‹ Traité complet d'ophthalmologieChapitre 185 sur 327 · PARTIE CLINIQUE (PARESIE DE L'ACCOMMODATION · texte numérisé non relu

PARTIE CLINIQUE (PARESIE DE L'ACCOMMODATION

cérébro-spinale disséminée, et, comme exemple de lésions localisées, l'observation de M. Gohn (1), où une fracture par arme à feu de la base du crâne avait entraîné une paralysie de l'accommodation. M. Parinaud(2) Ta observée aussi chez un malade qui avait succombé à une tumeur cérébrale, aplatissant entre autres le tronc de l'oculo-moteur commun.

Parmi les affections spinales, Vataxie locomotrice est la seule qui paraisse donner lieu à la pnrésie accommodative, grâce aux manifestations fréquentes de cette maladie sur les nerfs de l'œil. Lorsque la 3^ paire est atleinle, il est naturel que le muscle ciliaire souiïre dans sa contractililé.

Il n'existe que deux observations où la compression du sympathique ait été accompagnée d'un affaiblissement du pouvoir accommodateur. Ce sont celles de M. Eulenburg (3) et de M. Warner (4). Dans le premier cas, il s'agissait d'une lésion irritative, dans le second, d'une parésie de ce nerf. Ces données contradictoires font pressentir toute l'obscurité qui règne encore sur ce point. Suivant M. Eulenburg, la tension intra-oculaire, augmentée sous l'influence de l'excitation du sympathique, s'opposerait au bombement des surfaces cristalliniennes lors du relâchement de la zone de Zinn.

Le cas de M. Hutchinson (5), qui vit se développer une paralysie subite et passagère à la suite d'une frayeur vive, reste inexpliqué, à moins qu'on ne recoure à l'hypothèse de troubles vaso-moteurs ou d'une action d'arrêt particulière exercée sur le centre accommodateur.

Nous avons déjà eu l'occasion de faire remarquer, en parlant del'asthénopie accommodative, l'influence fâcheuse qu'exerce sur l'énergie du muscle ciliaire un état de santé défavorable. Toute cause capable d'entraver la nutrition et de déterminer une dépression générale des forces retentira donc sur la faculté accommodatrice. Aussi n'est-il pas étonnant qu'on ait signalé la faiblesse de l'accommodation dans Vanémie essentielle et dans une foule d'autres états anémiques symptomatiques, tels que celui qui succède aux maladies aiguës (6), ou qui est provoqué par la lactation (7), Valcoolisme (8), les excès vénériens, la masturbation (9), les lésions utérines {iO)y les hémorrhagies abondantes (11), etc.

Signalons enfin, parmi les affections nerveuses périphériques, la névrite des terminaisons ciliaires de l'oculo-moteur commun, qui, dans un cas de

(1) Cohn, Schussverletmngen des Auges, p. 6, 1872.

(2) Parinaud, Arch. de NeuroL, vol. V, n" 14, p. 145.

(3) Eulenburg, Berl. klin. Wochenschr., p. 169-172, 1873.

(4) Warner, Brit. med. Journ., April 1877.

(5) Hutchinson, Opiith. hosp. Rep., VII, p. 39, 1871.

(6) Coccius, Die Heilanstalt f. arme Augenkranke, etc. Leipzig, 1870.

(7) Hutchinson, Ophth. hosp. Rep., VII, p. 38, 1871.

(8) Romiée, Rec. d'ophth., p. 33, 1881.

(9) Landesberg, Med. Bulletin, III, n° 4, 1881.

(10) Mooren, loc. cit.

(11) Rampoldi, Ann. di Otlalm., XI, p. 318, 1882.

M. de Hasner, accompagnait une éruption d'herpès (1). Les complications paralytiques de cette lésion trophique s'étaient manifestées ici du côté du muscle ciliaire.

C'est sans doute à des altérations locales de ces terminaisons nerveuses ou du tissu même du muscle ciliaire qu'il faut rattacher la parésie accommodative survenant à la suite de traumatismes de F œil ou de la région orbitaire (2). Peut-être faut-il les mettre en cause aussi pour expliquer celle qu'on a observée dans Vophthalmie sympathique (3), dans le glaucome, dans la névralgie des rameaux dentaires (4), de la deuxième branche du trijumeau.

Diagnostic. — Quelle que soit la cause qui la provoque, la paralysie partielle ou totale du muscle ciliaire, envisagée à part et dégagée de toute autre lésion concomitante, s'annonce par un trouble fonctionnel constant : la diminution ou l'abolition complète de l'amplitude accommodative, par suite de l'éloignement du punctum proximum de l'œil, ou de sa coïncidence absolue avec le punctum remotum. Ce dernier ne subit en général aucun déplacement (5). La réfraction statique reste la même; la réfraction dynamique est affaiblie ou nulle.

Il résulte de cet état de choses des troubles visuels divers, suivant qu'on les considère chez l'emmétrope, chez le myope ou chez l'hypermétrope, et même chez l'astigmate. Ces troubles sont ceux que nous avons déjà décrits en parlant des altérations séniles du cristallin, de la presbyopie. Ils n'en diffèrent que par leur apparition rapide ou même soudaine, qui peut leur donner un caractère des plus alarmants.

Après tout ce que nous avons dit des phénomènes consécutifs à la diminution de l'amplitude accommodative, on comprendra que nous n'insistions pas sur le diagnostic de la paralysie de l'accommodation. Le médecin aura heu d'en soupçonner l'existence dès que, chez un sujet jeune, il constatera la difficulté ou l'impossibilité de la vision rapprochée à divers degrés, toutés les fois qu'une hypermétropie manifeste se trouvera brusquement augmentée ou devenue absolue, de facultative qu'elle était, ou enfin qu'un astigmatisme aura subitement pris naissance. Il ne manquera pas de trouver dans l'anam-

(1) V.H^ner,A//âf. Wiener mecl. Ztg.,^. m, iSl^, etv. Arlt, Klin. Monatsbl, p. 333, 1877.

(2) Harlan, Amer. Journ. of the med. Se, vol. LXI, p. 130-140, 1871. — Hirschberg, Klin. Beobachtungen, p. 33-38, 1874.

(3j Cuignet, Rec. d'ophth., p. 193, 1878.

(4) Schmidt-Rimpler, Arcfi. f. Ophth., XIV, 1, p. 107, 1868.

(5) MM. Jacobson et Weiss [Arch. f. Ophth., WU, 2, p. 236, 1878) ont observé le fait singulier que, lors de la paralysie diphthéritique de l'accommodation, l'état de réfraction était notablement inférieur à celui que possédaient les mêmes individus avant ou après guérison, sous l'influence de l'atropine. Ce qui prouve qu'on ne peut attribuer cette diminution de la réfraction à une inertie plus complète du muscle ciliaire dans le premier cas que dans le second, c'est qu'en pleine paralysie diphthéritique le mydriatique mentionné était encore capable de reculer le punctum remotum d'une façon très sensible.

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