‹ Traité complet d'ophthalmologieChapitre 87 sur 327 · ASTIGMATISME RÉGULIER. — DÉTERMINATION OBJECTIVE · texte numérisé non relu

ASTIGMATISME RÉGULIER. — DÉTERMINATION OBJECTIVE

deux méridiens, est indiqué par l'aplatissement plus ou moins prononcé du carré réfléchi. Les auteurs l'apprécient à l'aide d'une petite échelle, jointe à l'instrument. Elle contient un carré dessiné sur fond noir et dix rectangles, dont les numéros de 1 à 10 correspondent à autant de dioptries d'astigmatisme. Cette échelle est tenue au voisinage de l'œil, et destinée à montrer, par comparaison, le degré de l'astigmatisme cornéen.

Il est infiniment plus difficile d'établir la part que prend le cristallin à l'astigmatisme. Déjà la détermination de sa forme se heurte à divers obstacles. La lumière dont les reflets nous renseignent sur la courbure de ses surfaces doit pénétrer dans l'œil observé jusqu'à une certaine profondeur, et ces reflets nous parviennent, par suite, très atténués.

Ainsi celui de la face antérieure du cristallin (fig. 63 et 65) est bien moins intense que celui de la cornée, parce que la lumière qui en est la source a traversé deux fois la cornée et l'humeur aqueuse. Celui delà face postérieure du cristallin est tellement afl'aibli par les milieux situés en avant, qu'il faut employer, pour s'en servir utilement, de la lumière solaire ou électrique.

De plus, une fois ces reflets cristalliniens obtenus et mesurés, on ne peut pas les comparer simplement avec l'objet qui les a fournis, pour en tirer des conclusions directes sur la courbure de la surface, comme c'est le cas pour la cornée. Il faut encore tenir compte de l'action dioptrique exercée sur ces images par les milieux qui les séparent de notre œil. La première est grossie par le ménisque que forment la cornée et l'humeur aqueuse ; la seconde subit à la fois l'influence de ce ménisque et celle du cristallin «lui-même, à travers lesquels nous la regardons. Mais, avant de connaître leur action optique, il faut savoir leur forme, leurs dimensions, leur indice de réfraction. A l'aide de toutes ces données, on aura à calculer la grandeur réelle de l'image réfléchie, laquelle peut alors seulement être comparée à son objet, et servir ainsi à la connaissance de la surface en question (1).

On voit quelles complications présente la détermination de la courbure crislallinienne, et on s'explique pourquoi tant d'observateurs ont mesuré la cornée, et si peu le cristallin.

Enfin, pour avoir épuisé toute l'étiologie possible de l'astigmatisme, il faudrait encore déterminer la position du cristallin, pour savoir s'il est bien centré, ou si, par son inclinaison sur l'axe de l'œil, il n'exerce pas une action optique plus forte dans un sens que dans l'autre. Cette détermination ne serait pas moins compliquée que celle de la courbure cristallinienne.

Ainsi, aussitôt qu'on veut dépasser la cornée, la recherche de l'astigmatisme par la mensuration directe des diff'érentes parties de l'appareil dioptrique rencontre des difficultés incompatibles avec les nécessités de la pratique ordinaire.

On pourrait croire qu'étant connus l'astigmatisme de la cornée, d'une

(1) Voy. vol. I, p. 756-761.

part, et l'astigmatisme lotal de l'autre, celui du cristallin peut être obtenu en soustrayant le premier du dernier. Mais il est facile de comprendre qu'il n'en est pas ainsi. L'astigmatisme du cristallin n'augmente ou diminue directement celui produit par la cornée qu'à la condition que les mériiliens prilicipaux des deux aient la même direction. Dans tout autre cas, l'astigmatisme cristallinien ne s'obtient pas si facilement.

Il faudrait, ou corriger l'astigmatisme cornéen et procéder à un second examen diopirique de l'œil, qui nous révélera alors l'astigmatisme cristallinien, ou, après avoir déterminé la courbure cornéenne, de même que la réfraction de l'œil, successivement dans plusieurs méridiens (Donders l'a fait dans douze directions différentes) en déduire l'action du cristallin à l'aide de calculs assez compliqués (1).

On pourrait aussi supprimer l'action réfringente de la cornée à l'aide d'un orthoscope (2). C'est une pelite cuve en verre, ayant la forme d'une œillère, ou encore ouverte en haut et sur un de ses côtés. Ce dernier est appliqué contre l'œil, et la cuve remplie d'eau, qui a le même indice de réfraction que la cornée et l'humeur aiiueuse. La surface de ce petit bassin opposée à l'œil devient alors la première surface réfringente, et, comme elle est plane, elle n'altère pas la marche des rayons lumineux, qui sont réfractés seulement par le cristallin.

A l'exception de la première, aucune des méthodes mentionnées ne saurait être applicable en pratique à la détermination de l'astigmatisme cristallinien.

Mais, dans la très grande majorité des cas, il sufht heureusement de connaître l'astigraatisfne total de l'œil, sans avoir besoin de se préoccuper quelle est la part qui en revient à la cornée et pour combien y contribue le cristallin.

Il y a cependant des circonstances où l'astigmatisme du cristallin mérite une attention particulière. Nous savons que cette lentille peut participera l'astigmatisme d'abord d'une façon passive, par sa forme anatomique (astigmatisme statique du cristallin), en second lien, d'une façon active, par la contraction inégale du muscle ciliaire (astigmatisme dynamique du cristallin). Ce spasme musculaire peut quelquefois donner lieu à des phénomènes d'aslhénopie, et ceux-ci disparaissent aussitôt qu'on remplace, par un verre cylindrique, l'action que le cristallin ne peut produire qu'au prix d'un effort pathologique du muscle ciliaire. C'est donc la part active que prend cet organe à la formation ou à la correction de l'astigmatisme qu'il importe de connaître. On ne saui'ait y arriver autrement que par l'exclusion de l'accommodation, soit par l'examen ophlhalmoscopiijue, soit plutôt par l'emploi des mydriatiques.

Après avoir déterminé l'astigmatisme général de l'œil à l'aide d'une des méthodes mentionnées, on paralysera l'accommodation en instillant de l'a-

(1) Voy. la méttiode de calcul due à Hueck et Buys-Ballot dans Donders, Anomalies, p. 496, éd. angl., p. 419, éd. allem.

(2) Voy. cet ouvrage, vol. I, p. 884.

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tropiiie, par exemple, et on le déterminera de nouveau. Il peut se manifester ainsi sur un œil un astigmatisme qui ne semblait pas exister auparavant, ou bien un astigmatisme préexistant peut augmenter ou diminuer, ou les méridiens principaux peuvent changer de direction. Toutes ces modifications dans la réfraction de l'œil sont évidemment attribuables au changement de forme, à l'astigmatisme dynamique du cristallin.

Lorsque l'œil est dépourvu du cristallin, dans Vaphakie, ou lorsque le cristallin, luvé, se trouve hors du champ pupillaire, la cornée reste la seule surface réfringente de l'œil. Dans ce cas des kérato mètres, comme par exemple l'appareil de MM. Javal et Schiôtz, peuvent parfaitement servir à la détermination objective de l'astigmatisme de l'œil.

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