‹ Traité complet d'ophthalmologieChapitre 170 sur 327 · PARTIE CLIiNIQUE (TRAITEMENT DE L'ANISOMÉTROPIE · texte numérisé non relu

PARTIE CLIiNIQUE (TRAITEMENT DE L'ANISOMÉTROPIE

lumière, etc., et que, dans d'autres conditions, il n'entraîne que des inconvénients minimes, comme dans la vision de près. Il semblerait donc préférable de réserver la correction de l'anisométropie pour ces cas spéciaux, et de procurer au malade le bénéfice des verres seulement dans les circonstances où ils n'ont pour lui aucun désavantage, sans lui en imposer Tusage continu. Ainsi, à un anisométrope emmétrope à droite, hypermétrope de 3 D à gauche, qui voit mieux avec le convexe 2 devant cet œil que sans verre, on lui donnerait ce numéro dans son pince-nez protecteur et dans ses lunettes de travail. Il ne s'en servirait donc qu'incidemment.

Mais cette correction l'habitue à des images rétiniennes d'une certaine netteté dans son œil hypermétrope. Il se contentera de moins en moins des images diffuses d'autrefois, dont il avait cependant bien su tirer profit. Il deviendra de plus en plus dépendant de ses lunettes, et, s'il les quitte, il encourra une sorte d'asthénopie due aux efforts infructueux que l'œil hypermétrope tente pour se procurer, par son accommodation, les images relativement nettes dont on lui a donné le goût. Les anisomélropes de cette espèce se rendent parfaitement compte qu'au moment où ils enlèvent leurs lunettes correctrices, il se passe dans l'œil le moins réfringent quelque phénomène désagréable; ils éprouvent une sensation de crampe, de contraction, qui les oblige à fermer l'œil, ou à le frotter; ils sont forcés de cesser de regarder pendant quelque temps, sous peine d'être gênés, éblouis, fatigués. C'est la lutte pour obtenir des images nettes. Nous ne serions pas surpris si, poussé par ce désir, un œil jeune découvrait, un jour néfaste, l'artifice défendu du strabisme, en voulant à toute force revoir, avec une netteté familière, un objet donné. Cette netteté exige un effort d'accommodation égal au degré de l'anisométropie corrigé par les lunettes. Il ne peut être fourni qu'au prix d'une convergence équivalente, c'est-à-dire exagérée par rapport à la distance de l'objet. Cet excès de convergence sera imposé à Tœil le plus réfringent, tant que l'autre reste maître de la fixation; mais, une fois que la sensation du strabisme convergent est devenue consciente, l'individu le produira avec une facilité de plus en plus grande, et, si l'œil le plus fort en réfraction était le plus faible en acuité visuelle, le strabisme pourrait devenir permanent, au moins pendant la fixation.

Les mêmes précautions sont nécessairement indiquées lorsque le malade supporte la correction non seulement d'une partie, mais de la totalité de son anisométropie. On se demandera toujours si l'avantage de cette correction ne pourrait pas être compensé par des inconvénients plus grands que l'imperfection des images rétiniennes d'un œil qui, cependant, participe utilement à la vision binoculaire.

Hâtons-nous de dire pourtant que, lorsqu'une personne est obligée, par une autre raison que son anisométropie, de porter des lunettes, il y a presque toujours avantage à égaliser en même temps la réfraction de ses yeux autant que cela lui est agréable.

Quelquefois même cette égalisation relative ou absolue est exigée impé-

rieusemenl. L'anisométropie qui, dans la majorité des cas, est supportée sans aucun phénomène subjectif désagréable, devient parfois la cause d'une asthénopie extrêmement pénible. Ce cas, quoique étant l'exception, ne se présente cependant pas très rarement. Ainsi, sans chercher dans nos protocoles, nous pouvons en citer quelques exemples, qui se sont présentés à nous pendant la rédaction de ces pages :

Le premier concerne un jeune homme, qui a été obligé d'interrompre ses études depuis plusieurs années, parce que, aussitôt qu'il lit ou écrit, son œil droit se fatigue et lui donne « des douleurs de tête épouvantables ». Je constate, à gauche M 3, V = 1 ; a droite H 1, V = l. La réfraction déterminée à l'ophthalmoscope ne diffère pas de celle trouvée subjectivement. La vision binoculaire existe; sans cela, son anisométropie ne le gênerait pas.

Le malade ne supporte pas la correction de son anisométropie, mais se trouve tout à fait soulagé, pour la vision à dislance, par le concave 2 placé devant son œil myope. Il retire un plus grand avantage encore du convexe 1,5, dont nous munissons son œil hypermétrope, pour le travail. Il est tout heureux et peut reprendre ses occupations de suite.

Ce cas est intéressant, en ce qu'il montre combien l'anisométropie est capricieuse dans sa correction. Nous avons essayé toute espèce de combinaisons, en diminuant graduellement le numéro depuis la correction pleine jusqu'à ce que le malade nous dît que la vision lui était agréable, et, comme on voit, nous avons été obligé de laisser subsister une anisométropie de 2 D pour la vision à distance et de 2,5 pour la vision de près.

Le même jour, j'ai revu une demoiselle artiste, qui s'était adressée à moi l'année dernière à cause d'une asthénopie extrême, inutilement soignée en France et à l'étranger, et qui l'empêchait de se livrer à son travail de sculpture. Elle avait, à gauche, une myopie de 7 D; l'acuité visuelle, égale à 0,4, était élevée par la correction d'un astigmatisme de 1 D, à 0,7. A droite, il existait une myopie apparente de 3 D, V = 0,6.

La myopie de cet œil se montrait due à un spasme d'accommodation. Elle diminua jusqu'à 1 D sous l'influence d'une cure d'atropinisation que nous instituâmes aux deux yeux. La malade accepta alors avec plaisir le concave sphérique 4 avec le cylindre 1 pour l'œil gauche, le concave 1 à droite, c'està-dire la correction de 3 des 6 D de son anisométropie. Cette année, nous avons même essayé de supprimer le concave 1 de l'œil droit, c'est-à-dire de neutraliser une dioptrie de plus de la différence de réfraction entre les deux yeux, tout en facilitant la vision de près à notre malade, dont l'accommodation pourrait bientôt demander un petit soulagement. Elle fut très satisfaite de ses nouvelles lunettes.

Il est vrai qu'ici l'anisométropie n'était pas la seule cause de l'asthénopie : il y avait l'astigmatisme, laissé auparavant sans correction, et le spasme accommodatif de l'œil droit. Mais ce dernier était peut-être attribuable à la différence de réfraction des deux yeux, quelque exceptionnelle que soit la contraction inégale du muscle ciliaire dans l'anisonnHropie.

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