paralysée. Il arrive cependant exceptionnellement qu'un reste de spasme persiste et s'accuse par une différence de réfraction dans l'examen subjectif et objectif. Il faut alors continuer l'atropinisation plus longtemps et la rendre plus énergique. La dilatation et l'immobilité des pupilles qu'entraîne nécessairement cette cure commande l'usage presque constant de verres fumés très foncés pour le grand jour, moins foncés pour le soir. Ces verres auront la forme d'une coquille. Pour des myopes faibles et des emmétropes, ils n'ont pas besoin d'exercer une action optique. Aux myopes plus forts, on pourra donner des verres en même temps concaves, ne corrigeant cependant pas la totalité de la myopie, attendu qu'ils pourraient s'en servir à courte distance. L'hypermétrope, par contre, profitera de l'occasion pour avoir la totalité de son défaut de réfraction corrigée.
Au début du traitement, tout travail à courte distance sera interdit. Plus tard, quand les symptômes d'asthénopie auront di-paru, on permettra au malade de s'occuper pendant quelques heures, avec de longues pauses, en s'aidant de verres convexes qui l'adaptent à une distance de 30 à 40 centi-