PARTIE CLINIQUE (TRAITEMENT DE L ANISOMÉTROPIE
Il est inutile de ciler des exemples. Chacun d'entre nous a eu et aura encore l'occasion d'en observer, surtout chez les myopes, si sujets aux accidents de toute sorte : hémorrhagie dans la macula, décollement rétinien, etc. Inutile aussi, par suite, d'insister sur l'importance de l'examen soigneux de chaque œil isolé, quand bien même on devrait se montrer parfois plus royaliste que le roi, en cherchant à faire voir un œil en dépit de l'indifférence du malade qui en a fait son deuil depuis longtemps.
TRAITEMENT DE l'ANISOMÉTROPIE
S'il est de notre devoir d'examiner consciencieusement la réfraction de chaque œil, et d'essayer tous les moyens pour procurer à chacun d'eux son maximum d'acuité visuelle, notre conseil de ne pas se laisser entraîner à la polythérapie optique n'est cependant nulle part plus applicable que lorsqu'il s'agit d'anisométropie.
Etant donné, d'une part, que l'impression stéréoscopique est d'autant plus vive, la vision binoculaire d'autant plus précise que les images rétiniennes de chaque œil sont plus nettes, d'autre part, que l'anisométrope est dans l'impossibilité de corriger son inégalité de réfraction par un effort d'accommodation différent pour chaque œil, on serait tenté de rétablir, au moyen de verres correcteurs, l'identité dans l'adaptation des yeux. S'agit-il, par exemple, d'une personne qui a un œil gauche emmétrope et une myopie de 3 D sur l'œil droit, il semble tout à fait logique de corriger la myopie de cet œil par un concave 3, afin d'égaliser aux deux yeux la portée de la vue dans le regard à grande distance, et de donner, pour le travail de près, un convexe 3 à l'œil emmétrope, afin de le mettre au même point que son congénère myope.
j En agissant de la sorte, on irait absolument à l'encontre du succès dans l'immense majorité des cas. Uanisoniétrope doué de la vision binoculaire, — et il ne peut être question que de cette catégorie dans noire exemple, — l'anisométrope conviendra parfaitement qu'il voit bien mieux avec son œil corrigé que lorsqu'il ne l'est pas, mais il déclarera plus énergiquement encore I qu'il préfère de beaucoup la vision binoculaire sans verre qu'avec la correction, j que cette dernière lui occasionne une gêne considérable, insurmontable, qu'il 1 est ébloui, que la tête lui tourne, que les objets dansent devant ses yeux, que les lunettes le fatiguent au possible, et que jamais il ne saurait s'y habituer.
Il existe des cas, en effet, où l'anisométrope est incapable de s'accoutumer à la moindre modification apportée à la ditïérence qui existe entre ses deux yeux. On est donc obligé de la laisser subsister. Si l'un des yeux jest emmétrope, l'autre amétrope, on s'abstiendra de prescrire des verres |pour la vision au loin, à moins que l'œil amétrope ne soit le privilégié, ce qui arrivera d'ailleurs rarement dans le cas où la vision binoculaire existe.
Pour la vue à courte distance on se réglera d'après Tceil que le malade préfère. On le fera lire, par exemple, les deux yeux étant ouverts, et on couvrira subitement l'un et l'autre. L'œil dont le malade se sert le plus volontiers est évidemment celui dont l'exclusion lui cause une gêne sensible. Il interrompt sa lecture, éloigne ou rapproche le livre, ou attend au moins un moment jusqu'à ce qu'il ait comblé, par un effort d'accommodation, la lacune dans la force réfringente de son œil. C'est ce qui arrivera lorsque le malade use habituellement de son œil le plus réfringent, de l'emmétrope, par exemple, si l'autre est hypermétrope. Dans ce cas, on n'aurait recours à des lunettes que si l'accommodation de l'œil emmétrope était insuffisante. On donnerait alors de chaque côté le numéro que cet œil emmétrope réclame.
Si l'un des yeux est myope et qu'il soit spécialement chargé de la vision rapprochée, on sera rarement obligé de prescrire des verres de lunettes pour le travail; on ne le fera que dans les degrés inférieurs de la myopie, lorsque l'accommodation est faible, ou exceptionnellement dans la myopie très forte.
Le choix des verres, pour les anisométropes qui ne supportent aucune correction de leur différence de réfraction, est très simple aussitôt qu'on s'est assuré quel est l'œil le plus employé. C'est de celui-ci seulement qu'on tient compte, en lui appliquant les/ègles que nous avons formulées plus haut. L'autre œil reçoit le même numéro, de façon que l'anisométropie elle-même n'est pas modifiée.
D'autres fois, le malade tolère parfaitement un certain degré, mais non la totalité de la correction. Si la différence de réfraction est de 5 D, on peut la réduire, par exemple, à 2 D, à l'aide d'un concave 3 placé devant l'œil le plus réfringent, ou du convexe 3 ajouté au moins réfringent. Le reste de l'intervalle n'est pas comblé par l'accommodation. Le malade reçoit toujours des unages rétiniennes peu distinctes dans son œil imparfaitement corrigé, mais cependant plus nettes que de l'œil nu. Faut-il alors corriger toujours la partie corrigible de l'anisométropie?
On pourrait croire que la réponse ne saurait être douteuse, et que, puisque le malade supporte les verres et déclare voir distinctement avec leur aide, il ne faudrait pas balancer à les lui prescrire. Il existe cependant des cas où nous hésitons. On sait d'abord que nous n'aimons pas affubler les malades de verres de lunettes, si ces derniers ne sont pas indispensables. Or une personne emmétrope et douée d'une bonne acuité visuelle sur un œil, amétrope sur l'autre œil, a rarement besoin du petit secours que la correction partielle de cet œil peut lui procurer. Sa vision sera un peu plus nette, mais pas beaucoup, et la sensation du relief des objets très éloignés ne dépend pas de la vision binoculaire. Il aurait donc acheté un petit avantage au prix des inconvénients que présente le port des verres.
On objectera cependant .que celui-ci est parfois indiqué par d'autres raisons, par exemple, pour protéger les yeux contre la poussière, l'excès de