III
qui représente seule la direction réelle de l'œil. Nous n'avons, en effet, aucun moyen de déterminer directement le second point, lorsque la ligne de regard d'un œil n'est plus dirigée vers le point de fixation. La mensuration exacte du degré du strabisme ou de la déviation de la ligne de regard suppose donc la connaissance préalable de la valeur de l'angle appelé y. Cette valeur, lorsqu'elle est positive, devra nécessairement être soustraite de l'angle qui exprime le degré d'un strabisme divergent, ajoutée, au contraire, à l'angle de la déviation convergente, et vice versa.
En pratique, on peut mesurer l'angle y avec une exactitude suffisante au moyen du périmètre, dont l'arc est disposé horizontalement. L'œil en observation est placé à son centre. Il fixe le sommet ou le point 0 du demicercle, de façon que sa ligne de regard coupe ce dernier en ce point. L'examinateur promène alors le long de l'arc gradué une flamme de bougie, dont il vise le reflet cornéen, en déplaçant son œil parallèlement à la flamme. Le reflet arrivé au centre de la pupille, on peut admettre alors que la flamme et l'œil de l'observateur se trouvent sur le prolongement de l'axe cornéen. Le point du périmètre où s'est arrêtée la première marque l'intersection de cet axe avec l'arc périmétrique. La division correspondante à ce point indique en degrés la valeur de l'angle y (Javal) (1).
Quant à l'angle du strabisme, il est susceptible d'être mesuré au moyen de deux méthodes : l'une consiste à apprécier objectivement, comme dans la détermination de l'angle y, la position du centre de la cornée ; c'est la méthode objective. L'autre, la méthode subjective, qui n'est applicable que dans certains cas, repose sur l'écartement plus ou moins grand des doubles images qui se produisent quand la vision binoculaire simple est altérée. Nous nous en occuperons en détail en parlant du strabisme paralytique. Pour le moment, nous ne nous arrêterons qu'à la méthode objective et à ses principales variétés.
La plus pratique est celle que M. Javal a recommandée et qui est identique à celle qu'il a indiquée pour la mensuration de l'angle y. Le menton de la personne en examen repose sur le support du périmètre, de telle façon que le centre de rotation de l'œil dévié coïncide approximativement avec celui du demi-cercle. Elle est invitée à fixer un objet situé à cinq mètres au moins sur une ligne qui passe à travers le centre et le sommet du périmètre. Dans ces conditions, la ligne de regard de l'œil placé au centre de l'instrument, si elle avait une direction correcte, devrait passer par le point 0 de l'arc. Comme elle est, en réalité, déviée, elle passe par une division quelconque du demi-cercle, facile à déterminer. On n'a, en effet, qu'à s'assurer, par le même moyen que nous avons décrit en parlant de la mensuration de l'angle y, de la position du centre cornéen, autrement dit de l'angle que forme l'axe de la cornée avec le rayon de
(1) Pour les autres méthodes de détermination de l'angle y, voyez ce Traité, t. I, p. 900.