‹ Traité complet de chimie analytiqueChapitre 70 sur 102 · XLV. — VANADIUM, Y · texte numérisé non relu

XLV. — VANADIUM, Y

Le vanadium à l'état métallique a beaucoup de ressemblance avec le molybdène; cependant on le commit à peine à l'état pur, puisque le métal que l'on considérait comme tel , était du nitrure de vanadium que l'on peut transformer en vanadium métallique pur en le chauffant jusqu'au rnu«;e blanc Uhrlaub .

Le nitrure de vanadium, obtenu en soumettant à l'action de la chaleur la combinaison du chlorure de vanadium et de l'ammoniaque, est d'une couleur blanc d'argent qui n'est pas bien net , d'un éclat prononcé, mai** qui n'est pas uniforme ; il est très peu extensible et peut très facilement être transformé en une poudre gris d'acier. Il ne s'oxyde ni par l'action de l'air ni par l'action de l'eau ; mais lorsqu'on le conserve, il devient peu à ]>eu inoins brillant et prend une pointe de rougeâtre. 11 s'enflamme à l'air avant la température rouge et brûle avec énergie en se transformant en un oxyde noir, infusible. Il n'est attaqué ni par l'acide sulfurique, ni par l'acide chlorhydrique, ni par l'acide lluorhydrique, même concentrés et bouillants; mais il se- dissout dans l'acide nitrique et dans l'eau régale; la dissolution est d'un beau bleu foncé. Il n'est pas dissous même à l'aide de I ebullition par une dissolution d'hydrate de potasse. Il ne subit aucune modification, lorsqu'on le chauffe jusqu'au rouge avec les hydrates des. oxydes alcalins à l'abri du contact de l'air. Il ne décompose pas même au rouge les carbonates alcalins (Berzelius).

Protoxyde de va. va mi m , VU.

l,e protoxyde de vanadium que l'on obtient par la réduction de l'acide vanadique au moyen du gaz hydrogène à une température rouge, est noir pt possède un éclat semi-métallique. Il est infusible : il s'enflamme lorsqu'on le chauffe au contact de l'air, brûle comme de l'amadou et se transforme en oxyde noir. Exposé à l'air, il commence à s'oxyder au bout de quelque temps sans changer d'aspect; moins la température à laquelle il s'est produit, est élevée, plus cette oxydation est rapide. Si on le met alors dans l'eau, il prend, aussi bien que l'oxyde, une belle couleur verte. Le protoxyde de vanadium n'est dissous ni par les acides ni par les oxydes alcalins; si cependant on laisse le tout pendant un peu de temps en contact, il se produit des combinaisons d'oxyde de vanadium avec l'acide ou avec

l'oxyde alcalin ; c'est ce qui fait que L'eau se colore. Les acides ne dissolvent pas le protoxyde même à L'aide de l'ébullition ; il faut cependant en excepter l'acide nitrique qui le dissout en produisant un dégagement de bioxyde de nitrogène; la dissolution est de couleur bleue. Le chlore gazeux transforme le protoxyde de vanadium en chlorure de vanadium et en acide vanadique (Uerzelius ,.

HlOXYL.E I»E YAXADIIM, A CI DE YANAOEIX, YO*.

Préparé par voie sèche, l'oxyde de vanadium est noir, analogue aux oxydes terreux; il n'est pas fusible à une température que peut supporter le verre. — L'hydrate d oxyde de vanadium se présente sous l'aspect d'une masse gris-blanchàtre, légère, qui se dépose difficilement dans l'eau. Si, ru le desséchant, on a évité le contact de l'air, il conserve après la dessiccation sa couleur gris-blanchâtre; si cependant on n'a pas observé cette précaution, l'hydrate s'oxyde rapidement au contact de l'air; il devient d'abord brun, puis vert, et enfin noir lorsqu'il est sec. Ces transformations ont également lieu lorsqu'on conserve l'oxyde sec dans des vases qui contiennent de l'air. L'hydrate de bioxyde de vanadium, obtenu par la précipitalion de la dissolution de ses combinaisons salines au moyen d'une dissolution de carbonate de soude, contient toujours un peu d'acide carbonique, mais seulement des traces qui ne paraissent pas lui être essentielles. Il e>t insoluble dans l'eau; mais si on le laisse longtemps en contact avec l'eau, elle se colore peu à peu en vert, tandis que l'oxyde passe à un degré d'oxydation plus élevé.

Le bioxyde de vanadium se combine aussi bien avec les acides qu'avales bases. L'oxyde de vanadium forme avec les acides des sels de vanadium. L'hydrate de bioxyde de vanadium se dissout dans les acides plus facilement que le bioxyde de vanadium calciné qui ne se dissout que lentement, mais cependant complètement. Ki le bioxyde calciné contient un peu de Vanadate d'oxyde de vanadium, il se dissout dans l'acide chlorhydrique avec dégagement de chlore.

La dissolution aqueuse des sels de vanadium est d'un beau bleu, mai" elle n'est pas très foncée ; elle présente plutôt le ton des demi-teintes. U dissolution du chlorure de vanadium qui correspond au bioxyde, est bleue ; quelquefois aussi elle est brune. Les dissolutions de la plupart des sels de vanadium deviennent vertes lorsqu'on les expose k l'air. Elles ont une saveur douce, astringente, complètement semblable à celles des dissolutions de? sels de protoxyde de fer.

Les dissolutions des oxydes alcalins hydratés et carbonates produisent, daihles dissolutions des sels de vanadium , un précipité gris-blanchatre d'hjdrate de bioxyde de vanadium qui se dissout dans un excès de l'oxyde alcalin ; la dissolution a une couleur brune; lorsqu'on a employé les carbonates alcalins, elle contient du vanadite et du bicarbonate alcalins. Si l'on emploie un excès encore plus grand d'oxyde alcalin, il se forme un prëri*

YANADIIM. *51 pi té brunâtre de vanadite alcalin qui se dissout bien dans IVau pure, mais qui est peu soluble dans une dissolution alcaline.

Les dissolutions des bicarbonates alcalins produisent également, dans les dissolutions du bioxyde de vanadium, un précipité gris d'hydrate d'oxyde de vanadium qui est soluble dans un excès d'oxyde alcalin. La couleur de la dissolution est bleu pâle.

L'ammoniaque en excès produit également un précipité brun qui forme avec l'eau pure une dissolution brune qui est complètement insoluble dans l'eau qui contient de l'ammoniaque; c'est ce qui explique pourquoi la liqueur qui surnage le précipité, est incolore.

I ne dissolution de ferrocyanure de potassium donne, avec les dissolutions des sels de bioxyde de vanadium, un précipité jaune de ferrocyanure de vanadium qui est insoluble dans les acides et qui devient vert au contact de l'air.

Une dissolution de ferrocyanide de potassium forme, dans les dissolutions des sels de vanadium, une masse verte, gélatineuse, de ferrocyanide de vanadium.

Le sulfure d'ammonium produit , dans les dissolutions des sels neutres du bioxyde de vanadium, un précipité brun-noirâtre de sulfure de vanadium qui est soluble dans un excès du précipitant ; la dissolution a une couleur pourpre foncé tout à fait semblable à celle de rhypermanganatc de potasse. Les acides étendus forment dans cette dissolution un précipité de sulfure de vanadium.

La dissolution d'hydrogène sulfuré ne produit de précipite ni dans le* dissolutions neutres ni dans les dissolutions acides d'oxvde de vanadium.

L'infusion de noix de galles fait prendre, aux dissolutions des sels de vanadium, une couleur bleue si foncée, qu'elles paraissent comme de l'encre. Hi on laisse reposer la liqueur, il se réunit un précipité noir, volumineux, de tannate de vanadium, et la liqueur est transparente , un peu bleuâtre.

Le vanadium ne peut être réduit par le zinc, ni dans ses dissolutions acides, ni dans les dissolutions alcalines.

Les sels de vanadium sont généralement bleu-foncé à l'état solide, quelques-uns cependant sont bleu-clair, d'autres verdAtres. Les sels anhydres >ont ordinairement bruns, quelquefois verts ; mais les sels anhydres bruns, aussi bien que les sels anhydres verts, forment, en se dissolvant dans l'eau, «les liqueurs colorées en bleu. Les sels basiques de vanadium sont bruns.

Les vanadites dans lesquels l'oxyde de vanadium est l'acide, sont bruns. Il n'y a que ceux qui ont pour base un oxyde alcalin, qui sont solubles dans l'eau. Les vanadites à l'état humide s'oxydent. Les vanadites terreux et métalliques sont insolubles et se précipitent sous la forme d'une poudre brune. Si on les lave sur un filtre, ils deviennent verts. — Les dissolutions des vanadites alcalins prennent, par l'action de la dissolution d'hydrogène sulfuré, une belle couleur rouge pourpre, analogue à celle des hypennanganates; cette coloration provient de la formation d'un sulfosel. Les disso-

333 ANALYSE y l ALITA IYE.

lutiuns des vauadites deviennent d'un beau bleu par l'action des acide?, libres et se transforment en sels doubles qui ont pour bases l'oxyde alcalin et l'oxyde de vanadium. Les dissolutions deviennent bleu-noir par l'actiou de l'infusion de noix de galles, comme les sels de vanadium (Berzelius).

La manière dont l'oxyde de vanadium se comporte au chalumeau est tout à fait semblable à celle de l'acide vanadique, dont il sera question plus loin.

On verra plus loin, à IAcide vanadique, la manière dont on distingue les combinaisons d'oxyde de vanadium des autres substances.

Certains acides organiques, notamment les acides organiques non volatils, modifient essentiellement la manière dont le bioxyde de vanadium se comporte avec les réactifs. Si la dissolution d'un sel de vanadium contient de l'acide tartrique, le bioxyde de vanadium n'est pas précipité par un excès d'ammoniaque; il se dissout, au contraire. La dissolution a une couleur pourpre caractéristique, qui a une pointe de bleu. La couleur de la dissolution disparaît rapidement au contact de l'air, on même temps qu'il se forme du vanadate d'ammoniaque.

Acide vaxaihoae, V()3 (?) très probablement V20\

Lorsque l'acide vanadique a été préparé par l'action de la chaleur sur le vanadate d'ammoniaque au contact de l'air, il se présente sous la forait' d'une poudre qui, suivant son degré de division, est rouge-brique ou rouge-jaune ; elle prend par le frottement une couleur rouge d'autant plu> claire, qu'elle est plus divisée. L'acide vanadique fond au rouge naissant san> se décomposer, lorsqu'on a eu soin d'éviter le contact des corps réducteurs. Par le refroidissement, il s'épaissit en une masse qui est formée d'un agrégat de cristaux isolés. Pendant cette cristallisation, il se dégage assez de chaleur pour que la masse qui avait cessé d'être à la température rouge, soit portée de nouveau à cette température. L'acide vanadique est très brillant; il a une couleur rouge avec des reflets orangés et il est jaun»transparent sur les arêtes minces. Si l'on fait fondre l'acide avant qu'il soit complètement oxydé, de manière qu'il contienne encore de l'oxyde do vanadium, il ne cristallise pas de la manière indiquée; mais au moment où la masse s'épaissit, il se forme des excroissances qui ressemblent à des choux-fleurs et, après le refroidissement, la masse est noire. L'acide vanadique se comporte de la même manière lorsqu'il contient des oxydes métalliques. Si l'acide vanadique contient une très petite quantité d'oxyde de vanadium, cela n'empêche pas la cristallisation d'avoir lieu; seulement la couleur de la masse épaissie est alors plus foncée et a des reflets violets.

L'acide vanadique n'est pas volatil. Il peut supporter même la température du rouge blanc sans perdre d'oxygène, lorsqu'il n'est pas mélangé avec des corps réducteurs. 11 se dissout très difficilement dans l'eau et par suite

VANADIUM. 353 la dissolution n'a pas do saveur; cependant l'acide rougit très fortement le papier de tournesol humide lorsqu'on le place sur ce papier. Mêlé avec l'eau à l'état pulvérulent, il forme un liquide laiteux, jaunâtre, qui ne s'êclaircit que très lentement et seulement au bout de quelques jours, comme cela arrive pour l'alumine. L'acide vanadique ainsi divisé possède après la dessiccation une belle couleur jaune tout à fait semblable à celle (Je l'hydrate de sesquioxyde de fer formé par l'action de l'eau sur le fer métallique. La liqueur jaune laiteuse possède une couleur jaune pure; elle est insipide, rougit le papier de tournesol, et lorsqu'on la soumet à la dessiccation , elle n'abandonne pas tout à fait un millième de son poids d'acide vanadique.

L'acide vanadique est insoluble dans l'alcool pur; il se dissout à un faible degré dans l'alcool hydraté. Par la voie humide, il peut être facilement réduit à l'état d'oxyde de vanadium, surtout lorsqu'il est combiné avec un autre acide. L'acide nitreux même s'oxyde à ses dépens; si on mêle de l'acide nitrique rouge fumant à une dissolution d'acide vanadique, la liqueur devient rapidement bleue. L'acide vanadique est en outre réduit à l'état d'oxyde par un très grand nombre de métaux, par l'acide sulfureux, l'acide phosphoreux, l'acide oxalique et la plupart des oxysels métalliques, etc.

L'acide vanadique a une grande analogie avec l'acide molybdique et l'acide tungstique, sous ce rapport qu'il joue le rôle de base avec les acides forts et qu'il se comporte avec les bases comme un acide fort.

Les dissolutions de l'acide vanadique dans les acides sont rouges ou jaunecitron ; mais elles sont quelquefois aussi incolores. Leur saveur est fortement astringente, comme celle des combinaisons de sesquioxyde de fer, et ensuite acidulé. Si les acides sont exactement saturés d'acide vanadique, les dissolutions se troublent par l'ébullition et l'évaporation et déposent des précipités brun-rouge qui sont des sels basiques. Les dissolutions de ces combinaisons salines se décolorent souvent complètement lorsqu'on les chauffe. Exposées pendant longtemps à l'air, ces dissolutions deviennent souvent vertes peu à peu , ce que l'on doit attribuer à l'action réductrice de la poussière contenue dans l'air. Beaucoup de substances désoxydantea, notamment l'hydrogène sulfuré, certaines substances organiques, etc., font passer ces dissolutions au bleu.

L'aride cklorhydrique dissout l'acide vanadique et donne une dissolution de couleur rouge-orangé ; peu à peu la dissolution dégage du chlore; elle devient wrte au bout de quelque temps et dissout l'or et le platine. Si, pour dissoudre l'acide vanadique , on a employé une chaleur modérée et l'acide ehlorhydrique concentré, le dégagement de chlore est plus abondant ; la dissolution est alors d'une belle couleur bleue et contient du chlorure de vanadium qui donne cependant souvent aussi une dissolution brun-noiratre. — Le perchlorure liquide et volatil, correspondant à l'acide vanadique, possède une couleur jaune claire et s'obtient lorsqu'on fait passer du chlore gazeux sur un mélange de charbon et de protoxyde 1. 23

de vanadium porte au rouge. Il se dissout dans l'eau et donne une liqueur faiblement jaunâtre ; mais , au bout de quelques jours , il se dégage du chlore et la dissolution devient d'abord verte et ensuite bleue. La chaleur accélère cette réduction.

L'acide nitrique dissout l'acide vanadique ; mais la dissolution conserve avec le temps une couleur verte.

Luc dissolution de ferrocyamtre de potassium produit dans les dissolutions de l'acide vanadique dans les acides un précipité vert, floconneux, qui n'est pas soluble dans les acides.

Le sulfure d'ammonium colore les dissolutions d'acide vanadique en une couleur brune. Si ou rend la dissolution acide au moyen d'un autre acide, et si on ajoute à la liqueur brune de l'acide chlorhydrique ou de l'acide sulfurique étendu, on obtient un précipité brun de sulfure de vanadium qui est plus clair que celui formé par les sels d'oxyde de vanadium dans les mêmes circonstances. En même temps que ce précipité se forme, la liqueur acide devient ordinairement bleue. Le précipité brun est soluble dans un excès de sulfure d'ammonium et dans les dissolutions des oxydes alcalins purs et carbonates.

M hydrogène sulfure gazeux produit, dans les dissolutions d'acide vanadique, un précipité gris-brunâtre qui est un mélange mécanique de soufre et d hydrate d'oxyde de vanadium et qui n'est pas formé de sulfure de vanadium. Dans les dissolutions rendues acides, il ne se produit pas de précipité d'oxyde de vanadium par l'action de l'hydrogène sulfuré.

L'infusion de noix de galles donne, au bout de quelque temps, dans les dissolutions neutres de l'acide vanadique dans les acides un précipité bleunoir.

Les sels que l'acide vanadique forme avec les bases, peuvent supporter une température rouge sans perdre d'oxygène. Ils sont presque tous solubles dans l'eau; quelques-uns cependant y sont très peu solubles, mais ils ne sont pas complètement insolubles; de ce nombre sont les combinaisons de l'acide vanadique avec la baryte et l'oxyde de plomb. Ces sels sont solubles dans l'acide nitrique; si on ajoute de l'acide sulfurique à la dissolution acide, les bases se séparent à l'état de sulfates. La décomposition est incomplète, mais elle est suflisanto pour pouvoir reconnaître la présence de l'acide vanadique dans la liqueur filtrée. — Les combinaisons de l'acide vanadique avec les oxydes alcalins sont peu solubles, surtout lorsque l'eau est alcaline ou bien lorsqu'elle contient quelque combinaison saline en dissolution. Le vanadate d'ammoniaque par exemple est insoluble dans une dissolution de chlorure d'ammonium. Cette réaction du vanadate d'ammoniaque mérite d'être signalée particulièrement, en ce qu'elle permet de précipiter l'acide vanadique dans les analyses qualitatifs, aussi bien que dans les analyses quantitatives, et de le séparer des acides qui lui ressemblent, l'nc dissolution de chlorure d'ammonium précipite le vanadate d'ammoniaque sous la forme d'une poudre blanche dans une dissolution neutre de vauadatc d'ammoniaque ou dans une dis-

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solution de sel neutre de potasse ou de soude ; mais seulement lorsque la liqueur a été complètement saturée de chlorure d'ammonium, tout le vanadate d'ammoniaque est précipité.— Les vanadates sont pour la plupart insolubles dans l'alcool.

On peut obtenir avec la même base des vanadates de différentes couleurs et de différents degrés de saturation. Les vanadates avec excès d'acide sont presque toujours de couleur rouge-orangé, quelques-uns seulement sont jaunes, ce qui dépend ordinairement de la dimension des cristaux, puisque les plus gros sont ordinairement rouges. Parmi les vanadates neutres, il y en a de différentes couleurs; quelquefois ils sont incolores, quelquefois ils sont fortement colorés en jaune. Cette dernière couleur paraît être la couleur particulière de presque toutes ces combinaisons salines; presque toutes les bases donnent avec l'acide vanadique des sels d'un jaune plus ou moins pur. Du reste, différentes bases énergiques, comme tous les oxydes alcalins et alcalino-terreux , les oxydes de zinc, de cadmium, de plomb et jusqu'à un certain point l'oxyde d'argent, donnent également des vanadates incolores sans qu'on puisse observer de variation dans la neutralité du sel. Ordinairement le sel jaune passe à l'état de sel incolore lorsqu'on le chauffe à une température qui n'atteint pas le point d'ébullition de l'eau; il perd rapidement sa couleur et devient incolore, qu'il soit en dissolution ou qu'il soit dans une liqueur dans laquelle on puisse le faire chauffer. Les sels qui peuvent devenir incolores, perdent également leur couleur sans qu'on ait besoin d'employer la chaleur, lorsqu'on les abandonne à eux-mêmes pendant un temps suffisant, surtout lorsqu'ils sont en présence d'un excès de base, ce qui est nécessaire en particulier pour les sels jaunes des oxydes alcalins, lorsqu'on veut qu'ils deviennent incolores; cependant cet excès d'oxyde alcalin ne se combine pas avec le vanadate, et les carbonates alcalins peuvent être employés dans ce cas aussi bien que les oxydes alcalins purs. Si par suite on fait chauffer jusqu'à l'ébullition les dissolutions jaunes des vanadates alcalins acides, leur couleur ne se modifie pas. Les dissolutions neutres des vanadates alcalins qui ont la même couleur jaune très prononcée, deviennent complètement incolores par l'action de la chaleur et ne cessent pas d'être incolores, même par un contact prolongé.

La dissolution blanche du vanadate neutre de* potasse donne, avec le chlorure de baryumy un précipité blanc, volumineux. La dissolution jaune, au contraire, produit un précipité blanc-jaunâtre qui n'est pas volumineux. Il devient, à la température ordinaire et avec le temps, aussi blanc que le précipité produit par une dissolution blanche du vanadate de potasse; mais il ne devient jamais volumineux. — Une dissolution jaune du vanadate acide de potasse donne, avec le chlorure de baryum, un précipité blanc-jaunàtre qui ne devient blanc ni par un contact prolongé ni par l'action de la chaleur.

Une dissolution de nitrate d'argent donne, aussi bien avec la dissolution blanche qu'avec la dissolution jaune de vanadate de potasse, un précipité

jaune qui t\st soluble dans l'acide nitrique ; la dissolution a une couleur faiblement jaunâtre. Le précipité reparait parla saturation avec l'ammoniaque; il se redissout lorsqu'on ajoute une plus grande quantité d'ammoniaque : cette dissolution a également une couleur faiblement jaunâtre; par l'action de la chaleur, la couleur du précipité ne se modifie pas.— Une dissolution de vanadate acide de potasse se comporte de même à l'égard d une dissolution de nitrate, d'argent.

Une dissolution de nitrate de protoxyde de mercure forme, dans les deux dissolutions, un précipité jaune-rougeàtre dont la couleur n'est pas modifiée par l'action de la chaleur. Le vanadate acide de potasse donne aussi un précipité semblable. — Le précipité est soluble dans l'acide nitrique; la dissolution a une couleur jaunâtre.

Le sulfate de cuivre produit, dans la dissolution des vanadates neutres et acides de potasse, un précipité jaune-verdâtre qui donne avec l'ammoniaque une dissolution bleue qui cependant est trouble et dont il se sépare par le temps un précipité jaune.

Vacétate de plomb produit, dans les dissolutions blanche et jaune du sel neutre de potasse, un précipité jaune-blanchâtre qui devient complètement blanc par le temps, même à la température ordinaire. — Une dissolution de nitrate de plomb produit un précipité jaune-blanchâtre qui ne devient pas tout à fait blanc, même par le temps et par l'action de la chaleur.

Les vanadates n'ont pas de saveur particulière, venant de l'acide. Lorsqu'on les mêle avec un acide, ils deviennent jaunes ou rouges; niais cette couleur disparait souvent au bout de quelque temps, lorsque l'acide ajouté est un acide des plus énergiques et lorsqu'il y en a un excès.

Les dissolutions des vanadates alcalins, surtout celles des vanadates acides, produisent avec l'infusion de noix de galles une liqueur d'un noir tout à fait foncé, qui ressemble tout à fait au tannate de sesquioxyde de fer, en sorte qu'elle peut être, aussi bien que ce produit, utilisée comme encre. Les plus petites quantités d'acide vanadique peuvent être découvertes de cette manière. Il ne se produit pas de précipité dans la liqueur même par le temps. Les acides et aussi l'eau de chlore modifient la couleur noire et la font passer au vert-brunâtre; par suite de leur action, la liqueur se décolore presque entièrement ou prend une couleur faiblement jaunâtre. L'acide nitrique la fait passer au brun et finalement au jaune faible ; une dissolution d'hydrate de potasse la colore en brun-verdàtre. — L'acide gallique et ïacide pyrogallique donnent, avec les dissolutions des vanadates acides une liqueur brune.

Au chalumeau , l'acide vanadique se comporte de la manière suivante ; il fond sur le charbon ; et la partie qui est en contact avec le charbon, se réduit; la portion réduite s'infiltre dans le charbon et s'y solidifie, mais la plus grande partie reste sur le charbon : elle a la couleur et l'éclat du graphite et est formée de protoxyde de vanadium. L'acide vanadique se dissout dans le borax et le sel de phosphore par l'action de la llanmie extérieure et donne une perle claire qui est incolore lorsqu'on

VANADIUM. S57 n'a ajouté qu'une petite quantité d'acide vanadique et qui est colorée en jaune lorsqu'il y en a une plus grande quantité; dans la flamme intérieure, la perle est d'un beau vert , comme une perle qui serait colorée en vert par le chrome. Si cependant la perle est très colorée, elle parait brunâtre tant qu'elle est chaude, et la belle couleur verte ne commence à paraître que par le refroidissement. La couleur bleue des sels de vanadium ne peut pas être produite dans les fondants , même lorsqu'on ajoute de l'étain. A la flamme extérieure, la perle verte de vanadium passe au jaune et peut devenir tout à fait incolore pour une petite quantité de combinaison vanadique ajoutée. Cette réaction s'opère surtout avec la perle de borax. — Avec la soude, l'acide vanadique entre en fusion et pénètre dans le charbon; mais il n'est pas réduit à l'état métallique.

Comme l'acide molybdique et l'acide tungstique , l'acide vanadique forme, avec l'oxyde de vanadium, des combinaisons qui sont solubles dans l'eau et qui sont colorées en pourpre, en vert ou en jaune orangé. Elles se forment soit par l'oxydation de l'oxyde au contact de l'air, soit par la combinaison immédiate de l'acide et de l'oxyde par voie sèche ou par voie humide.

Le vanadium a, dans ses combinaisons, la plus grande analogie avec les combinaisons correspondantes de l'uranium, du molybdène, du tungstène et surtout du chrome.

Le vanadium peut, dans ses combinaisons, être facilement confondu avec le chrome : nous indiquerons un peu plus loin les différences les plus importantes des combinaisons des deux métaux.

Le vanadium a de l'analogie avec l'urane, sous ce rapport que le premier forme un oxyde jaune et une combinaison verte de sesquioxyde et de protoxyde et que les réactions des deux oxydes au chalumeau se ressemblent. Les dissolutions du sesquioxyde jaune d'urane dans les acides qui ont une couleur jaune, sont précipitées en jaune par l'ammoniaque. Le précipité formé ne change pas de couleur par l'action de la chaleur, tandis que les dissolutions d'acide vanadique , auxquelles on ajoute un excès d'ammoniaque, deviennent incolores par l'action de la chaleur et laissent déposer en présence du chlorure d'ammonium une poudre blanche de vanadate d'ammoniaque. Les dissolutions de sesquioxyde d'urane ne sont pas précipitées par une dissolution de carbonate d'ammoniaque, lorsqu'il est en grand excès ; cependant elles sont précipitées par une ébullition prolongée, ce qui n'a pas lieu pour les dissolutions d'acide vanadique. Avec les dissolutions de ferrocyanure de potassium, les dissolutions de sesquioxyde d'uranium donnent uirprécipité rouge-brun, celles de vanadium un précipité vert.

Le vanadium a de l'analogie avec le molybdène , en ce que ces deux métaux peuvent donner des combinaisons dont les dissolutions sont bleues. Cependant les dissolutions bleues que forme le molybdène, perdent leur

couleur bleue lorsqu'on les fait bouillir avec une dissolution de potasse et deviennent incolores ; en même temps il se dépose de l'oxyde de molybdène noir-brun ; dans les dissolutions bleues d'oxyde de vanadium, au contraire, les oxydes alcalins forment un précipité gris-blanchAtre et, pour un excès d'oxyde alcalin, la liqueur qui surnage est brune.

Le tungstène peut donner aussi des dissolutions bleues; du reste, le vanadium n'a pas, sous d'autres rapports, beaucoup d'analogie avec le tungstène, et il s'en distingue suffisamment parla manière dont il se comporte au chalumeau.

Un très grand nombre de substances organiques comme l'acide tartrique, l'acide citrique, le sucre, l'alcool, etc., réduisent l'acide vanadique à l'état d'oxyde. Les dissolutions jaunes des vanadates alcalins se colorent peu à peu en bleu par l'action des acides organiques non volatils; la réaction est plus rapide par l'action de la chaleur. L'acide acétique décolore seulement la dissolution jaune, surtout par l'action de la chaleur.

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