‹ Traité complet de contrepointChapitre 51 sur 99 · ZZ3T · texte numérisé non relu

ZZ3T

ou bien, encore, la demi-cadence sur la dominante du quatrième degré:

lui

jE

fe

Cette dernière cadence montre que les rapports du mode phrygien avec la tonalité de sa sous-dominante sont (comme nous l'avons déjà indiqué) très étroits; il est bon de moduler à cette tonalité dans le cas d'une marche mélodique comme celle-ci :

où un autre ton que celui de la mineur pourrait difficilement être amené.

La marche mélodique suivante:

se.

rendrait possible une cadence en fa majeur ou bien encore, dans certains cas, une demi-cadence sur la dominante de ré mineur. Donc, le mode phrygien est en relations directes tout d'abord avec la tonalité de sa sous-dominante (la mineur) puis, ensuite, avec celles de sa tierce mineure supérieure et de sa sixte mineure supérieure (sol majeur et ut majeur); ensuite il

est encore en rapports, mais moins étroitement, avec les tonalités de sa seconde mineure (fa majeur) et de sa septième mineure (ré mineur); enfin, il y a absence de rapports avec la tonalité majeure ou mineure de son cinquième degré (si majeur ou mineur). C'est à cause de ce dernier fait, absolument contraire à la théorie moderne, que nous appelons l'attention sur l'harmonisation du mode phrygien, harmonisation qui diffère complètement de celle qu'on emploie dans les autres tons d'église car, à la rigueur, l'harmonisation des modes dorien et éolien ne diffère guère de celle de notre mineur actuel, de même que l'harmonisation des modes ionien et mixolydien ne s'écarte pas sensiblement de celle de notre majeur. Le cercle dans lequel se meuvent ces tonalités est, seulement, plus étroit et leurs relations avec d'autres tonalités sont plus restreintes que dans notre système moderne. Seul, donc, le mode phrygien, par son demi-ton placé au commencement de l'échelle et la nécessité de ne conclure que par la demi-cadence sur la dominante de son quatrième degré, offre une particularité vraiment remarquable. Pourtant l'essence de ce qui constitue cette tonalité a été bien souvent altérée lorsque, par exemple, on l'a traitée comme celle d'ut majeur pensant la rendre ainsi plus naturelle pour l'oreille. Nous prouverons, plus bas, qu'une semblable manière d'harmoniser le mode phrygien peut être parfaitement correcte sous le rapport de la conduite des voix et de l'enchaînement des accords mais, aussi, qu'elle détruit absolument tout ce qui le caractérise, tout ce qui le fait différer si profondément des autres modes.

Voici quatre versions harmoniques d'une mélodie qui fut, à ce qu'on assure, composée par Luther.

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