‹ Traité complet de diplomatie; (volume 2)Chapitre 10 sur 82 · DE CONDUITE ET DE LA MARCHE POLITIQUE DE S. M. LE ROI · texte numérisé non relu

DE CONDUITE ET DE LA MARCHE POLITIQUE DE S. M. LE ROI

DE SAXB\

Le roi de Saxe a été ,^ jnsqu^à Pëpoque de la chute de PEmpire , l'ami et le défenseur zélë de la liberté germanique. L'équilibre politique y qui feisait la base de cette liberté 9 k jouissance des droits qu'elle garantissait à chacun j la pros* périté des pays qu'elle fayorisait, deyaient combler les ^irs d'un prince y occupé uniquement du bonheur de son peuple , et éloigné de toute vue ambitieuse. Les yotes de la mission électorale près la diète d'Empire , furent constamment dictés par ce principe conseryateur des constitutions germaniques; et la Saxe y tenait, ou conseryait' du moins Pespérance de les yoir raffermies et consolidées, lorsque partout ailleurs leur dissolution fut regardée comme décidée.

' SchoËll , con^i)* d« Vienne , tome 6.

Le désir d& concoarir aa maintien de la liberté et de l'indé pendance de l'Allemagne , engagea le roi à accéder aiu armemens de la Pmsse en i8o5 , et à réanir ses troupes l l'armée prussienne , lorsque la guerre yînt à éclater en 1806 Le résultat malheureux de la bataille de Jéna laissa la Sai( dégarnie de trpupes , sans appui y à la merci du yainqneor Pour obtenir la réintégration dans la possession de ses Etats, le roi dut souscrire à la condition , prescrite par le yainqneur , d'accéder à la confédération du Bhin , et de foomir en conséquence un contingent pour la guerre d'alors , quelques efforts que fît le ministre du roi pour décliner cette dernière obligation qui répugnait à la délicatesse de S. M*

Principes administrâtes du roi en Saxe*

Pendant tout le temps que la Saxe a été membre de la confédération rhénane , le roi n'a participé aux yues et aux projets du protecteur qu'en tant que la foi des traités et les circonstances rendaient indispensable l'exécution des mesures dictées à tous les princes de la confédération sans exception. Dans le cas même où les charges imposées à la Saxe excédaient l'obligation que portait l'acte de son accession) on ne saurait assurément reprocher au roi les efiEbrts commandés au plus faible par la puissance prépondérante, ni taxer d'ayeuglement une condescendance motivée par le désir de préyenir le soupçon et des actes de yiolence.

Le roi aurait-il donc sacrifié , sans une nécessité absolae , \ l'ambition d'un gouyemement étranger j les fruits de quarante années d'un règne paisible ? Aurait-il approuyé un état yiolent qui contrastait ayec ses principes , et s'opposait à l'exécution des plans qui lui tenaient uniquement à cœur? On a , an contraire , reproché quelquefois au roi , dans l'étraa* ger et en Saxe j de montrer trop de répugnance à entrer dans des idées de régénération yenues de l'antre rive w Rhin , et adoptées par d'autres gonyernemens allemands y *

h fiiTeur de la puissance qui se plaisait à les suggérer. La diyersité et la complication des formes 9 par lesquelles les proTÎnces de la Saxe sont administrées, paraissaient entraver oette rapidité et rigueur qu'exigeait Napoléon dans l'ezé- CQtion de ses mesures. C'eut été rendre un hommage flatteur à ses idées favorites , que de changer les formes constitutionnelles de la Saxe y d'après un modèle français.

Cependant le roi n'ayant en vue que la prospérité de son pays , dont l'accroissement n'avait pas été gêné par sa constitution , et ne trouvant dans sa souveraineté qu'un nonreaa motif de conserver les droits de chaque partie de son royaume et leurs lois fondamentales, attendit jusqu'à ce que les Etats lui en eussent exprimé le vœu, pour ordonner les travaux préparatoires à la réunion des provinces dans une même forme d'administration* Le Code Napoléon ; adopté dans beaucoup d'États allemands , ne l'a pas été en Saie : on s'y est refusé constamment à l'introduction de la conscription militaire, ainsi qu''à toutes ces innovations, qui, sous prétexte de resserrer les ressorts de l'administration , favorisaient l'exécution de mesures arbitraires* Il ' fut impossible de se soustraire au système continental ; il Mlut même le maintenir avec sévérité, pour éviter que Napoléon ne le tit exécuter directement , comme cela a été le cas dans plusieurs autres pays* En attendant, le roi trouva moyen d'adoucir , de plus d'une manière, l'influence mineuse de ce système , et il affranchit de l'impôt les denrées destinées pour la consonunation des fabriques du pays* Que Ton demande enfin à toutes les classes et corporations du royaume , et sur-tout aux plus privilégiées entre elles n le roi s'est prévalu du titre de sa souveraineté, soit pour supprimer, soit pour restreindre seulement le moindre de lenrs droits ou privilèges , ou pour étendre les limites de son pouvoir* Les principes ^ de justice et d'équité, et le respect pour les droits et propriétés de chacun , qui carac-

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tërisent la marche du roi dans Padmînistration de son royaume, ont dirigé sa conduite politique dans ses rapports avec les puissances étrangères et leurs sujets»

Rapports résultant de Vacte de la confédération rhénane.

Lorsqu'en 1806 et 1807 Napoléon méditait une nouvelle organisation de l'Allemagne , toutes les petites principautés qui restaient sans lien commun après la dissolution de l'Empire, furent menacées d'être supprimées. Il eût élé facile au roi , dans ces circonstances , d'acquérir la souveraineté sur les duchés de Saxe et plusieurs autres territoires, ainsi que l'idée en fut suggérée à son ministre dans te quar' tier général français : mais un projet pareil était incompatible ayec le caractère et la façon de penser du roi; et S* M. a manifesté encore, depuis, son désintéressement et sa loyauté, en intercédant pour le duc de Gobourg, alors général au service de 'Russie , que Napoléon voulait pour cette raison déclarer déchu de ses possessions. Malgré l'opinion des autorités supérieures du pays et des Etats, que les pactes et rapports subsistans avec les princes et seigneurs enclavés , tels que les princes et comtes de Schoenbourg et les comtes de StoUberg, se trouvaient annulés par le &it de la dissolution de l'Empire et par l'article 54 de l'acte de confédération , le roi n'y a jamais vpuhi apporter de changement, à moins de consentement réciproque, et il a maintenu avec la même exactitude le stiUu (juo quant aux droits et redevances appartenans aux gouvernemens limitrophes, et qu'il dépendait de lui de réunir à son domaine en vertu de Farticle ci-*dessus allégué.

Les biens de Tordre Teutonique, en Saxe, étant dévolus au roi en vertu de l'article 12 du traité de Vienne, S. M. n'en a pas moins laissé la jouissance au commandeur, et les a réunis depuis, non pas à son domaine, mais à la dotation des universités saxonnes, sauf la somme arrêtée dans hq

airangement postérieur, pour serrir d^indemnité aux che- Taliers investis de PexpectatiTe*

Beaucoup d'autres fiiîts de cette nature pourraient être cites; mais ceux qu'on yient d'alléguer doivent suffire pour démontrer que y loin de se laisser entraîner par cette prëdilection pour Napoléon et son système , dont on l'accuse , le roi n^arait d'autre but, dès qu'il pouvait suivre son propre moQTement, que de contribuer au bonheur de ses peuples par les seules voies de la justice*

Administration du duché de Varsovie*

La même maxime a guidé le roi dans l'administration du duché de Varsovie , à la tête duquel il fîit placé à son insu et contre son attente^ quoique du consentement de toutes* les puissances intéressées. Plusieurs mesures , auxquelles le roi fut obligé de se porter, contre son penchant, furent motivées par l'influence immédiate de la puissance prépondérante; elles ne sauraient être attribuées aux sentimens personnels du roi , qui chercha , au contraire , à mitiger , par tOQs les moyens en son pouvoir, ce que ces mesures p.ou- ▼aîent avoir de dur , et qui se servit de tous les expédiens propres à éviter qu'elles ne passassent les bornes que la jaslice la plus exacte pouvait prescrire.

Convention de Bayonne,

On a répandu des idées inexactes et fausses sur les rapports résultans de la convention de Bayonne, afibire trop compliquée pour être jugée de premier abord , et qu'il est indispensable de représenter dans son vrai jour.

Dans la convention signée à Dresde le 22 juillet 180,7, le gouvernement français s'était réservé les créances de la Prusse h la charge du duché de Varsovie, qui furent rétrocédées depuis au roi dans la convention de Bayonne du iq

mai 1808 contire une somme aTersîonnélle. Le dësir sealdo soulager le duché pouvait engager le roi à ratifier cet ar^ rangement y qui devait mettre ses sujets à l'abri de la rigueur avec laquelle le gouvernement français aurait exige les créances qui en étaient l'objet. Le gouvernement prussien avait reconnu antérieurement le principe , que toutes ses propriétés dans le duché (à l'exception des «fonds et capitaux appartcnans à des particuliers ou à des établissemens prussiens) devaient passer au conquérant ; et ce principe a été expressément confirmé par l'article 5 de la conrention faite à Paris avec le prince Guillaume de Prusse , le 8 septembre 1808, lequel porte : « que les créances de S. M. « prussienne à la charge de sujets varsoviens avaient été « cédées dans le traité de Tilsît, sans réserve ni exception*» Il faut ajouter qu'on croyait généralement que la grande partie «des fonds de la banque de Berlin et de la société piaritime appartenaient au gouvernement prussien, et qu'ils avaient été administrés pour son compte.

Le comte Daru ayant porté sur ses états « des créances M prussiennes sur le duché de Varsovie, » les capitaux des particuliers qu'il avait reconnus , après l'examen des livres de la banque , comme prête-noms , le gouvernement français mit ces fonds dans la ligne des créances cédées. Le gouvernement varsovien n'agissait par conséquent qu'en sa qHalité de cessionnaire , en les frappant du séquestre* Le roi autorisa cependant le conseil d'État à recevoir les réclamations des particuliers , et à donner mainlevée toutes les fois qu'ils auraient justifié de leurs titres*

On satisfit également aux réclamations de la caisse gêné* raie des veuves et de divers autres établissemens publics. On usa enfin du plus grand ménagement possible à l'égard des débiteurs, malgré l'embarras extrême où se trouvait le trésor du duché pour eâectuer le paiement de l'équivalant dû à la France. On observera qu'en général le roi n'a cessé

de Tenir au secoars du trésor public par des ayauces fisiites de sa caisse domaniale , quoiqu'il restât créancier du trésor polonais pour toute sa liste civile, et pour différentes avances considérables qu'il lui avait faites* En attendant > le gou« Temement prussien^ non-seulement refusait l'extradition des obligations sur les créances de Bayonne, mais il somma anssi les débiteurs polonais par lettres-patentes de payer les capitaux , non pas au trésor varsovien , mais à la banqqe de Berlin, sous menace de saisir leurs propriétés en Prusse y dans le cas qu'ils n'obtempéreraient pas à cette sommation* Ce séquestre prussien ayant été exécuté , et étendu depuis sar toutes les propriétés polonaises en Prusse, sans distinction, le gouvernement varsovien se trouva dans le cas d'oser de représailles , et fit émaner le décret du 6 janvier 1809. Il avait coûté au roi de devoir venir à la voie de fait, et la convention signée avec la cour de Prusse le 10 septembre 1810, eut pour effet immédiat la levée réciproque du séquestre. On profita de cette occasion pour nouer des négociations sur un arrangement définitif des différends élerés sur la convention de Bayonne ; mais il était inévitable, snlyant les rapports subsistans entre le ducbé et la France, de communiquer à Napoléon, avant de tien conclure, les stipulations dont on était à peu près convenu. La France ne les approuva pas. Néanmoins les négociations ne furent pas rompues. Il ne manquait enfin, pour la conclusion d'un arrangement définitif, que de constater les prétentions des établissemens prussiens , et le commissaire prussien se rendit à cet effet à Berlin, en automne 1812. Cependant , malgré son engagement de revenir immédiatement pour mettre la dernière main à l'ouvrage, son arrivée fut différée d'un instant à l'autre , et l'af&ire en restait là , lorsqu'à la suite de la déclaration de guerre émise par la Prusse en 18 15, les relations entre les deux cours furent interrompues»

Réunion en i8og iPune partie de la Galicien

La rëunlon de la Nouvelle- Gallcîe au duché, après la guerre de 1809 et 1810, n'ayait été proyoquëe par aucune démarche politique de la part du roi« Il l'accepta dans la perspective de pouvoir, avec plus de moyens, ramener plus sûrement l'administration du duchë à cette régularité et à cet ordre indispensable pour le bien de ses sujets et pour le repos de ses voisins*

Confédération polonaise en 181 3«

On a fait un reproche au roi de son accession â la confédération polonaise , réclamée après l'ouverture de la campagne de 181 2. Il n'a eu aucune part ni au projet de cette mesure ni anx premières démarches faites pour son exécution. Mais, ayant été invité d'y accéder par une députation de la nation , pouvait-il se refuser à un acte purement formel , puisque la mesure fut dictée et exécutée par la puissance prépondérante , qui entraînait alors dans ses desseins la moitié de l'Europe ? Il fallait un noble courage pour se charger de la con%iite d'un état aussi dérangé dans tous les rapports intérieurs et extérieurs ; mais, de tous les sacrifices que le roi avait portés , pour accomplir dans toute leur étendue des devoirs si compliqués, sa condescendance, dans cette dernière occasion critique , fut assurément le plus pénible et celui qui coûta le plus à son cœur.

Réflexions générales.

Tel est l'exposé simple et rapide de la marche politique du roi de Saxe, jusqu'à l'an i8i5.Que l'on s'arrête un instant pour réfléchir sur les îàxXs incontestables qu'il contient , et sur les circonstances qui les ont accompagnés* Y trouve^tpn la preuve qui puisse justifier l'accusation portée contre

le roi d'avoir été dëyouë au système de Napoléon , et d'être de sentiment l'ennemi persévérant des soayeraîns coalisés poQf rendre à l'Earope la paix et la liberté ? Le roi ne s'est point dissimulé que le but pour lequel Napoléon l'obligeait de prodiguer les ressources de son pays y était fort étranger à son yéritable intérêt* Pendant quarante années écoulées depuis la guerre de sept ans , le roi avait Toaé tOQs ses soins à guérir les plaies dont elle avait frappé son pays , et à rendre à ses États l'aisance et la prospérité. L'état florissant où se trouvait la Saxe avant cette dernière époque désastreuse , était le résultat d'une administration basëe sur la régularité et l'économie les plus strictes , sur Pactivîté et l'industrie du peuple 9 et sur la liberté du commerce. On ne craint pas d'en appeler à toutes les nations qui se sont trouvées .en relations commerciales avec la Saxe , pour constater la loyauté et la libéralité des principes suivis à cet égard par son gouvernement» et à la classe industrieuse et commerçante de la Saxe , pour prou- Ter l'influence bienfaisante de ce système. Y aurait-il donc la moindre probabilité, qu'après l'expérience de près d'un demi-siècle , le roi eût adopté de son gré des mesures qui contrastaient ouvertement avec ce système , et qu'il eût été jPintention l'ennemi des puissances dont le commerce et l'amitié sont indispensables pour le bien-être d'un pays essentiellement industrieux comme la Saxe? Se serait-il laissé éblouir par des projets dont l'exécution lui enlevait, dans l'espace d'une couple d'années , les fruits d'une longue carrière consumée dans des sollicitudes paternelles , et les résultats des travaux utiles qui convenaient seuls à son caractère et è ses penchans ?

Ces considérations se réunissent d'ailleurs aux faits rapportés plus haut, pour établir que la prospérité de son peuple et le maintien de la paix et de la bonne harmonie , avec toutes les puissances , ont été constamment l'objet des

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désirs du roi; qae tant qae cela dépendait de lui , il u'a négligé , ni sacrifice , ni procédé , ni ménagement , poar l'obtenir; et que , loin de se laisser entraîner par une prédilection quelconque , il n'a fait que céder à la force dans un temps où la condescendance envers la puissance prépondérante était devenue une maxime à peu près gënârale*

31 arche politicjue en i8i3.

Le but annoncé par les souyerains coalisés an commencement de la dernière guerre y ne pouvait pas être étranger au roi de Saxe. Il a été le premier de tous les princes de la confédération du Rhin à faire des démarches pour s'en rapprocher. Lorsque pendant l'hiver de 1812 et 181 5 le théâtre de la guerre avait été transféré sur les bords de l'Oder et de l'Elbe , le roi déclina l'invitation de l'empereur Napoléon de se rendre à Francfort et à Mayence, Il se porta à Plauen , ville frontière de la Saxe vers la Bavière , où il arriva avec sa famille dans les premiers jours dé mars. Il fit prendre la même direction aux troupes, qui restaient encore à sa disposition , et, pendant que le prince Eugène occupait Magdebourg et Leipzig , et que le maréchal Davoust passait l'Elbe, il ordbnna à la division saxonne, qui faisait partie du corps du général Régnier , de s'en séparer , pour se rapprocher de la place de Torgau , commandée alors par un général saxon. La partie des troupes saxonnes , enfin , qui avait été séparée du septième corps après le combat de Kalisch , etl'armée polonaise sous Pordre du prince Poniatowski , restaient dans le rayon de €racovie sous la protection de l'Autriche , à la feveur de l'armistice que cette puissance venait de conclure avec la Russie.

Les armées alliées étant entrées en Saxe , et les Français se retirant de l'Elbe , le roi se rendit à Ratisbonne , ainsi

qu'il se rétait proposé ^ et y mena ses troupes y malgré les sollicitations réitérées du général Régnier de faire joindre à Farmée française les régimens de cavalerie qu^il ayait avec loi. Dès le moment de l'entrée des armées alliées en Saxe , leors généraux ayaient fiaiit inonder le pays de proclamations qai tendaient à aliéner la nation de son souverain : il parut en même temps plusieurs pamphlets dirigés contre la per-» sonne du roi , dont les auteurs ne furent réprimés que plus tard sur l'invitation de l'Autriche. Le roi fut averti à la même époqpe , que , sans aucune ouverture préalable , les intorités prussiennes avaient pris possession formelle du cercle de Cotbus; acquisition que le roi avait faite en 1807 contre la cession bien plus considérable des territoires taxons réunis alors à la Westphalie. Toutes ces démarches, au lieu d'inspirer de la confiance au roi , devaient Talanner vivement sur les intentions des puissances alliées à son égard.

Motifs des négociations nouées avec la cour d^ Autriche*

Dans le courant de l'hiver , déjh l'Autriche avait fait agréer sa médiation à la France 9 et envoyé pour le même objet un ministre à Londres. L'Autriche était sur le point de se rapprocher également de la Russie et de la Prusse. Le roi , engagé par la considération de cette position avantageuse de l'Autriche y s'adressa à elle ponr solliciter ses bons o£Sces. L'accueil que S. M. l'empereur François fit à cette démarche^ répondit à la confiance qui l'avait suggérée. Les vues et les principes de modération , énoncés à cette occasion par le cabinet de Vienne , paraissaient pouvoir réunir encore toutes les parties, et mettre un terme anx souffrances de l'humanité par une paix prompte et solide. Le roi n'hésita pas de faire nouer avec ce cabinet des négociations formelles , qui avaient pour objet l'accession de la Saxe au système de neutralité de l'Autriche,

Mission du général Heister, et position delà Saxe à cette

époque.

Pendant ces négociations^ le gënëral pmssien de Heister arriva à Ralisbonne, avec une lettre du roi, son maître, par laqnelle S» M. prussienne , en se référant à la teneur des proclamations émises à Breslau , invita le roi de se joindre à elle et son auguste allié , et de s^adresser au ministre de Stein pour les* objets qui araient rapport au concert proposé. Abstraction faite des mesures prises par les alliés visà-vis du roi , et des négociations nouées avec rAutrîche^le roi dut peser , dans ce moment critique , la situation de son pays qui allait derenir le tbéâtre de la guerre. Les Fran- 'Çais occupaient encore une partie de la Saxe ; leur grande armée approchait à grands pas , et rien n'était préparé pour soutenir un système opposé à celui qu'on avait suiyi jusqu'alors. Sans considérer le rapport des forces , la position de la Saxe différait essentiellement de celle de la Prusse. Cette dernière puissance avait pu faire agir des ressorts préparés de longue main , et profiter , en outre , d'un intervalle de loisîr et de plus de latitude pour les renforcer* La Saxe, au contraire , ne cessait effectivement d'être occupée par les troupes françaises , et avait à appréhender le ressentiment immédiat de la puissance qui commandait encore alors neuf places fortes sur les derrières de l'ennemi , et annonçait de prendre un nouvel élan , d'autant plus formidable, qu'aucon autre souverain de la confédération ne manifestait quelooe disposition à se séparer de sa cause. D'ailleurs, les ressources de la partie de la Saxe occupée par les alliés restaient toujours à leur disposition ; leurs opérations n'y étaient aucunement gênées , et ce qui restait de troupes saxonnes , ainsi que les places de Torgau et de Kœnigstein, avec leurs dépôts, formaient naturellement une réserve dont les alliés n'avaient rien «h appréhender. Tontes ces considérations

réanies engagèrent le roi à donaer à S. M. Prussienne une réponse déclinatoire* Toatefois, ses antres clëmarches ne pondaient plus laisser de doutes sur ses Tërî tables intentions*

Conduite vis^à-vis dé la France*

Napoléon ayant adresse , à cette époque , un noa^el appel au roi d'envoyer au marëchal Ney la cavalerie saxonne entrée en Bavière à sa suite , le roi expédia Pun de ses aides de camp avec une lettre à l'empereur (arrivé alors à Mayence ) , dans laquelle il déclina positivement de satis- £dre à cette demande; et , par une autre lettre , écrite immédiatement après , le roi , en notifiant à Napoléon sa résolution de se rendre à Prague , appuya sur les considérations qui feraient engager l'empereur lui-même à se prêter au instances de l'Autriche pour ramener la paix. Le roi envoya simultanément à son ministre à Vienne l'ordre de terminer par^la signature les négociations entamées avec cette cour ; et se décida à quitter Ratisbonne, le 20 avril » ponr se rendre par Linz à Prague, o& l'empereur d'Autriche lui avait offert un asile pour lui , sa famille et ses troapes. La déclaration du ministre de France , que cette dernière détermination l'obligeait d'interrompre ses fonctions, eut aussi peu d'effet que les instances renouvelées de son maître , contenues dans une letbre que le général Flahaut remit au roi à Lintz ; et S. M. persista dans une ligne de conduite qui paraissait seule pouvoir s'accorder avec. ses sentimens et les intérêts de son peuple.

Précis du concert avec V Autriche»

En attendant, un concert fut signé h Vienne entre le ministre d'Autriche et le général de Watzdorff , portant en substance : « Que tous les moyens à la disposition du roi « seraient employés , de concert avec l'Autriche , pour > l'appui de la médiation qu'elle avait offerte ; que S» M.

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