PARTIE CLINIQUE (MYOPIE ATYPIQUE DE CAUSES RARES
de révolution; sa courbure diffère d'un méridien à l'autre. En un mot, elle est fortement astigmate. L'astigmatisme régulier de ces kératocones peut varier de 5 à 15 dioptries (1), et la correction, combinée avec celle de la myopie en général, augmente sensiblement l'acuité visuelle de ces yeux. Cette dernière n'atteint cependant jamais la normale, attendu qu'une partie seulement de Tirrégularité cornéenne est corrigible, et qu'il reste toujours un astigmatisme irrégulier, rebelle à toute correction.
La myopie de courbure peut être produite aussi par un excè^ de convexité du cristallin. Ceci arrive notamment lorsque cet organe est soustrait à l'action de son ligament suspenseur, qui tend à l'aplatir plus ou moins. Ainsi, une rupture de la zone de Zinn, comme elle peut arriver à la suite d'un traumatisme, augmente presque toujours la réfraction de l'œil, quelquefois jusqu'à rendre ce dernier fortement myope. Dans les cas de subluxation du cristallin, on constate même la myopie à côté de l'hypermétropie dans le même œil. La partie de la pupille occupée par le cristallin est myope, la partie aphake, hypermétrope.
La luxation du cristallin peut produire la myopie d'une autre façon encore, c'est-à-dire par le déplacement en avant de cette lentille. L'ava7icement du cristallin par toute autre cause a également pour effet l'augmentation de la réfraction de l'œil.
Enfin le même organe peut occasionner une troisième forme de myopie encore, grâce à l'augmentation de l'indice de réfraction de son noyau. Nous avons assez souvent déjà exposé que la force réfringente du cristallin est d'autant plus considérable que la différence de réfraction entre sa périphérie et son centre est plus grande. L'effet d'une augmentation de densité du noyau, reconnaissable quelquefois au reflet qu'on en obtient à l'éclairage oblique, s'explique donc facilement. C'est ainsi qu'on rencontre parfois des personnes qui^ loin de devenir hypermétropes par la sénilité de leur cristallin, voient, au contraire, augmenter leur réfraction, peuvent lire sans lunettes convexes, et jouissent d'une espèce de « second sight », comme l'appellent les Américains. Cette amélioration de la vue n'est cependant que très relative. Si la vision de près est possible sans verres convexes, elle est confuse à distance. Ces personnes sont devenues de véritables myopes. Et, par malheur, cette myopie par altération de Vindice de réfraction (W), fait presque toujours place à la cécité, attendu que cette augmentation dans la densité du noyau du cristallin est généralement le prodrome d'une opacité nucléaire, bientôt suivie de cataracte totale.
L'augmentation de l'indice de réfraction de l'humeur aqueuse, de même que la diminution de celui du corps vitré, pourrait également amener la myopie, mais des faits de ce genre n'ont pas encore été constatés d'une façon certaine.
(1) Laqueur, Ueber die Hornhautkrùmmung, etc. {Klin. MonatsbL, p. 99,1884).
La correction de la myopie atypique est nécessairement la même que celle de la myopie typique. Mais l'importance de l'anomalie de la réfraction s'efface le plus souvent devant celle de l'altération primitive qui lui a donné naissance.
L'ANISOMÉTROPIE
On désigne par anisométropie (a privatif, Icjôç, égal) l'état dans lequel la réfraction est inégale des deux yeux.
De légères différences entre un œil et l'autre se voient très souvent, et sont probablement plus fréquentes que l'égalité absolue entre les deux. Mais ce n'est évidemment pas de ces inégalités minimes, qui ne méritent pas de nom particulier, que nous allons parler. U anisométropie commence, pour nous, lorsque la différence de réfraction entre les deux yeux dépasse la valeur de l'intervalle minimal que présentent nos notations relatives aux différents degrés de réfraction. Autrement dit, il y a anisométropie dès que les deux yeux réclament, pour avoir chacun leur maximum d'acuité visuelle, ou pour présenter à l'observateur la même netteté dans leurs images ophthalmoscopiques, deux numéros différents de verres de lunettes.
Toutes les variétés d'anisométropie imaginables, toutes les combinaisons de réfraction sont possibles entre les deux yeux : Un œil étant emmétrope, l'autre peut être myope ou hypermétrope. Les deux peuvent être hypermétropes ou myopes à des degrés différents. Enfin, l'un d'eux peut être hypermétrope, l'autre myope.
La différence de réfraction peut atteindre des degrés très élevés. 6 dioptries d'anisométropie congénitale ne sont pas un chiffre rare, et, par l'extraction unilatérale de la cataracte, nous créons des inégalités bien plus grandes encore. Ajoutons à cela que l'astigmatisme est très fréquent chez les anisométropes, et l'on comprendra combien la réfraction d'un œil peut être dissemblable de celle de son congénère. Il est vrai que c'est précisément l'astigmatisme qui rétablit parfois un peu d'analogie dans cette inégalité, par la disposition symétrique de ses méridiens principaux. Mais cette symétrie même n'est pas plus constante que le degré de l'astigmatisme, et bien moins encore que sa nature à chaque œil.
L'anisométropie peut être congénitale ou acquise. Après ce que nous avons dit du développement du globe oculaire, il est évident que, lorsqu'un œil devient myope dans le cours de son évolution, tandis que l'autre reste hypermétrope ou devient emmétrope, cette différence de réfraction, quoique survenue avec l'âge, constitue néanmoins une anisométropie congénitale. La disposition à l'état de réfraction est en effet congénitale, au moins dans la majorité des cas.
Une anisométropie incontestablement acquise, par contre, est celle déjà mentionnée, créée par la suppression du cristallin d'un des yeux. Mais il est