‹ Traité complet d'ophthalmologieChapitre 186 sur 327 · PARTIE CLIN. (DIAGN. DE LA PARÉSIE DE L'ACCOMMODATION · texte numérisé non relu

PARTIE CLIN. (DIAGN. DE LA PARÉSIE DE L'ACCOMMODATION

nèse du malade quelqu'une des circonstances étiologiques que nous avons mentionnées. Le plus souvent, il aura affaire à des jeunes gens convalescents d'une affection diplithéritique, ou anémiés soit par une constitution vicieuse, soit par une hygiène défavorable. L'emploi de l'une quelconque des méthodes que nous avons décrites pour la mensuration de l'amplitude accommodative achèvera la précision de son diagnostic. Nous n'attachons pas grande importance à certains phénomènes objectifs, tels que la mydriase, le ptosis ou une déviation paralytique, attendu qu'ils peuvent faire défaut dans la paralysie du muscle ciliaire (i), et qu'ils peuvent exister en l'absence de cette dernière.

Mais il est important, au point de vue du pronostic, non seulement des altérations locales, mais même de celles de l'organisme entier, il est important, disons-nous, de se rendre un compte aussi exact que possible de la cause de ce trouble fonctionnel, et du siège de la lésion qui le provoque. En pareil cas, l'ophthalmologiste doit se montrer familier avec la pathologie générale et avec tous les moyens d'exploration qu'elle possède. Lescommémoratifs seront les premiers éléments du diagnostic. Il sera généralement facile de savoir si le malade a été atteint d'affections de la gorge, diphthéritiques ou simples; s'il a des antécédents syphilitiques; s'il est sous le coup de quelque affection grave du système nerveux central, ou bien s'il a été seulement soumis à des influences délétères pour sa santé, soit dans son régime alimentaire, soit dans ses habitudes, soit dans les autres conditions hygiéniques qui l'entourent. L'existence d'une maladie infectieuse aiguë ne saurait rester ignorée, même après son entière guérison.

Si ces renseignements font défaut ou sont insuffisants,. le médecin n'hésitera pas à recourir à un examen attentif et complet de toutes les fonctions de son patient. Il interrogera son faciès général, ses organes digestifs, les troubles qu'il pourrait présenter dans la motilité ou la sensibilité générales ou dans les sens spéciaux. Il examinera ses urines au point de vue de l'albumine et du sucre. Il se livrera surtout à une exploration minutieuse de l'œil, de sa motilité, de la largeur de la fente palpébrale, du diamètre et de la réaction pupillaires, des fonctions rétiniennes, toutes notions capitales à acquérir pour se faire une idée sur le point du trajet de l'oculo-moteur commun qui peut être compromis. Il ne saurait entrer dans notre plan de rééditer ici la symptomatologie de toutes les maladies nerveuses ou générales pouvant donner lieu à l'abolition de la faculté accommodative. Nous nous contenterons d'attirer l'attention du lecteur sur la coïncidence si fréquente des paralysies du voile du palais dans la convalescence de la diphthérie. Ces paralysies peuvent d'ailleurs s'étendre aux membres et même aux muscles du tronc, auquel cas k vie est sérieusement menacée. Il est remarquable

(1) MM. Jacobson, Maingaiilt. Scheby-Buch et d'autres encore, n'ont pas observé de troubles pupillaires dans la paralysie diphthéritique de l'accommodation. Suivant ces mêmes auteurs, la coïncidence de paralysies des muscles extrinsèques est rare.

qu'elles n'affectent que rarement des terminaisons de roculo-moteur commun autres que les rameaux ciliaires.

Le diagnostic étiologique une fois posé, le pronostic en découlera facilement. Il est établi que les paralysies diphthéritiques, quand elles ne s'étendent pas à des régions importantes pour la conservation de l'individu, guérissent sûrement au bout de quelques semaines. On pourra donner la même assurance consolante au malade qui se présente avec une anémie symptomatique de quelque vice diététique, ou consécutive à une maladie infectieuse aiguë. On sera plus réservé si Ton se trouve en face d'une intoxication chronique ou d'une maladie à longue échéance, telle que la syphilis ou le diabète. On connaît sans doute des succès éclatants et nombreux obtenus dans certaines affections nerveuses syphilitiques par le traitement mixte énergique. Mais il n'en existe pas moins trop de cas où cette médication reste impuissante, et nous avons vu que la paralysie syphilitique de l'accommodation est souvent le prélude d'une altération grave et incurable des centres nerveux. Enfm chacun connaît le triste sort réservé aux ataxiques, aux personnes atteintes de sclérose disséminée ou de tumeurs cérébrales.

Comme dans toute autre paralysie musculaire, l'irritation électrique pourrait nous fournir ici des indices précieux pour le pronostic, si elle était applicable au muscle de Briicke. Mais nous possédons heureusement un réactif presque aussi commode et sûr dans les myotiques. On peut dire d'une façon générale que, toutes les fois que le muscle ciliaire répond d'une manière prolongée à l'excitation produite par cet agent, le pronostic de sa paralysie est favorable.

Traitement. — Bien que les paralysies curables de l'accommodation disparaissent pour la plupart sponlanément, il n'en est pas moins hors de doute qu'un traitement local peut en activer quelquefois la guérison.

Si nous ne parlons pas particulièrement d'une médication générale, c'est que cette dernière se comprend d'elle-même dans tous les cas où elle est applicable à la cause de la faiblesse accommodative. Il va de soi, par exemple, qu'on prescrira une hygiène réconfortante et des remèdes toniques à toute personne dont la nutrition est défectueuse. Cette règle s'applique spécialement aux convalescents de maladies diphthéritiques, qui sont en général très débilités: on leur ordonnera une alimentation azotée, réparatrice; on leur procurera,, si possible, l'air pur de la campagne, des altitudes ou des bords de la mer; on leur recommandera le repos de leurs yeux et un exercice corporel proportionné à leurs forces. Les préparations ferrugineuses activeront la régénération de leurs globules sanguins, et les amers relèveront leurs fonctions digestives.

A-t-on affaire à un syphilitique atteint de lésions tertiaires? En dehors des prescriptions ci-dessus, qui ne peuvent qu'être favorables à tout malade cachectique, on instituera un traitement énergique au moyen de frictions mercurielles et d'iodure de potassium à hautes doses. On réglera avec

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