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La première de ces deux versions (No. 189) est bonne et tout à fait conforme au caractère spécial du mode dorien ; la seconde (No. 190) ne saurait être admise à cause des modulations et des progressions purement artificielles qu'elle renferme.
Le choral dans le mode Eolien,
Ici nous serons très brefs, le mode éolien correspondant absolument à notre mode mineur moderne, ainsi que nous l'avons déjà démontré. Par conséquent, l'harmonisation n'offrira aucune difficulté spéciale.
Une modulation réelle à la tonalité de la quinte supérieure (la tonalité phrygienne) ne pourrait se faire car cette tonalité n'ayant pas de cadence parfaite, la modulation resterait vague, indécise, et serait comprise comme une simple demi-cadence sur le cinquième degré du ton initial.
La modulation à la tonalité de la quinte inférieure (mode dorien) est rare tandis que celle qui amène la tonalité majeure du troisième degré [ut majeur) est plus fréquemment employée.
Les modulations passagères ou, en d'autres termes, l'emploi d'accords appartenant aux tonalités du sixième et du septième degré (fa majeur, sol majeur) sont d'un effet satisfaisant à cause des relations rapprochées de ces tonalités avec la principale. De semblables relations n'existant pas avec les tonalités placées à la seconde mineure et à la seconde majeure supérieure du mode éolien, on devra s'abstenir d'effleurer ces tonalités.
Nous jugeons inutile de donner ici un exemple d'harmonisation dans le mode éolien et nous nous bornons à renvoyer au No. 149.
Le choral dans le mode Phrygien.
Ce mode est le plus intéressant de tous les tons d'église à cause du caractère tout particulier que lui donnent l'intervalle de seconde mineure, placé du premier au second degré, et l'intervalle de seconde majeure placé du septième degré à l'octave de la tonique. Il ne faut donc pas oublier que toute modification de ces intervalles (surtout la transformation du septième degré en note sensible) enlèverait à cette tonalité ce qui la distingue si complètement des autres.
Les mélodies basées sur le mode phrygien ayant été conservées avec une pureté presqu'absolue, l'harmonisation de ces mélodies devra être traitée avec un soin particulier, un souci constant de leur conserver leur caractère antique.
Il va sans dire que l'absence de note sensible empêche toute cadence parfaite. Il était donc nécessaire de trouver un autre moyen de repos ou de terminaison dans l'harmonisation des mélodies phrygiennes et ce fut la demi-cadence sur l'accord du cinquième degré de sa sous-dominante qui parût le plus convenable sous ce rapport. En conséquence si la mélodie
Richter- Sandre, Traité de Contrepoint. 8
finit par une marche descendante la progression harmonique doit être celle-ci:
ou si elle suit une marche ascendante:
1ZL
JGL-
Cependant, comme l'harmonisation du mode phrygien peut se faire à l'aide de la tonalité d'ut majeur (point que nous traiterons plus tard) les versions suivantes seraient parfaitement admissibles,
^i=fe
jSL
GL
IST
äse:
si le caractère sombre de ce mode ne se trouvait sensiblement altéré par l'accord clair et précis d'ut majeur employé comme accord final. C'est donc seulement dans le courant du choral et comme moyen de variété que nous conseillons d'avoir recours à cette cadence tandis que, pour conclure, la cadence sur la dominante du quatrième degré, cadence qui, d'ailleurs, a reçu le nom de «cadence phrygienne» reste évidement la meilleure. Le mode phrygien est caractérisé encore par son manque de relations avec la tonalité mineure de son cinquième degré. En effet, outre que l'accord de tonique de cette tonalité exige un fa% comme quinte juste, aucune des notes de sa dominante (/ajf, Za#, ut% ne se trouve dans l'échelle phrygienne ce qui rend impossible toute modulation réelle ou passagère. Mais, par contre, l'accord de si majeur (si, rê%, fa%) est d'un emploi facile et fréquent dans la demi-cadence du ton principal comme, par exemple:
Jg' ■ i ;n
fi>-
Mais, au lieu et place de cette demi-cadence, une modulation à la tonalité de la tierce supérieure peut être employée ainsi:
i^Ê=Ê=Lfc
'» ai