DÉCUSSATION PARTIELLE DES NERFS OPTIQUES DANS LE CHIASMA
Dans ce qui précède, nous avons appris à connaître les voies que suivent les fibres optiques depuis les yeux jusque dans les centres nerveux cérébraux, sans nous préoccuper de l'arrangement réciproque des conducteurs optiques. Et cependant depuis longtemps l'observation attentive de faits physiologiques et pathologiques avait fait naître le besoin d'en savoir plus long sur le chemin plus exact que suit chaque fibre optique depuis la rétine jusqu'à sa terminaison la plus centrale.
Nous avons négligé jusqu'ici d'envisager les questions de cet ordre, par la raison que leur solution est hors de la portée des moyens d'investigation de Tanatomie pure. La physiologie et la pathologie ont suscité ces questions; ce sont elles aussi qui les ont résolues dans la mesure que nous allons voir.
En premier lieu se présente la question de savoir qitel est le sort des fibres optiques dans le chiasma optique. Si pour les nerfs et les bandelettes optiques il ne saurait guère y avoir de doute qu'ils sont traversés dans toute leur longueur par les fibres, les choses ne sont pas aussi simples pour le chiasma. Macroscopiquement, le chiasma est une espèce de carrefour au-
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quel aboutissent ou dont partent les fibres des nerfs et celles des bandelettes optiques. Mais toutes les fibres d'un nerf passent-elles dans la bandelette du même côté ? Ou bien se rendent-elles dans celle du côté opposé? Ou bien encore passent-elles en partie de l'autre côté et pour une part seulement dans la bandelette du même côté? — En d'autres mots, y a-t-il oui ou non entre-croisement ou décussation des fibres optiques sur la ligne médiane dans le chiasma?Et s'ilya décussation, est-elle totale ou seulement partielle?
On n'a jamais pu éprouver d'hésitation touchant ces questions chez certains poissons surtout, et chez les oiseaux: la décussation y existe, et elle est complète ; les fibres d'un nerf optique se continuent toutes dans la bandelette du côté opposé. Chez le brochet, un nerf passe tout simplement au-dessus de l'autre; l'œil nu suffit pour y constater le fait de l'entre-croisement complet. Chez les oiseaux, il faut déjà le secours du microscope pour élucider la chose ; chaque nerf optique se divise contre le chiasma en plusieurs feuillets entre lesquels passent, comme dans un treillis, les feuillets analogues de l'autre nerf. Chez les mammifères — et déjà chez certains oiseaux — , le nombre de ces feuillets augmente, et leur calibre diminue au point que le chiasma devient une intertrication fibrillaire des plus compliquées. Chez l'homme, l'intertrication n'existe plus entre faisceaux fibrillaires, mais entre fibres isolées; aussi est-elle inextricable, ainsi que le prouvent les nombreux travaux anatomiques entrepris sur ce sujet.
Tout d'abord, il n'y a pas de doute que dans le chiasma humain des fibres optiques passent la ligne médiane. La question est de savoir si la décussation est totale ou seulement partielle.
C'est un des points les plus solidement établis que dans le chiasma humain il y a décussation partielle des fibres optiques, et que chaque bandelette mène vers le cerveau des fibres optiques sorties des deux rétines. — Il vaut mieux parler de « décussation partielle » que de « semi-décussation d parce que, comme nous le verrons, les fibres qui traversent la ligne médiane dans le chiasma et passent définitivement de l'autre côté sont plus nombreuses que celles qui restent du même côté ; on estime que le faisceau direct du nerf optique n'est que le tiers du faisceau croisé.
Deux ordres de preuves, les unes physiologiques, les autres anatomo-pathologiqueSy démontrent la réalité de la décussation partielle chez les animaux supérieurs et chez l'homme.
Une preuve physiologique décisive a été fournie par Nicati (1878). A de jeunes chats, cet auteur sectionne d'avant en arrière et sur la ligne médiane le chiasma optique, à l'aide d'un couteau poussé dans le crâne par la voûte de la bouche. Plusieurs de ces animaux chez lesquels l'autopsie montra que l'opération avait réussi, voyaient encore manifestement, suivaient par exemple des yeux et de la tête les déplacements d'une lumière. Ce résultat est absolument inexplicable dans l'hypothèse d'un entre-croisement complet dans le chiasma; il fournit la preuve de l'entre-croisement incomplet chez le chat. Et qu'on le remarque bien, l'expérience ne perd en rien de sa valeur en
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supposant que le chiasma n'ait pas été coupé exactement sur la ligne médiane, ou même que le couteau n'ait sectionné que le nerf et la bandelette du même côté.
Brown-Séquard et Dupuy, puis Bcauregard, avaient trouvé que l'opération décrite produit une cécité des deux yeux. Mais Beaurcgard avait opéré sur des oiseaux, animaux chez lesquels le résultat de l'opération était prévu, de sorte qu'il ne pouvait rien ajouter au fait bien connu de l'cntre-croiserncnt complet. Brown-Séquard opéra sur des lapins et des cobayes, auxquels on accorde tout au plus un très mince faisceau direct, et auxquels on dénie généralement la vision binoculaire. — Nicati a aussi fait observer avec raison que si la persistance de quelque vision après la section du chiasma démontre que l'entrecroisement n'est que partiel, on ne serait nullement fondé à conclure à l'entre-croiscment complet en constatant la cécité complète après son opération. En effet, pour peu que le faisceau direct soit près de la trace du couteau — et cela est toujours plus ou moins le cas pour un chiasma aussi petit que celui des petits mammifères en question, les hémorrhagies, l'œdème, l'inflammation, voire même une lésion directe et non voulue du faisceau direct, pourraient bien enrayer le fonctionnement de ce dernier : la cécité pourrait être complète malgré l'entre-croiscment partiel.
Voilà donc la décussation partielle dans le chiasma bien établie pour le chat, un animal assez élevé dans la série des vertébrés, et sensiblement rapproché de l'homme. Rien que cette considération suffirait pour la rendre très probable chez l'homme. La probabilité devient certitude presque absolue si on se rappelle les nombreuses observations d'hémianopie homonyme résultant d'insultes apoplectiques siégeant dans un hémisphère cérébral, observations qui depuis plus d'un siècle avaient fait naître l'hypothèse de la décussation partielle dans le chiasma humain. L'expérimentation sur l'animal a mis récemment au jour un fait du même ordre, c'est-à-dire que chez le singe et le chien, deux animaux sensiblement rapprochés de l'homme, on peut produire l'hémianopie homonyme en enlevant certaines parties d'un hémisphère cérébral. — Ces observations démontrent que des fibres venues des deux rétines se rendent dans le même hémisphère cérébral, et la décussation partielle dans le chiasma étant hors de doute chez un mammifère supérieur, ce serait singulièrement méconnaître les lois qui régissent les analogies et les dissemblances entre organismes animaux que de ne pas admettre que chez l'homme aussi la décussation est incomplète dans le chiasma.
Les sceptiques à outrance pourraient soutenir que dans le chiasma humain l'entre-croisement est complet, et que plus haut, dans la substance cérébrale, un certain nombre de fibres repassent sur le côté primitif; ainsi s'expliquerait l'hémianopie par lésion d'un hémisphère cérébral. Mais les observations pathologiques suivantes, appuyées des données nécroscopiques, lèvent tout doute à cet égard.
A. A propos de l'hémianopie homonyme, nous verrons que Hirschberg (1875) et Gowers (1878) ont observé chez l'homme une telle hémianopie dans deux cas de destruction d'une bandelette optique. Il y avait bien, dans les deux cas, encore d'autres lésions cérébrales, mais celles-ci, d'après de nombreuses observations, ne produisent jamais de (roubles visuels. Nous verrons que
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dans ces hémianopies les deux moités homonymes (les deux droites ou les deux gauches) des deux rétines , ne fonctionnent plus. La lésion d'une bandelette intéresse donc chez l'homme aussi des fibres des deux nerfs optiques, et l'entre-croisement ne peut être que partiel dans le chiasma.
B. Nous avons vu (p. 542 et suiv.), que si on enlève un œil à un mammifère nouveau-né, les fibres optiques se rendant à cet œil ne se développent pas, et que si la vision vient à se perdre totalement sur un œil d'un homme, même adulte, on trouve après des années les fibres de ce nerf optique atrophiées ; nous savons aussi que l'atrophie se propage jusqu'aux centres optiques de la base du cerveau, et même à l'écorce occipitale. On pouvait donc s'attendre à trouver que dans les cas de ce genre, l'atrophie se propage à travers le chiasma aux deux bandelettes — dans le cas de la décussation partielle — , ou seulement à la bandelette du côté opposé — dans le cas d'une décussation complète dans le chiasma.
Morgagni avait déjà remarqué que la perte d'un œil produit une « dégénérescence » — nous disons aujourd'hui une « atrophie » — du nerf optique, jusque contre le chiasma. Au delà de ce point, tout lui semblait être normal; au moins les bandelettes optiques paraissaient être normales et avoir conservé le même calibre. Le chiasma semblerait donc arrêter la dégénérescence ascendante.
D'après de nombreuses observations plus récentes, le chiasma n'oppose pas à l'atrophie ascendante une barrière infranchissable. Dans les cas de cécité bilatérale datant de longtemps, le mieux depuis l'enfance, on trouve les nerfs optiques, le chiasma et les bandelettes grisâtres et fortement réduits de calibre.
Lorsque la cécité n'a été qu'unilatérale, la couleur blanche peut persister dans les deux bandelettes ; en réalité, le volume de toutes les deux a diminué, surtout pour celle du côté opposé, comme le prouvent suffisamment les travaux récents d'auteurs très divers (Woinow, Schmit-Rimpler, Gudden, Manz, Adamûk, Baumgarten, Kellerman, Purtscher, etc.).
Ce fait à lui seul suffirait pour résoudre la question dans le sens de la décussation partielle. Cependant la circonstance que des mensurations de ce genre ont mené à des conclusions tout à fait opposées (Michel) rend désirable un supplément de preuve tiré de l'examen microscopique. Ce dernier était du reste nécessaire pour résoudre diverses autres questions, notamment celle des volumes relatifs du faisceau croisé et du faisceau direct, et pour poursuivre à travers le chiasma et les bandelettes la voie exacte des deux faisceaux.
La différence de transparence entre les faisceaux atrophiés et les faisceaux normaux, puis la circonstance que les moyens de tinction colorent généralement les parties atrophiées autrement que les parties normales, voilà des éléments qui suffisent ordinairement pour assurer sous le microscope le diagnostic d'une atrophie de fibres nerveuses (voyez : Atrophie du nei'f optique y anatomie pathologique).
Gudden, Purtscher, Baumgarten, Marchand, Treitel et Burdach ont vu ainsi sur des coupes successives l'atrophie d'un seul nerf optique (de l'homme) se communiquer dans le chiasma à des faisceaux fibrillaires des deux bandelettes. Hosch a vu que l'atrophie (primitive) d'une bandelette se propageait à certains faisceaux des deux nerfs optiques.
Rappelons pour mémoire que la méthode d'expérimentation inaugurée par Gudden (p. 542), méthode consistant à enlever à des animaux nouveau-nés un œil ou tous les deux, a permis à cet auteur de fournir chez le chien aussi la preuve de la décussation partielle.
Il y a donc chez l'homme décussation partielle des fibres nerveuses optiques dans le chiasma. Chaque nerf optique amène à l'œil un faisceau de fibres croisées, et un autre de fibres directes : faisceau croisé et faisceau direct du nerf optique. Chaque bandelette amène à la moitié cérébrale de son côté des fibres issues de la rétine du même côté et d'autres issues de la rétine du côté opposé ; elle aussi renferme un faisceau croisé et un faisceau direct. Ajoutons maintenant que les observations d'hémianopie (voyez plus loin : Hémianopie) démontrent que le faisceau croisé innerve la portion interne, nasale de la rétine, et que le faisceau direct innerve la portion externe, temporale de la rétine^ les deux portions étant séparées par le méridien vertical passant par la fovea cenlralis. La portion de rétine innervée par le faisceau direct est plus petite que l'autre (fig. 139, p. 557), à peu près dans la proportion de 2 : 3. 11 y a donc lieu de supposer, ce qui se confirmera bientôt, que les volumes des deux faisceaux diffèrent dans le même sens et dans la même mesure.
La question de la décussation dans le chiasma remonte à une antiquité très respectable, puisqu'elle a été posée par Newton (1740), qui développa même dans ses traits essentiels, et dans les termes suivants, une théorie de la décussation partielle. C'est la quinzième des trente et une questions (posées in Optice) relatives à des sujets « dont Newton a à peine entamé l'analyse, et qu'il laisse comme objets à l'expérimentation et à l'observation d'autres investigateurs » :
« Annon imagines rerum objcctarum, ambobus oculis visarum, coeunt in unum eo in loco, ubi nervi optici, anlequam in cerebrum ingiediantur, conveniunt ac conjunguntur ? Fibris nimirum, quae sunt in dexteriori parte utriusque nervi, coeuntibus illo in loco, et progredientibus deinceps conjunctim ad cerebrum per nervum qui est a dexteriori parte capitis : fibrisque, quae sunt in sinisteriori parle utriusque nervi, coeuntibus ilidem eodem in loco, et progredientibus deinceps conjunctim ad cerebrum per nervum qui est a sinisteriori parte capitis; duobus aulem nervis illis posterioribus, in cerebro demum ita in unum convenientibus, ut fibrae ipsorum unam duntaxat ibi imaginem constituant; cujus videlicet imaginis dimidium id, quod sit a dexteriori parte sensorii, veniat a dextra parte amborum oculorum, per dextram partem amborum nervorum opticorum, ad locum ubi nervi illi coeunt, indequeper nervum a dexteriori parte capitis in ipsum cerebrum ; dimidium autem alterum, quod sit a sinisteriori parte sensorii, veniat similiter a sinistra parte amborum oculorum ? Etenim nervi optici eorum animahum, quorum ambo oculi eodem spectant (ut hominum, canum, ovium, boum, etc.), coeunt in unum antequam in cerebrum ingrediantur ; at nervi optici illorum animalium, quorum ambo oculi non spectant eodem (ut piscium et chamaeleontis), vel non coeunt omnino, vel non ita in unum coeunt ut eorum capillamenta invicem intermisceantur ; siquidem vera audivi. « (iNewton, Optice, Lausannae et Genevae. mdccxl.) Celte question de Newton, posée vers 1704, a donc attendu les observations pathologi-
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ques et les expériences physiologiques des derniers jours pour passer de l'état de simple hypothèse à celui d'un fait bien démontré.
D'après le passage cité, Newton paraît avoir imaginé son hypothèse pour expliquer la vision simple avec les deux yeux, et non pas, comme on l'a prétendu, pour expliquer la vision de la troisième dimension.
Déjà vers 1723, Vater et Heinicke, puis Joseph et Cari Wenzel en 1812 (cités par Mackenzie, A treatise, etc.), ainsi que d'autres auteurs encore, expliquèrent par la conception de Newton des observations d'hémianopie. Le cas le plus connu est celui du célèbre physicien Wollaston, qui à vingt années d'intervalle subit des atteintes passagères d'hémianopie homonyme, la première fois à gauche, l'autre fois à droite. Wollaston expliqua lui-même ces symptômes dans l'hypothèse de Newton ; et comme les couches optiques étaient les seules origines des nerfs optiques connues à ses contemporains, il émit l'idée d'une affection identique s'attaquant à vingt années d'intervalle successivement aux deux bandelettes optiques ou aux deux couches optiques.
A l'autopsie de Wollaston, on trouva une tumeur, entourée d'une zone ramollie, dans la couche optique droite. La confirmation surprenante du diagnostic paraît toutefois n'être que fortuite ; la première attaque seule aurait pu reconnaître pour cause une lésion de la couche optique droite. Peut-être aussi que la présence de la tumeur a été une cause d'altération (passagère) de parties cérébrales donnant lieu à l'hémianopie.
Mackenzie, qui relate en détail le cas de Wollaston, cite Newton, Vater, Ackermann, Vicq-d'Azyr, Cuvier, etc., — auxquels ilfaudrait encore ajouter Deraours, — comme partisans de la semi-décussation ayant précédé Wollaston.
J. Millier, le père de la physiologie des organes des sens, avait cru (en 1826) devoir admettre que chaque fibre optique, arrivée des centres jusqu'au chiasma, se subdivise en deux qui iraient innerver des points identiques des deux rétines. En 1838 cependant, dans son grand traité de physiologie, il se range au nombre des partisans de l'hypothèse de Newton, et cela parce que pas plus que Treviranus ni Volkmann, il n'avait pu trouver de bifurcation des fibres du chiasma.
Pour les auteurs précédents, la semi-décussation était plutôt une hypothèse destinée à expliquer des faits physiologiques. C'est pour satisfaire à ces exigences physiologiques que Hannover, en 1852, donna du chiasma une description anatomique qui resta longtemps classique, et dans laquelle il conclut à la semi-décussation.
D'après Hannover, chaque bandelette optique et chaque nerf optique se composent d'un faisceau qui provient de l'œil homonyme : faisceau non croisé, faisceau direct, nommé aussi faisceau latéral, parce qu'il devait se trouver latéralement dans le chiasma, dans le nerf et dans la bandelette. Jl y a ensuite le faisceau croisé, qui, s'entre-croisant dans le chiasma avec son congénère, y constitue la commissura cruciata. Hannover décrit déplus une commissure postérieure et une commissure antérieure, celle-là située dans l'angle rentrant postérieur ; celle-ci dans l'angle rentrant antérieur. Il est probable que Hannover s'est trouvé en présence de la commissure de Gudden. Quant à la commissure antérieure, on est à peu près unanime aujourd'hui à en nier l'existence ; Hannover a été trompé surtout par le fait que les deux nerfs optiques délimitent chez l'homme un angle très obtus, et que par conséquent leurs fibres se rendent dans le chiasma les unes à peu près dans le prolongement des autres (1).
La nomenclature créée par Hannover a été maintenue, au moins en partie. Mais les travaux de ses successeurs, qui eux ont débité le chiasma en tranches successives, démontrent amplement que la simple dilacération du chiasma humain sous la loupe ne saurait servir à poursuivre un faisceau de fibres à travers le chiasma, et que partant elle ne saurait servir à résoudre la question qui nous occupe.
En 1861, Biesiadecki, à la suite de ses recherches anatomiques, conclut à l'entre-croisement complet, chez l'homme aussi bien que chez les animaux. Son travail n'attira guère
(1) Cependant, si des observations de la dernière heure venaient à se confirmer, il faudrait admettre entre les deux rétines un lien établi par des fibres commissurales passant peut-être par le chiasma. Engelmann et van Genderen Slort {Acad. van Wentensch. te Amsterdam, 1884) ont en effet observé des phénomènes de mouvements dans les cônes rétiniens, se produisant sous l'influence de la lumière. Ces mouvements, de même que ceux dans le pigment, se produiraient dans l'œil tenu à l'obscurité, rien que sous l'influence d'un éclairage du second œil, et même d'une partie quelconque de l'animal.
l'attention, et les cliniciens n'en continuèrent pas moins à admettre la décussation partielle, pour expliquer les nombreux cas d'hémianopie homonyme. Meynert (1872) décrivit plus tard brièvement des fibres qui du ganglion optique banal se rendent au nerf du même côté (fibres non croisées), et pour le reste déclara n'être arrivé à aucune conclusion.
La question recommença à passionner le monde ophthalmologique en 1873, lorsque Mandelstamm et Michel vinrent, chacun de son côté, soutenir que la décussation est complète chez l'homme aussi bien que chez les autres vertébrés.
Mandelstamm prétend d'une part que l'examen de coupes microscopiques ne saurait résoudre la question. La dilacération au contraire lui aurait donné la preuve de l'entrecroisement complet chez l'homme. D'autre part, à des lapins nouveau- nés il extirpe un tubercule quadrijumeau antérieur et la plus grande parUe de la couche optique du même côté. L'examen ophthalmoscopique, contrôlé par l'examen microscopique, montra après trois ou quatre semaines une atrophie des fibres nerveuses dans l'œil opposé, à l'exception d'un petit faisceau latéral, alors que le fond de l'œil du même côté resta normal. Cette constatation ophthalmoscopique est facile chez le lapin, puisque la plupart des fibres conservent leur moelle jusque dans l'œil. — Mandelstamm a eu le tort de s'adresser au lapin, un animal dont les deux champs visuels ne se recouvrent guère, chez lequel il n'y a donc pas de vision binoculaire, et chez lequel le faisceau direct du nerf optique ne saurait être que très petit (comme du reste Gudden l'a démontré depuis). Il aurait d'ailleurs dû conclure à l'entre-croisement partiel chez le lapin, puisqu'un petit faisceau latéral n'était pas atrophié dans l'œil du côté opposé. Mais Mandelstamm se laissa guider dans son appréciation par l'absence de signes d'atrophie dans l'œil du côté opéré. Or nous verrons, à propos de l'hémianopie, que l'atrophie du faisceau direct est masquée à l'examen ophthalmoscopique.
Michel, à l'opposé de Mandelstamm, s'est convaincu de la décussation totale sur des séries de coupes microscopiques du chiasma.
C'est alors que Gudden (1874) vint défendre la thèse de la décussation partielle, dans des travaux successifs, les mis purement anatomiques, les autres, les plus démonstratifs, basés sur sa méthode expérimentale (extirpation d'un œil, etc.).
On a cru quelquefois pouvoir combattre la décussation partielle dans le chiasma, ou bien lui enlever sa signification physiologique, en invoquant les trouvailles extraordinaires,-faites par quelques anciens anatomistes, et consistant en une absence complète du chiasma, chaque nerf se continuant dans la bandelette de son côté. Vésale a décrit une observation de ce genre; H. Meyer a pu, en 1870, réexaminer la pièce anatomique et confirmer le dire de Vésale. Henle cite à ce propos (dans son Anatomie) deux cas analogues, dont l'un a été publié en 1520, par Ludovicus Pisanus, et l'autre en 164-2, par Losel. — Mais que conclure de ces trois observations datant de plusieurs siècles, non accompagnées de l'examen fonctionnel des yeux ?
Enfin, le caméléon et la lapproie ont été cités comme étant dépourvus de chiasma. Le caméléon a un chiasma bien apparent, colossal même, et, s'il était permis au physicien Newton de citer ce racontar (qui doit son origine au fait que cet animal meut les yeux l'un indépendamment de l'autre), ils sont impardonnables les anatomistes et les physiologistes qui ont répété, sous forme affirmative, une chose que Newton avait exprimée sous forme interrogatoire. — Quant à la lamproie, qui à première vue semble ne pas posséder de chiasma, Langerhans a démontré qu'il existe, mais qu'il est plongé dans la masse cérébrale grise. Du reste, déjà chez l'homme nous avons trouvé à la face inférieure du chiasma une mince couche de substance grise.
CONSTITUTION PLUS INTIME DU CHIASMA OPTIQUE. ARRANGEMENT DES FIBRES OPTIQUES DANS LES NERFS ET DANS LES BANDELETTES^ OPTIQUES
Un grand obstacle à l'élucidation de la structure intime du chiasma a consisté et consiste encore dans ce fait que le chiasma ne renferme pas seulement des fibres optiques, maison sa qualité de partie des centres nerveux, encore d'autres fibres, notamment des fibres commissurales se rendant dans
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le cerveau. Nous connaissons trois ordres de fibres du chiasma et des bandelettes qui n'ont aucun rapport avec l'acte visuel : 1" Il y a d'abord la commissure de Meynert (p. 542) située à l'angle postérieur du chiasma, composée de fibres volumineuses, et qui grâce à cette particularité se distingue anatomiquement des autres fibres du chiasma. Ces fibres s'accolent à la bandelette, passent à travers le pédoncule cérébral, et vont se rendre dans le corps de Luys, noyau de substance grise, situé entre le pédoncule cérébral etla couche optique proprement dite (Stilling). Elles ne dégénèrent pas après la perte des deux yeux, et ne sont donc pas affectées à la vision.
2° En second lieu, nous avons la commissure de Gudden (p. 542 et 543), épais faisceau de fibres situées à l'angle postérieur du chiasma, au-devant de la commissure de Meynert, et qui ne dégénèrent pas non plus à la suite de la perte des deux yeux. Ces fibres sont du même calibre que celles du reste du chiasma, avec lesquelles elles se confondent. Le seul moyen de les isoler est de provoquer une atrophie ascendante des deux nerfs optiques, surtout chez le jeune animal. On en a constaté l'existence chez l'homme, dans des cas de perle totale de la vue (Gudden). Ce sont ces fibres surtout qui constituent la racine interne de la bandelette optique, celle qui se rend au corps genouillé interne et au tubercule quadrijumeau postérieur.
3° Il y a enfin les fibres qui du ganglion optique basai de Meynert (p. 542) se rendent au chiasma; Meynert croit les avoir poursuivies jusque dans le nerf optique du même côté. Elles ne dégénèrent pas à la suite de la .perte des deux yeux (Purtscher), et la vision n'était pas altérée dans certains cas de dégénérescence de la paroi antérieure du tuber cinereum (Cunningham, Centralhl. f. d. med. Wisseîisch., 1880, p. 560; Kohts, Arch. f. path, Anat., t. LXV; Wilbrand, Ueber Hemianopsie, 1881, p. 92).
On estime qu'un tiers des fibres du chiasma n'ont rien à faire avec l'acte de la vision. Et comme ces fibres occupent la partie postérieure du chiasma, on ne sera pas étonné de constater que des tumeurs ou d'autres processus pathologiques siégeant à l'angle postérieur du chiasma altèrent la vision dans une mesure beaucoup moins prononcée que les altérations de l'angle antérieur du chiasma. Cette particularité semble expliquer pourquoi dans une observation de Nélaton {Revue méd., 1833, juillet) la vision n'était pas altérée d'une manière sensible alors que le milieu du chiasma était transformé en une masse gélatineuse (on comprend du reste qu'à cette époque un certain degré d'hémianopie temporale a pu ne pas être remarqué sur le vivant). — La même circonstance rend compte du cas de Seiler (Handb. de Graefe et Saemisch, t. II, p. 121), d'une anophthalmie congénitale, dans laquelle il existait des faisceaux fibrillaires bien développés dans les bandelettes jusqu'au chiasma, un état des choses analogue à ce que Forel (Nagel, Jahresber.y 1877, p. 43) a trouvé chez la taupe.
Chaque bandelette se compose donc de trois parties : du faisceau direct, du faisceau croisé, et des parties qui ne sont pas affectées à la vision.
II nous reste à poursuivre les faisceaux direct et croisé depuis la rétine, à travers le nerf optique et le chiasma jusque dans les bandelettes.
Les observations d'hémianopie ont démontré que le faisceau direct innerve une zone temporale de la rétine, et le faisceau croisé la zone nasale, les deux étant séparées par le méridien oculaire vertical passant par la fovea centralis. En effet, dans l'hémianopie homonyme typique, due à une interruption de la bandelette droite par exemple, les deux moitiés gauches des champs visuels sont abolies; une ligne de séparation verticale passe par le point de fixation. Comme la vision directe, avec le centre physiologique de la rétine, n'est jamais abolie dans ce cas, ni même diminuée, il faut conclure que le faisceau direct et le faisceau croisé envoient chacun des fibres à la fovea centralis. Ordinairement il y a aussi entre la partie intacte et la partie abolie du champ visuel une zone étroite dans laquelle la vision n'est pas abolie, mais simplement diminuée. Il semble donc que tout le long de la
[ FiG.139. — Étendue relative des deux portions rétiniennes iunervées par les deux faisceaux du nerf optique. Le faisceau direct innerve la plus petite portion, striée et située du côté temporal ; le faisceau croisé innerve la plus grande portion rétinienne (nasale, non striée). — P, endroit de la papille du nerf optique ; f, endroit de la fovea centralis.
\ ligne de séparation entre les deux portions rétiniennes, de même que dans le centre physiologique de la rétine, les fibres des deux faisceaux s'entremêlent un peu dans leur terminaison périphérique. — D'après les relevés I des champs visuels hémianopiques, les deux portions rétiniennes n'ont pas la même étendue. La ligne de séparation entre les deux parties du champ visuel ne passant jamais par le punctum caecum (le centre géométrique I approximatif du champ visuel), mais par le point de fixation (situé en dedans du punctum caecum) la portion rétinienne temporale, innervée par le I faisceau direct, ne constitue qu'environ le tiers de la portion nasale, inner- [ vée par le faisceau croisé. La figure 139, dans laquelle P est la papille, et f i la fovea centralis, représente approximativement les deux parties de I la rétine afférentes à chacun des deux faisceaux, la partie corresponi dant au faisceau direct étant ombrée. — Gudden a du reste conclu des observations faites dans le cas d'atrophie d'un seul ou des deux yeux, accompagnée d'une atrophie des nerfs correspondants et de leurs prolongements à travers le chiasma jusque dans les bandelettes, que chez
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l'homme le faisceau direct peut constituer environ le tiers de la masse du faisceau croisé.
Les rapports des faisceaux direct et croisé dans le nerf optique ne sont pas encore suffisamment élucidés. On s'attendrait à trouver des renseignements complets sur cette question dans l'examen microscopique pratiqué dans les cas d'hémianopie homonyme due à une lésion d'une bandelette optique. — Il paraît que l'atrophie descendante qui marquerait dans un nerf la trace du faisceau croisé, se produit beaucoup plus tardivement et plus incomplètement que l'atrophie ascendante à la suite de la perte d'un œil. Dans un cas de ce genre (compression d'une bandelette), Hosch {Klin. Monatsbl. f. Augenheilk., t. XVI, p. 285) a constaté dans les deux nerfs une atrophie des fibres internes, nasales (contre le chiasma). Dans un cas d'atrophie de la bandelette gauche, produite par une apoplexie arrivée avant treize ans dans le corps quadrijumeau antérieur et dans la couche optique du même côté, Gudden (Arch. f. Ophth., t. XXV; trouva dans le nerf gauche (faisceau direct) une atrophie des faisceaux centraux et internes (nasaux) ; dans le nerf droit (faisceau croisé) il ne trouva rien d'anormal. On pouvait voir à l'œil nu que le faisceau direct passait à travers le chiasma au côté interne du nerf. — Cette méthode d'observation ne nous semble pas encore avoir dit son dernier mot.
Il paraît donc prouvé que le faisceau direct se place contre le chiasma au côté interne du nerf. Cela est d'autant plus remarquable que contre le globe oculaire, une partie au moins de ses fibres occupent le côté externe du nerf.
Pour prouver ce dernier poiat, nous devons envisager l'expansion du nerf optique dans la rétine. A partir de la papille, les fibres s'épanouissent de tous les côtés dans la rétine, particulièrement en haut, en bas et en dedans. La moitié externe de la papille ne renferme que peu de fibres, seulement celles qui se terminent dans la portion de rétine située entre la papille et la macula lutea.Les fibres destinées à la macula lutea elle-même, ainsi qu'à la portion temporale située au delà de la macula, ne gagnent leur terminaison que par des voies détournées ; elles se dirigent d'abord les unes en haut, les autres en bas, et n'atteignent leur destination qu'après avoir décrit des arcs de cercle ouverts du côté de la macula (Kœlliker, Hdb. de Gewebelehre, Liebreich, Atlas der Ophthalmosc.\ Michel, Gratulationsschr. an Ludwig).
D'après certaines observations, cet épanouissement se ferait de telle sorte que près de l'œil les fibres destinées à la périphérie rétinienne se trouveraient plus particulièrement à la périphérie du nerf. Dans un cas de rétrécissement concentrique considérable du champ visuel, Leber (Arch. f. Ophth.f t. XIV, fasc. 2) trouva une zone atrophique sur toute la périphérie du nerf. Les faisceaux atrophiés étaient entremêlés de fibres normales. Treitel décrit [Arch. f. Ophth., t. XXII, fasc. 2) un cas analogue.
Ces observations microscopiques faites sur des nerfs qui se trouvaient
dans un état d'atrophie simple ne paraissent pas cependant avoir donné des résultats bien nets, ainsi qu'il résulte de trois observations de scotome central, dans lesquels on a pu faire l'autopsie. Dans le scotome central (voyez plus loin : Amblyopie alcoolique), \q centre physiologique de la rétine ne fonctionne plus, parole fait d'une dégénérescence partielle du nerf optique; la périphérie rétinienne au contraire fonctionne normalement. Samelsohn, Nettleschip et Vossius en 1882 (voy. la bibliographie plus loin, h V^viidQ Amblyopie par abus alcoolique) ont pu examiner des portions plus ou moins étendues du nerf, et Vossius en même temps le chiasma et une bandelette optique. On a trouvé dans les trois cas un faisceau atrophique à situation identique, de sorte que ces renseignements méritent la plus grande confiance. Les fibres de la portion temporale de la rétine et de la lame criblée étaient plus ou moins atrophiées. Dans le nerf proprement dit, il y [avait un faisceau atrophié, assez bien délimité, et chang^eant de position le long du nerf. Contre l'œil, dans toute l'étendue où le nerf renferme les vaisseaux centraux (fig-. 140, A), il {x) occupait la portion temporale du nerf et y constituait sur la coupe transversale un secteur à base
FiG. 140. — Coupes du nerf optique dans un cas de scotome central, d'après Samelsohn. Le faisceau atrophié {x) occupe le côté temporal du nerf tout contre le globe oculaire (A) ; il s'enfonce dans le nerf en arrière de l'entrée des vaisseaux centraux (B), et occupe le centre du^nerf au niveau du trou optique (C).
périphérique et à sommet arrivant jusqu'au centre du nerf, contre lés vaisseaux centraux. Vers le milieu du nerf, en arrière de l'entrée des vaisseaux centraux, le faisceau atrophié s'était déplacé vers le centre du nerf (B); il était recouvert de toutes parts de fibres intactes. Dans le canal optique (C) il était aplati de haut en bas et occupait le centre du nerf. Dans le cas de Vossius, dans lequel l'atrophie s'étendait jusque dans la bandelette, le faisceau atrophique continuait à maintenir sa position centrale jusqu'au chiasma inclusivement. Dans la bandelette optique droite, la seule qu'il eût à sa disposition, se trouvaient deux faisceaux atrophiques, l'un à l'endroit qui, d'après ce que nous allons voir, est occupé par le faisceau direct; l'autre à l'endroit occupé parle faisceau croisé de la bandelette. L'affection était bilatérale.— La macula lutea est donc représentée dans la bandelette par deux faisceaux fibrillaires, qui à partir du chiasma se réunissent (après décussation partielle) en un seul.
Ce qui [précède résume nos connaissances relatives aux rapports réciproques des fibres optiques dans les nerfs. Le parcours exact des faisceaux direct et croisé y est donc à peu près inconnu, alors que nous connaissons
560 NUEL. ~ AMBLYOPIES ET AMAUROSES.
assez exactement les endroits occupés dans le nerf par les fibres maculaires provenant des deux faisceaux. Nous savons aussi que les faisceaux fibrillaires modifient leurs positions réciproques le long du nerf. Enfin, bien que les fibres provenant d'une certaine étendue rétinienne restent dans le nerf ramassées en faisceau, cela semble cependant ne pas être vrai d'une manière absolue; car dans toutes les descriptions d'atrophies partielles du nerf optique, on peut lire que sur une coupe transversale du nerf on trouve, entre la limite et les faisceaux atrophiés, un mélange de fibres normales et de fibres dégénérées.
Ce mélange de fibres provenant d'endroils rétiniens différents semble aller très loin dans le chiasma. D'après Gudden, les fibres qui se croisent dans le chiasma seraient renfermées surtout dans les plans inférieurs du chiasma; les faisceaux non croisés empiéteraient cependant fortement sur eux. Kellermann est arrivé (à la suite de recherches anatomiques faites dans les cas de cécité monoculaire) à la conclusion que dans le chiasma les fibres croisées et directes s'entremêleraient de la manière la plus intime, et qu'il n'y aurait dans le chiasma aucun faisceau fibrillaire qui le traverserait sans
FiG. 141. — Coupes à travers les nerfs, le chiasma et les bandelettes optiques dans un cas d'atrophie d'un seul œil; d'après Burdach. — A, coupes à travers les deux nerfs optiques : n. dr, nerf droit, normal; n. g, nerf gauche atrophié. — B, coupe à travers le bord antérieur du chiasma. — C, coupe à travers l'extrémité postérieure du chiasma. — I), coupes à travers ies deux bandelettes.
s'entremêler avec d'autres fibres. Il n'y aurait surtout pas de faisceau latéral allant directement du nerf à la bandelette du même côté, le long du bord latéral du chiasma.
Dans la bandelette, au contraire, les fibres optiques restent sensiblement parallèles entre elles, et de plus, les faisceaux direct et croisé occupent chacun une position à part, qu'ils maintiennent dans toute la longueur de la bandelette. Elles seraient toutefois assez fortement entremêlées à la surface des bandelettes. Quant aux endroits occupés dans la bandelette par les deux faisceaux, voici les résultats obtenus par les divers auteurs. Ces recherches ont été faites dans des cas de cécité d'un œil.
Gudden et Purtcher placent le faisceau direct contre le bord supéro-externe ou antérieur delà bandelette, sous forme d'une bande allongée. Baumgarten, Marchand et Burdach décrivent ces détails sensiblement de la même manière, représentée dans la figure 141 (donnée d'après Burdach). En A, nous avons la section des deux nerfs, dont le gauche (n.g) est atrophié. B est une section à travers le bord antérieur du chiasma, dont la moitié droite commence à renfermer en bas et en dedans des traces du faisceau croisé atro-
phié, et la moitié gauche, également en bas, une trace de son faisceau croisé, mais non atroiDhié. En C est une coupe prise contre le bord postérieur du chiasma; l'entre-croisement est achevé; le faisceau croisé (atrophié à droite) occupe dans chaque bandelette la partie inférieure; le faisceau direct, atrophié à gauche, occupe la partie supéro-externe. Cette orientation se maintient dans les coupes des deux bandeletles (D). — Le faisceau direct occupe donc dans la bandelette le bord supéro-externe; d'après ce qui a été dit à la page 558, il passe dans le chiasma au bord interne du nerf.
Quant aux volumes relatifs des deux faisceaux, Gudden estime que le faisceau direct n'est que le tiers du faisceau croisé. D'après Stilling, ce rapport serait beaucoup moins favorable pour le faisceau direct.
Les aboutissants centraux des deux faisceaux ne nous sont guère connus. Ganser {Arch. f. Psychiatrie, t. XIII, p. 341) a observé un cas dans lequel le faisceau direct parcourait isolément son trajet, simplement accolé à la bandelette et au nerf. Ce faisceau prenait son origine dans la partie médiane du corps genouillé externe, et longeait la face ventrale de la bandelette ; près du chiasma, il se plaçait au côté externe du nerf, dans lequel il plongeait à 34 millimètres en arrière de l'œil. — Ces rapports aiïeclés par le faisceau direct dans le nerf ne concordent pas avec ce que Gudden a trouvé. Il est vrai qu'il s'agit ici d'une anomalie, d'une malformation congénitale.