‹ Traité complet de chimie analytiqueChapitre 90 sur 102 · OXYGÈNE · texte numérisé non relu

OXYGÈNE

l'état gazeux. Le gaz oxygène est un peu plus lourd que l'air atmosphérique.

Sa propriété la plus importante est d'entretenir la eombustion des corps combustibles bien plus vivement que l'air atmosphérique, qui ne doit qu'à l'oxygène qu'il contient sa propriété d'entretenir la combustion. Si on plonge une allumette présentant encore quelque point en ignition dans un flacon qui est plein de gaz oxygène ou qui contient le gaz oxygène en proportion plus considérable que l'air atmosphérique, l'allumette s'enflamme immédiatement et bride avec un éclat plus vif que dans l'air atmosphérique. Si on enlève l'allumette et si on la souffle de manière qu'elle présente encore quelque point en ignition, elle s'enflamme de nouveau lorsqu'on la plonge de nouveau dans le flacon. Cette méthode est la plus ordinaire pour distinguer le gaz oxygène des autres gaz, ou pour reconnaître la présence du gaz oxygène dans un mélange gazeux dans lequel ce gaz prédomine; on doit cependant observer ici que le gaz protoxyde de nitrogène présente des réactions analogues : le gaz bioxyde de nitrogène possède aussi la même propriété, mais à un degré moins prononcé.

Le gaz oxygène, à l'état ordinaire, n'exerce cependant, dans la plupart des cas, une action oxydante ou comburante prononcée que sur les corps qui ont été chauffés jusqu'à un certain degré, et ce sont ceux-là seulement dont il entretient la combustion. Un très petit nombre de substances, à l'état de poudre fine, possèdent la propriété de s'enflammer, même à la température ordinaire de l'atmosphère. L'oxygène ordinaire n'est absorbé rapidement à la température ordinaire que par un très petit nombre de corps, et sans apparence sensible de combustion ; il n'oxyde pas la plupart des corps combustibles, ou ne les oxyde qu'excessivement lentement ; souvent l'oxydation n'a lieu qu'en présence de l'humidité. L'oxygène ordinaire ne modifie pas un papier qui a été plongé dans une dissolution d'empois d'amidon à laquelle on avait ajouté une dissolution d'iodure de potassium.

L'oxygène, même ordinaire, détermine la production de vapeurs jaunerouge lorsqu'on le met en contact avec du gaz bioxyde de nitrogène incolore. Le gaz oxygène, même lorsqu'il fait partie d'un mélange gazeux, est absorbé par le phosphore à la température ordinaire, mais toujours un peu lentement; il est absorbé également par les dissolutions des sulfures alcalins, par la dissolution d'acide sulfureux, par les dissolutions des sulfites, par la dissolution de sulfate de protoxyde de fer (surtout lorsqu'on Ta saturée de bioxyde de nitrogène), par les hydrates de protoxyde de fer et de protoxyde de manganèse lorsqu'ils sont humides, par la dissolution ammoniacale de protochlorure de cuivre et par les dissolutions ammoniacales de sulfite de protoxyde et de bioxyde de cuivre. Mais, entre toutes, la dissolution qui absorbe le plus rapidement l'oxygène, est la dissolution d'acide pyroijalliquc dans l'hydrate de potasse; cette dissolution se colore alors en rouge-noir qui peut, dans quelques cas, être si foncé qu'il pa-

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raisse presque noir; l'oxygène est alors absorbé aussi rapidement que le gaz acide carbonique est absorbé par l'hydrate de potasse humide, et presque en quantité égale. — Au lieu d'acide pyrogallique, on peut se servir d'acide gai li que, dont l'emploi réussit également ; mais l'emploi de la dissolution de l'acide gallique dans l'hydrate de potasse a le désavantage que l'absorption de l'oxygène exige un temps bien plus long, et qu'il faut alors presque autant d'heures qu'il faut de minutes lorsqu'on emploie l'acide pyrogallique. Lorsqu'on se sert d'acide gallique, on doit employer un excès d'hydrate de potasse : en effet, le gallate neutre de potasse, en dissolution, se conserve au contact de l'air sans se modifier. La dissolution avec excès de potasse devient rouge foncé, presque rouge de sang, par l'action de l'oxygène de l'air, et, au bout de quelque temps, elle devient brune. — Une dissolution d'acide tanniqae dans un excès d'hydrate de potasse peut aussi être employée pour opérer l'absorption de l'oxygène, mais l'absorption s'opère plus lentement que lorsqu'on emploie l'acide gallique (Liebig).

On peut modifier l'oxygène ordinaire de telle manière qu'il opère avec énergie la combustion des corps même les moins combustibles. On appelle ozone la modification de l'oxygène dont il est question ici. L'ozone n'a pas encore été préparé à l'état pur; mais le gaz oxygène qui en contient une petite quantité, a été appelé oxygène actif ou ozotiisé.

On peut préparer de différentes manières cet oxygène ozonisé. H se produit lorsqu'on fait passer pendant quelque temps des étincelles électriques dans l'oxygène ordinaire: il y a aussi de l'ozone dans le gaz oxygène que l'on recueille au pôle positif de la pile électrique lorsqu'on décompose l'eau par la pile ; il se forme aussi de l'ozone par le contact de l'air atmosphérique avec le phosphore humide. L'éponge de platine et les autres métaux à l'état très divise, certaines substances organiques nitrogénées et plusieurs autres corps peuvent également faire passer à l'état d'oxygène actif l'oxygène contenu dans l'air atmosphérique (Schœnbein^.

Outre son odeur particulière, cet oxygène ozonisé se distingue surtout en ce que, même en très petite quantité, il colore en bleu ou en violet une bande de papier enduite d'empois d'amidon contenant de l'iodure de potassium, lorsque ce papier a été humecté. L'oxygène ozonisé oxyde les métaux; il oxyde l'ammoniaque et la transforme en nitrite d'ammoniaque; il oxyde l'acide chlorhydrique en déterminant la séparation d'une certaine quantité de chlore ; il oxyde I iodure de potassium en produisant une séparation d iode.

L'oxygène ozonisé est plus dense que l'oxygène ordinaire; le poids spécifique de l'ozone gazeux qui est contenu dans l'oxygène ozonisé, comparé avec celui de l'air atmosphérique, parait être au moins 'i fois plus élevé Andrews . Par l'action d'une température élevée qui n'a cependant pas besoin de s élever jusqu'au point d ebullition de l'eau, l'oxygène ozonisé passe à l'état d oxygène ordinaire.

Lorsque certains liquides organiques, comme l'huile essentielle «le téré-

OXYGfiNR. 179 bcnthine, l'huile essentielle d'amandes aroères, l'éther, etc., exposés à l'air, en absorbent l'oxygène, surtout sous l'influence de la lumière solaire, ils transforment l'oxygène en oxygène actif sans être même oxydés d'abord. Ces liquides produisent alors les mêmes phénomènes d'oxydation que l'oxygène actif gazeux Sehœnbcin, .

T>.ms certains peroxydes, une portion de fox y gène n'est retenue dans la combinaison que par une faib+e affinité ; cette portion de l'oxygène agit alors comme l'oxygène actif.

On doit cependant distinguer dans ces peroxydes deux sortes d'oxygène actif. Ces deux sortes d'oxygène actif, en se réunissant, perdent leurs propriétés actives et se transforment mutuellement en oxygène ordinaire. Il paraîtrait qu'un atome de l'une des modifications de l'oxygène serait nécessaire pour former, avec, un atome de l'autre, deux atomes d'oxygène ordinaire (Schœnbein .

Au premier groupe de ces peroxydes, appartient spécialement le peroxyde d'hydrogène. Le jyeroxyde d'hydrogène se produit au moyen du peroxyde de baryum, lorsqu'on le traite par l'acide chlorhydrique, l'acide fluorhydrique ou l'acide hydrolluosilicique. Lorsqu'on emploie ces deux derniers acides et lorsqu'on n'en ajoute pas une trop grande quantité, on obtient le peroxyde d'hydrogène à l'état pur et seulement étendu d'eau; les acides indiqués forment en elfet avec la baryte des sels insolubles. Lorsqu'on emploie l'acide chlorhydrique, la dissolution contient en même temps du peroxyde d'hydrogène et du chlorure de baryum; si l'on ajoute alors une quantité convenable d'acide sulfurique étendu, il se sépare du sulfate de baryte : il reste alors dans la dissolution du peroxyde d'hydrogène et de l'acide chlorhydrique libre. Si l'on évapore avec précaution dans le vide, on obtient le peroxyde d'hydrogène en dissolution aqueuse sous la forme d'une liqueur sirupeuse, dense, incolore, qui est plus lourde que l'eau et qui possède une saveur particulière légèrement désagréable. Le peroxyde d'hydrogène blanchit et détruit les matières colorantes végétales et possède des propriétés oxydantes très énergiques.

Au même groupe de peroxydes, appartiennent les peroxydes alcalins et les peroxydes alcalino-terreux, spécialement le peroxyde de baryum qui est, de tous, celui que l'on connaît le mieux; en effet, il est le plus facile à préparer.

Au second groupe de peroxydes, appartiennent les peroxydes du manganèse (sesquioxyde de manganèse, peroxyde de manganèse, acide manganique et acide hypermanganique , les peroxydes du plomb, du nickel, du cobalt, de l'argent, l'acide bismuthique, l'acide chromique, l'acide vanadique, etc.

Les peroxydes de ce second groupe bleuissent immédiatement la teinture de gaïac récemment préparée, tandis que les peroxydes du premier groupe ne produisent pas cette coloration et détruisent au contraire la coloration bleue produite par l'action des peroxydes du second groupe sur la teinture de gaïac.

Les peroxydes du premier groupe ne peuvent pas dégager le chlore de l'acide chlorhydrique; mais, par l'action de l'acide chlorhydrique, ils produisent du peroxyde d'hydrogène. Une propriété tout à fait caractéristique des peroxydes du second groupe est au contraire de dégager le chlore de l'acide chlorhydrique.

Les peroxydes du premier groupe n'exercent pas d'action sur le peroxyde d'hydrogène, ceux du second groupe au contraire se distinguent surtout en ce qu'ils décomposent le peroxyde d'hydrogène en eau et en oxygène qui se dégage tumultueusement en même temps qu'une portion de l'oxygène du peroxyde. Par l'action d'un atome de peroxyde de manganèse qui perd alors la moitié de son oxygène et se transforme en protoxyde de manganèse, la dissolution de peroxyde d'hydrogène qui contient un atome de peroxyde d'hydrogène est aussi décomposée ; deux atomes d'oxygène deviennent alors libres et se dégagent àlVtat gazeux (Wœhler).

Le gaz oxygène qui se dégage, est du gaz oxygène ordinaire, tel qu'il se trouve ordinairement dans l'air atmosphérique. La réunion des deux espèces d'oxygène actif produit par conséquent de l'oxygène ordinaire.

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