I OU
C'est la variation totale dont l'état de réfraction de l'œil est susceptible lors de la vision binoculaire.
P2 désigne la distance du point le plus rapproché, R2, celle du point le plus éloigné qui puisse encore être fixé binoculairement;
3" L'amplitude d'accommodation relative :
A, "~ pT"" r*
ai = jOi — Ti.
Cette amplitude d'accommodation se rapporte à chaque point de convergence. C'est pour cela qu'on lui donne le nom de relative. Elle est relative
(I) Donders, Anomalies, etc., p. 110 de l'édit. angl., p. 98 de l'édit. allem.
LANDOLT. — RÉFRACTION ET ACGOx\lMODATION.
à des degrés de convergence variables, et exprime le maximum et lé minimum d'accommodation entre lesquels la force réfringente de l'œil peut varier indépendamment de la convergence.
Il convient maintenant de nous occuper en détail de cette question et d'étudier de plus près les expériences que Donders et Mac Gillavry ont entreprises les premiers et auxquelles nous devons les plus intéressants résultats (1).
Le problème est le suivant :
Il s'agit de savoir :
1" La convergence restant la même, de combien de dioptries l'accommodation peut être augmentée et diminuée ;
2° L'accommodation restant la même, de combien d'angles métriques la convergence peut être augmentée et diminuée.
"Voici comment les expériences ont été faites : Donders (2) a construit un appareil consistant en une planchette en bois rectangulaire, longue delGS^m^ l^arge de 24*^'", maintenue horizontale par un pied qu'on peut hausser et baisser à volonté. L'une des extrémités de la planchette porte une échancrure pour le nez. Des deux côtés se placent les yeux, dont la position est fixée par deux baguettes arrondies qui peuvent être avancées et reculées et s'adaptent aux maxillaires supérieurs. De chacun des yeux part une rainure divisée qui parcourt toute la longueur de la planchette, et est perpendiculaire à la ligne de base. Devant chaque œil se trouve une monture de verre de lunettes, mobile sur un arc décrit autour d'un centre situé sur la prolongation des rainures, dans l'œil même. Les yeux doivent être placés de telle sorte que les points nodaux se trouvent, autant que possible, sur la ligne qui passe à travers les points zéro des divisions des rainures et que les centres de rotation puissent être considérés comme coïncidant avec les centres des arcs. On peut alors toujours donner aux verres de lunettes une position telle que leurs axes coïncident avec les lignes de regard. Deux petites lunettes adaptées à la planchette indiquent, par le croisement de leurs fds micrométriques, la place des cornées des yeux à examiner et servent à contrôler la position de ceux-ci. Les pièces qui portent les verres de lunettes peuvent être rapprochées et écartées, afin que l'écartement des verres corresponde toujours à celui des yeux de la personne qui fait le sujet de l'expérience.
Du milieu de l'espace interoculaire part une troisième rainure longitudinale. Dans celle-ci glisse une pièce de bois. Elle porte l'objet de fixation. Ce dernier consiste en quelques cheveux tendus sur un petit cadre, ou en quelques ouvertures excessivement fines, percées dans un diaphragme de métal.
Suivant que l'objet est plus ou moins rapproché, il exige une convergence
(1) Donders, Hollœndische Beitrœge, etc., vol. 1, p. 379, 1846, et Mac Gillavry, Oncfer:5ce- Jdngen over de hœgrootheid der Accommodatie, Diss. inaug. Utrecht, 1858.
(2) Donders, loc. cit., p. 97 et 98 de l'édit. angl., p. 115 et 116 de l'édit. allem.
plus ou moins forte. Dans les appareils qui se trouvent dans le commerce, la rainure médiane porte deux divisions, qui indiquent les angles de convergence pour deux différentes distances entre les centres de rotation ; c'est-àdire pour une ligne de base de 64'"'". et une ligne de base de 58'"'".
Pour déterminer le maximum de V accommodation relative (pi), on place devant les yeux des verres concaves de plus en plus forts, qui exigent un effort d'accommodation croissant. Pour trouver le minimum- de Vaccommodation relative (ti), on munit les yeux, au contraire, de verres convexes.
Le verre concave le plus fort qui puisse encore être supporté sah.. préjudice pour la vision binoculaire et nette donne la partie positive, le convexe le plus fort donne la partie négative de l'amplitude d'accommodation relative, et la différence entre les deux constitue Tamplilude d'accommodation relative ai»
Ces expériences sont faites pour différents degrés de convergence, et les résultats notés sur des schémas, c'est-à-dire sur un système de coordonnées (fig. 82 à 88). Sur les lignes horizontales (abscisses) sont marqués les degrés de convergence; sur les lignes verticales (ordonnées) les degrés iVaccommodation. Les chiffres placés le long de la verticale, sur la gauche de la figure, correspondent donc à des unités de convergence, c'est-à-dire à des angles métriques, les chiffres placés sur l'horizontale, à des unités de force réfringente, c'est-à-dire à des dioptries.
Lorsque Donders fit ses expériences, on ne connaissait encore ni la dioptrie, ni l'angle métrique. Donders fut donc obligé de choisir une unité de réfraction arbitraire. Il prit comme telle une lentille de 24" de distance focale, et chaque division verticale de
son schéma correspond à --jjj de force réfringente (1,54. dioptrie). Les angles de conver-
gence sont directement notés, de sorte que les chiffres des divisions des ordonnées et des abscisses ne semblent, à première vue, avoir rien de commun ensemble. C'est ici encore qu'apparaît le grand avantage du système des dioptries et de celui des angles métriques que nous devons à M. Nagel.
Le schéma de la figure est bien celui de Donders, mais la division est de Nagel. Kn le comparant avec la figure 57 de l'édition atiglaise ou 58 de l'édition allemande de Donders, on voit de suite que celui de Nagel est infiniment plus compréhensible.
La diagonale oblique DD qui part de zéro contient tous les points pour lesquels la convergence et l'accommodation sont les mêmes.
Ainsi le point zéro correspond à l'état de repos, où les deux yeux sont dirigés parallèlement à grande distance sans accommodation. Il n'y a donc ni convergence ni accommodation. Prenons un autre point de la diagonale, par exemple le point qui est à 8 divisions plus loin. Ici la convergence et
Faccommodation sont égales à ^— ; car en ce point se rencontrent la ligne
horizontale (abscisse) qui part du point 8 de la division de gauche et indique que les lignes de regard ont une convergence de 8 angles métriques, et la verticale (ordonnée) qui part du point 8 de la division d'en bas,
ce qui signifie qu'en même temps il y a 8 dioptries d'accommodation. En
d'autres termes, les yeux sont dirigés sur un point éloigné de i- de mètre de
chacun d'eux, et font un effort d'accommodation correspondant, c'est-à-dire de 8 dioptries.
La courbe pip^p du diagramme indique le maximum d'accommodation , la courbe r ri n le minimum d'accommodation qui peut être mis enjeu à chaque degré de convergence. Les divisions des lignes verticales comprises entre les courbes p et r donnent donc le nombre de dioptries de Vamplitude d'accommodation relative pour le degré de convergence indiqué par la ligne horizontale qui coupe la diagonale au même point que la verticale.
FiG. 8!2.
De plus, la diagonale contient, comme nous venons de le dire, les points pour lesquels la convergence et l'accommodation sont en harmonie chez l'emmétrope.
La verticale qui de la diagonale monte vers la courbe pi indique Vexcédent d'accommodation dont disposent les yeux pour le degré de convergence donné, c'est-à-dire la partie positive de l'amplitude d'accommodation relative.
La verticale descendant de la diagonale vers la courbe n correspond au re/flc/ieme?iï d'accommodation dont ils sont susceptibles pour le degré donné de convergence, c'est-à-dire à la partie négative de l'amplitude d'accommodation relative.
Au point zéro, la courbe p se trouve, dans notre cas, entre 3 et 4 diop-
tries, ce qui veut dire qu'avec zéro de convergence, c'est-à-dire les lignes de regard étant parallèles, la personne peut encore faire un effort d*accommodation de 3,35 dioptries. L'emmétrope qui a fourni le schéma à Donders voyait donc à grande dislance encore avec des verres concaves de 3,35 dioptries, sans préjudice pour la netteté de ses images rétiniennes. Ou encore, tout en dirigeant ses yeux vers un point situé à l'infini, il pouvait leur faire faire un effort d'accommodation égal à celui qu'il aurait fait
en fixant un point situé à — = 0,3'"'
La courbe r, au contraire, coïncide avec le point zéro de la convergence, ce qui veut dire que l'emmétrope ne peut pas relâcher son accommodation davantage. C'est un fait que nous connaissons. Quand l'emmétrope regarde à grande distance, son accommodation est au repos, et, puisqu'il n'existe pas de force accommodatrice négative, il n*est pas possible de diminuer Taccommodation au delà de zéro. Nous comprenons donc ce que le diagramme nous indique, c'est qu'avec zéro de convergence, la partie positive de l'amplitude d'accommodation relative est de 3,35 dioptries, tandis que la partie négative est nulle. Toute l'amplitude d'accommodation relative pour la direction parallèle des lignes de regard est donc dans ce cas: ai — 3,35 — 0 = 3,35 dioptries,
conformément à la formule
ai = pi — ri.
Lorsque les yeux présentent une convergence de 3 angles métriques, c'est-à-dire lorsqu'ils fixent simultanément un objet situé à = 333,33""" de chacun, le punctum proximum de l'amplitude d'accommodation se trouve en pi (lig. 8i2), correspondant à 6,5 dioptries, le punctum remotum au point n, c'est-à-dire à 0,5 dioptrie.
L'amplitude d'accommodation relative pour ce degré de convergence est, par conséquent, = 6,5 — 0,5 = 6 dioptries. C'est donc de 6 dioptries que l'état d'accommodation peut varier, pendant que la convergence est maintenue à 6 angles métriques.
En considérant la disposition des courbes pi et fi, relativement à la diagonale sur l'ordonnée correspondant à 3 angles métriques de convergence, nous voyons que la partie positive de l'amplitude d'accommodalion relative est de 3,5 D, la partie négative de 2,5 D. Cela signifie qu'avec 3 am de convergence, l'emmétrope en question pouvait mettre enjeu, non seulement les 3 dioptries d'accommodation correspondantes, mais jusqu'à 3 -f- 3,5 ~ 6,5 D. Il pouvait voir nettement le même objet à la même distance, en regardant à travers des verres concaves de 3,5 D. D'autre part, il pouvait relâcher son accommodation de 2,5 D, en se servant de verres convexes 2,5, sans que pour cela sa convergence fût altérée.
m lANDOLT. — RÉFRACTION ET ACGOiMMODATION.
Avec une convergence d'un peu plus de 9 am, (9,47), le punctum proximum de l'amplitude d'accommodation relative se trouve sur la diagonale même (^2). Autrement dit, les yeux ne sont plus susceptibles d'un effort, d'accommodation plus considérable que ne comporte la convergence en ce point, c'est-à-dire que de 9,47 dioptries. La partie positive de l'amplitude d'accommodation relative est donc nulle.
De plus, la courbe pi ne suit pas même la diagonale à partir de ce point, mais elle la traverse pour rester au-dessous d'elle, c'est-à-dire qu'à partir de ce point l'accommodation reste au-dessous de la convergence. Le point est donc le point le plus rapproché pour lequel l'individu ait pu mettre en jeu au même degré sa convergence et son accommodation, qu'il ait pu voir net et avec ses deux yeux, p^ est donc son punctum proximum binoculaire.
La courbe en cet endroit, se trouve à 5,5 dioptries. L'amplitude d'accommodation relative est donc ici ai = 9,47 — 5,5 = 3,97 D, disons 4 D. Seulement ces 4 D appartiennent toutes à la partie négative de l'amplitude d'accommodation relative. L'emmétrope en question voyait nettement avec
ses deux yeux à ~ de distance sans verres, et avec des verres convexes de 4 D, mais pas avec des verres concaves.
A partir de ce moment, la courbe p reste au-dessous de la diagonale, c'est-à-dire que Teffort d'accommodation maximum est toujours inférieur à l'effort de convergence; il n'y a donc plus de vision binoculaire nette. Ainsi, avec 12 am de convergence, les yeux ne fournissent que 9,5 D d'accommodation. Ils peuvent encore relâcher celle-ci de plus de 2 D, mais ils n'arrivent pas à la rendre égale à la convergence. Dans l'exemple choisi, la personne examinée pouvait faire converger ses lignes de regard vers le point
situé à ^ ; elle aurait vu binoculairement; mais^ l'accommodation n étant que de 9,5 D,. le point aurait été vu d'une façon indistincte. Ou bien, elle aurait porté l'objet à pour le voir distinctement, mais alors elle l'aurait vu double, attendu que, pour réaliser ces 9,5 D d'accommodation, elle était obligée de faire un effort de convergence de 12 am. L'objet se trouve à — de l'un des yeux; mais la ligne visuelle de l'autre coupe celle du premier œil à de mètre. L'objet est donc vu distinctement, mais double.
La courbe pi atteint son sommet sur l'horizontale qui correspond à la 10*" division des ordonnées; mais elle y arrive seulement au 18^ degré des abscisses. Cela veut dire que le point le plus rapproché qui puisse être vu distinctement se trouve à de mètre de l'œil, le maximum d'accommodation dont la personne soit capable est de 10 D. Le point p (fig. 81) est donc le punctum proximum absolu. Mais ce degré d'accommodation n'est produit qu'à l'aide d'un effort de convergence de 18 am. Les lignes de regard
se croisent à — de mètre, tandis que chacun des yeux est adapté à un point éloigné de ^ de mètre.
Au punctum proximum absolu de Taccommodation, il n'y a donc plus vision binoculaire nette. Ou bien il y a vision binoculaire, mais elle est indistincte, par suite de l'insuffisance de l'accommodation, ou bien il y a vision nette, mais diplopie homonyme, par suite de l'excès de convergence nécessaire pour concorder avec l'accommodation demandée. Ainsi, dans notre cas, la convergence aurait dépassé l'accommodation de 18 — 12,5 = 5,5 am. Si l'emmétrope de Donders avait un écartement des deux yeux de 28^'' ^ (Par.) = 64""™, les 5,5 angles métriques correspondaient donc pour lui à 10 degrés pour chaque œil, ce qui peut constituer un strabisme convergent de 20 degrés, si cette rotation en dedans se localise sur un œil.
Nous voyons, enfin, qu'au point p la courbe du punctum proximum et celle du punctum remotum coïncident. L'amplitude d'accommodation relative est donc réduite à zéro. La personne examinée parvenait à distinguer monoculairement un point situé à iO^^, en louchant fortement en dedans avec l'autre œil, mais elle ne l'aurait plus vu ni avec un verre concave, ni même avec un convexe, sans déranger sa convergence.
Voilà pour Tamplitude d'accommodation relative d'un emmétrope.
Comment se comporte V amplitude de convergence relative?
Je veux dire : nous savons, pour tous les degrés de convergence, de combien de dioptries l'accommodation peut être augmentée ou diminuée. Nous nous demandons inversement : L'accommodation restant invariable, de combien la convergence peut-elle augmenter et diminuer?
Ce problème pourrait être également résolu à Taide de Tappareil de Donders. On déterminerait, pour chaque distance de l'objet, c'est-à-dire pour chaque degré d'accommodation, les prismes les plus forts qui puissent être placés devant l'œil, le sommet en dedans et le sommet en dehors, sans produire de diplopie. Les premiers donneraient la partie positive de Tamplitude de convergence relative, parce qu'ils exigent un excès de convergence- Les derniers donneraient la partie négative de l'amplitude de convergence relative, parce qu'ils exigent une diminution de la convergence, peut-être même un certain degré de divergence des lignes de regard. La somme des angles de déviation des deux prismes donnerait, en angles, Y amplitude de convergence relative. De ces derniers on déduirait facilement le nombre correspondant des angles métriques, pour l'espace interoculaire de la personne examinée.
Mais cette expérience n'est plus nécessaire quand on possède le diagramme de l*amplitude d'accommodation relative. Celui-ci donne en même temps l'amplitude de convergence relative. Nous n'avons qu'à considérer les degrés d'accommodation de chaque point de la diagonale DD, et les degrés de con-
vergence correspondants se trouvent marqués sur la ligne horizontale qui traverse chacun des points de la diagonale, prise comme point de repère de l'accommodation.
La partie positive de Tamplilude de convergence relative se trouve à droite, la partie négative à gauche^ si bien que la courbe n qui correspond à la marche du punctum remotum de ï accommodation relative donne en même temps celle du punctum proximum de convergence relative, tandis que la courbe pi du punctum proximum de V accommodation relative est identique à celle du punctum remotum de la convergence relative.
Ainsi, pour nous rendre compte des limites dans lesquelles peut varier la
convergence, pendant que l'accommodation est maintenue à —, c'est-à-dire à
4 dioptries, nous cherchons le point de la diagonale qui est au-dessus du point 4 de la division horizontale (des dioptries). Nous verrons que la convergence peut être augmentée jusqu'à un peu plus de 7 am, c'est-à-dire
qu'en accommodant à y, les yeux peuvent converger à^, punctum proxi^
mum de la convergence relative.
D'autre part, celle-ci peut être réduite jusqu'à 0,5 am^ c'est-à-dire que, nonobstant l'effort d'accommodation de 4 dioptries, les lignes visuelles peuvent se croiser en un point situé à = 2 am. C'est le punctum remotum de la convergence relative.
L'amplitude de convergence relative est donc, dans notre exemple :
a'^i = 7 — 0,5 = 6,5 am.
La partie positive de V amplitude de convergence relative est de 3 am (à droite de la diagouale), la partie négative, de 3,5 am (à gauche de la diagonale). C'est-à-dire que les yeux surmontent, en conservant lamême accommodation, des prismes à sommets dirigés vers le nez qui produisent une déviation de 3 am, et des prismes à sommet vers la tempe qui produisent une déviation de 3,5 am.
Ampliludes d^accomm odation et de convergence relatives
do l'amétrope.
Nous avons prouvé que la force nécessaire pour voir un objet situé à une distance définie est l'inverse de cette distance, pour la convergence aussi bien que pour la réfraction.
Mais nous avons vu, au même endroit, que la réfraction positive nécessaire pour voir un objet situé entre Tinfmi et l'œil est quelquefois fournie par la seule Téîrdicûoïi statique de l'œil, quelquefois par une combinaison de la réfraction statique avec la réfraction dynamique ou V accommodation. C'est
le cas dans la myopie. Dans certaines condilions, elle est représentée uniquement par la réfraction dynamique, ainsi dans Vemmétropie. D'autres fois, la réfraction dynamique a même davantage à sa charge; elle est obligée de suppléer à la réfraction statique, qui est négative dans V hypermétropie.
Chez Temmétrope, la réfraction positive entière est produite par l'accommodation. Dans l'emmétropie, le zéro de l'accommodation correspond aussi au zéro de la réfraction positive, et, par conséquent, au zéro de la convergence. Toutes les trois sont nulles dans le regard à l'infini.
L'accommodation et la convergence partant du même point zéro dans l'emmétropie, doivent donc s'égaler partout, et un degré donné de convergence doit correspondre à un degré donné d'accommodation, précisément parce que l'accommodation et la réfraction positive sont identiques.
Il n'en est pas de même dans Vamétropie,
Ici l'état de repos de l'accommodation ne correspond pas au zéro de la réfraction positive. Il est au dessus dans la myopie, au-dessous dans l'hypermétropie.
Dans le premier cas (myopie), la force réfringente nécessaire pour voir nettement un objet n'est pas fournie exclusivement par l'accommodation, par la réfraction dynamique de l'œil, mais une partie en est constituée par la réfraction statique, par le degré de réfraction positive que représente l'œil à l'état de repos, en un mot par son degré de myopie.
Nous avons vu, en effet, que le degré de myopie est aussi égal à l'inverse de la distance du punctum remotum.
Dans le second cas (hypermétropie), l'accommodation doit fournir non seulement la force réfringente positive nécessaire pour voir l'objet, mais encore celle qui élève la réfraction de l'œil au point zéro. ! Dans la myopie, l'accommodation sera donc toujours moindre que la convergence; dans l'hypermétropie, elle sera plus forte.
I Prenons comme exemple une personne dont les deuxyeuxsont myopes et ont tous deux leur punctum remotum à^. La myopie est donc de 8 dioptries. En relâchant entièrement son accommodation, la personne voit nettement un objet situé à ~. Mais, pour voir à celte distance, elle est obligée de faire un effort de convergence de Le zéro de l'accommodation se trouve donc à —, c*est-à-dire à une distance pour laquelle la convergence n'est pas zéro, mais 8 angles métriques.
Si l'objet se rapproche, l'accommodation etk convergence augmenteront; mais l'accommodation sera toujours de 8 unités au-dessous de la convergence. Ainsi l'objet étant à ^ de mètre, il faudra 10 angles métriques de
î| convergence et 10 dioptries de force réfringente positive. Mais, de ces I 10 dioptries, 8 sont fournies par la réfraction statique de l'œil et deux seulement par la réfraction dynamique, c'est-à-dire par l'accommodation.
m LANDOLT. — RÉFRACTION ET ACCOMMODATION.
Pour 12 angles métriques de convergence, il faut 12 — 8 = 4 dioplries d'accommodation.
Portons maintenant l'objet au delà du point zéro d'accommodation, au delà du punctum remotum de l'œil, par exemple à l'infini. Il sera alors au zéro de la convergence. Pour que la vision fût nette, il faudrait donc que l'accommodation fût de 8 dioptries au-dessous de zéro. Mais celle-ci ne peut devenir négative. L'œil ne peut que la rendre nulle. Alors il se trouve adapté à son punctum remotum, à son zéro d'accommodation, au-dessous duquel il ne peut pas descendre. Notre myope pourra voir binoculairement des ob-
jets situés entre l'infini et - de mètre, s'il dispose d'une amplitude de convergence normale; mais, sur toute cette étendue, il verra indistinctement, parce que sa réfraction sera toujours trop forte; pour l'infini, elle sera de 8Dtropforte;à2mètres, de8 — 1/2= 7,5 D; àl mètre, de8 — 1 = 7D; à 1/2 mètre, de 8 — 2 — 6 D. Le myope doit donc s'abstenir de tout effort d'accommodation, tant que la convergence augmente de zéro jusqu'au chiffre de la myopie. A partir de ce moment, le montant de l'accommodation mise en jeu sera toujours au-dessous de la valeur de la convergence, d'un nombre de dioptries égal à celui de la myopie. ^
Dans V hypermétropie, les choses se passent autrement.
Ici le zéro de l'accommodation est au-dessous du zéro de la convergence. Quand cette dernière est nulle, les lignes de regard étant dirigées parallèlement, les yeux ont déjà dû faire un effort d'accommodation pour corriger leur défaut de réfraction, c'est-à-dire pour s'adapter à l'infini. Soit l'hypermétropie des deux yeux de 2 dioptries; le punctum remotum, le zéro de
l'accommodation est à en arrière de l'œil, dans la partie négative du diagramme, de 2 D au-dessous de zéro. Pour voirà l'infini, ilfautque l'accommodation supplée à ce défaut de réfraction, alors que la convergence est encore au repos.
Si l'objet s'approche, que la convergence augmente, l'accommodation sera toujours plus forte que la convergence d'un nombre de dioptries égalaU défaut de réfraction statique, c'est-à-dire au degré de l'hypermétropie. Ainsi,
l'objet se trouvant à ^ de mètre exige 8 am de convergence et 8 D de force
réfringente positive. Mais, pour les fournir, il faut que l'œil comble d'abord la lacune de sa réfraction statique, qui est de 2 D dans notre exemple. Jl le fait à l'aide de son accommodation. Alors seulement il peut se donner les 8 dioptries de force réfringente positive demandées. II les emprunte encore à sa réfraction dynamique. Celle-ci est donc de 2 -j- 8 = 10 D, alors que la convergence n'est que de 8 am.
On voit que le rapport entre l'accommodation et la convergence doit être dans l'amétropie autre que dans l'emraétropie.
Dans la myopie, la valeur de l'accommodation reste au-dessous de celle
AMPLITUDE D'ACCOMMODATION RELATIVE DANS L'AMÉTROPIE, 207 de la convergence, tandis que l'hypermétropie exige plus d'accommodation que de convergence.
La vision binoculaire et nette exige donc que le rapport entre l'accommodation et la convergence soit différent dans l'amétropie et dans l'emmétropie. L'est-il en réalité? C'est là une question de la plus haute importance.
Si le myope unissait à la convergence le même effort d'accommodation ; que Temmétrope, il verrait l'objet simple, parce que sa convergence serait exacte, mais il le verrait indistinctement, parce que sa réfraction serait trop forte du nombre de dioptries qui exprime sa myopie. Si, au contraire, il se laissait guider par le désir d'avoir des images nettes, il accommoderait moins; la convergence serait donc insuffisante, il y aurait divergence relativement à I la distance de l'objet, et celui-ci serait vu nettement, mais double (diplopie i croisée).
L'inverse aurait lieu pour l'hypermétrope. S'il convergeait bien, il accommoderait insuffisamment, et l'objet serait vu binoculairement, mais diffus, parce que l'œil manque de la force réfringente représentée par le degré d'hy^ permétropie. Au contraire, s'il adaptait son accommodation à la distance de l'objet, il convergerait trop, et cela d'autant d'angles métriques que son hypermétropie compte de dioptries. 11 verrait donc nettement, mais il aurait une diplopie homonyme, due à ce strabisme convergent artificiel.
A priori, il n'est pas admissible que la nature ait commis une telle absurdité, et que le rapport entre l'accommodation et la convergence se soit établi ainsi au rebours du bon sens. De fait, si nous entendons quelquefois des amétropes se plaindre de symptômes d'asthénopie, de troubles de la vision I qui peuvent s'expliquer par un désaccord entre les deux fonctions, dans le 1 sens que nous venons d'indiquer, il n'en est pas moins vrai que la grande j majorité des amétropes se tirent assez bien d'affaire pour avoir, sans stra-
1 bisme, une vision binoculaire suffisamment nette.
j Le tableau de l'amplitude d'accommodation et de l'amplitude de conver- 1 gence relatives est d'ailleurs là pour nous prouver que, si les deux fonctions
sont liées l'une à l'autre, ce lien n'est cependant pas d'une étroitesse
absolue.
INous avons vu (fig. 82) que notre emmétrope peut encore relâcher son accommodation de 3 dioptries, tout en maintenant sa convergence à ^ de mètre.
Cela indique que, s'il devenait myope de 1, de 2 ou même de 3 dioptries, il pourrait néanmoins converger à - de mètre et voir nettement.
Il ferait un effort d'accommodation dç 1, de 2 ou de 3 dioptries de moins que l'emmétrope dans les mêmes conditions. Pour le même degré de convergence, il dispose encore de 3 dioptries d'accommodation relative positive. Il pourrait donc maintenir sa convergence, et, en même temps, corriger une hypermétropie allant jusqu'à 3 dioptries.
Si, chez l'emmétrope, il existe une telle latitude dans les rapports entre les deux fonctions, il est à espérer que l'accommodation s'est également réglée, plus ou moins, d'après la convergence, dans les cas où une amétropie existe depuis des siècles, ou lorsqu'elle s*est développée ou modifiée graduellement de génération en génération. Nous voyons des familles, des peuples entiers, qui, depuis des temps immémoriaux, ont dû être hypermétropes. Nous en voyons d'autres où l'hypermétropie se change en emmétropie, et l'emmétropie en myopie d'une façon lente mais graduelle. Pourquoi l'accommodation et la convergence, qui dépendent, il est vrai, du même nerf, mais non des mêmes muscles, pourquoi ne modifieraient-elles pas leurs rapports conformément à l'exigence des cas?
Les recherches d'Iwanoff semblent prouver que, dans beaucoup de cas, le muscle ciliaire est développé davantage et d'une autre façon dans les yeux hypermétropes que dans les yeux myopes. Cela permettrait de conclure à une adaptation de l'appareil accommodateur à l'état de réfraction de ces yeux. Mais, même sans qu'il existât des différences anatomiques bien prononcées, il pourrait y avoir l'accord voulu entre l'action du muscle, ciliaire et celle des muscles moteurs des yeux, si l'innervation des-deux subissait une modification conforme aux exigences de la réfraction statique.
Il faudrait, par exemple, que, dans la myopie, l'innervation des muscles préposés à la convergence ne s'accompagnât pas, dès le début, d'une innervation du muscle accommodateur, et que la première fût toujours plus énergique que la dernière.
Dans l'hypermétropie, c'est l'impulsion nerveuse du muscle ciliaire qui devrait être prépondérante, tandis que celle des droits internes ne viendrait qu'en second lieu.
Il faut donc admettre la possibilité d'une adaptation à l'amétropie du rapport entre l'accommodation et la convergence, surtout si elle s'est développée assez lentement chez l'individu, ou plutôt dans la race, pour donner au rapport normal des deux fonctions le temps de se modifier.
Nous ne serons pas surpris cependant de rencontrer quelquefois un désaccord entre la convergence et l'accommodation. Nous verrons, en effet, au chapitre des causes de l'amétropie, qu'une anomalie de réfraction peut se développer si rapidement que, ni la disposition anatomique du muscle ciliaire, ni l'innervation des muscles intrinsèques et extrinsèques de l'œil ne sauraient se modifier en si peu de temps.
D'autre part, l'amétropie peut atteindre des degrés tels que la convergence devient insuffisante dans la myopie et l'accommodation dans l'hypermétropie.
Mais laissons là ces considérations théoriques, et rentrons dans le domaine positif des expériences.
Donders et Nagel ont examiné d'une façon précise le rapport entre l'accom-
modation et la convergence dans le cas qui nous occupe. Voici, par exemple, (fig. 83) (1) le diagramme pour un myope de 4 dioptries :
Il s'agit d'un jeune homme de vingt-trois ans, étudiant en médecine. Les chiffres de ce diagramme ont la même signification que dans celui de l'emmétropie. Le point zéro de l'accommodation, qui correspond au punctum remotum (r), se trouve au point 4 de l'horizontale, parce que, au repos déjà, l'œil a 4 D de réfraction positive. La diagonale, qui contient les points pour lesquels l'effort de convergence et celui d'accommodation sont les mêmes, prend son origine à ce point 4. Elle monte vers la droite, sous un angle de
45 degrés, parallèlement à celle de l'emmétropie, mais déplacée de 4 divisions à droite, ce qui correspond aux 4 dioptries de myopie.
Au-dessus de la diagonale se trouvent encore les valeurs de l'accommodation relative positive; au-dessous^ celles de l'accommodation relative négative; à gauche, la convergence relative négative; à droite, celle de la convergence relative positive. La courbe rvip indique, par conséquent, le degré du minimum d'accommodation ou du maximum de convergence. La courbe PiP^p correspond au maximum d'accommodation et au minimum de convergence.
La situation du point r prouve que l'accommodation est nulle, pendant que la convergence varie de 0 à 4 angles métriques (4 am de convergence rela-
(l)Nagel, loc. cit., p. 4-97, fig. 47.
iir. — 14
tive négative). Mais pour la même convergence, l'individu peut aussi mettre en jeu 6 dioptries d'accommodation (6 D d'amplitude d'accommodation relative positive), comme l'indique la courbe jOi, qui coupe l'ordonnée 4 à 6 divisions au-dessus de la ligne 0.
Pour zéro de convergence, l'accommodation relative positive est de 4,75 dioptries, comme le prouve le point pi sur l'ordonnée zéro. Tout en dirigeant ses yeux parallèlement, le myope en question pouvait donc encore mettre en jeu -4,75 dioptries d'accommodation, ce qui élevait sa réfraction positive à 4-|-4,75=8,75 dioptries. Il aurait, par exemple, bien réuni les images d^'un stéréoscope sans prismes ni verres convexes. La boîte des stéréoscopes ayant environ 166""" de profondeur, il faut 6 dioptries de réfraction positive pour voir nettement les images placées au fond de la boîle, et leur réunion en une seule exige le parallélisme des lignes de regard. Le myope de Nagel disposait même de plus de réfraction positive qu'il ne lui en fallait pour voir à 166""" sans altérer la direction parallèle de ses lignes de regard.
De zéro jusqu'à 4 am de convergence, il ne peut y avoir d'accommodation relative négative, parce que l'accommodation ne peut être relâchée au-dessous de zéro. Mais à partir de ce point, l'amplitude d'accommodation se partage en deux composantes, de même que l'amplitude de convergence relative. On les trouve de la même façon que pour l'emmétropie.
Au point p^2 la courbe pip coupe la diagonale. Cela signifie qu'en ce point, le maximum d'accommodation correspond encore à la convergence, mais qu'au delà, il reste en arrière de celle-ci. Le point p.2 est donc le punc-
tum proximum binoculaire. Il se trouve à - de mètre de chaque œil (12 am),
et le myope en question, pour le voir, doit faire un effort d'accommodation de 8 D. En effet, la vision du p^ exige 12 D de réfraction positive. La myopie en fournit 4; il en reste 8 pour l'accommodation. En même temps, le myope pouvait encore diminuer sa force accommodatrice de 6 dioptries (accommodation relative négative), comme l'indique la courbe n sur la même ordonnée. Mais, avec le même effort d'accommodation, le myope pouvait encore converger davantage, c'est-à-dire jusqu'à 17,3 angles métriques. La convergence était donc, dans ce cas, plus forte que l'accommodation.
En effet, à partir du point |)2, les courbes p^Pip et np restent au-dessous de la diagonale. Pour chaque degré de convergence, l'accommodation pouvait encore varier de la valeur comprise entre les deux courbes, mais, même avec le maximum d'effort, elle ne pouvait pas atteindre le degré en rapport avec la convergence.
Au point p, les deux courbes se confondent. Il n'y a plus d'amplitude d'accommodation relative. C'est \e punctum proximum absolu.
Le maximum d'accommodation dont le myope était capable est de 11,5 dioptries. Ce degré de réfraction dynamique, combiné avec sa réfraction statique, donne 11,5 -|- 4= 15,5 dioptries de réfraction positive. Son punctum proximum absolu se trouvait donc à 64,5 millimètres de chaque
œil. Mais ce maximum d'accommodation n'a été atteint que grâce à un effort de convergence de 18 angles métriques, comme l'indique le diagramme. Ce myope était donc dans le même cas que l'emmétrope de l'observation précédente. La fixation du punctum proximum absolu le faisait renoncer à la vision binoculaire et tomber dans le strabisme convergent.
M. Nagel donne encore un autre diagramme très instructif, concernant un myope (fig. 84) (1). L'origine de la diagonale DD indique qu'il s'agissait d'une myopie de 7,5 dioptries. Ce myope semble ne pas avoir pu mettre d'ac-
cord son accommodation et sa convergence à son punctum remotum absolu. Celui-ci est situé à — de mètre. Il exige le relâchement complet de l'accom modation. Mais nous voyons, par la ligure, que celle-ci n'est au repos (r sur l'abscisse zéro) que lorsque la convergence est également nulle, c'est-àdire lorsque les lignes de regard sont parallèles. Lorsque les yeux sont
dirigés vers un point situé à — de mètre, l'individu fait un effort d'accommodation inutile de 0,5 D. La réfraction est donc de 7,5 -)- 0,5 = 8 dioptries, tandis que sa convergence n'est que de 7,5 angles métriques. Il ne voit donc pas nettement et binoculairement à cette distance ; son punctum
remotum absolu r, situé à ^ de chaque œil, n'est vu nettement que lorsque (1) Nagel, loc. cit., p. 127, fig. 48.
m LANDOLT. — RÉFRACTION ET ACCOMMODATION.
les yeux sont parallèles. Ils divergent donc relativement à la distance du punctum remotum. C'est un fait très important à considérer au point de vue du strabisme divergent, qu'on rencontre si souvent chez les myopes.
Le punctum remotum binoculaire (r^) se trouve à g de mètre sur la
diagonale DD. C'est à cette distance seulement que le rapport entre la convergence et l'accommodation est conforme à l'amétropie du malade. De r^ à n, il possède une certaine amplitude d'accommodation et de convergence relative aussi bien positive que négative. Mais avec 16,5 angles métriques (au point ri), sa convergence a atteint son maxim.um. La courbe rr^ri, qui représente à la fois le minimum d'accommodation et le maximum de convergence, coupe la diagonale DD. L'accommodation a parfaitement suivi jusque-là ; ri est donc le punctum proximum binoculaire. Au delà de ce point la convergence est épuisée. La courbe pip du maximum d'accommodation, au contraire, continue à monter jusqu'au point où elle atteint son sommet. Le maximum de convergence, dans ce cas, était de 16,5 angles
métriques. Le punctum proximum de convergence se trouve à — = 60™"".
Le maximum d'accommodation est de 11,5 dioptries; mais la réfraction
statique étant de 7,5 dioptries, le punctum proximum absolu se trouve à 1 I
■ ■ , - ^ = - = 52""". Il y a donc divergence relative aussi bien pour le
punctum proximum que pour le punctum remotum absolus, et l'harmonie entre la convergence et la réfraction de l'œil n'existe que sur une étendue comprise entre 8 et 16,5 angles métriques.
Voyons maintenant un cas d'hypermétropie. 11 nous est donné encore par M. Nagel (1).
L'observation concerne un hypermétrope de 5 dioptries (fig. 85). Le point de départ de la diagonale DD, qui représente le rapport normal entre la convergence et l'accommodation, doit donc se trouver à la division 5 de l'ordonnée zéro, qui correspond à 5 dioptries. En effet, la convergence (abscisses) étant nulle (direction parallèle des yeux), la personne est obligée de faire déjà un effort d'accommodation de 5 D, pour corriger son hypermétropie et voir nettement à grande distance. On serait tenté d'en tirer la conclusion que pour zéro de convergence il devait y avoir 5 D d'accommodation relative négative ; ce n'était cependant pas le cas pour l'hypermétrope en question. Avec les yeux dirigés parallèlement, il ne pouvait relâcher que 1,5 D de son accommodation (rm); il ne supportait que des verres convexes de 1,5 D. C'était là son hypermétropie manifeste. Pour lui faire relâcher la totalité de son accommodation et trouver son hypermétropie totale, corrigée par le convexe 5, il fallait paralyser son muscle ciliaire au moyen de l'atropine, ou faire diverger ses lignes de regard. Le relâchement total de l'accommodation, le punctum remotum absolu, n'est donc obtenu
(1) Nagel, loc. cit., p. 498, fig. 49.
qu'au prix d'une convergence négative. La courbe rtp, par laquelle M. Nagel désigne la marche du punctum remotum absolu, aurait donc dû commencer du côté gauche du diagramme, sur l'abscisse zéro.
Mais, pour le cas donné, la courbe du punctum remotum de l'hypermétropie manifeste a seule sa raison d'être. C'est celle qui a été obtenue expérimentalement. L'adaptation au punctum remotum absolu n'est réalisée que par un relâchement artificiel de l'accommodation.
Nous disions donc que l'hypermétrope en question pouvait diminuer son accommodation de i ,5 D, tout en regardant binoculairement à grande distance. D'autre pari, il pouvait mettre enjeu 2,75 D de réfraction dynamique
JJ
Vtti
- ^ J ^t. J û '/ â J .40 il 42 i3 i4 /S ïff // /J" ^0
FiG. 85.
de plus que le nombre exigé par la correction de son hypermétropie. C'està-dire qu'il voyait encore nettement à grande distance avec des verres concaves de 2,75 D, qui nécessitaient un effort d'accommodation de 5 -)- 2,75 = 7,75 D, étant donnée son hypermétropie.
Jusque vers 5 angles métriques, la courbe se trouve à gauche de la diagonale, c'est-à-dire que l'hypermétrope avait plus d'accommodation qu'il ne lui en fallait pour voir nettement des deux yeux ; mais un peu avant 5 am, cette courbe coupe la diagonale au point p^. C'est le punctum proximum
binoculaire. Il se trouve donc à moins de g de mètre.
A partir de ce point, la courbe j^ap ne monte que très peu, jusqu'à l'abscisse 10, qu'elle atteint au point p. C'est là \q punctum proximum absolu. Des
LANDOLT
10 dioptries d'accommodation qu'il représente, 5 sont employées uniquement à corriger l'hypermétropie; il n'en reste que 5 pour amener le point fixé de l'infini à une distance positive. Le minimum de cette dernière est
donc de -g- = 20<^"^ . Pour produire celte adaptation de l'appareil dioptrique de chacun de ses yeux, l'individu est obligé de faire entrer en jeu 15,5 angles métriques de convergence. Il fixe avec une convergence de 15,5 angles métriques un objet qui n'en demanderait que 5. Il se produit donc un strabisme convergent de 10,5 angles métriques pour chaque œil, ce qui ferait environ 38 degrés de strabisme pour un seul œil.
La courbe (rm, riw) du punctum remotum de l'accommodation relative monte lentement vers le point p. Elle indique que l'hypermétrope avait encore à sa disposition un certain degré d'accommodation relative négative, qui ne lui était d'ailleurs d'aucune utilité. Il faisait, au contraire, son possible pour suppléer par l'accommodation à son défaut de réfraction. De fait, en dépit de tous les artifices, on n'arrivait pas à lui faire relâcher son muscle ciliaire autant que l'auraient fait le myope et l'emmétrope dans les mêmes conditions.
L'amplitude d'accommodation et de convergence relatives varie beaucoup, non seulement suivant l'état de la réfraction et le degré d'amétropie, mais aussi d'un individu à l'autre. Ainsi la figure 86 (1) donne le schéma d'une
(1) Nagel, loc. cit., p. 492, fig. 45.
personne (le D' Schleich) affectée d'une demi-dioptrie de myopie. Elle prouve jusqu'à quel point les courbes, notamment celle de l'accommodation relative négative, peuvent être étendues par l'exercice.
La figure (87) (1), au contraire, représente les amplitudes d'accommodation et de convergence relatives très restreintes d'une jeune fdle de treize ans, légèrement hypermétrope.
A ces observations nous ajouterons celle du docteur Eperon (tig. 88) emmétrope (vingt-six ans). Les courbes pointillèes correspondent à un premier examen, les courbes pleines ont été obtenues à la suite d'exercices répétés. Les
yi
FiG. 87.
lettres et chiffres ont la même signification que jusqu'ici : ^2 est le punctum proximum binoculaire, p l'absolu. Ce diagramme concorde assez bien avec celui de l'emmétrope de Donders (fig. 82). Il est instructif parce qu'il démontre combien le rapport des deux fonctions peut être vite modifié.
En considérant les observations citées, nous voyons que l'accommodation tend à se modifier suivant les exigences de la réfraction statique de l'œil.
Ainsi, dans la myopie, le même degré de convergence réclame d'autant moins d'accommodation que la myopie est plus forte. En comparant les courbes des myopes avec celles de l'emmétrope, nous constatons que l'accommodation mise en jeu est beaucoup moindre dans le premier cas que dans le second.
(1) Nagel, \ùc. cit., p 493, fig. 46.
L'hypermétrope, au contraire, qui exige beaucoup plus de son accommodation que l'emmétrope, nous montre aussi une courbe p plus élevée que ce dernier.
Cependant cette adaptation du pouvoir accommodateur a ses limites. Les schémas le prouvent et l'auraient prouvé encore davantage si les emmétropes et hypermétropes examinés avaient été plus âgés. L'amétropie, en effet, ne peut modifier l'influence fâcheuse qu'exerce l'âge sur la faculté accommodatrice de l'œil.
Dans aucun des schémas l'accommodation et la convergence ne sont d'ail-
leurs tout à fait en harmonie. Sans cela, les deux courbes auraient toujours été équidistantes par rapporta la diagonale, et le punctum proximum de l'accommodation et celui de la convergence se seraient confondus au punctum proximum binoculaire, sur la diagonale.
Dans la plupart des cas cités, la convergence l'emporte sur l'accommodation; son punctum proximum est plus rapproché que celui de l'accommodation; p se trouve à droite de la diagonale. Dans l'observation représentée par la figure 84, au contraire, p se trouve à gauche de la diagonale : c'est l'accommodation qui est la plus forte, et la convergence reste en arrière.
On peut se demander maintenant quelle est la signification pratique de l'amplitude d'accommodation et de l'amplitude de convergence relatives?
Des ophthalmologues éminents concluent de la seule amplitude d'accommodation relative à l'aptitude des yeux à un travail prolongé. Ils disent ;
AMPIJTUDE D'ACCOMMODATION RELATIVE DANS L'AMÉTHOPIE. 217
plus la partie positive de l'amplitude d'accommodation relative est grande par rapport à la partie négative, plus l'œil soutiendra longtemps un travail continu à la même distance. De Graefe a même voulu établir une règle, déclarant que la partie positive doit être au moins la moitié de l'amplitude d'accommodation relative. Ceci revient à dire que la partie positive et la partie négative de l'amplitude d'accommodation relative doivent être égales.
Suivant de Graefe, il faudrait donc demander à l'individu à quelle distance il est obligé de travailler. A cette distance on placerait un objet-type, et l'on examinerait s'il peut encore le distinguer nettement avec des verres convexes et des verres concaves. Si le numéro du verre concave le plus fort qu'il supporte encore est égal à celui du plus fort des convexes, le travail serait facile; si le concave était plus faible, il ne pourrait s'appliquer longtemps à cette distance et réclamerait donc le secours des verres convexes.
Ce raisonnement nous semble incomplet. Il est évident, comme nous l'avons exposé plus haut, que, pour soutenir un travail pendant quelque temps, il faut qu'il n'exige pas d'emblée la totalité de la force disponible, mais qu'une certaine quantité de celle-ci doit être en réserve, pour être utilisée pendant la durée du travail.
Or la vision binoculaire de près exige l'activité de deux fonctions, l'accommodation et la convergence. Il faut donc un surplus de réserve pour toutes les deux et non seulement pour l'accommodation, comme l'admet l'opinion exposée ci-dessus.
Supposons, par exemple, qu'un myope de 7,5 dioptries veuille travailler d'une façon continue à 6 centimètres. Nous plaçons l'objet à 6 centimètres de chaque œil sur la ligne médiane, et nous trouvons que le myope a encore 2,5 dioptries d'accommodation de plus qu'il ne faut pourvoira cette distance. En même temps, la partie négative de son accommodation relative peut être nulle. Le rapport entre les deux est donc plus favorable encore que ne
I l'exige la règle de de Graefe. Sommes-nous sûrs pour cela que le myope travaillera facilement cà cette distance? Nous ne le pensons pas. Car, si cette distance de 6 centimètres correspond au punctum proximum de sa convergence, il ne lui reste plus de force de convergence pour soutenir son tra-
I vail, et il sera obligé de le cesser immédiatement, faute de convergence. Cette supposition peut se réaliser. C'est le cas du myope de la figure 84 ; i\ représente son maximum de convergence. Il est de 16,5 am, correspondant à 6 centimètres. Mais son accommodation dépasse ce point de 2,5 D.
j Elle va jusqu'à p, 11,5 dioptries, 19 D de réfraction positive avec le degré
1 de la myopie.
I II faut donc prendre en considération non seulement l'accommodation, mais aussi la convergence. Il faut d'abord que le point à la dislance duquel l'individu doit travailler aisément soit situé sur la diagonale de son diagramme. Cela va sans dire, car, dans le cas contraire, l'accommodation et
' la convergence seraient en désaccord même dès le début. Il faut, de plus, que la courbe p, qui représente le maximum d'accommodation, soit élevée
LANDOLT. — RÉFRACTIOlN ET ACCOMMODATION.
d'un certain degré au-dessus de ce point; et que la courbe r, qui correspond au maximum de convergence, se trouve d'an certain degré à droite sur l'horizontale qui passe à travers ce point. Dans ce cas il y a un surplus à la fois d'accommodation et de convergence positives pour le point en question.
Or quel est ce certain degré des deux forces qu'il faut avoir en réserve pour travailler sans fatigue pendant quelques heures?
Personne ne l'a encore déterminé d'une façon exacte. Il est probable qu'il varie d'un individu à l'autre. Il est possible aussi qu'il soit différent pour les deux fonctions. Pour ce qui concerne l'accommodation, nous ne croyons pas nous tromper beaucoup, en admettant qu'une dioptrie d'accommodation en réserve suffira pour une application continue.
S'il fallait en même temps un angle métrique de convergence en réserve pour la même durée du travail, la courbe r devrait passer à une division à droite du point de fixation situé sur la diagonale, alors que la courbe p se trouverait d'une division au-dessus de lui. Ceci est réalisé simplement lorsque la personne en question peut rapprocher l'objet de fixation assez pour que sa distance exige une convergence et une accommodation d'une unité de plus que ne réclame celle de son travail. Si elle désire travailler à 0"\33 (Sam et 3D), il faudrait qu'elle vît encore nettement et binoculairement jusqu'à O^jSf) (4 am et 4 D).
Mais si, comme cela est probable, il faut bien plus de convergence que d'accommodation en réserve, par exemple : 1 D. d'accommodation et 3 ant de convergence, le cas mentionné exigerait 3-)-l =^4 D, et 3-j-3= 6 am. 11 faudrait donc que l'objet fût vu nettement et binoculairement jusqu'à
(25'^"^), et binoculairement jusqu'à (16,6 *^™). Peu importe alors, que
la vision soit distincte ou non sur l'espace de à
L'insuffisance de l'accommodation se manifestera par le manque de nettelé de la vue, celle de la convergence par la diplopie croisée. Nous suppléerons à la première au moyen de verres convexes, à la seconde, soit par des verres prismatiques, soit par une opération qui change la force relative des muscles des yeux. Lorsque les deux fonctions à la fois sont en défaut, nous y porterons remède en combinant des verres sphériques et prismatiques, ou eu opérant d'abord et en donnant des lunettes ensuite.
Nous parlerons de ce sujet encore dans la partie clinique de cet ouvrage. Mais nous tenions à mettre en lumière la nécessité de faire toujours entrer eu ligne de compte les deux fonctions, lorsqu'il s'agit d'obtenir un travail oculaire.
AMPLITUDE D'ACCOMMODATION RELATIVE DAiNS L'AMÉTROPIE. 219
Après avoir exposé les lois générales qui régissent l'emmétropie , la myopie, l'hypermétropie, l'accommodation et la convergence, il nous tarderait de parler d'une anomalie de la réfraction de l'œil, qui plus que toute autre mérite ce nom, attendu qu'elle est due à des irrégularités du système dioptrique et ne saurait être produite par des différences de longueur de l'œil. C'est l'astigmatisme.
Nous croyons cependant qu'il vaut mieux ne pas scinder l'étude des principes généraux et les méthodes de détermination de l'astigmatisme. L'un et l'autre exposé y perdraient en intérêt et en clarté. Nous traiterons donc de l'astigmatisme avec les méthodes d'exploration de cette anomalie de réfraction après le chapitre suivant.