PARTIE CLINIQUE (ANISOMÉTROPIE
plus que douteux qu'un œil puisse devenir myope par suite de son usage exclusif dans la vision de près, tandis que l'aulrc resterait, par exemple, hypermétrope. L'organe qui ne participe pas à la vision prend une bonne part à la fatigue de son congénère, comme cela est facile à vérifier. Aussi voit-on très souvent un œil primitivement plus faible, et, par suite, exclu de la vision et dévié, devenir plus staphylomateux et plus myope que son congénère, qui est en activité effective. Le travail n'est donc que la cause déterminante du développement de la myopie sur des yeux qui y sont congénitalement ou accidentellement prédisposés. C'est celte prédisposition qui a fait défaut à l'œil inactif, resté hypermétrope pendant que l'autre est devenu myope.
A moins d'être la conséquence d'une opération, d'un accident, comme la luxation unilatérale du cristallin, du décollement de la rétine, d'une facette cornéenne, etc., l'anisométropie peut donc être considérée comme étant congénitale, attribuable au développement inégal des yeux. Il est, par suite, tout à fait logique de rechercher si cette différence entre l'évolution des organes visuels ne serait pas en rapport avec une inégalité analogue entre les deux orbites, et même les deux moitiés de la tête. Cette supposition est d'autant plus justifiée, que l'asymétrie de la face et du crâne se rencontre très fréquemment, et sous des formes aussi variées que ses degrés sont divers.
Or nous avons déjà eu l'occasion de parler des rapports qui semblent exister entre le développement du crâne et celui des yeux. Il arrive très souvent qu'à la moitié la moins développée de celui-ci correspond l'œil le plus petit. Mais, si l'on fait attention à la forme de la face et de la tête en général dans tous les cas, et non seulement à l'occasion de l'anisométropie, on trouve que des degrés très marqués d'asymétrie faciale peuvent exister sans qu'il y ait de différence dans la réfraction des deux yeux. Il arrive même qu'au front le plus proéminent, à la pommette la plus marquée, au menton le plus large, correspond l'œil le plus petit.
On aurait tort cependant de vouloir nier, pour cela, tout rapport entre le développement des yeux et celui du crâne. Quoique Donders déclare modestement qu'il n'est pas encore parvenu à préciser les lois de ces anomalies (1), il ne faut pas nier qu'elles existent, ni désespérer de les trouver un jour. Voici déjà un point à considérer : l'investigation ne doit pas porter uniquement sur le développement apparent des deux moitiés de la face, mais sur celui de la tête entière. Il n'est pas rare, en effet, que le relief d'une moitié de la face, par exemple la gauche, paraisse plus accusé, celui de l'autre, la droite, plus effacé. Mais, quand on regarde la tête d'en haut, ou qu'on fait prendre l'empreinte de sa circonférence par un conformateur de chapelier, on constate que l'occiput présente une asymétrie inverse, qu'ici la moitié droite est la plus saillante, l'autre la moins proéminente ; de façon qu'on a l'impression comme si les deux moitiés de la tête avaient été sim-
(1) Donders, loc. cit., p. 558, éd. angl. ; 469, éd. allem.
plemeiit déplacées l'une par rapport à l'autre, dans le sens antéro-postérieur.
En second lieu, le développement en longueur et celui en largeur des deux moitiés du crâne peuvent avoir une influence distincte. Ainsi Donders (loc. cit.) dit avoir constaté que « du côté de la réfraction la plus élevée, ou, pour mieux dire, de l'axe visuel le plus long, l'orbite, et avec elle l'œil, est plus rapprochée de la ligne médiane, en même temps que les bords orbitaires proéminent davantage ».
Enfin il ne faut pas oublier que la configuration de la tète ne constitue certainement pas la cause déterminante unique de la forme et de l'état de réfraction de l'œil, mais que beaucoup d'autres facteurs encore influent sur jeux] d'une façon diverse et même inverse a celle du développement crânien.
S'il est prudent d'être très réservé dans les jugements qu'on tire de la figure de l'individu sur la réfraction absolue et même relative de ses yeux, l'observateur attentif arrive cependant assez aisément à distinguer par l'inspection extérieure des globes oculaires, lequel des deux possède la réfraction la plus forte ou la plus faible. C'est-à-dire, puisqu'il s'agi presque exclusivement d'amétropie axile, qu'il verra facilement lequel des yeux est le plus long, lequel est le plus court. On n'a qu'à écarter et repousser les bords palpébraux, en faisant regarder fortement vers le nez, comme nous l'avons indiqué, et compléter encore cet examen visuel par la palpation.
La vision des anisométropes'.ipeui s'effectuer de trois façons : 1" Les deux tjeux fixent simultanément, et la vision binoculaire existe;
2° Uanisométrope se sert alternativement de Vun et de Vautre œil;
3' La vision s'accomplit avec un seul œil, toujours le même. Vautre en étant exclu en permanence.
1° Pour se rendre compte si une personne qui voit des deux yeux fixe binoculairement, on n'a qu'à lui désigner un objet de fixation et à couvrir et découvrir alternativement chacun de ses yeux. Si, au moment où l'on porte le diaphragme, ou simplement la main, d'un œil devant l'autre, le premier fait un mouvement pour se diriger vers l'objet, il est certain qu'il n'avait pas pris part à la fixation pendant qu'il était exclu de la vision. Et, lorsqu'il ne s'agit pas d'yeux fortement myopes, qu'aucune impulsion accommodative ne renseigne sur la distance de l'objet fixé, on peut conclure de cette épreuve que la direction des yeux est également incorrecte en l'absence de tout obstacle. Il est bon de faire l'expérience pour un point éloigné aussi bien que pour un objet rapproché.
On arrivera au même but, avec plus de sûreté encore, en interposant brusquement un prisme, à sommet interne ou externe, entre l'objet de fixation et l'un des yeux. Si ce dernier exécute immédiatement une rotation dans |