INFLUENCE DE L'AGE SUR LA RÉFRACTION
Les chiffres placés horizontalement au haut du schéma, correspondant aux ordonnées, indiquent l'a^e; les chiffres placés à la gauche, sur les abscisses, des dioptries. La courbe rr correspond à la réfraction de l'œil à l'état de
repos. Comme nous l'avons dit, r= qui désigne la force réfringente de
l'œil à l'état de repos, est égal à zéro, parce que R =00 dans l'emmétropie, pour laquelle ce schéma a été d'abord tracé.
La courbe r commence donc au point zéro de la division. Elle forme une ligne droite se maintenant toujours dans la ligne zéro jusque vers l'ordonnée 55, où elle commence à baisser et à entrer dans la partie négative du diagramme. Ceci indique qu'entre cinquante et cinquante-cinq ans, la réfraction commence à diminuer, devient négative pour Vemmétrope, c'està-dire que celui-ci devient hypermétrope. Son punctum reraotum change de position, et de l'infini se porte en arrière de l'œil; R devient négatif, et, en
conséquence , = r, également.
A soixante ans, la réfraction a diminué d'un tiers de dioptrie. Le punctum remotum se trouve à 3 mètres en arrière de l'œil environ. A soixante-cinq ans, la réfraction statique est de 3/4 de dioptrie, à soixante-huit, d'une dioptrie, et à quatre-vingts ans, de 2,25 dioptries au-dessous de ce qu'elle était avant cinquante-trois ans. A quatre-vingts ans, une personne qui a été emmétrope jusqu'à cinquante-trois ans est hypermétrope de 2,25 dioptries, et son
punctum remotum se trouve à —^=M4! millimètres en arrière de l'œil.
Pour le myope, la courbe rr est exactement la même que pour l'emmétrope. La diminution de la réfraction statique est la même; seulement, la position du punctum remotum n'est pas identique.
Supposons un myope de 3 D. Nous n'aurons qu'à transporter la courbe rr dans la partie positive du diagramme (puisque la myopie représente un excès de force réfringente), et l'appliquer à l'abscisse 3. Nous verrions alors que, jusqu'à l'âge de cinquante-trois ans, la myopie reste égale à 3 dioptries; qu'après cette limite elle diminue d'autant de dioptries qu'en comporte l'hypermétropie acquise de l'emmétrope, et que, à quatre-vingts ans, la courbe rr se trouve à un quart de division au-dessous delà ligne c'est-à-dire que la myopie sera de 0,75 dioptrie. Elle a diminué de 3 — 0,75 = 2,25 dioptries, comme celle de l'emmétrope.
Un myope de 2,25 serait donc emmétrope à cet âge, et une myopie de moins de 2,25 dioptries passera même par l'emmétropie à l'hypermétropie. En appliquant la courbe rr à Tabscisse 1, par exemple, comme pour une myopie d'une dioptrie, elle traversera la ligne zéro et descendra dans la partie négative du tableau, entre soixante-cinq et soixantedix ans.
Vour l'hypermétropie, la courbe rr entière se trouvera toujours au-dessous de zéro, dans la partie négative du diagramme, parce que l'hypermétropie
peut être considérée, ainsi que nous l'avons vu, comme un défaut de force réfringente. La diminution de réfraction due à l'âge vient donc s'ajouter à l'hypermétropie et l'augmente.
Prenons un hypermétrope de 2D. Sa réfraction ne varie pas avant l'âge de cinquante-trois ans; mais, à partir de ce moment, il verra augmenter son hypermétropie conformément à la courbe rr appliquée à l'abscisse — 2. A l'âge de quatre-vingts ans, où la courbe se trouverai 2 1/4 divisions audessous de l'horizontale, l'hypermétropie sera de 2 -|- 2,25 = 4,25 D.
La diminution dans la force réfringente de l'œil qui accompagne l'âge est attribuable à un changement de nature du cristallin.
Nous avons expliqué (p. 108) que les différentes couches dont se compose cette lentille n'ont pas toutes le même indice de réfraction, mais que le pouvoir réfringent de la substance cristallinienne augmente des couches périphériques vers le centre, pour atteindre son maximum dans le noyau. Nous avons, de plus, prouvé (à l'aide des déductions de Senff, de Listing et deHelmholtz) que cette disposition des différentes parties du cristallin a pour effet de lui donner un pouvoir réfringent plus considérable que s'il était homogène, et se composait même en totalité d'une substance de la densité du noyau.
Avec l'âge, l'indice de réfraction des couches périphériques du cristallin augmente. La preuve en est, entre autres, le reflet très prononcé des cristallins séniles à l'éclairage oblique, reflet quelquefois assez intense pour simuler une cataracte. L'examen à la lumière transmise prouve cependant dans ces cas que le cristallin est parfaitement transparent. Ce reflet n'est dû qu'à une augmentation de l'indice de réfraction des couches corticales, grâce à laquelle la différence de réfraction entre l'humeur aqueuse et le cristallin augmente et, par suite, la force réfléchissante de ce dernier. L'indice de réfraction des couches périphériques du cristallin augmentant sans que celui du centre change d'une façon appréciable, la substance totale du cristallin devient plus homogène et réfracte la lumière moins fortement que dans le jeune âge.
Avec la force réfringente du cristallin diminue nécessairement celle de l'appareil dioptrique de l'œil tout entier.
B. Réfraction dynamique. — Si l'âge a une certaine influence sur la réfraction statique de l'œil, la réfraction à l'état de repos, il exerce une influence plus importante encore sur V accommodation, sur la réfraction ilynamique.
Le pouvoir accommodateur de V œil diminue avec Vâge-, le punctum proximum s'éloigne graduellement. Mais, si l'influence des années sur la réfraction statique se fait sentir seulement à un âge quelque peu avancé, la diminution de la réfraction dynamique se manifeste déjà à partir de dix ans, c'est-à-dire à partir de l'âge où des expériences concluantes ont pu être faites à ce sujet.
INFLUEiNCE DE L'AGE SUR L'ACCOMMODATION. 167
Le punctum proximum s'éloigne donc de l'œil, et la force réfringente que présente l'œil lorsqu'il met en jeu tout son pouvoir accommodateur, diminue en proportion.
Donders a représenté, par la courbe pp du schéma (fig. 76), la réfraction de l'œil lorsqu'il est adapté à son puncttim proximum, c'est-à-dire les maxima de force réfringente qu'un œil peut obtenir à différentes époques de la vie.
Le premier chiffre indiqué par la courbe est, à l'âge de dix ans, de 14 dioptries. Cela signifie qu'un enfant de dix ans peut, en mettant en jeu toute son accommodation, augmenter la force réfringente de son œil de 14 dioptries.
A partir de ce moment, la courbe pp tombe rapidement. A trente ans, l'accommodation n'étant plus que de 7 dioptries, a déjà diminué de la moitié.
Entre soixante et soixante-cinq ans, la courbe pp arrive à la ligne zéro, c'est-à-dire que le punctum proximum est aussi éloigné que l'était autrefois le punctum remotum. — Une personne qui a été emmétrope jusque vers l'âge de cinquante ans, et qui est devenue hypermétrope par suite du changement sénile de son cristallin, parvient juste encore à corriger cette hypermétropie acquise à l'âge de soixante-sept ans, mais seulement en mettant en jeu toute l'accommodation dont elle dispose. Elle ne peut donc plus ramener le punctum proximum en deçà de l'infini.
A partir de cet âge, la courbe pp descend de plus en plus au-dessous de zéro, c'est-à-dire que le punctum proximum est plus éloigné de l'œil que ne l'était le punctum remotum jusqu'à cinquante-trois ans. La force réfringente que présente l'œil à l'état du maximum d'accommodation est plus faible que celle qu'il présentait naguère à l'état de repos. Un emmétrope devient hypermétrope de 0,75 dioptries à l'âge de soixante-cinq ans, et, en mettant enjeu toute son accommodation, il lui reste toujours 0,25 dioptrie d'hypermétropie.
A soixante-treize ans, les deux courbes se confondent, c'est-à-dire que le punctum proximum et le punctum remotum coïncident. La réfraction n'est plus susceptible d'aucun changement. Il n'y a plus d'accommodation, et, en outre, ce point de fusion des deux courbes se trouvant à 1,5 dioptrie au-dessous de zéro, la force réfringente invariable de Tœil, à cet âge, est de 1,5 dioptrie plus faible qu'elle n'était dans la jeunesse.
La courbe unique, formée par la fusion des courbes pp et rr, continue à baisser encore, comme nous l'avons vu, jusqu'à quatre-vingts ans. Au delà -de cet âge, on n'a plus fait d'expériences concluantes.
Vamplitude d'accommodation, c'est-à-dire le changement de réfraction dont un œil est susceptible à l'aide de son pouvoir accommodateur, trouve évidemment son expression dans le nombre des dioptries comprises entre la courbe rr du repos et la courbe pp du maximum d'accommodation {a=p — r).
Nous obtenons ainsi, pour l'amplitude d'accommodation, le tableau suivant :
Amplitude
Années. d'accommodation.