CHAPITRE III
MÉTHODES DE DETERMINAT ION DE LA RÉFRACTION ET DE L'ACCOMM 0 DATION DE L'ŒIL
D i o p t o m é 1 1* ic
Nous avons vu que la réfraction de l'œil est l'inverse de la distance à laquelle il est adapté. S'il est adapté à 20'^"', c'est-à-dire, s'il voit nette-
1 11 ment un objet situé à -- de nnètre, la réfraction est de ou ^— , plus simplement i = 5 D.
Lorsqu'on parle de réfraction de l'œil, sans la définir autrement, on veut dire la réfraction de l'œil à l'état de repos, la réfraction statique. Nous savons que l'œil présente alors son minimum de force réfringente. Au minimum de réfraction doit, suivant ce que nous venons de dire, correspondre le maximum de distance du point dont la vision est encore distincte. En effet, à l'état de repos, l'œil est adapté au point le plus éloigné qu'il puisse distinguer, à son punctum remotum.
Pour déterminer la réfraction statique de l'œil, il faut donc déterminer la distance du punctum remotum, dont elle est l'inverse. Notre question se pose donc ainsi : Quelles méthodes possédons-nous pour déterminer la situation du punctum remotum, sa distance à Vœil ?
Si un point est vu nettement, cela prouve qu'une image nette en est formée sur la rétine. Or la loi des foyers conjugués nous dit que, lorsqu'un système optique produit à une distance B l'image nette d'un objet situé à une distance A, un objet placé à la distance B formera inversement son image à la distance A.
Donc, si l'objet placé à la distance du punctum remotum de l'œil produit une image nette sur la rétine, les objets du fond de l'œil doivent inversement former leur image à la distance du punctum remotum.
Pour trouver la position du punctum remotum, nous pouvons donc procéder de deux façons :
1° En considérant les rayons incidents dans l'œil, nous nous demanderons :
Oii faut-il placer un objet, pour qu'une image nette s'en forme sur la rétine de Vœil au repos, c'est-à-dire 'pour qu'il soit vu distinctement?
Ou : quelle direction doivent avoir les rayons éma7iés d'un point, pour être réunis en un point au fond de l'œil examiné, sans V intervention de l'accommodation ?
2" En considérant les rayons émergents : Où se forme l'image des objets du fond de l'œil examiné? Ou : vers quel point sont dirigés les rayons provenant d'un point du fond de cet organe, à l'état de repos ?
C'est l'œil examiné lui-même qui est généralement juge de la netteté de l'image rétinienne. On peut donc appeler subjectives les méthodes de dioptométrie basées sur le premier principe.
Quant aux rayons émergents, qu'on observe généralement à l'aide de Tophthalmoscope, c'est, au contraire, l'examinateur qui en apprécie la direction, et le second principe nous fournira des méthodes objectives de dioptométrie.
I. — Méthodes subjectives de détermination de la réfraction de l'œil
A. Procédé basé sur l^acuité visuelle.
Une considération générale d'abord : pour déterminer la réfraction statique de l'œil, il faut exclure l'accommodation ; sans cela, la réfraction dynamique s'ajoutant à la réfraction statique, on ne trouvera pas lepunctum remotum, mais un point plus rapproché.
L'idéal serait de mettre l'accommodation entièrement au repos pour déterminer la réfraction statique. Ceci se produit quelquefois, grâce à une paralysie de la 3® paire. Mais c'est là un cas tout à fait spécial. Ce qui est plus fréquent, c'est que l'accommodation est devenue très faible, voire même nulle, à la suite de l'âge. D'après les recherches de Donders (p. 167 et fig. 76), elle cesse à l'âge de soixante-dix ans, et, même à partir de cinquante, cinq ans, elle n'est pas assez forte pour troubler sérieusement un examen de réfraction, surtout dans certaines conditions, dont nous allons parler tout à l'heure.
Mais, dans la grande majorité des cas, l'accommodation ne peut point être considérée comme exclue à priori ; il faut réduire son influence au minimum. Ceci n'est pas facile à réaliser, attendu que l'accommodation n'est qu'exceptionnellement soumise à la volonté. Il faut un exercice spécial pour arriver à pouvoir, sur commande, relâcher son muscle ciliaire, une faculté que le public n'a pas, sur laquelle on ne pourrait même pas compter s'il la possédait.
Dans les méthodes subjectives de dioplométrie, on parvient encore le plus facilement à faire relâcher l'accommodation, lorsqu'on donne aux deux yeux de la personne à examiner une direction parallèle. L'accommodation étant assez intimement liée à la convergence, elle est la plus voisine de l'état de repos lorsque la convergence est nulle, c'est-à-dire lorsque les yeux sont dirigés parallèlement. Même alors on est encore assez souvent trompé, et on commettrait des erreurs qui pourraient avoir les conséquences les plus fâcheuses, si l'on se fiait aveuglément à l'absence d'accommodation dans le parallélisme des lignes visuelles.
Pour être plus sûr du repos de l'œil, il faudrait paralyser l'accommodation par un mydriatique comme l'atropine, la duboisine, ou l'homatropine (1). Mais ces médicaments ne sont pas d'un usage très convenable pour la dioptométrie, attendu que leur action persiste fort longtemps, et que les malades se plaindraient amèrement et non sans raison, si, pour trouver un verre de lunettes, on les exposait, pour plusieurs jours, à l'éblouissement qui résulte de la dilatation de la pupille, et au désagrément plus grave de ne pouvoir varier l'adaptation de leur vue. Dans certains cas exceptionnels, que nous apprendrons à connaître, on passe par-dessus ces inconvénients.
Mais il est à noter qu'aucune des substances mentionnées ne produit une paralysie totale absolument certaine • de l'accommodation au bout de quelques minutes seulement. Il faut une action d'une certaine durée pour qu'on puisse la considérer comme entièrement paralysée.
En dehors des mydriatiques, nous n'avons aucun moyen d'exclure entièrement l'accommodation de l'examen subjectif de la réfraction. Mais elle se relâche pendant l'examen ophthalmoscopique. Ce dernier nous permet de déterminer la réfraction objectivement. Chaque fois que l'âge du malade fait présumer une action notable de l'accommodation, et qu'on ne veut pas recourir aux mydriatiques, on contrôlera donc le résultat de la dioptométrie subjective au moyen de l'ophthalmoscope.
Cherchons maintenant les méthodes qui nous permettent de déterminer la situation du punctum remotîi m à l'aide de la netteté de Vimage rétinienne.
On pourrait songer, à priori, à le faire au moyen d'un point lumineux, un trou d'épingle percé dans un diaphragme, par exemple. On le placerait à contre-jour, on l'éloignerait graduellement de l'œil, et à la plus grande distance où le point serait vu non comme un disque, c'est-à-dire avec
(1) Sulfate ou hydrobromate neutre d'atropine (ou de duboisine ou d'homatropine) 0,05, eau distillée 10,0. F. s. a. collyre. Instiller plusieurs gouttes dans l'œil, dans Tintervalle d'une demi-heure ; laisser l'œil fermé au moins pendant cinq minutes, après avoir instillé les gouttes. Lamydriase et la paralysie de l'accommodation se produisent beaucoup plus promptement avec l'homatropine qu'avec l'atropine et la duboisine. Elles disparaissent aussi plus promptement avec le premier mydriatique, ce qui est un grand avantage, si 1 on s'en sert seulement pour déterminer la réfraction.
DÉTEUiMlNATlON DE LA RÉFRACTION STATIQUE. 243
une image de diffusion, mais comme un point, là serait le punctum remotum de l'œil (voy. fig-. 53, 54, 57).
Mais ce procédé n'est pas praticable; on le comprend de suite. Gomment juger de la plus ou moins grande netteté de l'image du point? Impossible d'indiquer exactement la limite où il apparaît comme un tout petit cercle, et celle où il apparaît comme un point. Quelle différence y a-t-il pour nous, avec nos yeux plus ou moins imparfaits, entre ces deux objets ? — De plus, il n'y aurait pas de contrôle possible. Nous n'examinons pas toujours des personnes de bonne volonté, rarement des gens observateurs; les uns ne voudraient, les autres ne pourraient nous rendre compte de l'impression qu'ils reçoivent du point lumineux, et nous serions constamment trompés.
Il faut donc, comme objet-type, un objet d'une forme compliquée, qui ne puisse être distingué dans tous ses détails qu'à la condition d'une image rétinienne nette : un groupe de points que le malade doit compter, une figure ou une lettre qu'il doit distinguer d'une autre. Il faut, de plus, que l'image rétinienne soit très petite. Si le malade reconnaît alors l'objet dans tous ses détails, nous pouvons être sûrs que l'image rétinienne est distincte, que l'objet se trouve au point pour lequel l'œil est adapté. C'est alors l'acuité de la vue qui nous aide à déterminer la réfraction de l'œil.
L'acuité visuelle étant très différente pour différents yeux, ceux-ci exigent des images rétiniennes de grandeur variable. Il faut, par conséquent, non seulement une série d'objets-types de différentes formes, mais aussi de différentes grandeurs. On emploie donc, comme tels, pour la détermination de la réfraction, des échelles de lettres ou de figures analogues, de diverses grandeurs, noires sur fond blanc, ou blanches sur fond noir.
Nous voici donc en possession des objets -types. Comment nous y prendrons-nous pour trouver, avec ce moyen, le punctum remotum d'un œil?
On pourrait penser d'abord qu'on n'a qu'à prendre une échelle de ce genre et à l'éloigner graduellement de l'œil, jusqu'à ce qu'il finisse par ne plus en distinguer les lettres. Le point le plus éloigné où il verrait encore distinctement serait le punctum remotum. Mais cette méthode ne serait praticable que dans le cas où le punctum remotum est situé à une distance finie de l'œil, c'est-à-dire dans la myopie. Là, en effet, on réussit quelquefois à déterminer le degré de l'amétropie, pour des yeux d'une bonne acuité visuelle, en cherchant la plus grande distance à laquelle ils lisent de tout petits caractères d'imprimerie. Si cette distance est de 0,33 = ~ de mètre, la myopie est de 3 dioptries, etc.
Pour Vemmétropie, ce procédé ne serait déjà plus applicable. Ce n'est point parce que le punctum remotum de l'emmétrope étant situé à l'infini, il faudrait porter les objets-types à l'infini, ce qui n'est pas possible. Non, en I pratique nous ne sommes pas si rigoureux. Nous admettons que l'infini comj mence déjà à 5 mètres, ce qui n'est pas une distance trop grande pour nos I expériences optométriques. Mais un œil qui voit nettement à 5 mètres n'est
pas pour cela nécessairement emnfiétrope. Il pourrait être hypermétrope et voir à l'aide d'un effort d'accommodation. Il serait donc impossible de distinguer l'emmétropie de l'hypermétropie, et, à plus forte raison, de déterminer le degré de cette dernière.
En effet, le punctum remotum des hypermétropes étant situé au delà de l'infini, il faudrait pouvoir porter les objets-types au delà de l'infini pour examiner cette anomalie de réfraction, ce qui n'est pas praticable.
Mais nous avons vu précédemment qu'un point lumineux peut être considéré comme situé au delà de l'infini, lorsqu'on a donné aux rayons qu'il émet une direction convergente. C'est de cette façon également qu'on parvient à diagnostiquer et à mesurer ï hypermétropie. On place les objets-types à une distance donnée, et on imprime aux rayons lumineux qui en proviennent une direction convergente, à l'aide de verres convexes.
Prenons, par exemple, un point situé à grande distance, il émettra des rayons parallèles. En interposant une lentille convexe, on fera converger les rayons vers le foyer de celle-ci. Celte convergence sera d'autant plus forte que la distance focale de la lentille sera plus courte, en d'autres termes, que la lentille sera plus réfringente. Si elle a 50 centimètres de distance focale, les rayons provenant du point lumineux convergeront vers un point situé à 50 en arrière d'elle. Et, pour un œil qui se trouve derrière la lentille, celle-ci a le même effet que si nous avions porté le point à 50 '^^ au delà de l'infini. L'expression « au delà de l'infini » veut dire simplement que le point est formé par la réunion de rayons convergents.
Mais, de même que nous pouvons donner une direction convergente aux rayons qui proviennent du point lumineux, de même nous pouvons les rendre parallèles, s'ils ne le sont pas, ou changer leur direction en divergence. Dans le premier cas, nous les ferons passer à travers une lentille convexe, dont le foyer coïncide avec la source lumineuse ; dans le second cas, nous nous servirons de lentilles concaves.
Si nous laissons l'objet-type à très grande distance, de sorte que les rayons qui en proviennent puissent être considérés comme parallèles, et que nous leur fassions traverser une lentille concave, nous leur imprimons une divergence telle qu'ils semblent provenir du foyer du verre concave. Soit ce verre de 2 dioptries, sa distance focale est de 1/2 mètre, et il fera diverger les rayons comme s'ils provenaient de 0,5 mètre en arrière de lui.
Ici encore, la divergence est d'autant plus accusée que la lentille est plu forte, c'est-à-dire que sa distance focale est plus courte.
Au point de vue de la direction des rayons, il revient donc au même qu nous placions un point à 50 devant l'œil, ou que nous le laissions l'infini, en le regardant à travers un verre concave, qui a 50 de distanc focale et qui est placé tout contre l'œiL
Ce que nous sommes obligés de faire pour l'hypermétropie, nous pouvon donc le faire également pour la myopie. Au lieu de déplacer les objets-type pour trouver le point d'où ils sont vus le plus nettement, nous pouvons le
laisser en place et varier, à l'aide de lentilles, la direction des rayons qui en proviennent.
C'est ce qu'on fait généralement dans la pratique. On laisse les objetstypes à une distance invariable, et on change la direction des rayons lumineux qu'ils émettent. Les moyens qu'on possède dans ce but sont innombrables, et on n'a que le choix de l'endroit où l'on veut placer les objetstypes.
Dans la méthode la plus simple et la plus répandue, qui, comme nous verrons, est une des meilleures, on place les objets à une distance assez grande pour qu'on puisse l'admettre en pratique comme infinie.
L'adoption de cette distance a déjà l'avantage de disposer les yeux à détendre leur accommodation, attendu que, pour regarder au loin, les lignes de regard doivent être parallèles, et que, moins est grande la convergence, moins l'accommodation est mise enjeu.
Les objets-types sont représentés par une série de lettres ou de figures noires sur fond blanc, de différentes grandeurs.
Le tableau qui les contient doit être bien éclairé, de préférence par une source lumineuse constante, qui est cachée à la personne examinée. Ainsi on peut se servir d'une lampe avec réflecteur, rapprochée du tableau, ou éclairer ce dernier par transparence. Si l'on examine à la lumière solaire, beaucoup moins constante que la lumière artificielle, il faut que la personne examinée tourne le dos au jour, pour ne pas être éblouie. Le tableau est, au contraire, placé bien en face de la lumière. Il doit se trouver à 5 mètres au moins de l'individu en examen.
La variation dans la direction des rayons provenant de l'objet est effectuée par des verres de lunettes, contenus dans une boîte à essai, en choix suffisant, et qu'on place devant l'œil.
Pendant l'examen d'un œil, il faut exclure l'autre de la vision. On y arrive le plus facilement en le couvrant d'un bandeau ou d'un diaphragme opaque, (et non réfléchissant), introduit dans une monture de lunettes. Si l'on permet à l'individu de fermer un œil sans le couvrir, on est presque toujours trompé. Il l'entr'ouvre volontairement ou involontairement, surtout si l'autre œil a une acuité visuelle très faible, et, alors qu'on s'occupe de l'un, c'est l'autre qui regarde et trouble l'examen de son congénère, ou bien, les paupières d'un œil étant bien fermées, celles de l'autre ne peuvent pas être tenues entièrement ouvertes. Ce dernier regarde alors à travers une fente horizontale formée par les bords palpébraux, ce qui peut encore ' induire l'examinateur en erreur, en lui cachant la présence de l'astigmatisme.
Si le malade couvre un œil avec sa main, on risque qu'il le cache mal, qu'il voie entre les doigts, ou à travers un espace laissé libre entre la main \ et la face, ou encore qu'il presse sur cet œil, ce qui en trouble la vue, lorsj qu'on veut l'examiner à son tour.
Emmétropie. — L'œil non examiné étant entièrement caché, mais ouvert sous le diaphragme, on demande au malade de nomm.er les lettres qu'il voit de son œil libre, placées à la distance indiquée, à commencer par les plus grandes.
Lorsqu'il est arrivé aux plus petites qu'il puisse distinguer, et que malgré tous les efforts, il ne peut plus aller au-delà, on place devant l'œil un verre convexe faible, par exemple le n°0,5. S'il voit moins qu'auparavant, on essaye des verres concaves, et, si ceux-ci ne parviennent pas à lui faire voir des lettres plus petites, on conclut que, l'acuité visuelle étant à son maximum sans verre, le punctum remotum de i'œil est situé là où se trouvent les objets-types, c'est-à-dire à une distance admissible comme infinie, que R(l)
est infini, que la réfraction de l'œil - est = - =0, que l'œil est emmérôpe (2).
Ce raisonnement est absolument juste lorsque l'accommodation est annihilée. Dans le cas contraire, il peut arriver que l'emmétropie ainsi constatée ne soit qu'apparente et qu'on ait en réalité affaire à une hypermétropie corrigée par un effort d'accommodation. Le véritable état de réfraction se révèle alors à l'ophthalmoscope, ou sous l'influence des mydriatiques.
Il est aussi possible que l'emmétropie (comme d'ailleurs aussi l'amétropie) n'existe que dans un seul méridien, le méridien qui lui est perpendiculaire ayant une autre réfraction. Ces cas feront le sujet d'un chapitre particulier, l'astigmatisme.
Hypermétropie. — Si l'œil examiné voit mieux les lettres avec un verre convexe que sans verre, il est évidemment hypermétrope.
Nous en avons exposé les raisons longuement (p. 124 et suiv.). Est également hypermétrope une personne qui, à distance, ne voit pas précisément mieux, mais aussi bien, avec un verre convexe qu'à l'œil nu. Le verre convexe
(1) C'est par la lettre R que nous désignons la distance du punctum remotum à l'œiL Elle correspond à la valeur f du chapitre I^"".
(2) Pour être tout à fait exact, il faudrait dire que, l'objet n'étant pas en réalité situé à l'infini,
mais à 5°", R est égal à S"*, et que la réfraction est de -f- - dioptrie. L'œil qui voit le
mieux sans verre à cette distance ne serait donc pas tout à fait emmétrope, il n'est pas adapté à l'infini, à des rayons parallèles, mais à une distance finie, à des rayons diver-
géant d'un point situé à 5 mètres. Il aurait donc une myopie de - D ; et le véritable
emmétrope serait celui qui, pour voir nettement à cette distance, aurait besoin d'un verre
convexe de 5™ de distance focale (+ -D), lequel rendrait parallèles les rayons provenant de
5 mètres. Seulement ce verre n'existe pas dans nos boîtes d'essai ni dans le commerce, précisément parce qu'en pratique, une différence de réfraction d'un cinquième de dioptrie est
presque inappréciable. La vue ne change pas notablement, qu'un œil ait i D de plus ou de
moins. Celui qui voit bien à 5 mètres voit presque aussi bien à l'infini, et inversement. Voilà pourquoi on assimile en pratique 5"" à l'infini. Mais, en réalité, il faudrait toujours retrancher 1 1
- D de l'œil «idapté à 5 mètres (ou + — D pour 6 mètres) pour pouvoir le considérer comme emmétrope.
donne aux rayons provenant de loin une direction convergente, et l'œil hypermétrope seul est capable de réunir sur sa rétine des rayons convergents. On peut se demander pourquoi il voit cependant aussi bien sans verre qu'avec le verre convexe. La réponse est facile: l'œil nu remplace l'action de ce dernier par un effort d'accommodation, effort qui devient inutile lorsque nous l'avons muni de la lentille convexe. Si l'accommodation avait été paralysée, notre malade n'aurait pas vu aussi bien sans le verre. Peut-être n'aurait-il même vu aucune lettre du tableau, peut-être seulement les plus grandes, celles qu'il peut reconnaître malgré les images diffuses qu'il en reçoit sur la rétine.
Si l'accommodation n'est pas paralysée, elle masque presque toujours une partie, sinon toute l'hypermétropie. Il faut donc présenter au malade des verres convexes de plus en plus forts, et les laisser un certain moment devant l'œil pour donner au muscle ciliaire le temps de se détendre de plus en plus.
Lorsque l'acuité visuelle, après avoir atteint son maximum, commence de nouveau à baisser, toute l'hypermétropie manifeste est corrigée ; l'accommodation ne peut plus être relâchée davantage, pendant la fixation monoculaire au moins.
Après avoir déterminé la réfraction de Tautre œil et corrigé son hypermétropie, s'il y en a, il est bon de faire regarder les deux yeux simultanément à grande distance. On trouve alors souvent que l'hypermétrope supporte ainsi, dans la vision binoculaire, des verres convexes plus forts que dans la monoculaire.
Nous avons, à plusieurs reprises déjà, parlé de l'influence que la direction relative des lignes de regard (convergence) exerce sur l'accommodation. Or, I lorsqu'une personne regarde à grande distance, ayant un œil couvert, celui- ] ci n'est pas obligé de se diriger sur le même point que l'autre et de mettre I sa ligne visuelle en parallélisme avec celle de l'autre œil. Souvent, au conj traire, il converge. La quote d'accommodation liée à cette convergence des j lignes visuelles augmente la réfraction des yeux. L'œil, examiné isolément, I paraît moins hypermétrope, emmétrope ou même myope, alors qu'en réalité ! il est fortement hypermétrope.
Une contraction analogue des muscles droits internes peut augmenter considérablement le degré apparent d'une myopie. En faisant regarder, au contraire, les deux yeux simultanément, surtout en corrigeant leur amétropie, ce qui leur donne le maximum d'acuité visuelle, ils sont obligés de se diriger parallèlement. Toute convergence produirait une diplopie homonyme, I à moins que la vision binoculaire n'eût été perdue depuis longtemps. ! C'est dans le parallélisme des lignes visuelles qu'on obtient le relâchement I maximum de l'accommodation. Les yeux hypermétropes supportent les verres I convexes les plus forts qui soient compatibles avec la fixation, et on arrive ainsi au maximum d'exactitude qu'on puisse atteindre dans la détermination subjective de la réfraction statique, sans avoir recours aux mydriatiques.
Mais le degré de l'hypermétropie ainsi trouvé, V hypermétropie manifeste (H'") est très souvent encore au-dessous du degré réel, de V hypermétropie totale (E^). Malgré toutes les précautions, il reste fréquemment encore en eu un certain degré d'accommodation, qui masque une partie du défaut de réfraction. On l'appelle hypermétropie latente (Hi). Elle devient manifeste seulement par l'emploi des mydriatiques, ou à l'examen ophthalmoscopique de la réfraction.
Il est du plus haut intérêt pratique de ne pas oublier que H* = H'" -|- Hi, c'est-à-dire que l'hypermétropie totale se compose d'une partie manifeste et d'une partie latente, et que celle qu'on trouve par l'examen subjectif, l'hypermétropie manifeste, n'est souvent qu'une partie de la totale.
Nous verrons plus tard quel rapport existe entre les deux parties de l'hypermétropie qui en constituent la totalité et l'amplitude d'accommodation. Contentons-nous de rappeler que le verre convexe le plus fort qui donne la meilleure acuité visuelle à distance correspond au degré de Vhypermétropie manifeste.
Myopie. — Lorsqu'un œil voit moins bien à grande distance avec un verre convexe faible que sans verre, on essaye si un verre concave faible augmente son acuité visuelle.
Il arrive fréquemment que la personne ainsi examinée répond de suite qu'elle voit mieux. Cependant elle ne saurait déchiffrer des lettres plus petites qu'à l'œil nu, mais tout lui paraît plus noir, plus net. Elle supporte quelquefois des verres concaves assez forts, sans voir plus qu'à l'œil nu, et paraît néanmoins enchantée de ses lunettes. Cette personne n'est pas myope. Elle voit avec des verres concaves, parce qu'elle fait un effort d'accommodation qui neutralise l'effet de la lentille divergente. Ici encore l'accommodation fait paraître la réfraction de l'œil plus forte qu'elle n'est en réalité.
Pour qu'on puisse conclure à la présence de la myopie, il faut que l'acuité visuelle augmente sous l'influence d'un verre concave. Même alors on est souvent trompé. De même qu'un spasme accommodatif cache une partie de l'hypermétropie (H^), ou la masque même totalement, en faisant paraître emmétrope un œil hypermétrope, de même un effort involontaire d'accommodation rend souvent une myopie plus forte qu'elle n'est en réalité.
Il faut donc, avant tout, choisir comme expression de la myopie le verre concave le plus faible qui procure à l'œil son maximum d'acuité visuelle. Il donne le degré de la myopie apparente. Celle-ci est généralement plus élevée que la myopie réelle, surtout chez de jeunes personnes, qui disposent d'une forte accommodation. Le degré réel de la myopie ne se révèle, comme celui de l'hypermétropie, qu'après le relâchement forcé de l'accommodation, ou à l'ophthalmoscope.
On pourrait supposer que ce procédé si simple de détermination de la réfraction demande cependant beaucoup de temps, qu'il faut un examen prolongé jusqu'à ce que, parmi les nombreux verres de nos boîtes d'essai, on ait
trouvé celui qui donne la meilleure acuité visuelle. Il n'en est rien cependant, et cet examen se fait beaucoup plus promptement qu'on ne s'imagine.
Nous apprendrons à connaître des symptômes extérieurs qui caractérisent au moins les degrés élevés de l'amétropie. On ne commencera donc pas l'examen d'une forte myopie par des verres convexes ou des concaves faibles, mais on aura immédiatement recours aux verres forts. De même pour l'hypermétropie.
D'autre part, la pratique donne vite à l'examinateur la faculté de conclure de l'effet des verres essayés à la nature et au degré de l'amétropie. Enfin la réflexion nous aide aussi puissamment. Si nous avons devant nous une personne encore jeune et dont les yeux ne présentent aucune anomalie apparente, dont les milieux dioptriques sont absolument limpides et qui ne voit pas même les plus gros caractères de l'échelle typographique, nous ne commencerons pas par lui donner des verres faibles. Nous nous dirons: si c'est un défaut de réfraction qui diminue la vue à ce point, il doit être assez élevé. S'il y a hypermétropie, une partie au moins en serait corrigée par l'accommodation. Il est rare de trouver des cas d'hypermétropie dépassant six dioptries, et l'amplitude d'accommodation reste jusque vers trente-cinq ans assez forte pour corriger la totalité même de ce vice de réfraction. Au-delà de cet âge, elle peut en corriger encore une bonne quote. D'autre pari, un myope faible a généralement acquis la faculté de reconnaître des objets qui correspondent à nos grandes lettres-types, malgré les images de diffusion qu'il en reçoit. Nous essayerons donc d'emblée des verres concaves forts, et, s'il ne voit pas beaucoup mieux avec, nous pouvons être sûrs qu'il existe une affection du fond de l'œil ou un astigmatisme.
Une foule de rétlexions de ce genre se présentent au praticien, souvent même d'une façon inconsciente. Elles le guident dans cette détermination subjective de la réfraction, et la rendent extrêmement simple.
Ce procédé d'optométrie a d'ailleurs encore d'autres avantages que celui de la simplicité. Non seulement nous trouvons ainsi la lentille qui exprime directement la nature et le degré de Tamétropie ; mais, pendant l'examen, le malade se trouve dans les conditions dans lesquelles il se servira de ses verres de lunettes. Nous n'avons qu'à lui laisser ceux-ci tels que nous les avons placés devant ses yeux, pour lui procurer sa meilleure acuité visuelle à grande distance. Ou, si nous ne désirons pas lui donner le verre correcteur de l'amétropie ainsi trouvé, nous pouvons directement contrôler l'effet des lunettes que nous nous proposons de lui conseiller.
Nous verrons, en effet, que, pour ne pas favoriser ou provoquer un spasme de l'accommodation, on ne donne jamais aux myopes les verres qui corrigent la myopie apparente, à peine ceux de la myopie totale- Ce procédé a un autre grand avantage encore. Pour simplifier notre exposé, nous n'avons pas défini autrement jusqu'ici les objets-types. Nous avons dit que ce sont des objets de différentes grandeurs, placés à grande distance, à 5 mètres au moins. En effet, toutes les séries d'objets qui exigent,
pour être distingués, des images rétiniennes très nettes, peuvent servir à la détermination de la réfraction.
Mais, en tenant un compte exact de la grandeur de l'objet-type, et de la distance à laquelle il est placé, on peut, par la même occasion, déterminer non seulement la réfraction, mais aussi l'acuité visuelle de l'œil (1). Je m'explique : des expériences nombreuses (2) ont appris quelle est la plus petite image rétinienne qui puisse encore être distinguée dans ses détails, analysée par l'œil normal moyen. Basées sur cette donnée, Snellen, et d'autres après lui, ont construit des échelles typographiques contenant des lettres, des chiffres, des traits, des points de différentes grandeurs. Chaque série de ces objetstypes porte un numéro, qui indique la distance à laquelle ils sont distingués par l'œil moyen. Les chiffres 4™, 5"", 6™, 7'", 10"", 50"', etc., placés au-dessous de lettres de plus en plus grandes, signifient qu'elles peuvent être portées, les premières jusqu'à 4, les secondes à 5, les dernières à 50 mètres avant de cesser d'être distinguées par l'œil normal. En les laissant à une distance donnée, par exemple à 5 mètres, c'est le numéro 5 qui donne l'acuité visuelle normale. Un œil qui ne distingue que le numéro 10, qu'il devrait voir jusqu'à 10™, n'a que 5/10 = 1/2 d'acuité normale; celui qui ne voit que le numéro 50 à 5"" possède 5/50 = 1/10 de l'acuité normale. Un autre, au contraire, qui distingue même le numéro 4, qu'il aurait le droit d'approcher jusqu'à 4 mètres, a évidemment une acuité de 5/4, c'est-à-dire supérieure à la moyenne.
Ce sont ces tableaux de figures-types, ces « optotypes ^, comme les a appelés Snellen, dont on se sert dans l'optométrie.
Le verre qui permet à l'œil de voir les plus petits de ces types indique la réfraction ; la distance divisée par le numéro des types, l'acuité visuelle. Un œil qui, avec le convexe 3, lit le numéro 6, placé à 5 mètres, a une hypermétropie (H"") de 3 D et une acuité visuelle V = 5/6.
Dans l'échelle de Monoyer, cette division est exécutée pour chaque série de lettres, et pour une distance de 5 mètres. La grandeur des lettres est, de plus, choisie de telle sorte que chacune d'elles correspond à 1/10 d'acuité de plus que la précédente. Celui qui distingue la troisième ligne a donc une acuité de 0,3, la cinquième correspond à 0,5, la neuvième, à 0,9, la dixième, à 1,0 d'acuité, c'est-à-dire à l'acuité moyenne.
Ici se pose immédiatement une question importante : la mesure de l'acuité visuelle est, comme nous l'avons dit, donnée par l'image rétinienne, et l'acuité visuelle d'un œil n'est comparable à celle d'un autre que si nous connaissons la grandeur de l'image rétinienne minimum que l'un et l'autre peuvent encore distinguer. Si deux personnes distinguent, par exemple, la même série de lettres, mais l'une à l'œil nu, l'autre seulement à l'aide d'une
(1) Donders, loc. cit., p. 96, éd. angl., p. 83, éd. allem.
(2) J. Vrœsom de Haan, Onderzœkingen naar den invlœd van den leeffyd op de geùchtscherpte, III, Verslag v. het N. Gastliuis v. ooglijders, p. 229, 1862. Comparez aussi Snellen, Eidoptométrie , cet ouvrage, vol. I, p. 470-480.
longue-vue, Tacuité de la première est évidemment supérieure à celle de la seconde, malgré l'égalité de l'objet vu, parce que la première en reçoit une image rétinienne plus petite que la seconde.
Quand nous connaîtrons le changement que produit la lunette sur la grandeur de l'image rétinienne, alors seulement nous pourrons conclure sur l'acuité visuelle. Soit, dans notre cas, le grossissement de l'image rétinienne (pas celui de l'angle visuel), de 3 fois, la seconde personne a une acuité -visuelle 3 fois moindre que la première.
On peut donc comparer entre elles différentes acuités visuelles obtenues à l'aide des objets-types seulement lorsqu'on est sûr que les images rétiniennes de ces derniers sont de grandeur égale dans les yeux comparés. Ceci a lieu, àpeu de chose près, pour des yeux emmétropes. Ce sera encore le cas pour les amétropes de la même nature et du même degré d'amétropie. L'acuité visuelle d'un myope axile de 4 D sera, avec celle d'un autre myope axile du même degré, dans un rapport inverse à la grandeur des lettres de l'échelle qu'il distingue.
Mais l'acuité visuelle, telle que nous l'avons exprimée plus haut, serat-elle comparable entre un emmétrope et un myope qui voit à distance à l'aide d'un verre concave ? ou d'un hypermétrope qui y voit avec une lentille convexe ? La différence de longueur des yeux ou la différence dans leur appareil dioptrique d'une part, l'action des verres correcteurs de l'autre, ne peuvent évidemment pas rester sans influence sur la grandeur des images rétiniennes. Et si, par exemple, le myope recevait des images rétiniennes plus grandes que l'emmétrope, grâce à l'excessive longueur de son œil, ou si, au contraire, la grandeur de ces images était réduite au-dessous de celle des images de l'emmétrope par l'action du verre concave, les objets-types ne pourraient pas servir de termes de comparaison pour l'acuité visuelle dans les deux cas. Ils permettraient seulement de se rendre compte si les images rétiniennes sont nettes, c'est-à-dire de déterminer la réfraction de l'œil.
Or les calculs et les expériences ont prouvé que les yeux amétropes axiles reçoivent des images rétiniennes de grandeur égale à celle des emmétropes, lorsqu'ils regardent à grande distance à l'aide d'un verre placé à leur foyer antérieur (1).
Les amétropes axiles forment la grande majorité des amétropes; nous déterminons la réfraction à grande distance; le foyer antérieur se trouve à
(1) Giraud-Teulon, Ami. croc, sept.-oct. 1869, et La vision, etc., p. 198,1881. — Knapp The influence of spectacles on the optical constants and visual acutnesse of the eije (Arch, ofophth. and Otol., I, 2, 1870). — ^ oinow, Zur Lehre ùber den Einfluss von optischen Glaesern auf die Sehschaerfe (Arch. f. Ophth., XIX, p. 349, 1872). — Mauthner, Vorlesungenûber die opt. Fehler des Auges, p. 149, 1872 et Arch. f. Ophth. XVIII, ii, p. 245. — Doiiders, Practische opmerkingen over den invloed van hulplenzen op de Geùchtscherpte . — Landolt, Graefe et Ssemisch, Handb. der ges. Augenheilk, III, 1, p. 10, 1874; cet ouvrage, p. 480, et Onderzœkingen gedaan in het physiol. Laborat, Utrecht, 1872. — Leçons sur le diagnostic des maladies des yeux, p. 123. Paris, 1877.
13'"'" de la cornée. C'est à peu près l'endroit où nous plaçons les verres de lunettes dans le procédé d'optométrie que nous venons de décrire. Nous nous trouvons donc dans les meilleures conditions pour obtenir l'égalité des images rétiniennes, c'est-à-dire pour déterminer l'acuité visuelle.
Dans l'amétropie de courbure, il faut placer le verre correcteur sur la cornée même, pour que les images rétiniennes deviennent égales à celles de l'emmétropie.
Résumons les avantages de cette première méthode d'optométrie subjective, que nous venons d'exposer : facilité du relâchement de l'accommodation, à cause du regard à grande distance ; contrôle direct de l'effet des verres de lunettes; possibilité de déterminer simultanément la réfraction et l'acuité visuelle.
Si l'on ne dispose pas d'une grande distance pour l'optométrie, on peut néanmoins déterminer à la fois la réfraction et l'acuité visuelle, pourvu qu'on place le verre correcteur au foyer antérieur de l'œil, et que l'échelle typographique dont on se sert soit la réduction de celle destinée à être placée à grande distance, et calculée pour la distance réduite.
Supposons qu'on désire faire ces recherches à une distance de quelques centimètres seulement : en plaçant les objets-types, par exemple, à 233""" de la cornée, le myope seul dont le punctum remotum est situé à 233""' pourra les voir nettement, sans mettre eu jeu son accommodation. L'emmétrope aura besoin d'un verre convexe, et, si celui-ci se trouve au foyer antérieur, c'està-dire à 13°'°' en avant de la cornée, il est à 233 — 13'""' = 22^°» des objetstypes. Il lui faut donc une distance focale de^ ou 4,5 D de force réfringente, i
On n'a qu'à laisser en place l'échelle et cette lentille, et, si l'on applique sur cette dernière des verres de lunettes, ceux-ci indiqueront la nature et le degré de l'amétropie de l'œil aussi bien qu'on l'obtient à grande distance, sans le secours de la lentille convexe fixe.
Ou bien, pour ne pas superposer deux lentilles, on n'a qu'à chercher le verre qui, placé à 13"'"' de la cornée, donne la meilleure acuité visuelle, et à en retrancher 4,5 dioptries. Supposons qu'on ait trouvé le convexe 6, comme donnant la meilleure acuité visuelle à 22'^"'. Nous dirons : puisqu'il faut à cet œil convexe 6, pour voir à 1/4,5 de mètre, il lui faut 6 — 4,5 = 1,5 D pour voir à grande distance. C'est son verre correcteur. Il indique une hypermétropie de 1,5 D.
Un hypermétrope de 0,5 dioptrie demandera le convexe 0,5+ 4,5= 5 D; 0,5 pour se rendre emmétrope et 4,5 pour faire passer le point d'adaptation de l'infini à 22^^ de son foyer antérieur.
Un œil qui a besoin du convexe 3 a une myopie de 3 — 4,5 = — 1,5 ; c'est là son verre correcteur pour grande distance. Et un myope de 4 dioptries ne demandera que le convexe 4,5 — 4 = 0,5 pour voir à notre distance réduite, parce que, déjà sans l'intervention d'une lentille convexe, il
voit à courte distance. Celui qui voit sans verre aura une myopie de 0 — 4,5 = — 4,5 D, nous l'avons déjà dit, et ceux qui demandent même des verres concaves pour voir à si courte distance, auront une myopie égale à ce verre augmenté de 4,5 dioptries. Ainsi le verre concave 2 indiquera une myopie de — 2 -|- ( — 4,5) - — 6,5 dioptries.
On trouve ainsi la réfraction aussi simplement qu'à grande distance, et, comme nous l'avons dit, on peut en même temps déterminer l'acuité visuelle, parce que les images rétiniennes des amétropes axiles sont, dans ces conditions, égales à celles de l'emmétrope.
Pour que l'image rétinienne d'un myope de 4,5 dioptries, ou d'un emmétrope muni du convexe 4,5, soit égale à celle que le myope obtient à grande distance avec son verre correcteur et l'emmétrope à l'œil nu, il faut que la lettre-type placée à 233™"^ qui donne l'acuité moyenne, ait 0,32"^'" de hauteur totale. Pour des degrés inférieurs d'acuité, il faut des lettres en proportion plus grandes (1).
On peut objecter à cette méthode d'optométrie qu'elle doit rendre le relâchement de l'accommodation plus difficile que l'examen à grande distance. En effet, dans le regard de près, le malade a involontairement une tendance à converger, et partant, à mettre en jeu son muscle ciliaire, quand même ur. œil serait exclu et l'autre adapté à l'aide d'un verre neutralisant l'accommodation. On peut cependant remédier à cet inconvénient en annulant la convergence par un stéréoscope, qui exige la direction parallèle des lignes visuelles. M. Javal a déjà eu recours à ce principe dans son astigmomètre.
Le stéréoscope aura la longueur voulue, et sera dépourvu de prismes. Devant l'œil à examiner se trouveront les objets-types, entourés d'un cercle ; devant l'autre œil un champ noir, entouré d'un cercle égal, ou un peu plus grand. Pour que les cercles soient réunis binoculairement en un seul, ou I en deux cercles concentriques, il faut que les yeux aient une direction paralj lèle, ce qui les disposera à détendre leur accommodation; et pour voir j nettement, il faut le verre correcteur. Ce dernier pourrait être déterminé ] d'abord pour chaque œil séparément, après quoi on essayera si, dans la I vision binoculaire au stéréoscope, les deux yeux supportent des verres ! convexes plus forts ou des concaves plus faibles.
Outre le peu d'espace qu'elle exige, cette méthode aurait sur la première l'avantage de faciliter la constance de l'éclairage. Le fond du stéréoscope serait éclairé à l'aide d'une lumière-type invariable, et on exclurait l'influence j de toute autre source lumineuse en faisant l'examen dans un espace obscur. 1 Nous avons fait observer, au même endroit, qu'on peut déterminer d'une 1 façon analogue (sans stéréoscope) et l'amplitude d'accommodation et le verre correcteur pour n'importe quelle distance voulue. On n'a qu'à soustraire toujours les 4, 5 dioptries que nécessite le rapprochement des objets-types.
! (1) Landolt, Leçons sur le diagnostic des maladies des yeux, p. 133 et suiv. Paris, 1877, ' et Manual of examination of tlie Eyes, p. 156 et suiv. Philadelphia, 1879.
m LANDOLT. — RÉFRACTION ET ACCOMMODATION.
On obtiendrait donc ainsi un optomètre pratique et exact. On donne, en effet, le nom d'optomètre à un instrument qui sert à déterminer la réfraction de l'œil.
B. Optomètre^ basés sur une seule lentille convexe.
Nous avons dit, au commencement de ce chapitre, qu'en dehors des verres de lunettes, il existe encore un grand nombre d'autres méthodes pour faire varier la direction des rayons lumineux provenant d'un objet, et, par conséquent, pour déterminer la réfraction de l'œil. Ainsi on peut obtenir ce résultat déjà à l'aide d'une simple lentille convexe.
Plaçons un objet au foyer d'un verre convexe, et les rayons qui en proviennent seront parallèles. Plus nous éloignons l'objet du foyer, plus les rayons convergent après avoir passé par la lentille.
Soit, par exemple (fig. 89), M le foyer de la lentille Les rayons ML et
FiG. 89.
M/, émanés du point M de l'objet MN, seront parallèles (LK et après avoir traversé la lentille, et l'œil emmétrope E les réunira sur sa rétine en m. De même pour les rayons provenant du point N : leur divergence (NL et Nv') est changée en parallélisme, et leur image se forme en n.
Plus on éloigne l'objet du foyer, plus les rayons convergent après avoir passé la lentille. C'est ainsi qu'on peut obtenir la convergence des rayons nécessaire à l'hypermétrope.
Le punctum remotum de l'œil hypermétrope H (fig. 90) se trouve en R. En portant l'objet MN au-delà du foyer F de la lentille, celle-ci imprime aux rayons émanés de M la convergence LKR et pR, aux rayons pro^ venant de N la convergence LvX et v'KX, de sorte que les premiers peuvent se réunir en m, les derniers en n sur la rétine de l'œil hypermétrope.
Au contraire, en faisant mouvoir l'objet, à partir du foyer, vers la lentille, les rayons deviendront d'autant plus divergents, qu'il sera plus rapproché de €elle-ci. Ainsi (fig. 91), l'objet se trouvant en MN, les rayons émanés du
DÉTERMINATION DE LA RÉFRACTION STATH^tTE. 235
point M sembleront provenir de R, grâce à la divergence ^.'^i et LK, que la lentille leur a laissée. De même pour les rayons émanés deN; ils auront une divergence Lv et v'K, comme s'ils venaient du point X. Un œil myope, M,
FiG. 90.
dont le punctum remotum se trouve justement en R, pourra donc réunir sur sa rétine en m n les rayons émanés en réalité de MN, mais dont nous avons changé la direction de façon à l'adapter à l'état de réfraction de cet œil.
La lentille convexe unique'est, en effet, le moyen le plus simple pour faire varier la direction des rayons lumineux ; aussi a-t-elle été employée depuis longtemps et souvent en optométrie (i).
(1) Au chapitre i?% p. 46 et 59, se trouvent les lois qui président à cette action'de la lentille convexe, de même que les formules simples qui donnent les distances de l'objet et de l'image, partant la direction des rayons, après leur sortie de la lentille. Elles ont servi à la -graduation de tous les optomètres basés sur le principe de la lentille convexe unique.
Coccius (1), de Hasiier ('2), Smee (3), de Graefe(4), de Burow (5), Donders (6), Laurence (7), Badal ((S), Biirchardt (9), Sous (10), Carreras y Arago, Hintzy et probablement d'autres encore se sont servis de ce principe, et notre ami Snellen a expliqué quelques-uns de ces optomètres dans la dioptométrie qui lui est échue en partage dans la distribution des chapitres de notre métrologie (11).
Les uns fixent la lentille sur une règle divisée, le long de laquelle glissent les objets-types, les autres la montent dans un tube avec ou sans pied.
Les objets-types sont formés, tantôt de fils, de cheveux tendus, tantôt de lettres ou de chiffres.
Une lentille plus forte permet à quelques auteurs de donner à leur optomètre une dimension moindre ; une lentille plus faible, par contre, augmente les excursions des objets-types, et par conséquent l'exactitude de la mensuration.
Tous ces optomèires ont cependant l'inconvénient de provoquer un certain effort d'accommodation, et quelques-uns d'entre eux seulement permettent de déterminer l'acuilé visuelle. Suivant que la lentille convexe est plus ou moins rapprochée de l'œil, elle influe différemment sur la grandeur des images rétiniennes dans les différents états de réfraction. Or, comme nous l'avons dit, un optomètre n'est apte à la détermination simultanée de la réfraction eide l'acuité visuelle, qu'à la condition de donner aux images rétiniennes de tous les yeux examinés la même grandeur.
Ce but est atteint, nous le savons maintenant, pour l'amétropie axile au moins, quand le foyer de la lentille convexe coïncide avec le foyer antérieur de l'œil. Par exemple, si la lentille de l'optomètre a 100 millimètres de distance focale, il faut la placer à 113 millimètres de la cornée, pour que les objets vus à travers ce système fournissent à l'emmétrope et à l'amétrope axile des images rétiniennes d'égale grandeur. L'optomètre de M. Sous satisfait à cette condition ; seulement la lentille semble être un peu trop forte pour donner des résultats très exacts (12). MM. Badal et Burchardt font coïncider le foyer de la lentille avec le centre de réfraction (point nodal K) de l'œil. Jls obtiennent ainsi l'égalité de l'angle sous lequel appa-
(1) Coccius, Der Augenspiegel, Leipzig, 1851, p. 148 et 182.
(2) De Hasner, Prager Vierteljahrschrift, 1851, vol. XXXII, p. 166.
(3) Smee, The eye in healtli and disease, 1854, p. 50.
(4) De Graefe, Arch. f. Ophth., Xî, I, 1863, p. 41.
(5) De Burow, Ein neues Optometer. Berlin, 1863.
(6) Donders, On the Anomalies of Accommodation and Refraction, 1864, p. 115.
(7) Laurence, Optical defects of the eye, London, 1865, p. 40.
(8) Badal, Ann.d'ocM/isfiçwe, LXXY, janv., fév., 1876, p. 1, et LXXV, mars, avril, 1876, p. 1.
(9) Burchardt, Ueber Bestimmung der Sehweite. Deutsche med. Wochenschrift, 1877, n"' 13, 21,45.
(10) Sous, Traité d'optique, 1881, 2« édition.
(11) Voy. vol. I de cet ouvrage, p. 879.
(12) Loiseau, Ann. d'oc, LXXXV, p. 26.
raissent les objets-types aux yeux emmétropes et amétropes axiles, mais il est facile de voir que le même angle détermine sur la rétine une image d'autant plus' grande que celle-ci est plus éloignée du système dioptrique, que l'œil est plus long.
L'objet AB (fig. 92) est vu par les trois yeux sous le même angle AKB. Les images rétiniennes sont de grandeur inégale. L'œil le plus long, qui reçoit la plus grande image, se trouve donc dans des conditions plus favorables que les yeux les plus courts, et on ne saurait déterminer ainsi l'acuité visuelle, qui exige l'égalité des images rétiniennes.
Voici la description de l'optomètre de M. Badal. « Il se compose d'un tube cylindrique en cuivre de 30 de longueur environ, dont le pied est pourvu d'une hausse destinée à mettre l'œilleton exactement à la hauteur de l'œil. Le tube est uni à son support par une articulation permettant de donner à l'instrument toutes les inclinaisons possibles. — Une lentille convergente de 63™™ de foyer est placée dans le tube, à une distance de l'œilleton précisément égale à sa distance focale. En arrière de la lentille se meut, à l'aidé d'un pignon et d'une crémaillère, une plaque de verre dépoli portant : à gauche, une réduction piiotographique des nouvelles échelles métriques de Snellen ; à droite, des figures de cartes à jouer, pour les illettrés, et, entre les deux, un système de lignes parallèles pour la mesure de l'astigmatisme : le tout est vu par transparence. La pièce qui renferme la plaque d'épreuve s'enlève aussi facilement qu'un objectif de microscope, et rien n'est plus , facile que de changer la plaque. — Cette plaque peut occuper toutes les positions possibles, depuis la lentille jusqu'à l'extrémité postérieure du tube. Selon sa position, les rayons lumineux réfractés, en arrivant à l'œil, présentent tous les degrés de convergence ou de divergence qui correspondent aux différents états de réfraction statique ou dynamique que l'on peut avoir occasion d'observer. La graduation de l'instrument, tracée sur la longueur du tube, est conforme au système métrique, et part de -|- 45 pour aboutir à — 20 dioptries, en passant par zéro. » « Pour l'astigmatisme,
la graduation est faite sur la circonférence de l'ouverture postérieure du tube (1). ))
M. Badal nous écrit que, si l'on éloigne l'œil de son optomètre assez pour que le foyer antérieur de cet organe coïncide avec le foyer de la lentille, son instrument peut également servir à l'optométrie et à la détermination de l'acuité visuelle. La graduation ne change pas pour cela de signification. Mais il préfère l'emploi de l'optomètre conformément à sa description.