I. — RÉFLEXES PROVOQUÉS PAR LES IMPRESSIONS VISUELLES
D'après les observations souvent confirmées de Magendie, de Longet, de Schiff, etc., l'enlèvement des hémisphères cérébraux et des couches optiques
laisse intacts les mouvements de l'iris, notamment les réactions sous l'influence de la lumière.
Des observations pathologiques démontrent la même chose pour l'homme. Dans l'amaurose urémique, qui selon toutes les apparences est due à une altération corticale (voy. plus loin : Amaurose urémique), la réaction pupillaire à la lumière est souvent conservée. Fûrstner (Arch. f. Psychiatrie, t. VIII, p. 170) cite deux cas de démence paralytique dans lesquels les pupilles réagissaient à l'éclairage de l'un et de l'autre œil, bien que l'un d'eux semblât ne plus rien voir.
On suppose donc que dans les cas d'amaurose par cause cérébrale avec conservation de la réaction pupillaire, le siège du mal est dans les hémisphères, au delà des tubercules quadrijumeaux.
On sait du reste que chez l'homme aussi bien que chez les animaux, la destruction des tubercules quadrijumeaux antérieurs dilate au maximum les pupilles et en abolit la réaction.
Schiff (Lehrb. der Physiol. de Menschen, I, p. 359) a pu produire des mouvements des deux iris (dilatation), surtout de celui du côté opposé, en excitant la partie postérieure du tubercule antérieur et le tubercule postérieur. En même temps, il observait des mouvements divers des deux yeux.
Adamûck (Onderzœck. , ged. in het physiol. Laborat. te Utrecht, 1870), poursuivant ces expériences, a obtenu chez le lapin et le chien, par l'excitation électrique du tubercule antérieur, une rotation des deux yeux vers le côté opposé ; par une excitation entre les tubercules antérieurs, sur la ligne médiane, une convergence des deux yeux; par une excitation plus forte, surtout des tubercules postérieurs, il obtint des mouvements coordonnés de tout le tronc en harmonie avec les mouvements oculaires.
D'après ces expériences, les tubercules quadrijumeaux renfermeraient les centres réflexes d'ordre supérieur, ayant sous leur dépendance les noyaux d'origine des nerfs moteurs de l'œil, tant des muscles intrinsèques que des muscles extrinsèques; ces centres innerveraient les mouvements oculaires si variés, tous plus ou moins réflexes (réaction pupillaire, déplacement du regard, etc.) qui se produisent lorsqu'un objet inconnu apparaît par exemple dans la périphérie du champ visuel. — Comme substratum anatomique de ces centres, on regarde la substance grise du tubercule antérieur surtout : elle dégénère (au moins en partie) après extirpation de l'œil du côté opposé. La voie centripète de ces innervations réflexes serait le gros faisceau de fibres optiques qui se rendent au tubercule antérieur. — Effectivement, Meynert a décrit des fibres qui de la substance grise du tubercule se rendent au noyau de l'oculo-moteur du même côté.
La doctrine précédente repose toutefois sur une base assez fragile. C'est ainsi que Hensen et Vœlkers (Arch. f. Ophth., t. XXIV, f. i) ont obtenu les mouvements les plus divers des muscles oculaires en excitant telles ou telles portions du noyau d'origine de l'oculo-moteur commun. L'excitation portée
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sur la tête de ce noyau, dans le plancher du troisième ventricule, agit sur le muscle ciliaire; un peu plus en arrière, elle agit sur le sphincter de la pupille; plus en arrière encore, successivement sur les divers muscles innervés par des fibres nerveuses sorîies de ce noyau. — En songeant au voisinage immédiat des deux noyaux de l'oculo-moteur commun, on admettra la possibilité que les excitations électriques portées sur les tubercules aient pu agir sur les noyaux sous-jacents. Les mouvements du corps qu'on observe à la suite d'une excitation plus forte pourraient être dus à une excitation du pédoncule cérébral, ainsi que cela semble du reste résulter d'expériences de Knoll {Centralbl. f. cl. med. Wiss., 1872, p. 265). Cet auteur a obtenu chez le lapin tous ces mouvements combinés (de l'iris et de tout l'œil) après enlèvement des tubercules, en excitant les parties sousjacentes.
Knoll a trouvé de plus que chez cet animal, à décussation presque complète des nerfs optiques, les fibres optiques dont l'excitation agit sur la pupille s'entre-croisent. Cela ne prouve naturellement rien pour l'homme, dont le faisceau direct est assez volumineux, et chez lequel chaque nert optique est probablement en rapport avec les deux centres réflexes des deux sphincters pupillaires, car les variations de l'éclairage d'un œil produisent des variations pupillaires égales sur les deux yeux.
L'anatomie n'est du reste pas sans avoir fourni quelques données en accord avec cette dernière manière de voir. Nous avons vu (p. 542) que, d'après Stilling, la bandelette optique envoie au noyau de l'oculo-moteur commun une racine directe qui ne passe pas par le tubercule quadrijumeau. Et d'après Knoll, la réaction pupiilaire serait chez le lapin conservée après destruction de la seule substance grise du tubercule quadrijumeau.
On voit donc qu'en plaçant dans la substance grise des tubercules qua- (Irijumeaux les centres réflexes pour la réaction pupiilaire, on fait une supposition qui n'est rien moins que prouvée. D'une part, les conséquences qui résultent pour la pupille (dilatation, immobilité) de la destruction des tubercules pourraient être dues à la destruction des fibres optiques, et d'autre part les mouvements oculaires observés lorsqu'on excite les tubercules peuvent encore être produits après destruction des tubercules.
Pour ce qui est des autres mouvements réflexes, tels que le clignotement, les mouvements de toute la tête, qui sont les conséquences d'impressions visuelles, on pourrait invoquer l'intervention des fibres qui, d'après Stilling, arrivent à la bandelette optique en remontant des parties profondes du mésocéphale, notamment de la protubérance (etmêm.e de l'olive). Ces fibres pourraient constituer les voies optiques centripètes pour les innervations réflexes du nerf facial. — On penche cependant aujourd'hui à localiser chez les animaux supérieurs dans la couche optique les centres pour la plupart des réflexes visuels autres que la réaction pupiilaire à la lumière. De ce nombre est le clignotement, les mouvements de la face et même de tout le corps. On sait que les pigeons et les grenouilles privés des hémisphères
cérébraux évitent dans leurs mouvements les obstacles, rien qu'à l'aide de leurs impressions visuelles. Les mêmes animaux clignotent souvent lorsqu'on rapproche de leurs yeux une lumière par exemple. — Christiani i {Berlin, phijsiol. Gesellsch., 1884, n"' 15 et 16) a récemment réussi à I maintenir quelque temps en vie et à observer des lapins auxquels il avait I réséqué les hémisphères cérébraux, à l'exception des couches optiques. ! Ces animaux évitaient aussi des obstacles en marchant.
Ces divers mouvements réflexes exécutés chez les animaux supérieurs \ (mammifères) par la face, la tête et même par tout le corps, sous l'influence de certaines impressions visuelles, ne se produisant plus après ! l'ablation des couches optiques, on a conclu que l'organe central qui I préside à leur innervation est situé dans la couche optique. — On relève I à ce point de vue le fait que les fibres optiques qui pénètrent dans la ; couche optique s'y éparpillent, et viennent dans un contact intime avec les fibres (centrifuges?) les plus diverses qui de la couche optique se rendent vers la périphérie à travers l'étage supérieur du pédoncule cérébral.
Voici quelques mécanismes nerveux, décrits par certains auteurs, et qui seraient mi^ en action lors des mouvements combinés des deux yeux, mouvements qui se produisent ordinairement à la suite d'impressions visuelles, et plus ou moins avec les caractères des réflexes purs.
iS'ous avons dit plus haut que Mevnert a décrit des fibres allant du tubercule quadrijumeau au noyau de l'oculo-moteur du même côté. Nous aurions ainsi un mécanisme d'innervation réflexe, dont la voie centripète, le nerf optique, aboutirait au tubercule quadrijumeau, qui de son côté aurait sous sa dépendance les muscles oculaires les plus divers.
D'après Mathias Duval (Journ. de Vanat. et de la physiol.,iS19 et 1880), les fibres de l'oculo-moteur commun ne lui parviendraient pas toutes de son no.yau ; un certain nombre d'entre elles seraient issues du noyau de l'oculo-moteur externe du côté opposé ; ces I dernières remonteraient le mésocéphale avec la bandelette longitudinale postérieure, et après s'être entre-croisées, se joindraient au nerf oculo-moteur commun du côté opposé. On comprendrait ainsi qu'une innervation du noyau d'origine de la sixième paire puisse ■ innerver à la fois le muscle droit externe d'un œil avec le droit interne de l'autre (mouvement combiné de latéralité des deux yeux).
On estime de plus que ces mécanismes sont mis en action, tantôt par l'écorce cérébrale (volontairement), tantôt (en qualité de purs réflexes) par les fibres optiques qui se rendent soit dans la substance grise de la couche optique, soit dans celle des tubercules quadrijunieaux.