XLVI. — CHROME, Cr
Le chrome à l'état métallique a été obtenu sous différents états allotropiques. Il est ordinairement de couleur gris-blanchAtre ; il est cassant et très peu fusible. H n'est pas modifié par l'action de Pair, même lorsqu'on le chauffe au contact de Pair. On l'obtient souvent aussi sous la forme d'une poudre noire qui s'enflamme lorsqu'on la calcine à Pair et forme un oxyde brun. Lorsqu'on traite à chaud le sesquiehlorure de chrome par le gaz hydrogène et qu'on a soin d'opérer la réaction à l'abri du contact de Pair atmosphérique, on obtient, outre le protochlorure de chrome, au fond de la boule de verre un dépôt brillant de chrome métallique que l'on obtient pur après la dissolution du protochlorure dans l'eau. Ce chrome métallique est soluble dans l'acide chlorhydrique avec dégagement d'hydrogène ; la dissolution est verte et contient du sesquiehlorure de chrome, Cr^^et non du protochlorure de chrome , CrCI* (Berzelius). Le chrome métallique pulvérulent, préparé par l'action du potassium sur le sesquiehlorure de chrome, se dissout dans l'acide chlorhydrique avec dégagement de gaz hydrogène ; il est aussi oxydé par l'acide nitrique. Le chrome métallique, obtenu par l'électrolyse d'une dissolution de protochlorure de chrome qui contient du sesquiehlorure, forme des lames entrelacées qui sont entièrement blanches et possèdent l'éclat métalliqite, mais qui sont cassantes. Le chrome métallique possède alors l'apparence du fer; mais il est plus fixe au contact de Pair humide; chauffé au contact de l'air, il brûle et se transforme en oxyde. L'acide sulfurique étendu et l'acide chlorhydrique le dissolvent avec difficulté et le transforment en protoxyde avec dégage-
mont d'hydrogène. L'acide nitrique ne 'attaque pas . même à chaud 'Bunsen — Le chrome métallique, préparé par d'autres méthodes, en réduisant l'oxyde à une température très élevée, n'est pour ainsi dire point attaqué ou n'est que très peu attaqué par l'acide nitrique et même par l'eau régale.
Le chrome décompose l'eau à une température élevée et se transforme en sesquioxyde de chrome avec dégagement d'hydrogène.
Protoxyde pe chrome, CrO.
Le protoxyde de chrome à l'état anhydre est inconnu ; on est même à peine sûr de son existence. L'hydrate que l'on ohtient en traitant la dissolution de protochlorure de chrome par une dissolution d'hydrate de potasse, est jaune ; si on le dessèche dans une atmosphère exempte d'oxygène, il est brun foncé. 8i on le mélange avec un peu de sesquioxyde, sa couleur devient sale. Il ne se dissout que lentement dans les acides concentrés lorsqu'on n'emploie pas la chaleur ; il n'est pour ainsi dire pas soluhle dans les acides étendus; si on le fait même bouillir avec l'eau régale, il la colore à peine. Si on le calcine, même dans une atmosphère exempte d'oxygène, dans une atmosphère de gaz hydrogène par exemple, il se transforme en sesquioxyde par suite de la décomposition de son eau d'hydratation. — Le protochlorure de chrome, correspondant au protoxyde, que l'on obtient en traitant le sesquichlorure par le gaz hydrogène et en ayant soin d'éviter le contact de l'air, même en très petite quantité , forme des cristaux blancs, soyeux, qui se dissolvent avec une couleur bleue dans l'eau qui ne contient pas d'air, et qui se dissolvent avec une couleur verte dans l'eau qui contient de l'air. Les dissolutions d'hydrate de potasse produisent dans la dissolution , lorsque l'air peut avoir accès ou au moins lorsqu'il n'est pas complètement exclu, un précipité brun qui est une combinaison de protoxyde et de sesquioxyde ; il se produit en même temps un dégagement d'hydrogène. Les dissolutions des sulfures alcalins produisent un précipité noir de sulfure de chrome qui ne se dissout pas dans un excès du précipitant iMoberg et Péligot). On obtient des dissolutions de sulfate de protoxyde de chrome mélangé avec du sulfate de potasse et avec du sulfate de zinc et des dissolutions de protochlorure de chrome mélangé avec du chlorure de zinc lorsqu'on fait réagir, à l'abri du contact de l'air, le zinc métallique sur une dissolution verte d'alun de chrome dans l'eau chaude ou sur du sesquichlorure vert de chrome. Il se dégage d'abord du gaz hydrogène et la couleur verte de la dissolution se transforme en une couleur bleue. Mais si on laisse le zinc pendant plusieurs mois en contact avec la liqueur bleue à l'abri du contact de l'air, il se produit un dégagement lent et continu de gaz hydrogène, et la liqueur se décolore entin complètement; tout le chrome se sépare sous la forme de sulfate basique de sesquioxyde de chrome ou sous la forme d'oxvchloride de chrome Lœwell.
Sesquioxyde de chrome, Cr**)3.
Le sesquioxyde de chrome à l'état d'hydrate est gris-verdàtrc : il est vert, lorsqu'il a été fortement desséché. 11 se dissout facilement dans les acides : lorsque la dissolution a été opérée à chaud, ou lorsque l'hydrate a été lavé avec l'eau chaude, elle prend une couleur vert-émeraude foncée même lorsqu'elle est étendue ; vue par transparence à la lumière des chandelles, la couleur de la dissolution parait violet-rougeàtre. L'acide, sulfurique concentré transforme à chaud l'hydrate de sesquioxyde de chrome en sulfate de sesquioxyde de chrome insoluble, de couleur blancrougeàtre pale. — Chauffé au contact de l'air, l'hydrate de sesquioxyde de chrome perd son eau d'hydratation et se transforme en hioxyde brun de chrome : si on porte ce dernier au rouge, il se produit un vif phénomène d'incandescence lorsqu'il commence à devenir rouge. Il se dégage de l'oxygène et le hioxyde se transforme en sesquioxyde anhydre. Calciné dans un courant de gaz hydrogène et de gaz acide carbonique, l'hydrate de sesquioxyde de chrome perd son eau d'hydratation et se transforme également en sesquioxyde de chrome anhydre en produisant un phénomène d'incandescence. Le phénomène d'incandescence se produit dans ce cas à une température plus élevée que dans l'air atmosphérique. Le gaz hydrogène ne lui fait subir aucune réduction môme à une température très élevée. La couleur de l'oxyde calciné est vert foncé : lorsqu'il a été calciné, il est insoluble dans les acides; l'acide sulfurique ne le modifie pas non plus même par l'ébullition. Traité de cette manière par l'acide sulfurique, il reste vert; lorsqu'on ajoute de l'eau, il ne se dissout qu'une petite quantité de sesquioxyde de chrome et la dissolution est légèrement colorée en vert. — La couleur des sels de chrome cristallisés, surtout celle des sels doubles qui se produisent par la combinaison des sels de chrome avec les sels qui contiennent des bases fortes (de ce nombre est l'alun de chrome), est ordinairement violet foncé, presque noire et opaque pour les gros cristaux : leur dissolution dans l'eau froide est violet-bleuAtre, rougeàtre par transparence. Si on fait bouillir la dissolution ou si même on la chauffe faiblement, elle devient vert-émeraude. — Si on abandonne pendant très longtemps à elle-même une dissolution violette de sesquioxyde de chrome préparée à froid, elle devient peu à peu vert-émeraude. — Les dissolutions violettes donnent des sels cristallisés, surtout par 1 evaporation spontanée ; les dissolutions vertes ne donnent ordinairement pas de sels cristallisés par évaporation ; mais elles forment une masse sirupeuse de couleur vert foncé qui se redissout dans l'eau en donnant une dissolution de couleur vert-émeraude. Peu à peu, par l'évaporation spontanée, la couleur de cette dissolution passe au bleu-violet et il se sépare de la dissolution un sel violet cristallisé. Si l'on chauffe aver l'acide nitrique une dissolution verte de sesquioxyde de chrome, elle devient bleue après le refroidissement. Pans la dissolution violette de
CHROME. Sfil
l'alun de chrome, on peut précipiter complètement l'acide sulfurique au moyen du chlorure de baryum à la température ordinaire ; mais, dans une dissolution verte du sel, l'acide sulfurique n'est précipité qu'incomplètement par le chlorure de baryum, ce qui est tout à fait digne de remarque Lœweli.— La saveur des dissolutions de sesquioxyde de chromo est douce.
L'acide nitrique ne détermine pas l'oxydation du sesquioxyde de chrome et ne le transforme pas en acide chromique.
La dissolution du sesquichlorure de chrome correspondant au sesquioxyde est vert-émeraude. Si on l'évaporé, elle donne une masse sirupeuse vert foncé qui, par la calcination au contact de l'air, se transforme en sesquioxyde de chrome avec dégagement de chlore. — Le sesquichlorure, obtenu par sublimation dans une atmosphère de chlore gazeux, aune belle couleur rouge fleur de pécher et un éclat micacé; il est très peu volatil. Chauffé au contact de l'air atmosphérique, il se transforme en sesquioxyde de chrome avec dégagement de chlore. Il est complètement insoluble dans l'eau, dans les acides et dans les dissolutions alcalines étendues. Il n'est pas décomposé par l'action de l'acide sulfurique concentré, même à chaud : l'acide peut être séparé , à l'aide de la distillation, du sesquichlorure de chrome non modifié. Chauffé avec les dissolutions concentrées d'hydrate de potasse et même avec celles des carbonates alcalins, il est décomposé, bien qu'avec une excessive lenteur et une excessive difficulté. Il est soluble dans une dissolution qui contient une quantité même très petite de protochlorure de chrome. — Dans une dissolution verte de sesquichlorure de chrome, on ne peut pas précipiter tout le chlore à l'état de chlorure d'argent au moyen du nitrate d'argent : on ne peut en précipiter que les deux tiers; dans la modification bleue, au contraire, on peut précipiter tout le chlore de cette manière Peligot).
Les dissolutions d'un bleu-violet des sels de sesquioxyde de chrome se comportent avec quelques réactifs d'une manière tout autre que les dissolutions vertes que l'on obtient en faisant bouillir les premières.
L ne dissolution iïhydrate de potasse, ajoutée en petite quantité, produit dans les deux dissolutions un précipité vert-clair d'hydrate de sesquioxyde de chrome qui se dissout complètement a froid dans un excès du précipitant. La couleur de cette dissolution est toujours verte. Une dissolution de chlorure d'ammonium en sépare même à froid un précipité volumineux gris-verdàtre de sesquioxyde de chrome qui parait rouge-violet h la lumière des chandelles. La liqueur qui surnage le précipité, est incolore. — Si l'on fait bouillir la dissolution du sesquioxyde de chrome dans l'excès d'hydrate de potasse, le sesquioxyde de chrome dissous se précipite complètement avec une couleur verte et la liqueur qui surnage le précipité est clair comme de l'eau. La couleur du précipité est verte môme k la lumière des chandelles. — La dissolution du sesquioxyde de chrome dans l'hydrate de potasse produit dans plusieurs dissolutions des oxydes fortement basiques dans la
potasse des précipités qui sont formés de sesquioxyde de chrome combiné avec l'oxyde basique. Les dissolutions d'oxyde de zinc et d'oxyde de plomb dans l'hydrate de potasse donnent, dans ce cas, des précipités de couleur verte, et tout le sesquioxyde de chrome est précipité à la température ordinaire par un excès de ces dissolutions, en sorte que la liqueur séparée du précipité parait tout à fait incolore.
Si l'on ajoute à une dissolution de sesquioxyde de chrome dans l'hydrate de potasse une dissolution dhypermanganate de potasse, il se forme du chromate de potasse et il se sépare de l'hydrate de sesquioxyde de manganèse illeynoso). C'est un des moyens peu nombreux que l'on possède pour oxyder le sesquioxyde de chrome par voie humide à la température ordinaire. Lorsqu'on a ajouté l'hypermanganato de potasse, on ajoute un peu de chlorure d'ammonium et on fait bouillir. 8i on avait employé un excès d hypermanganate de potasse , il est détruit par le chlorure d'ammonium , et la dissolution filtrée contient du chromate jaune de potasse sur lequel le chlorure d'ammonium n'a pas d'action. Si on a ajoute une quantité trop faible du sel, le sesquioxyde de chrome non oxydé se précipite par l'ébullition , et la dissolution filtrée ne contient également que du chromate jaune de potasse.
L'ammoniaque donne avec les deux espèces de dissolution du sesquioxyde de chrome un précipité gris-bleuâtre d'hydrate de sesquioxyde de chrome qui a une pointe de violet. A la lumière de6 chandelles, le précipité parait tout à fait violet. La liqueur qui surnage le précipité, est colorée en rougeàtre et contient encore du sesquioxyde de chrome à l'état de dissolution: elle contient d'autant plus de sesquioxyde de chrome que l'on a ajouté plus d'ammoniaque. Le sesquioxyde de chrome est complètement précipité par l'action d'une chaleur prolongée ou par l'ébullition.
Une dissolution de carbonate neutre de potasse et de soude produit, dans les dissolutions de sesquioxyde de chrome, un précipité vert clair d'hydrate de sesquioxyde de chrome qui contient cependant encore de l'acide carla»nique. Par un contact prolongé, il devient presque bleu et parait violet à la lumière des chandelles. Un excès du précipitant redissout une très grande partie du précipité, en sorte que la liqueur qui surnage le précipité est verdatre et parait plus tard bleuâtre. Le sesquioxyde précipité se dissout complètement dans un très grand excès du précipitant. Dans cette dissolution, il ne se forme pas de précipité par l'ébullition.
Une dissolution de bicarbonate de potasse produit, dans la dissolution de sesquioxyde de chrome une effervescence, et détermine un précipité vertclair qui a une composition semblable à celui que l'on obtient par l'action d'une dissolution de carbonate neutre dépotasse. Un excès du réactif peut opérer la dissolution complète : la liqueur est colorée en verdàtre. l'eu à peu il se dépose un précipité qui devient bleuâtre à la longue : la liqueur qui surnage le précipité se colore do même, mais à un degré très faible. — A la lumière des chandelles, le précipité parait violet. Une dissolution de carbonate d'ammoniaque réagit de même.
Une dissolution de phosphate de soude produit, dans la dissolution neutre de sesquioxyde dp chromo do ooulour bleue, un précipite bleu-violet qui pst lourd ot se rassemble rapidement : la liqueur qui surnage le précipite, est colorée, on violet -rougeàtre excessivement faible. — Le phosphate de soude ne produit pas d'abord de précipite dans la dissolution verte de sesquioxyde de chrome : au bout de quelque temps, il se produit un précipité vert volumineux qui parait vert même à la lumière des chandelles. — Si on a transformé une dissolution verte do sesquioxyde de chrome en une dissolution bleue en la traitant à chaud par l'acide nitrique et si on sature à peu près l'acide libre par l'ammoniaque, le phosphate de soude donne un précipité bleu-violet et se comporte comme une dissolution originairement bleue.
Si on ajoute une dissolution aqueuse d'acide sulfureux à une dissolution blrue de sesquioxyde de chrome et si on ajoute ensuite de l'ammoniaque en excès, on obtient une liqueur colorée en bleu-violet, mais il ne se forme pas do précipité. Au bout d'un temps très long, il se forme un préci pHé bleu ; mais il reste encore beaucoup de sesquioxyde de chrome en dissolution et par suite la dissolution est colorée en violet. Far l'ébullition, le précipité se forme immédiatement La dissolution d'un sulfite alcalin agit comme la dissolution d'acide sulfureux pur. — Si on ajoute do l'acide sulfureux à une dissolution verte de sesquioxyde de chrome, on obtient immédiatement au moyen de l'ammoniaque un précipité vert; mais il reste beaucoup de sesquioxyde de chrome en dissolution et la liqueur est colorée en rouge-violet.
Une dissolution iY acide oxalique ne produit pas de précipité dans les dissolutions de sesquioxyde de chrome. — En présence du sesquioxyde de chrome, on ne peut pas précipiter complètement dans une dissolution neutre la chaux au moyen de la dissolution d'un oxalate neutre.
Lue dissolution de cyanure de potassium produit un précipité grisrerd&tre qui n'est pas soluble dans un excès de; cyanure de potassium.
Le carbonate de baryte précipite entièrement, même à froid, le sesquioxyde de chrome contenu dans les deux espèces de dissolutions de sesquioxyde de chrome; mais la réaction est lente et la précipitation n'a lieu qu'au bout d'un temps assez long. Le précipité est toujours verdàtre et la liqueur qui le surnage est tout à fait incolore.
Les dissolutions de ferrocyanure de potassium, de ferrocyanide de potas- Mp et aussi V infusion de noix de galles ne produisent pas de précipité, iii^me lorsqu'on a ajouté un peu d'acide chlorhydrique aux dissolutions de sesquioxyde de chrome.
I ne dissolution de chromate de potasse colore en jaune-brun foncé une dissolution acide de sesquioxyde de chrome ; si on ajoute de l'ammoniaque il se forme un précipité jaune-brun d'hydrate de bioxyde de chrome, tandis que la liqueur qui surnage le précipité est colorée en rouge-brun. Dans une dissolution neutre de sesquioxyde de chromo, il se formo immédiatement un précipité jaune de < In oinate d'oxyde de chrome lorsqu'on ajoute une
dissolution de chromate de potasse et la liqueur qui surnage le précipité est jaune-brun.
Le sulfure d'ammonium, en réagissant sur une dissolution neutre de sesquioxydc de chrome, détermine une effervescence et un dégagement d'hydrogène sulfuré et produit un précipité verdAtro d'hydrate de sesquioxyde de chrome.
La dissolution iY hydrogène sulfuré ne produit de précipité ni dans les dissolutions acides, ni dans les dissolutions neutres de sesquioxyde de chrome.
Les sels neutres solubles de sesquioxyde de chrome rougissent le papier de tournesol. Les dissolutions des sels de sesquioxyde de chrome ne sont pas précipitées par l'ébullition, même prolongée. Les sels de sesquioxyde de chrome solubles dans l'eau sont décomposés par la calcinât ion.
Les sels de sesquioxyde de chrome insolubles dans l'eau se dissolvent pour la plupart dans les acides lorsqu'ils n'ont pas été calcinés. Les dissolutions de ces combinaisons se comportent souvent comme les dissolutions acides de sesquioxyde de chrome pur, et on peut souvent laisser échapper l'acide qui était combiné avec le sesquioxyde de chrome dans les combinaisons insolubles dans l'eau. Quelques combinaisons de sesquioxyde de chrome sont complètement insolubles dans les acides même les plus forts. A ce genre de combinaisons appartient notamment le sulfate de sesquioxyde de chrome avec excès d'acide sulfurique qui est de couleur blanr rougeatre, et que l'on obtient en traitant à chaud l'hydrate de sesquioxyde de chrome par l'acide sulfurique concentré : il en est de même du sulfate double de sesquioxyde de chrome et de potasse de couleur verte qui a été préparé par la fusion du sesquioxyde de chrome (même calciné) avee le bisulfate de potasse et par le lavage de la masse fondue avec l'eau. Ces combinaisons non-seulement sont insolubles dans l'eau, mais elles ne peuvent pas être décomposées par les dissolutions alcalines. L'ammoniaque notamment est sans action sur ces dissolutions, même après une longue digestion à chaud. Ce n'est que lorsqu'on les fait bouillir pendant longtemps et d'une manière continue avec des dissolutions d'hydrate de potasse, et lorsqu'on les fait digérer ensemble, que le sesquioxyde de chrome se transforme peu à peu et passe à la modification qui est soluble dans les acides : on obtient alors une dissolution verte.
Le meilleur moyen de décomposer ces combinaisons insolubles de sesquioxyde de chrome consiste dans la fusion avec un mélange de carbonate et de nitrate alcalins. On continue la fusion jusqu'à ce que la masse ne se boursoufle plus. Lorsqu'on a employé, pour opérer la fusion, autant de carbonate alcalin que de nitrate ou plus de carbonate que de nitrate, on peut sans inconvénient opérer dans un creuset de platine. Le sesquioxyde de chrome est alors complètement oxydé et transformé en acide chimique ; la masse fondue contient du chromate alcalin et elle est entièrement soluble dans l'eau, lorsque la combinaison insoluble du sesquioxyde de chrome ne contenait pas de matière qui puisse donner avec Yw'df
(■bromique des combinaisons insolubles. Par la fusion avec les nitrates alcalins, le sesquioxyde de chrome est transformé dans toutes ses combinaisons en acide chromique qui se combine avec l'oxyde alcalin du nitrate.
Par la voie humide, le sesquioxyde de chrome ne peut être transformé que difficilement en acide chromique. On ne peut pas réussir à opérer cette transformation au moyen des acides oxydants; mais on peut y arriver au moyen de l'oxyde puce de plomb et de l'hypermanganate de l^tasse : ce que l'on peut utiliser quelquefois pour caractériser et distinguer le sesquioxyde de chrome. Si on traite à la température ordinaire une dissolution de sesquioxyde de chrome dans l'hydrate de potasse par un excès d'oxyde puce de plomb (PbO2), il se forme au bout de très peu de temps une dissolution jaune de chromate de plomb dans l'hydrate de potasse.
Au chalumeau, on reconnaît très facilement le sesquioxyde de chrome et >es combinaisons à la belle couleur vert-émeraude qu'ils communiquent aux fondants. A la flamme seule du chalumeau, le sesquioxyde de chrome n'est pas modifié. Il se dissout très lentement dans le borax. Sur le fil de platine, dans la flamme extérieure, la perle est jaune tant qu'elle est chaude et rouge foncé lorsque la quantité de sesquioxyde de chrome ajoutée est plus grande; après le refroidissement, elle est jaune-verdâtre. Dans la flamme intérieure, la couleur de la perle est d'un beau vert. Dans le sel de phosphore, le sesquioxyde de chrome se dissout et donne une perle claire qui, lorsqu'elle est chaude, n'est pas d'un vert aussi beau et aussi pur qu'après le refroidissement. Dans la flamme intérieure, la couleur verte parait encore un peu plus foncée. Le sesquioxyde de chrome est dissous parla soude sur le fil de platine dans la flamme extérieure et donne une perle jaune-brun foncé qui devient jaune et opaque par le refroidissement. Dans la flamme intérieure, la perle est opaque et elle est verte après ^refroidissement. Sur le charbon, le sesquioxyde de chrome ne peut pas » tre réduit par la soude Berzelius) .
U plupart des combinaisons du sesquioxyde de chrome à l'état sec peuv^it,inême lorsqu'elles sont en petite quantité, être distinguées des autres substances qui leur ressemblent au moyen du chalumeau. Elles se distinguent des combinaisons du bioxyde de cuivre par la manière de se • emporter en présence des fondants à la flamme intérieure du chalumeau, surtout lorsqu'on ajoute de l'étain qui n'a aucune influence sur les fondants qui contiennent du sesquioxyde de chrome. Dans les dissolutions, "« reconnaît les sels de sesquioxyde de chrome à leur couleur verte qui •>t verte pour tous, au moins lorsqu'ils ont été soumis à l'action de la ' iialeur. Ils se distinguent des dissolutions vertes des autres substances en qu'il ne s'y produit ni précipité, ni modification, par l'action de la dis- *'lution d'hydrogène sulfuré. Le sesquioxyde de chrome a de l'analogie ut la combinaison de sesquioxyde d uraïie et de protoxyde d'urane aussi
bien dans les dissolutions que par la manière dont ils se comportent au chalumeau. Les dissolutions du protoxyde d'urane et de la combinaison des deux oxydes d'urane deviennent jaunes par l'action de l'acide nitrique et contiennent alors du sesquioxyde d'urane; elles se distinguent en outre des combinaisons du sesquioxyde de chrome par leur manière de se comporter avec l'acide oxalique , le ferrocyanure de potassium et le sulfure d'ammonium. — On indiquera plus loin, à 1' Acide chromique, comment les combinaisons du sesquioxyde de chrome se distinguent des combinaisons de l'oxyde de vanadium.
La présence des acides organiques non volatils, et notamment de l'acide tartrique , peut modifier essentiellement la manière dont les dissolutions du sesquioxyde de chrome se comportent en présence des réactifs. Si on ajoute de l'acide tartrique aux dissolutions de sesquioxyde de chrome, l'ammoniaque y forme un précipité gris-verdAtre ; mais il reste beaucoup de sesquioxyde de chrome en dissolution; les dissolutions bleues et les dissolutions vertes de sesquioxyde de chrome se comportent presque de même sous ce rapport. Mais si on chauffe le tout après avoir ajouté de l'ammoniaque, le précipite se dissout ; après le refroidissement, la dissolution reste claire. Klle a une couleur vert-émeraude. — Si, dans une dissolution de chromate neutre ou de bichromate de potasse, l'acide chromique a été réduit par l'acide tartrique à l'état de sesquioxyde de chrome la dissolution se colore en rouge- violet ; par l'action de l'ainmoniaqw, > froid, elle devient vert-émeraude sans qu'il se forme de précipité.
BtOXYDE DE CHROME , CrOa.
Le bioxyde de chrome se produit lorsqu'on chauffe fortement l'hydrate de sesquioxyde de chrome au contact de l'air, sans cependant que la température s'élève jusqu'au rouge; après avoir perdu son eau, l'hydrate d<sesquioxyde de chrome perd aussi sa couleur verte et devient brun: il passe alors à un degré d'oxydation plus élevé et se transforme en bioxvnV de chrome. Si on chauffe ce dernier jusqu'au rouge, il laisse dégager cl»* l'oxygène et se transforme en sesquioxyde vert anhydre; il se produit on même temps un phénomène d'incandescence.
Si on mélange le bioxyde de chrome avec du chlorure de sodium et si on chauffe le mélange avec de l'acide sulfurique concentré, il ne se dégage que du chlore gazeux; mais il ne se dégage pas de vapeurs rouges d'acichloride de chrome. Si on le chauffe avec de l'acide chlorhydriquc pur. il ne donne que du chlore gazeux et il s'y dissout ; la dissolution contient du sesquichlorure de chrome. Une dissolution d'hydrate de potasse ne le modifie pas et n'en sépare pas d'acide chromique par dissolution.
L'hydrate de bioxyde de chrome se forme par le mélange des dissolution* de sulfate de sesquioxyde de chrome et de bichromate de potasse auxquelles on a ajouté de l'ammoniaque. L'hydrate de bioxyde de chrome se
décompose \\nr un lavait' prolongé avec l'eau ; il se dissout do l'aride chromique et il ne reste enfin eomnie résidu que de l'hydrate do sesquioxyde de chrome. Si on fait bouillir l'hydrate de bioxyde de ehronie avec une dissolution d'hydrate de potasse, la décomposition s'opère plus facilement; il se dissout du chroinate de potasse et il reste comme résidu de i hydrate de sesquioxyde de chrome. Si on chauffe avec précaution l'hydrate de bioxyde de chrome, il perd son eau et donne du bioxyde anhydre de couleur noire qui cependant, lorsqu'il est en poudre, est brun foncé : lorsqu'on le calcine, il se transforme en sesquioxyde vert et il se produit en même temps un phénomène d'incandescence (Kriiger .
AclDB r.HHMMInCK, OO3.
L'acide chromiquo forme, à l'état pur, une poudre brun-rouge ou des cristaux rouges, lanugineux, déliés, mais ordinairement de couleur rougeecarlate. Si on le chaude, il devient noir. Si on le calcine sur une lame de platine, il se décompose en sesquioxyde de chrome et eu gaz oxygène; et, par suite de la calcination du sesquioxyde de chrome, il se produit un phénomène d'incandescence. Si on a obtenu l'acide par l'évaporation de sa dissolution aqueuse, le sesquioxyde de chrome qui se produit lorsqu'on le chauffe ne produit pas de phénomène d'incandescence. L'acide tombe en deliquium au contact de l'air et donne une liqueur brun-noirâtre : il se dissout dans une petite quantité d'eau et donne une liqueur brun-foncé qui détruit le papier et les autres substances organiques, comme le fait l'acide sulfurique concentré. Étendue d'une plus grande quantité d'eau, la dissolution est jaune ou brun -jaunâtre ; elle a une saveur acide et rougit le papier de tournesol. Après la dessiccation, ce papier parait avoir pris une teinte blanchâtre; [jour une certaine concentration, la dissolution colore le papier en jaune. Si on met la dissolution en contact avec la peau, celle-ci devient jaune. L'acide chromique se dissout bien dans l'alcool; mais cette dissolution se décompose rapidement. L'acide chromique se dissout à froid dans l'acide sulfurique concentré et donne une liqueur brun-jaune dans laquelle il se dépose des cristaux d'acide chromique. Si l'on chauffe pendant longtemps jusqu'à ce que l'acide sulfurique commence à se volatiliser, il se dégage de l'oxygène et l'acide chromique est transformé d'abord en ehromafe de sesquioxyde de chrome, puis il est réduit à l'état de sesquioxyde de chrome qui forme, avec l'acide sulfurique, du sulfate de sesquioxyde de chrome qui est en partie soluble dans l'eau avec une couleur verte et en partie insoluble. L'acide sulfurique étendu ne produit pas cette reaction.
Le perehlorurc de chrome, dont la composition est analogue à l'acide 'bromique, n'a pas pu être préparé jusqu'ici à l'état pur et anhydre, (m obtient facilement un acichloride (CrCP + 200* qui est une combinaison •le l'acide chromique avec le perehlorurc de chrome, lorsqu'on mélange les chromâtes avec le chlorure de sodium, lorsqu'on verse ensuite de l'acide
sulfurique concentré sur le mélange et lorsqu'on chauffe légèrement. Cecomposé est une liqueur rouge de sang qui dégage des vapeurs d'une couleur rouge foncée. Il se dissout dans une grande quantité d'eau; la dissolution contient de l'acide chromique et de l'acide chlorhydrique qui, pour une certaine concentration, se décomposent tous deux (voyez plus loin).
L'acide chromique forme, avec les oxydes alcalins, des sels qui sont solubles dans l'eau. Ils se produisent lorsqu'on calcine le sesquioxyde de chrome ou les combinaisons de sesquioxyde de chrome au contact de l'air avec les nitrates alcalins, avec les hydrates desoxydes alcalins ou même avec les carbonates alcalins. Dans le dernier cas, il est nécessaire d'employer une chaleur très considérable. Les combinaisons neutres que les oxydes alcalins forment avec l'acide chromique, sont jaunes; les dissolutions acides sont de couleur rouge-orangé ; les dissolutions aqueuses de ces combinaisons salines ont la même couleur que les sels qui leur correspondent. Le pouvoir colorant des chromâtes alcalins est très considérable; et de très petites quantités même de chromate alcalin peuvent colorer en jaune de grandes quantités d'eau d'une manière très nette. Si les dissolutions des chromâtes alcalins acides sont très étendues, leur couleur ne parait pas d'un rouge-orangé bien net; elles paraissent jaunes presque comme celles des chromâtes neutres. — Les dissolutions des chromâtes alcalins acides colorent en jaune le papier bleu de tournesol; après avoir été desséché, le papier parait blanchâtre. Si on ajoute un acide non désoxydant aux dissolutions jaunes des sels neutres, la liqueur se colore en rouge-oran^e et il se forme un chromate alcalin acide. Lorsqu'on ajoute de l'acide chlorhydrique, la même transformation s'opère d'abord; mais au bout de quelque temps, l'acide chromique est décomposé par l'acide chlorhydrique. Les acides faibles, comme l'acide acétique, opèrent la même transformation. Lorsque cependant la dissolution du chromate neutre alcalin est très étendue, on ne peut pas reconnaître d'une manière nette la formation du chromate alcalin acide lorsqu'on ajoute un acide : en effet, la dissolution paraît alors presque jaune. Si on ajoute à la dissolution rouge-orangé d'un chromate alcalin acide les dissolutions des hydrates des oxydes alcalins ou même des carbonates alcalins, elles se colorent de nouveau en jaune. Dans ce dernier cas, on ne peut pas observer, à la température ordinaire, une effervescence provenant du dégagement d'acide carbonique, ce qui n'a lieu qu'à chaud.
Si la dissolution d'un chromate alcalin contient un sel de sesquioxyde de chrome, la couleur n'est ni jaune pur, ni rouge-orangé. Dans ce cas, on ajoute assez d'hydrate de potasse pour que le sel de sesquioxyde de chrome précipité se redissolve : on fait alors bouillir la dissolution; le sesquioxyde de chrome est précipité, et la dissolution du chromate alcalin filtrée a une couleur jaune. — L'acide chromique forme, avec la plupart des oxydes terreux et avec plusieurs oxydes métalliques, des combinaisons qui sont peu solubles ou insolubles dans l'eau et même quelquefois dans les acides étendus. Elles ont ordinairement une couleur jaune ou rouge.
CHROME. 369 Quelques combinaisons jaunes insolubles de l'acide chromique, lorsqu'elles deviennent basiques , prennent une couleur rouge pareille à celles des chromâtes alcalins acides. C'est ce qui arrive pour le précipité de chromate de plomb dont la couleur jaune passe au rouge lorsqu'on ajoute de l'ammoniaque p. 132;. L'acide chromique ne forme pas de sels acides avec les oxydes terreux et métalliques. — Comme on se sert souvent des chromâtes alcalins pour réactifs à l'égard de plusieurs bases, les réactions de ces bases vn présence d'une dissolution de chromate de potasse ont été indiquées précédemment.
Dans une dissolution de chromate neutre de potasse, le carbonate de baryte précipite à la longue, à la température ordinaire >. une partie de l'acide chromique à l'état de chromate de baryte; mais l'autre portion du chromate de potasse reste sans se décomposer, même en présence d'un grand excès de carbonate de baryte. Dans une dissolution de bichromate de potasse, le carbonate de baryte ne précipite également qu'une partie de l'acide chromique à l'état de chromate de baryte ; une antre portion reste sans se décomposer. Mais si, dans les deux cas, on ajoute de l'acide nitrique ou de l'acide chlorhydrique très étendu à la dissolution du chromate, un excès de carbonate de baryte sépare, à la température ordinaire, tout l'acide chromique à l'état de chromate de baryte; la liqueur filtrée est alors complètement incolore et ne contient pas d'acide chromique.
Dans les chromâtes dont les bases sont peu énergiques, l'acide chromique est transformé par la calcination en sesquioxyde de chrome et il se dégage de l'oxygène. L'acide chromique en excès, contenu dans les chromâtes alcalins acides, est aussi modifié de la même manière, mais seulement lorsqu'on calcine très fortement; le sesquioxyde de chrome est alors mélangé avec le chromate alcalin neutre : en dissolvant alors le chromate neutre dans l'eau, on obtient le sesquioxyde de chrome sous forme de petites lames vertes cristallines. Les sels alcalins neutres ne sont pas modifiés par l'action de la chaleur.
Les chromâtes insolubles, surtout le chromate de baryte, ne subissent à la température ordinaire qu'une très faible décomposition par l'action des carbonates alcalins. Ces derniers se colorent en jaune, mais l'action cesse lorsqu'il s'est formé une certaine quantité de chromate alcalin. Si l'on décante la liqueur alcaline jaune, si on la sépare ainsi de la partie insoluble et si on ajoute ensuite une nouvelle quantité de dissolution de carbonate alcalin, cette dissolution se colore de nouveau en jaune : en répétant plusieurs fois l'opération, on peut arriver enfin, quoique au bout d'un temps très long, à transformer complètement le chromate de baryte en carbonate de baryte. La décomposition du chromate de baryte est bien plus rapide, lorsqu'on emploie les dissolutions bouillantes des carbonates alcalins et lorsqu'on fait bouillir le tout pendant quelque temps : il suffit alors de répéter deux fois le traitement par le carbonate alcalin pour opérer la décomposition complète du chromate de baryte. On empêche compléte- !. 20
3 70 ANALYSE 0,1 ALITAT l\ H.
ment la décomposition du ehromate de baryte d'avoir lieu lursqu on ajoute à la dissolution du carbonate alcalin une quantité suffisante de ehromate neutre alcalin. — Le carbonate de baryte est complètement transformé en ehromate de baryte à la température ordinaire par une dissolution de ehromate alcalin neutre.
L' acide sulfurique concentré ne modifie pas, même à chaud, les dissolutions concentrées des chromâtes. Mais si I on fait réagir à chaud l'acide sulfurique concentré sur les chromâtes desséchés, il se dégage de l'oxygène et il se forme du sulfate de sesquioxyde de chrome insoluble ou des combinaisons de ce composé avec d'autres bases.
l;acide nitrique ne modifie pas l'acide chromique contenu dans les chromâtes; mais si l'on ajoute de l'acide nitrique rouge fumant à la dissolution concentrée de l'acide chromique ou d'un ehromate alcalin, il se produit même à froid une réduction de l'acide chromique qui est transformé en sesquioxyde de chrome. La dissolution devient seulement brun foncé et contient alors du ehromate de sesquioxyde de chrome : enfin elle devient bleu-verdâtre. A chaud, cette modification est plus rapide. La liqueur bleu-verdâtre devient encore plus bleue lorsqu'on l'étend d'eau, et, après avoir été saturée d'ammoniaque, elle se comporte avec le phosphate de soude comme une dissolution bleue de sesquioxyde de chrome (p. 362).
Les chromâtes en dissolution sont décomposés par Y acide chlor hydrique, comme la dissolution de l'acide chromique même. Il se dégage du chlore et l'acide chromique est transformé d'abord en ehromate de sesquioxyde de chrome et enfin en sesquioxyde de chrome. Cette décomposition a lieu très lentement à froid et dans une dissolution étendue : à chaud et dans une dissolution concentrée, la réaction est plus rapide; cependant il faut attendre très longtemps pour que la décomposition soit complète. La décomposition s'opère le plus rapidement lorsqu'on fait bouillir les chromâtes desséchés et réduits en poudre avec l'acide chlorhydrique concentré jusqu'à ce qu'il ne se dégage plus de chlore. La dissolution, qui était d'abord rouge-orangé, est devenue brune, puis vert-émeraude. — - Lorsqu'on opère sur un sel alcalin jaune dont par suite la dissolution est jaune, cette dissolution se colore d'abord en rouge-orangé par l'action de l'acide chlorhydrique comme par l'action des autres acides : lorsque la dissolution est très étendue, elle reste colorée en rouge au bout d'un temps assez long, en sorte que l'acide chlorhydrique et l'acide chromique ne se décomposent pas l'un l'autre à froid dans les dissolutions très étendues. Une dissolution plus concentrée devient brune par l'ébullition ; mais, pour qu'elle soit complètement transformée en une dissolution verte, il est nécessaire de faire bouillir pendant excessivement longtemps. La décomposition n'est complète que lorsque la liqueur chauffée ne sent plus le chlore : elle se comporte alors avec les réactifs comme une dissolution verte de sesquioxyde de chrome (p. 361). Si le sel de chrome contient de l'acide sulfurique, on ne peut y découvrir la présence de l acide sulfurique au
CHROME. 371 mnyiMi de la dissolution (l'un sel de baryte qu'après la décomposition de wsidfl chromique au moyen de l'aride chlorhydrique. — Lorsqu'on met un rhromate soluble ou insoluble dans un tube de verre blanc bouché à unpHeses extrémités, lorsqu'on ajoute ensuite de l'acide chlorhydrique concentré et lorsqu'on chauffe le tout, on peut reeofinattre à sa couleur particulière le chlore gazeux qui se dégage.
Si on verse une dissolution de sulfate de protoxyde de fer dans la dissolution d'un chromate neutre alcalin, il se forme immédiatement un précipité brun-jaune qui se dissout lorsqu'on ajoute une plus grande quantité dp sel de protoxyde de fer et donne une liqueur brun-noir qui, lorsqu'on ajoute une quantité encore plus grande de sel de fer, se transforme en une liqueur verte qui confient du sesquioxyde de chrome. Le bichromate de potasse se comporte de même avec les sels de protoxyde de fer.
Si l'on ajoute du prvtochlorure (Tétain à la dissolution d'un chromate iilralin neutre, il se forme, seulement lorsqu'on ajoute de l'acide chlorhydrique, une liqueur verte qui contient du sesquioxyde de chrome. Une dissolution de bichromate de potasse devient immédiatement verte lorsqu'on ajoute du protochlorure d'étain,méme sans qu'il soit nécessaire d'ajouter dp l'acide chlorhydrique étendu.
Le sulfure d'ammonium forme dans la dissolution neutre d'un chromate alcalin un précipité cttiydratc de sesquioxyde de chrome qui a une belle couleur verte. Le chrome n'est complètement séparé à l'état de sesquioxyde que par l'action de la chaleur. Le précipité est mélangé avec du soufre qui reste comme résidu insoluble lorsqu'on dissout l'hydrate de sesquioxyde dans un acide. — Le sulfure d'ammonium produit immédiatement un précipité vert-bru rjfttre dans la dissolution d'un bichromate alcalin. Si, dans ce cas, on fait bouillir, tout le chrome est séparé à l'état d'hydrate vert de sesquioxyde.
Si on ajoute un excès de dissolution hydrogène sulfuré dans la dissolution d'un chromate à laquelle on a ajouté un acide, de l'acide nitrique ou de l'acide sulfurique étendu, par exemple, ou dans la dissolution de I ';■( ide chromique lui-même, ou si on y fait passer un courant de gaz hydrogène sulfuré, la couleur de la liqueur se modifie et elle devient enfin verte: en même temps l'acide chromique se transforme en sesquioxyde de chrome qui reste dissous dans l'acide employé. Si on opère à froid, il ne se forme pas d'acide sulfurique. Le soufre ne commence à se séparer qu'au bout d'un certain temps et la liqueur devient laiteuse. Lorsqu'on chauffe légèrement la dissolution, en faisant passer un courant de gaz hydrogène sulfuré, la décomposition de l'acide chromique et sa transformation en sesquioxyde de chrome s'opèrent plus rapidement; mais il se forme alors beaacOOp d'acide sulfurique et la quantité de soufre qui se sépare est plus faible. On comprend qu'il ne (but pas y avoir d'oxyde métallique qui puisse < iiv séparé par l'hydrogène sulfuré à l'état de sulfure dans une dissolution acidr. La liqueur, séparée du soufre par filtrution, se comporte comme une dissolution de sesquioxyde de chrome.
L ue dissolution d'acide oxalique réduit, lentement à froid, plus rapidement à chaud, à l'état de sesquioxyde de chrome, l'acide chromique contenu dans la dissolution d'un chromate : il se dégage en même temps de l'acide carbonique gazeux. La dissolution parait colorée en rouge-violet. Si on ajoute un excès d'ammoniaque, la liqueur devient vert-émeraude sans qu'il se forme de précipité.
Si on ajoute à la dissolution d'un chromate un acide, l'acide sulfurique par exemple, et si on ajoute ensuite un sulfite, il ne se dégage pas d'acide sulfureux lorsqu'il y a une quantité convenable du chromate; mais l'acide chromique est réduit à l'état de sesquioxyde de chrome qui colore la liqueur en vert. La réduction de l'acide chromique à l'état de sesquioxyde de chrome au moyen de l'acide sulfureux est bien plus rapide qu'au moyen de l'acide chlorhydrique et au moyen de l'hydrogène sulfuré gazeux. La dissolution verte du sesquioxyde de chrome n'est pas précipitée par l'ammoniaque p. 362; .
Le zinc métallique ne produit pas de modification dans la dissolution d'un chromate neutre ni même dans celle d'un chromate acide. Mais si on ajoute à la dissolution un peu d'acide sulfurique étendu, la liqueur est colorée en vert par la réduction de l'acide chromique à l'état de sesquioxyde de chrome. On a déjà indiqué, page 359, ce qui se passe ultérieurement.
Lorsqu'on broie avec du chlorure de sodium les chromâtes, qu'ils soient solubles ou insolubles, lorsqu'on les met ensuite avec de Yacide sulfurique concentré dans un tube de verre fermé à une de ses extrémités et lorsqu'on chauffe, il se produit un boursouflement et il se dégage un gaz rouge qui remplit l'espace vide du tube et se condense en une liqueur brun-rouge d'acichloride de chrome. — Si, au lieu de chlorure, on emploie un bromure, il se dégage un gaz qui a presque la même couleur et qui se condense en une liqueur brun- rouge qui est formée de brome pur.
vi« chalumeau, l'acide chromique en combinaison se comporte comme le sesquioxyde de chrome (p. 364) .
L'acide chromique présente des propriétés assez caractéristiques pour qu'il soit facile de ne pas le confondre avec un autre acide. Il peut surtout être bien reconnu par sa facile réduction à l'état de sesquioxyde de chrome qui peut être facilement reconnu non-seulement en dissolution, mais aussi à l'état solide, au moyen du chalumeau (p. 364). Lorsqu'on veut reconnaître avec certitude l'acide chromique dans une dissolution très étendue d'un chromate, le mieux est de le précipiter au moyen d'une dissolution de nitrate de protoxyde de mercure ; par la calcination du chromate de mercure, on obtient du sesquioxyde de chrome dont on peut rechercher les plus petites quantités au moyen du chalumeau.
L'acide chromique et surtout les combinaisons du chrome peuvent être facilement confondus avec les combinaisons du vanadium. Les combinaisons de chacun de ces deux métaux colorent en vert de la même manière le borax et le sel de phosphore au chalumeau ; mais elles se distinguent
on ce que les perles vertes du vanadium deviennent jaunes à la flamme extérieure, tandis que les perles du chromo, au moins celles formées avec le sel de phosphore, sont vertes dans la flamme extérieure et dans la flamme intérieure. — L'acide chromique et l'acide vanadique sont tous les deux rondes et donnent tous les deux des sels qui ont une couleur jaune et dont les dissolutions deviennent routes lorsqu'on ajoute un acide. Mais les dissolutions des chromâtes alcalins conservent leur couleur à chaud, tandis que celles des vanadates deviennent incolores. L'acide chromique se dissout facilement dans l'eau ; la dissolution a une saveur fortement acide : l'acide vanadique. lorsqu'il ne contient pas en même temps de sesquioxyde de vanadium (cas dans lequel la dissolution a une couleur verte', se dissout très difficilement dans l'eau : la dissolution est insipide quoiqu'elle ait une couleur jaune. L'acide chromique calciné perd de l'oxygène et se transforme en sesquioxyde, tandis que l'acide vanadique ne subit pas de transformation du même genre (p. 352). — Le sesquioxyde de chrome est vert, insoluble dans les oxydes alcalins au moins après l'ébullition; il ne s'oxyde pas par la calci nation lorsqu'il n'est pas mélangé avec des bases fortes, et il est insoluble dans l'eau. L'oxyde de vanadium est également vert lorsqu'il contient de l'acide vanadique; mais il est alors soluble dans l'eau et dans les oxydes alcalins et il s'oxyde lorsqu'on le calcine. La différence la plus caractéristique de ces deux oxydes est la suivante : on mélange intimement le sesquioxyde de chrome avec du charbon et on calcine fortement le mélange dans un courant de chlore gazeux, il se forme alors un chlorure cristallin, très peu volatil, d'une couleur rouge fleur de pêcher (p. 361 1, tandis que les oxydes du vanadium, même le protoxyde indifférent, traités de la même manière, donnent du perehlorure de vanadium liquide, volatil (p. 3r>3).
Une grande quantité de substances organiques réduisent l'acide chromique à l'état de sesquioxyde de chrome avec dégagement de gaz acide carbonique. Cette réduction s'opère surfout rapidement dans les dissolutions des chromâtes par l'action des acides organiques non volatils comme Yacide taririque, Yacide paratartrique et Y acide citrique, surtout lorsque la réaction a lieu à chaud : il se produit en même temps un dégagement de gaz acide carbonique. Si on ajoute de l'acide tartrique à une dissolution de chromate neutre de potasse, la dissolution jaune devient rouge-orangé comme avec les autres acides, et il se dépose un précipité considérable de bitartrate de potasse. Avec le temps, la dissolution se colore en rougeviolet, ce qui a lieu bien plus rapidement par l'ébullition : dans ce cas, le tartre qui s'est déposé disparait et reparait en bien plus petite quantité» après le refroidissement. Dans les deux cas, la dissolution devient vertémeraude par l'action de l'ammoniaque en excès sans qu'il se produise de précipité. — Une dissolution d'acide paratartrique se comporte de même; mais le précipité de biparatartrate de potasse formé disparait entièrement par l'ébullition et ne reparaît plus par le refroidissement. Cette dissolution
«l«*vi^nt également vert-émcraude par l'action de l'ammoniaque en excès, sans qu'il s*» forme do précipité. — L'aride citrique modifie la dissolution de chromât? de potasse, qui devient seulement rouge-orangé, mais bien plus lentement qu'avec l'acide tartrique et l'acide paratartrique; au bout de quelque temps, il se forme une dissolution qui présente des effets de couleur remarquable; elle est verte, mais par transparence elle est brunrouge. L'ébullition accélère la réduction de l'acide chromique. L'ammoniaque en excès ne produit pas de précipité : la liqueur se colore en brunviolet. — L'acide acétique n'opère pas la réduction de l'acide chromique à l'état de sesquioxyde de chrome, même lorsqu'on a fait bouillir la dissolution pendant longtemps. — D'autres substances organiques non acides, comme le sucre, \' alcool, etc., produisent seulement avec une excessive lenteur une réduction partielle de l'acide chromique dans les dissolutions des chromâtes alcalins. La réaction est un peu plus rapide par l'action des mêmes substances organiques dans les dissolutions des chromâtes acides, mais on ne peut pas observer de dégagement d'acide carbonique. Si on ajoute quelques gouttes d'acide sulfurique étendu, la réduction s'opère excessivement rapidement surtout à chaud , et il se dégage du gaz acide carbonique avec effervescence. Si on ajoute de l'alcool à la dissolution d'un chromate à laquelle on a ajouté de l'acide chlorhydriquo , la réduction de l'acide chromique à l'état de sesquioxyde de chrome est extraordinaire ment accélérée; au lieu de chlore, il se dégage alors de l ether chlorhydrique. D'autres substances organiques favorisent aussi considérablement la réduction de l'acide chromique lorsqu'on les ajoute avec de l'acide chlorhydrique aux dissolutions des chromâtes. — Si l'on humecte l'acide chromique cristallisé avec l'alcool concentré de manière que l'acide chromique ne soit pas préservé du contact de l'air atmosphérique, il est décomposé avec force et en produisant un dégagement de chaleur assez grand pour que l'alcool s'enflamme. — L 'étlur a une réaction analogue.