ASTIGMATISME RÉGULIER. — DÉTERMINATION OBJECTIVE
nient comme la réfraction de l'œil, seulement successivement dans les deux méridiens principaux. On place d'abord les barres du treillis parallèlement à l'un de ces méridiens, et on le rapproche de l'œil jusqu'à ce que l'image soit nette. La graduation de l'optomètre indique alors la réfraction du méridien qui est perpendiculaire à la direction des barres. On répète ensuite la même expérience pour l'autre méridien, c'est-à-dire avec la direction opposée des barres du treillis.
Enfin nous avons vu (p. 305) que l'observation à distance de la lueur oculaire, la piipilloscopie, peut fournir également des symptômes propres à diagnostiquer l'astigmatisme.
Pour déterminer le degré de l'astigmatisme par la pupilloscopie, on procède, successivement pour l'un et pour l'autre méridien principal, suivant la même méthode qui sert à déterminer l'amétropie de l'œil non astigmate, c'est-à-dire qu'on cherche le verre qui fait disparaître les mouvements de la lueur pupillaire dans l'un des méridiens, ensuite celui qui les suspend dans l'autre. Ou encore, l'un des méridiens étant rendu emmétrope, corrigé par un verre sphérique, on corrigerait l'autre par l'addition d'un cylindre.
On peut se demander s'il n'est pas possible d'obtenir, par la mensuration directe des surfaces réfringentes de l'œil, une déterminsLiion objective de l'astigmatisme plus exacte que celle que nous donne l'ophthalmoscope. Il faut dire, en effet, des surfaces, au pluriel, car, quand on parle d'astigmatisme, on entend toujours celui de l'œil en totalité, et nous savons qu'il peut être dû à une ou plusieurs des surfaces dioptriques. Comme il n'existe pas de signes qui indiquent à l'avance laquelle d'entre elles est le siège de cette irrégularité de réfraction, il faut donc les mesurer toutes pour obtenir l'astigmatisme total.
La cornée est si accessible à toute observation, que la mensuration de sa courbure n'offre aucune difficulté et peut être exécutée à l'aide de n'importe lequel des principes ophthalmométriques que nous avons exposés précédemment (1). Elle est devenue surtout très simple grâce à un instrument de MM. Javal et Schiôtz (2), qui indique, d'une façon rapide et élégante, non seulement le rayon de courbure, mais surtout la différence de réfraction des différents méridiens de celte première surface réfringente de l'œil.
L'instrument de MM. Javal et Schiôtz n'existant pas encore à l'époque où j'écrivis le chapitre d'ophthalmométrie dans le premier volume de cet ouvrage, je me permets donc d'en donner une courte explication ici. Il est basé sur l'ophthalmomètre de Coccius (3). L'objet dont on observe les reflets
(1) Ophthalmomélrie ; cet ouvrage, vol. I, p. 738 776.
(2) Javal et Schiôtz, Congrès internat, d'ophthalmologie. Milan, 1880. Ophthalmomètre pratique {Ann. d'oc, juillet 1881). Javal, Anii. d'oc , mai 1882, juillet 1882, janvier 1883.
(3) Vol. I, p. 766.
sur la cornée est formé par deux rectangles blancs, mobiles sur un arc périmétrique de 35*^'" de rayon, au centre duquel se trouve l'œil observé, plus exactement, son image cornéenne. Ce reflet est observé à travers une lunette, dont l'objectif en produit une image réelle et renversée dans le tube de l'instrument. Cette image est dédoublée par un prisme biréfringent de Wollaston, introduit entre les deux objectifs, et observée à travers l'oculaire, au foyer duquel elle se forme.
La force du prisme biréfringent est telle, qu'il dédouble précisément un objet de 3™", situé à l'endroit où doit se placer l'œil examiné.
L'un des rectangles blancs est découpé en forme d'escalier, dont les marches mesurent ô'""'' de largeur. L'instrument étant mis au point, il est facile de donner aux deux rectangles un écartement tel, que l'une des images de Tun se trouve en contact avec l'une des images de l'autre. En faisant tourner l'instrument autour de son axe, les deux images conservent leur position relative, quand il n'y a pas d'astigmatisme. Elles s'écartent ou se superposent, si la courbure de la cornée varie d'un méridien à l'autre. Chaque marche de l'escalier dont l'une des images empiète sur l'autre, lorsque la position de l'arc change de 90°, correspond à 1 D de différence de réfraction entre les deux méridiens de la cornée, une fraction de marche à une fraction équivalente de dioptrie. Suivant l'inclinaison qu'on donne à l'instrument, il devient ainsi facile de déterminer la réfraction dans tout méridien voulu de la cornée et, par suite, son astigmatisme.
MM. de Wecker et Masselon (i) proposent de déterminer l'astigmatisme cornéen à l'aide d'un instrument qui consiste essentiellement en une plaque carrée de métal ou de carton noirci. Elle est bordée d'un liséré de 15""" de largeur, et percée "d'un trou au centre. Le carré est tenu par un manche, sur lequel il peut exécuter un mouvement de rotation. Ce dernier s'inscrit sur un cadran placé au dos de l'instrument. Une cornée normale réfléchit le carré comme tel, tandis que, lorsqu'elle est le siège d'un astigmatisme régulier, le carré réfléchi paraîtra comme un rectangle, c'est-à-dire diminué dans le diamètre parallèle au méridien de la plus forte courbure. Pour déterminer l'astigmatisme cornéen régulier, on place le malade le dos tourné contre la lumière, et on lui dit de fixer le trou central de l'instrument. Ce dernier est tenu verticalement, et à une distance de 20<^'" environ de l'œil observé. L'examinateur, qui regarde également à travers l'ouverture centrale, donne alors au carré, en le faisant tourner autour de son centre, une direction telle, que les angles de son image soient droits — autant que possible. La mensuration se faisant dans la ligne visuelle et non au sommet de la cornée, la forme du carré peut paraître irrégulière même sans astigmatisme à cause de l'angle gamma (voy. p. 110). L'inclinaison du carré sur le manche indique l'un des méridiens principaux L'autre lui est perpendiculaire. Le degré de l'astigmatisme, c'est-à-dire la différence de réfraction entre les
(1) De Wecker et Masselon, Astigmomètre (Ann. d'oc, juillet 1882).