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CHAPITRE XV

Le contrepoint double à la douzième.

Nous arrivons maintenant à un genre de contrepoint double qui est rarement appliqué mais dont l'étude est pourtant indispensable dans un enseignement complet de la Théorie Musicale parce qu'il apporte un élément particulier soit pour la conception, soit pour la compréhension.

Un fragment de phrase musicale ou une phrase plus ou moins développée conçue à deux parties dans certaines conditions peut (ainsi qu'on l'a vu dans le chapitre précédent) être renversée à la dixième au-dessous ou dessus de sa version primitive. En vertu du même principe, le renversement à la douzième supérieure ou inférieure peut se pratiquer, comme, par exemple:

a. Cf.

b. 12 me

EE

Op.

mZEÊEÊE^i

IfH 1

Cf.

imäH

G. f. 12 me

~ST

En b, le contrepoint est transposé à la douzième supérieure;

en c, le Cantus firmus se trouve à la douzième inférieure et le contrepoint est haussé d'une octave.

Ce petit exemple montre déjà clairement le double effet que peut produire ce genre de renversement car, tandis qu'en c la tonalité primitive d'ut majeur est conservée, en b cette tonalité disparaît et devient celle de sol majeur.

Le changement complet de tonalité d'une partie alors que l'autre, prise isolément, n'a subi aucune modification, est donc la caractéristique du contrepoint double à la douzième.

Avant d'examiner d'une manière technique les rapports mutuels des intervalles dans ce genre de contrepoint, nous avons à faire les observations suivantes qui nous donneront l'occasion de revenir sur quelques points se rapportant aux autres espèces.

Nous avons vu que le renversement à la dixième produit l'équivalent de la tierce; la douzième équivaut à la quinte. Si, maintenant, nous considérons, d'après le même principe, que le renversement à l'octave produise l'équivalent de la prime (ou unisson), nous voyons que les trois genres de contrepoint double: à l'octave, à la dixième, à la douzième représentent les éléments dont l'accord parfait majeur est formé. Il résulte de ceci que le contrepoint double à l'octave a pour caractère particulier l'uniformité tonale tandis que le contrepoint double à la douzième est caractérisé par la modulation à la quinte qu'il amène le plus souvent. Le contrepoint double à la dixième peut être considéré comme étant intermédiaire puisqu'il peut permettre de faire entendre simultanément le contrepoint primitif et sa propre transposition.

En parlant de ce dernier genre de contrepoint (à la dixième), nous avons démontré qu'il a des rapports assez étroits avec le contrepoint double à l'octave. Il en est de même pour le contrepoint à la douzième dans lequel son emploi est fréquent, comme on le verra plus tard.

Arrivons, maintenant, à l'examen des intervalles et de leur transformation par le renversement à la douzième.

Ce renversement ne produit pas un changement aussi marqué, à l'égard des demi-tons, que le renversement à la dixième. La comparaison des deux exemples ci-dessous montrera la différence :

Renversement à la 12 me C. f.

jSL.

~JSL

Renversement à la 12 me

Donc, pour que le renversement soit tout à fait semblable au modèle primitif, il suffit de légers changements tels que cidessus, c'est à dire le j) ajouté au fa pour le renversement supérieur et le b ajouté au si pour le renversement inférieur.

La tonalité peut donc être franchement changée dans le renversement. Mais il faut remarquer que nous disons: peut être et non : doit être, car il est des cas où le changement n'est ni bon ni nécessaire comme, par exemple, dans le N? 313 (b) où le fa \ changé en fa\ est très contestable. Par contre, en c (même exemple) le si t> serait préférable au si fcj, si l'on n'était pas tenu de conserver intacte la version primitive.

Pour déterminer le renversement des intervalles à la douzième, on prend la double série de chiffres que voici: 1 2 3456789 10 11 12 12 11 10 9876543 2 1

Ces chiffres montrent que la tierce (dixième) est l'intervalle principal à employer pour la progression simultanée des parties. La sixte, devenant septième, nécessite une préparation et une résolution régulières ainsi que les autres intervalles dissonants (seconde, onzième; quarte, neuvième). La prime ou unisson, qui devient douzième et la quinte qui devient octave ne perdent pas, par conséquent, leur caractère de consonnances dont les lois sont connues.

En continuant le renversement des intervalles dans leurs différents états, on n'arrive pas à la variété comme par le renversement à la dixième, car les deux renversements (supérieur et inférieur) produisent des intervalles de même valeur.

12me lime 10me 9me

juste, dim. augm. juste, dim. maj. min. maj. min.

<sl — , a. „ &. , a. . gl .„ &. . à ,. — £2 . — a.

IïU

12 m© lime

juste, dim. augm. juste, dim. et ainsi de suite.

ife=É

-sr

^--dîz^zzdi^zzd^zzdaAEiiî

8ve 7me Q te Q te

aug. juste, dim. maj. min. dim. maj. min. juste, dim.

*<Q. .AL -A -&. ^Q. -Au -A. vO.

is:

JZL.

Ricliter-Sandré, Traité de Contrepoint.

maj. min. maj. dim. aug. juste

mâmË

Tout en tenant compte de l'équivalence des intervalles renversés, on ne doit pas, encore moins que pour le contrepoint à la dixième, procéder d'une façon mécanique si on désire obtenir un résultat quelque peu musical. Il faut, seulement, choisir avec discernement les intervalles qui, renversés, maintiennent le mieux l'unité tonale sans laquelle toute musique est inintelligible dans certains cas.

On peut donner des règles particulières sur la manière de traiter chaque intervalle. Voici les principales:

1. La tierce et la dixième s'emploient librement en progression parallèle.

2. La quinte et l'octave se produisant mutuellement par le renversement, ne peuvent être employées qu'isolément. C'est par le mouvement contraire ou le mouvement oblique qu'elles sont le mieux amenées, comme, par exemple:

8w- iiEfe

12 me

3. La sixte, qui se transforme en septième, ne peut être employée qu'avec précaution; elle est d'un bon effet quand la note inférieure est préparée et descend ensuite d'un degré comme:

12 me

La sixte majeure, qui se change ordinairement en septième mineure, peut, cependant, s'employer librement, en particulier quand la septième de dominante résulte du renversement.

La troisième mesure de l'exemple 314 montre que la sixte peut descendre comme note de passage ce qui, dans le renversement, produit une septième très correcte (note de passage, également).

4. La sixte augmentée (qui devient septième diminuée) s'emploie librement et est résolue d'après la règle générale.

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12 me

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