CHAPITRE PREMIER A. ANATOMIE DE L'APPAREIL NERVEUX OPTIQUE CENTRAL
Nous aurions à considérer le parcours et les rapports des éléments nerveux depuis leur origine dans la rétine à travers les nerfs optiques, le chiasma optique et les bandelettes optiques jusqu'à leur aboutissant cérébral.
Pour ce qui est du nerf optique, nous nous bornerons à relever, éomme ayant quelque importance au point de vue de certaines amblyopies, son passage à travers le trou optique, canal rigide qu'il remplit totalement à l'état normal. On comprend donc que ce soit à ce niveau que les troubles I circulatoires intéressant le nerf dans son ensemble entravent le plus facilement la nutrition du nerf et de ses enveloppes, et conduisent à des altérations pathologiques plus sérieuses, un gonflement du nerf devant y produire un étranglement, à peu près comme au niveau de la lame criblée. Aussi la lame criblée et le trou optique sont-ils les points de départ les plus fréquents des désorganisations du nerf optique. Celles qui partent du trou optique peuvent pendant quelque temps ne pas occasionner des altérations intraoculaires appréciables à l'ophthalmoscope ; dans ce cas elles rentrent dans la catégorie des amblyopies et des amauroses sans signes ophthalmoscopiques.
Les deux nerfs optiques vont aboutir au chiasma que leurs fibres traversent pour gagner le cerveau à travers les bandelettes optiques. Des quatre angles I saillants du chiasma (fig. 1) partent en avant les deux nerfs optiques, en arrière les deux bandelettes optiques, délimitant quatre angles rentrants, dont deux latéraux, un antérieur et un postérieur. L'angle postérieur, très ouvert, est délimité par les deux bandelettes optiques divergeant fortement
NUEL. — AMBLYOPIES ET AMAUROSES.
en arrière. Dans une vue de face de la base du cerveau (fig. I), cet angle ferme en avant un espace quadrilatère, un losange, dont l'angle postérieur est formé par la divergence des pieds pédonculaires (P) à leur émergence du pont de Varole (P. Y); les deux angles latéraux sont formés par la rencontre des bandelettes {b. o) et des pédoncules, les premières passant au-dessus de ces derniers en les croisant. Le fond de l'espace losangique ainsi délimité par quatre faisceaux de substance blanche est lui-même constitué par une lame de substance grise, portant des deux côtés de la ligne médiane deux saillies blanchâtres, les corps mammillaires (c. m), qui divisent notre losange en deux triangles; le triangle postérieur, appelé
FiG. 135. — Schéma de la base du crâne aux environs du chiasma optique.
P. V, pont de Varole. — P,pied pédonculaire. — L.t, lobe temporal du cerveau. — L.fr, lobe frontal. — b.olf, bandelette olfactive. — o, bandelette optique. — Le, tuber cinereum. — c. w, corps mammillaire. — UI, nerf oculo-moteur commun. — IV, nerf pathétique. — V, nerf trijumeau.
trigone interpédonculaire ou substance perforée postérieure, porte une foule de petits pertuis pour le passage des vaisseaux sanguins destinés aux couches optiques ; le triangle antérieur se soulève en un monticule acuminé, le tuber cinereum (t. c), organe creux communiquant avec la lumière du troisième ventricule, et dont la pointe se prolonge dans l'hypophyse et dans la glande pituitaire, ; celle-ci est située dans l'enfoncement de la selle turcique, en arrière et en bas du chiasma, mais dans son voisinage immé- ^ diat. Les altérations assez fréquentes de la glande pituitaire devant empiéter |
plus ou moins sur le chiasma, sont une cause assez fréquente d'amblyopies et d*amauroses.
En avant et au-dessus du chiasma, la lamelle grise qui constitue le plancher du troisième ventricule se recourbe en haut, sous le nom de substance perforée antérieure, pénètre dans la profondeur du cerveau et constitue la paroi antérieure, terminale {lamina terminalis) du troisième ventricule. En avant du chiasma et latéralement existent deux surfaces criblées de petits pertuis pour le passage des vaisseaux des ganglions centraux des hémisphères; ces surfaces mériteraient le nom de substance perforée antérieure, réservée à une autre partie de la base du cerveau.
Plus en avant encore, nous avons les deux lobes frontaux (L. /"r) sur lesquels courent les deux bandelettes olfactives (b. olf) dont les racines sont dans le voisinage immédiat du chiasma. L'externe de ces racines se recourbe en dehors, traverse la scissure de Sylvius et abouti ta la circonvolution de l'hippocampe, du lobe temporal du cerveau (L. t). Ce voisinage entre le bord antérieur du chiasma et l'origine des nerfs olfactifs explique comment les amblyopies par altération du chiasma s'accompagnent de troubles de l'odorat, de même que le voisinage des nerfs moteurs de l'œil (IV et V) occasionne souvent dans les mêmes circonstances des paralysies des muscles de l'œil.
Les rapports plus exacts du chiasma avec la lamelle sus-jacente de substance grise constituant le plancher du troisième ventricule sont importants à considérer. Cette paroi inférieure du troisième ventricule est, sur la ligne médiane, une mince lamelle de substance grise, à nu à la base du cerveau, et doublée par la substance blanche du chiasma et des bandeleltes optiques, qui font corps avec elle. Cette paroi s'étire vers le bas en un véritable entonnoir, V infundibulum ou tuber cinereum, au sommet duquel estappendue l'hypophyse logée dans l'excavation de la selle turcique et recouverte de replis de la dure-mère.
La forme d'une tente renversée qui en résulte pour la partie déclive du troisième ventricule est altérée par la présence, contre son versant antérieur, du chiasma optique. Ce dernier déprime en réalité la paroi antérieure de la tente, s'y enfonce comme un coin, et l'angle rentrant qui en résulte sépare en deux diverticulums la grande entrée de V infundibulum. Un de ces diverticulums est l'infundibulum proprement dit; l'autre est situé à la face supérieure du chiasma. Ce dernier diverticulum, sus-chiasmatique, décrit avec soin par Michel, joue probablement un rôle important dans la production de certaines amauroses et amblyopies : il sera distendu par les épanchements dans le troisième ventricule et exercera ainsi une pression sur le chiasma.
On comprend maintenant que le chiasma soit à sa face supérieure tapissé d'une couche de substance grise ; que celle-ci se continue en arrière du chiasma et même un peu à sa face inférieure, depuis son angle rentrant postérieur; c'est tout bonnement la paroi grise du troisième ventricule qui constitue également la paroi de l'infundibulum, se moule en se courbant
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en S sur le chiasma, et qui au-devant de ce dernier se recourbe en haut sous le nom de substance perforée antérieure — visible si on écarte un peu le chiasma, — se relève à angle presque droit, et sous le nom de lame terminale s'enfonce dans la profondeur, formant la paroi antérieure du troisième ventricule. Le diverticum sus-chiasmatique s'isole encore davantage du troisième ventricule, grâce à la présence, à son entrée, de deux replis latéraux de la lamelle grise ; il constitue une poche qui ne communique eu arrière avec le troisième ventricule que par une ouverture très étroite, une espèce de boutonnière, et qui en avant émet sous forme de cornes deux prolongements au-dessus de l'origine des deux nerfs optiques.
Au sortir du chiasma, les bandelettes optiques divergent fortement, s'élancent sur les pédoncules cérébraux qu'elles contournent par leur face externe à angle presque droit ; elles se relèvent peu à peu, et une fois le pédoncule franchi, chacune d'elles s'élance sur la face postérieure de la couche optique de son côté, où elle se subdivise, pour l'œil nu, en deux racines, dont une, externe, va aboutir au corps genouillé externe ; et l'autre, interne, au corps genouillé interne.
Avant d'aller plus loin, relevons quelques rapports macroscopiques qu'affectent les bandelettes, et qui sont de la plus haute importance pour apprécier certaines amblyopies. Là où la bandelette croise le pédoncule cérébral, nous sommes à l'origine de la scissure de Sylvius; les pédoncules cérébraux et les bandelettes sont recouvertes par l'extrémité du lobe temporal (L. t, fig. 1), plus spécialement par la circonvolution de l'hippocampe et par la lingula. Un processus morbide peut donc intéresser successivement le lobe temporal (surdité croisée ?), la bandelette optique (hémianopie homonyme du côté opposé) et le pédoncule cérébral (contractures, paralysies et anesthésies dans la moitié opposée du corps). Enfin nous sommes dans le voisinage de Vinsula et de la troisième circonvolution frontale qui pourront être envahies également (diverses formes d'aphasie).
Pour terminer avec les connexions macroscopiques des bandelettes optiques, signalons les deux côtes saillantes connues sous les noms de bras conjonctivaux des tubercules quadrijumeaux ; l'antérieur, parti du tubercule antérieur, aboutit pour l'œil nu au corps genouillé externe ; le postérieur, parti du tubercule postérieur, aboutit au corps genouillé externe. Les deux corps genouillés sont précisément les deux aboutissants de la bandelette optique. Un examen à la loupe suffit pour poursuivre, avee une évidence parfaite, des fibres des bandelettes à travers ces deux bras conjonctivaux jusqu'aux tubercules quadrijumeaux antérieur et postérieur.
Les aboutissants de la bandelette optique sont donc multiples déjà pour l'œil nu ou muni simplement d'une loupe. Elle se rend d'une part à la partie postérieure de la couche optique, surtout aux deux corps genouillés, l'externe et l'interne, et aux deux tubercules quadrijumeaux, l'antérieur et le postérieur.
Des dilacérations faites sous la loupe et des coupes microscopiques à
travers les parties en question ont permis de poursuivre plus loin encore, dans l'intimité des tissus, les racines de la bandelette, notamment vers récorce cérébrale, l'organe présumé de la conscience, et partant des sensations visuelles qui ne siègent ni dans les tubercules quadrijumeaux ni dans les couches optiques. Ces derniers organes sont selon toutes les apparences les centres pour les mouvements réflexes provoqués par les impressions visuelles ; le centre psycho-optique se trouve quelque part dans l'écorce occipitale.
A l'aide des procédés indiqués (dilacération et coupes microscopiques), on a donc découvert les racines suivantes de la bandelette optique.
La racine externe, qui pour l'œil nu se rend au corps genouillé externe, pénètre en partie dans la masse de ce dernier, où il est impossible de la poursuivre. La plus grande partie de ses fibres passent au-dessus du corps genouillé externe; les unes restent à la surface, et contribuent à former le voile superficiel de substance blanche recouvrant la couche optique, voile qui est connu sous le nom de stratum zonale. D'autres pénètrent dans la profondeur de la couche optique; d'autres enfin gagnent le tubercule quadrijumeau antérieur du même côté, en passant par le bras conjonctival antérieur (Huguenin). Elles ne passent pas cependant la ligne médiane en cet endroit, contrairement à ce qu'on admettait dans le temps. Contre le corps genouillé externe, de nombreuses fibres de la racine externe pénètrent dans la profondeur, et s'éparpillent (Huguenin) dans la partie postérieure de la couche optique, dans cette saillie qui chez l'homme et chez le singe est connue sous le nom de pulvinar.
La racine interne de la bandelette dépasse le corps genouillé interne (auquel elle enverrait quelques filets d'après Stilling); une partie de ses fibres vont se rendre au tubercule quadrijumeau postérieur en passant par le bras conjonctival postérieur; une autre partie irait au tubercule quadrijumeau antérieur (Graliolet, Huguenin, Stilling).
n y a une troisième racine superficielle, naissant à peu près au même niveau que les deux précédentes. En d'autres mots, parvenue sur la couche optique, la bandelette optique se divise, non pas en deux, mais en trois racines superficielles. Cette troisième racine, située entre les deux premières, se rend, d'après Stilling, au tubercule quadrijumeau antérieur; en partie elle y pénètre dans la profondeur, en partie elle s'y entre-croise avec celle du côté opposé; enfin, une troisième partie de ses fibres ont été poursuivies le long de la ligne médiane en arrière jusqu'au frenulum de la lame médullaire antérieure.
Les trois racines précédentes sont superficielles, visibles de l'extérieur. [1 y a encore des racines profondes, visibles seulement sur des coupes microscopiques ou à la dilacération.
C'est ainsi que Stilling décrit une racine dont le trajet central est encore en discussion; il s'agit d'un faisceau de fibres venues du chiasma et se détachant de la bandelette au niveau du corps genouillé externe pour se rendre
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dans le pédoncule cérébral. Ici il se tient à la surface et descend avec le pédoncule vers la périphérie, à travers le pont de Varole. Stilling l'aurait poursuivi jusque dans l'entre-croisement des pyramides. — D'autres auteurs décrivent un faisceau analogue se joignant au pédoncule cérébral, mais le poursuivent dans une direction tout à fait opposée, c'est-à-dire vers l'hémisphère cérébral. Wernicke le considère comme une racine venue directement de l'écorce cérébrale; d'après cet auteur, cette racine contribuerait à former la partie postérieure de la capsule interne, qui se dirige en arrière, et (se plaçant en dehors de la corne postérieure du ventricule latéral) va se rendre dans l'écorce du lobe occipital (voyez plus loin).
D'après Stilling et RoUer, de nombreuses fibres de la bandelette optique, arrivées contre le corps genouillé interne, passeraient en dessous de cette substance grise, en dessous du bras conjonctival postérieur, puis se joignant au lemnisque, pourraient être poursuivies jusque dans l'olive.
Stilling décrit aussi des fibres qui aux environs du corps genouillé interne se détachent de la bandelette et se rendent en arrière dans le noyau d'origine du nerf oculo-moteur commun.
Citons enfin les deux racines suivantes, qui de même que quelques-unes des précédentes, ne semblent pas être affectées au sens visuel. — Dans la paroi antérieure du tuber cinereum au-dessus du chiasma, Meynert a décrit unpetitamas ce\\u\2i\Te,\e ganglion optique basai, duquel partent des fibres qui se mélangent intimement à celles du chiasma, et se rendent peut-être dans le nerf optique et dans la bandelette du même côté. — J. Stilling a poursuivi des fibres sorties du corps de Luys (amas de substance grise situé à la base de la couche optique, au-dessus du pédoncule cérébral, qu'il sépare de la couche optique), qui traversent transversalement de haut en bas le pédoncule cérébral, s'accolent à la bandelette optique et se rendent à l'angle postérieur du chiasma qu'elles dépassent , en s'entre-croisant avec celles du côté opposé. C'est ce faisceau commissural du chiasma qui était connu déjà depuis quelque temps sous le nom de commissure de Meynert.
L'anatomie pure a servi à démontrer que les fibres de la commissure de Meynert n'affectent aucun rapport avec les nerfs optiques, et ne servent donc pas à la vision. On a démontré qu'il en est de même pour un grand nombre d'autres fibres, qui elles aussi constituent probablement des commissures entre parties homologues des deux hémisphères. C'est Gudden qui a mis ce point en évidence, en procédant de la manière suivante. Si à des mammifères nouveau-nés (lapins, chiens), chez lesquels les parties optiques conductrices ne sont pas encore développées, on extirpe les deux yeux, les fibres des nerfs optiques ne se développent pas, et il en est de même de leurs continuations dans le chiasma et dans les bandelettes. La même atrophie s'observe chez l'homme adulte qui depuis longtemps, le mieux à partir du bas â^e, a perdu la vue sur les deux yeux. Le chiasma et les deux bandelettes sont alors fortement amincis, mais on y trouve:encOre beaucoup de
fibres intactes. Sur des mammifères adultes tués quelque temps après l'extirpation des deux yeux, on trouvera dans les mêmes parties beaucoup de fibres dégénérées, plus ou moins atrophiées, à côté d'autres qui ne le sont pas. On conclut donc avec raison que la bandelette et le chiasma renferment de nombreuses fibres qui ne se rendent ni dans le nerf optique du même côté, ni dans celui du côté opposé.
Ce sont les parties antérieures du chiasma qui sont atrophiées dans ces circonstances. Dans la partie non atrophiée , nous avons d'abord la commissure de Meynert, signalée plus haut ; elle se distingue du reste du chiasma et des bandelettes par le gros calibre de ses fibres. Mais au-devant de la commissure de Meynert il reste dans le chiasma un gros faisceau non atrophié, confondu normalement avec le reste du chiasma et ne s'en distinguant pas chez l'homme par les dimensions des fibres : c'est la commissure de Gudden, qui, pas plus que celle de Meynert, ne sert donc à la vision. Faisons observer ici que chez l'animal privé des deux yeux, le ganglion basai optique de Meynert (voy. pl. h.) n'est pas atrophié (Gudden), pas plus que les fibres qui en partent. Ce ganglion ne fait donc pas non plus partie de l'appareil nerveux visuel.
Le chiasma optique et les bandelettes optiques sont donc des parties des centres nerveux, qui à côté de fibres nerveuses optiques en renferment d'autres d'une signification physiologique différente, notamment des fibres commissurales entre parties homonymes du cerveau. Gudden estime que le tiers environ des fibres d'une bandelette n'ont rien de commun avec l'organe visuel. D'après cela, il ne suffit plus d'avoir déterminé les diverses racines de la bandelette pour pouvoir assurer que les parties centrales auxquelles elles aboutissent servent à la vision.
Nous savons bien que la commissure de Meynert provient du corps de Luys, mais les fibres de la commissure de Gudden se confondent avec les fibres optiques, etl'anatomie pure a été impuissante à distinguer les origines de la bandelette optique qui reçoivent des fibres optiques et celles qui sont les aboutissants de la commissure de Gudden.
La méthode d'expérimentation signalée plus haut, inaugurée par Gudden, a servi à lever les difficultés, au moins en partie. En effet, chez un lapin adulte auquel on a extirpé dès la naissance un œil ou tous les deux, l'atrophie des éléments optiques ne se borne pas aux nerfs optiques, au chiasma et aux bandelettes; elle s'étend à certaines parties plus centrales, notamment à des ganglions du mésocéphale dans lesquels nous venons de poursuivre les racines des bandelettes optiques. 11 semble légitime de conclure que les ganglions atrophiés sont liés aux fonctions visuelles, et que les aboutissants de la bandelette qui ne sont pas atrophiés n'ont pas cette signification physiologique. — Des atrophies identiques ont du reste été constatées chez l'homme à la suite de la perte d'un œil ou des deux yeux.
Dans ces cas d'atrophie des deux nerfs .optiques, les parties suivantes étaient atrophiées : les deux corps genoUillés externes, la partie postérieure de§
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couches optiques chez l'homme, surtout le pulvinar, ainsi que les tubercules quadrijumeaux antérieurs. Un seul œil est-il extirpé ou perdu par accident, alors les mêmes parties sont atrophiées, mais seulement du côté opposé au nerf atrophié. — Ne sont pas atrophiés dans ces circonstances, ni le tubercule quadrijumeau postérieur, ni le corps genouillé interne (ni le ganglion optique basai de Meynert).
Les corps genouillés externes, la partie postérieure de la couche optique, surtout le pulvinar, et les tubercules quadrijumeaux antérieurs reçoivent donc des fibres optiques; le corps genouillé interne et le tubercule quadrijumeau postérieur sont des aboutissants de la commissure de Gudden ; celle-ci se prolonge dans la racine interne de la bandelette (Gudden, Forel). Des observations de ce genre faites sur l'homme ont été publiées par Magendie, Gall (chez Longet, Anatomie et physiologie du système nerveux), Samelsohn, Prévost, Lancereaux et Wrolick.
Tartufferi, qui a répété les expériences de Gudden, soutient que le tubercule quadrijumeau antérieur est la seule masse ganglionnaire réellement atrophiée dans ces circonstances. Pour le corps genouillé externe, l'atrophie ne serait qu'apparente ; elle serait due à la disparition des fibres optiques qui passent au-dessus de lui. — Ce point toutefois mérite confirmation. — D'après le même auteur, les fibres des bandelettes qui, passent en dessous du corps genouillé interne seraient aussi atrophiées en partie. — La substance grise du tubercule quadrijumeau antérieur devrait donc, d'après Tartulferi, être considérée comme une terminaison (ou une origine) de fibres optiques.
La couche optique (y compris le pulvinar) et le corps quadrijumeau antérieur se sont révélés à l'expérimentation physiologique comme des centres pour des actions réflexes, surtout pour celles qui sont provoquées par des impressions visuelles. Nous reviendrons sur ce sujet plus loin, dans la partie physiologique. Rien ne nous autorise à voir dans ces masses ganglionnaires le siège des sensations visuelles; ce dernier doit être recherché dans l'écorce cérébrale, et comme nous le verrons, dans l'écorce du lobe occipital; ce lobe s'est du reste trouvé atrophié dans des cas de cécité de l'œil opposé (Huguenin). Nous aurons donc à rechercher les fibres qui relient celte écorce, soit directement à la bandelette optique, soit aux ganglions du mésocéphale qui reçoivent des fibres optiques (corps genouillé externe, pulvinar, tubercule quadrijumeau antérieur).
Pour remémorer certains rapports rentrant ici et qui sont de la plus haute importance au point de vue de quelques amblyopies, surtout des hémianopies, nous intercalons ici deux schémas de coupes à travers le cerveau. La figure 136 représente une telle coupe frontale, située à peu près au niveau du milieu des couches optiques (co). Les pieds du pédoncule cérébral (ponctués, parce qu'en réalité ils ne tombent pas dans la coupe représentée) divergent au sortir de la protubérance, passent en dessous des couches optiques, et s'étalant en éventail d'avant en arrière, montent dans les hémisphères en constituant la capsule interne (C. i), située entre la couche optique et le corps strié en dedans, le noyau lenticulaire (L) en dehors. Au-dessus de
celte limite, les faisceaux fibrillaires de la capsule interne s'étalent el divergent encore davantage pour gagner les endroits les plus divers de l'écorce cérébrale. Des couches optiques surtout, ainsi que du noyau lenli-
FiG. 136. — Schéma d'une coupe verticale, frontale, à travers le cerveau, vers le milieu
des couches optiques.
Les parties pointillées ne tombent pas dans une coupe de ce genre. — yn, moelle allongée. — o, olive. — p, pont de Varole. — G. i, capsule interne. — c. o, couche optique. — L, noyau lenticulaire. — c. s, corps strie'. — S. l, grande fente longitudinale du cerveau. — se. Sy, scissure de Sylvius.
culaire et du corps strié, d'après Meynert, sortent de noiTibreuses fibres qui se mélangent intimement à celles venues des pédoncules cérébraux et gagnent avec elles les divers points corticaux (1). Signalons de plus les
(1) Wernicke soutient contre Meynert que ni le noyau lenticulaire, ni le corps strié n'envoient des fibres rayonnantes vers l'écorce. Ce point discuté ne nous intéresse pas spécialement à notre point de vue.
NUEL
— AMBLYOPIES ET AMAUROSES.
bres commissurales entre points corticaux symétriques (Meynert), surtout les fibres du corps calleux (c. c), puis les fibres d'association qui relient des points corticaux du même hémisphère (Meynert).
On a donné le nom de couronne rayonnante (Reil) à l'ensemble des fibres, soit pédonculaires, soit venues des ganglions centraux, qui se dirigent ainsi
i<'iG. 137. — Schéma d'une coupe horizontale à travers le cerveau ; à droite la coupe est sensée être plus superficielle qu'à gauche.
L.o, lobe occipital du cerveau. — L.fr, lobe frontal. — se. S, scissure de Sylvius. — 4'= v, "quatrième ventricule. — b.b', bras conjonctivaux, l'antérieur et le postérieur. — 4,4', tubercules quadrijumeaux. — g. i, g. e, corps genouillés, l'interne et l'externe. — c. o, couche optique. — c. l, corps lenticulaire. — c. s, corps strié. — s, m, faisceaux externe et interne du pied pédonculaire, le premier se rendant à travers le tiers postérieur de la capsule interne dans le lobe occipital, le second se rendant à travers le tiers antérieur de la capsule interne dans le lobe frontal. Le tiers moyen des fibres pédonculaires se rendent de préférence dans le lobe pariétal, autour de la scissure de Sylvius.
vers récorce cérébrale. La capsule interne est cette partie de la couronne rayonnante qui s'étale en éventail entre le noyau lenticulaire d'une part, la couche optique et le corps strié d'autre part.
Les fibres du pied pédonculaire sont certainement des conducteurs d'innervations conscientes; elles n'affectent aucun rapport de continuité, ni avec la couche optique, ni avec les tubercules quadrijumeaux. Au contraire, l'étage supérieur, ou la calotte du pédoncule cérébral, qui semble affecté plus
spécialement aux innervations réflexes, aboutit supérieurement aux tubercules quadrijumeaux et aux couches optiques.
La figure 137 représente un schéma d'une coupe horizontale à travers le cerveau, à gauche plus profonde qu'à droite. On y voit (à gauche) que les fibres les plus internes (m) du pied pédonculaire se continuent dans les faisceaux antérieurs de la capsule interne, ainsi que dans l'écorce des lobes frontal et pariétal, et que les fibres les plus externes (.s*) du pied pédonculaire se rendent dans la partie postérieure de la capsule interne, et plus loin dans l'écorce occipitale (et temporale, ce qui ne saurait ressortir de la figure) (les ganglions centraux sont indiqués par des contours pointillés). Or nous savons (par les recherches de Charcot, Veyssière, etc.) que la partie postérieure de la capsule interne préside à des fonctions conscientes centripètes et la partie antérieure à des fonctions conscientes centrifuges.
A droite, dans la figure 137, est représentée une coupe fictive horizontale plus superficielle que celle à gauche ; on y voit des fibres rayonnantes sorties des ganglions centraux, surtout de la couche optique et des corps genouillés externe {g. e) et interne (g. i). b,b' sont les bras coiijonctivaux et 4, 4' les tubercules quadrijumeaux. — C'est ici que nous aurons à rechercher les prolongements directs ou indirects de la bandelette optique vers l'écorce cérébrale ou plutôt vers l'écorce occipitale. En enlevant ces couches de fibres, on tombe sur les fibres rayonnantes pédonculaires, représentées à gauche, et auxquelles elle se mélangent plus ou moins. — Profondément, ces faisceaux fibrillaires constituent la partie postérieure de la capsule interne, le « carrefour sens itif » de Charcot; car effectivement, les voies sensibles de toute la moitié opposée du corps, y compris celles des organes des sens, s'y trouvent condensées. Les lésions en cet endroit produisent une hémianesthésie de toute la moitié opposée du corps. Les fibres en question se rendent du reste de préférence dans la portion purement sensorielle de l'écorce, dans celle des lobes temporal et occipital.
Ce sont surtout les faisceaux qui se dirigent vers le lobe occipital qui nous intéressent, car de loin la plupart de ces fibres sortent des ganglions dans lesquels nous avons poursuivi des fibres nerveuses optiques; et puis leur aboutissant central, l'écorce occipitale, est certainement affectée aux fonctions visuelles. C'est donc ici que nous aurons à rechercher les voies conductrices optiques allant à l'écorce cérébrale.
Du pulvinar sort un faisceau très épais de fibres dirigées en arrière vers l'écorce occipitale. Déjà Gratiolet, considérant que ces fibres sortent de la couche optique, avait supposé qu'elles étaient les continuations des fibres optiques, d'où aussi leur nom de « radiations optiques » ou d' « expansions cérébrales optiques ». Elles forment pour la plus large part un gros faisceau de substance blanche situé assez superficiellement dans le lobe occipital, suivant une direction antéro-postérieure, en dehors de la corne postérieure ou occipitale du ventricule ; Wernicke l'a soigneusement décrit sous le nom de « faisceau médullaire sagittal » .
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Ce faisceau sagittal ne se compose pas uniquement de radiations sorties du pulvinar. Ces radiations en constituent certainement la plus grosse partie ; elles en occupent les plans supérieurs. Mais plus profondément on trouve des faisceaux, plus ou moins mélangés aux premiers, qui montent de la profondeur et qui sont sortis du corps genouillé externe et du tubercule quadrijumeau antérieur, ces derniers arrivant par le bras conjonctival antérieur. Le tubercule quadrijumeau antérieur et le corps genouillé externe étant les aboutissants principaux des fibres optiques, il y a lieu de supposer que leurs radiations vers l'écorce occipitale sont des conducteurs optiques.
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FiG. 138. — Schéma du parcours central des fibres optiques, d'après Wernicke.
P, pied pédonculaire. — s.n, substance noire de Sœmmering'. — p. u, pulvinar.— c. g. e, corps genouillé externe. — c.g.i, corps genouillé interne. — br.n, bras conjonctival antérieur. — br.p, bras conjonctival postérieur. — B. o, racine externe de la bandelette optique. — c. G, racine interne ou commissure de Gudden ; y, racine directe (provenant, d'après Wernicke, directement du lobe occipital du cerveau) de la bandelette optique, — f. l, faisceau sagittal de substance blanche dans le lobe occipital du cerveau. — a, fibres optiques reliant, à travers le bras conjonctival antérieur, le tubercule quadrijumeau antérieur (c. q. a.) à l'écorce occipitale.
Quant à la question de savoir si les fibres optiques sont toutes interrompues par des cellules ganglionnaires avant d'arriver à l'écorce cérébrale, elle est loin d'être résolue. Dans tous les cas, l'atrophie qui se produit dans la substance grise des tubercules quadrijumeaux, de l'antérieur surtout, puis du pulvinar et du corps genouillé externe, à la suite de l'atrophie du nerf optique, démontre qu'au moins certaines de ces fibres sont interrompues de cette manière.
Nous avons signalé plus haut (p. 542) le faisceau fibrillaire qui, d'après Wernicke, se détache de la bandelette optique sur la couche optique, s'accole aux radiations optiques décrites à l'instant, et avec elles va gagner l'écorce occipitale. Ce serait là une racine de fibres optiques qui se rendrait directement dans l'écorce occipitale, sans être interrompue par de la substance grise.
Ajoutons ici, pour achever de démontrer que ces diverses radiations optiques servent aux fonctions visuelles, que leurs lésions (voyez plus loin : Hémianopie) , ainsi que celles de l'écorce occipitale, à laquelle elles se rendent, occasionnent des troubles visuels que nous caractériserons plus loin.
Le schéma de la figure 138, emprunté à Wernicke, condense les faits relatifs au parcours central des fibres optiques. /. l est le faisceau médullaire sagittal qui conduit à l'écorce occipitale les radiations optiques provenant des diverses sources signalées. B.o est la bandelette optique renfermant d'abord le faisceau direct y (représenté par une ligne épaisse) qui se recourbe au niveau du corps genouillé externe (c. g. e) et gagne le faisceau sagittal sans avoir été interrompu par de la substance grise. Le corps genouillé externe {c. g. e) et le pulvinar (pi*) reçoivent des fibres optiques et en envoient audit faisceau sagittal. D'autres fibres optiques {a) gagnent le tubercule quadrijumeau antérieur à travers le bras conjonctival antérieur {hr. a) (représenté seulement en coupe), qui ramène également de nombreuses fibres {b) sorties du tubercule et les verse dans le faisceau sagittal. — c,G est la commissure de Gudden, aboutissant au corps genouillé interne {c.g. ï) et au tubercule quadrijumeau postérieur à travers le bras conjonctival postérieur {br. p) ; elle ne renferme pas de fibres optiques.