‹ Traité complet de diplomatie; (volume 2)Chapitre 11 sur 82 · TOME m. Q · texte numérisé non relu

TOME m. Q

«c consentirait à la cession du duché de Varsovie j si ce (( point devenait nne condition indispensable de la paix; tt et que y dans ce même cas , ? Autriche s^obligeait à faire « obtenir au roi une indemnité convenable en territoire , « d'après ce (jue permettraient les circonstances » •

Le sacrifice de la cession éventuelle du duché de Varsovie , porté à la cause de la paix , devait suffire à rouver le dévouement du roi pour ce but sacré, et la pureté àt ses intentions. Sa conduite , quoique suspensive , n^était rien moins qu'équivoque y mais la seule assortie à la circonstance.

Arrivé à Prague , le 27 avril , le roi s'empressa d'envoyer à Vienne le général de Langenau , pour concerter avec les ministres de l'empereur les mesures militaires conformes au système commun qu'on allait suivre ; et il renouvela , en même temps , an gouverneur de Torgau, l'ordre donné à Ratisbonne de n'ouvrir cette place à aucune troape étrangère sans exception. Des instructions analogues furent expédiées au prince Poniatowski. Le colonel de Garlowitz fut chargé de porter à l'empereur Alexandre et au roi de Prusse des lettres du roi, dans lesquelles il annonçait à ces souverains le parti politique qu'il venait d'embrasser, et les engagea de s'abstenir de toute hostilité , et de ménager les ressources de son pnys. Ce messager éprouva à Dresde un accueil très froid de la part des ministres des puissances alliées , qui s'y trouvaient encore , et qui opposaient des difficultés à son départ pour les quartiers généraux de leurs maîtres.

Événement subséquens , et avis transmis au Roi à Prague.

Le 5 mai , le roi reçut une lettre du duc de Weîmar , qui lui fît part du passage de l'empereur Napoléon par Weimar, et des dispositions qu'il avait marquées à l'égard du roi. Conformément à la demande expresse de Napoléon,

le dac rendait ses propres paroles , a Je veux que le roi se f déclare ; je saurai alors ce que j'aurai à feire : mais s'il «est contre moi , il perdra tout ce qu'il sl ».

Le baron Serra , arrivé le 6 du même mois à Prague « soQs prétexte d'être chargé d'une lettre de son maître , demanda une audience du roi , dans laquelle il réitéra la demande de l'empereur de lui envoyer sans délai tout ce qu'il avait de troupes avec lui j en exposant à S. M. tout le danger de sa position vis-à-vis de la France. Ce que ce ministre avait dit au roi dans la matinée , il le répéta dans ' fine oote remise l'après-diner, à laquelle fut joint l'avis , qu'à moins d'une prompte accession du roi à la demande de Fempereur , il se trouverait dans le cas de remettre une note dans des termes plus péremptoires. Les déterminations du roi restaient toujours les mêmes. Il attendait depuis plusieurs jours un ministre autrichien qui devait lui donner les explications désirées sur les mesures militaires prises par sa cour y et sur le résultat des négocia** tions entamées entre le cabinet de Vienne et les puissances coalisées* Le retard de son arrivée , occasioné par une infispositîon, ne pouvait cependant qu'embarrasser le roi ibns un moment si critique , où les conseils de la cour d'Âufiche lui étaient indispensables*

La nouvelle du résultat de la bataille de Goerschen fut rendue à Prague > le 7 , par le comte de Hohenthal , qui tvait été auprès de Napoléon^ en députation de la ville de Leipzig, et envers lequel l'empereur s'était expli- ^é dans des termes qui laissaient tout appréhender pour fes habitans de la Saxe et poui* leur souverain. Ces notions lurent confirmées peu après, par un rapport de la cora- ^lission immédiate de Dresde , qui avait été présentée à Rapoléon à son arrivée dans cette capitale^ et on sut que Fempereur avait été , surtout , irrité par le refus du général gouverneur de Torgau, d'ouvrir la place aux troupe.;

françaises. Ce général ayant parlé à cette occasion d'une alliance intime arec la cour d'Autriche , le comte George Einsiedel et le colonel de Montesqoiou arrivèrent à Prague , chargés par l'empereur Kapoléon d'annoncer an roi qu'il était à Dresde, et de lui proposer l'alternatiye péremptoire y ou de retourner dans sa capitale , de remettre la place de Torgau avec toutes les troupes saxonnes , et de satisfaire à ses obligations comme membre de la confédération , ou de voir traiter ses États comme pays conquis par la France. Une couple d'heures seulement furent accordées au roi pour une réponse péremptoire. Il fat impossible de trouver un biais pour consulter dans l'intervalle la cour de Vienne.

Motifs de la détermination du Roi de retourner en Saxe*

Les rapports militaires avaient totalement changé en Saxe. La plus grande partie du pays se trouvait de nouveau à la merci du vainqueur , et exposée à toutes les vîo* lences que pouvait lui suggérer le ressentiment. Les armées alliées ayant abandonné l'Elbe , il était à prévoir que Napoléon étendrait sous peu ses opérations sur tout le royaume de Saxe : à peine restait-il une lueur d'espérance de pouvoir utiliser ses ressources pour la cause de la paix. D'ailleurs , le roi ne pouvait pas alléguer envers Napoléon son concert avec la cour d'Autriche , sans le consentement de cette cour , ni sans la crainte de la compromettre évidemment et mal à propos ; tandis qu'en cédant à la sommation de l'empereur, il conservait ses Etats, et ména-i geait à l'Autriche le loisir et la spontanéité indispensables^ pour le développement de ses forces. Enfin , le sort d'à peuple dévoué et chéri dépendait peut-être pour long-tem de la décision de ce moment. Tout homme impartial , q' se rappelle les sensations douloureuses que le résultat de bataille de Goerschen fit naître parmi les esprits les ploi

coarageux et les plus dévoues à la grande cause de h coalition , jugera ayec indulgence le parti que prit le roi de se rendre à Dresde , après avoir informe de sa résolution l'empereur d'Autriche , le seul monarque avec lequel le roi eût un engagement.

II n'appartient qu'aux grandes puissances de persévérer , dans des circonstances pareilles , dans leurs conceptions , et de tenir ferme aux principes qu'elles ont embrassés , fut-ce même dans la perspective de sacrifices certains et pénibles , puisqu'elles conservent » avec ce qui leur reste de pouvoir, la perspective consolante de réparer leurs pertes dans des conjonctures plus favorables. Pour un £tat comme la Saxe , la question se réduisait , dans les circonstances d'alors , à la perte de son existence politique.

Napoléon resta maître de la Saxe depuis le mois de mai jusqu'au commencement, du mois d'octobre. Dans le sou- Tenir sombre de cet intervalle, le roi trouve une consolation à penser qu'il a partagé avec son peuple toutes ses souffrances ; qu'il lui a épargné quelques sacrifices plus grands , auxquels il aurait été assujetti dans le cas de la rupture avec la France; qu'il l'a soulagé enfin, par son intercession et ses secours pécuniaires , autant que cela fut possible dans un état de choses si extraordinaire et si violent. Mais il serait superflu de démontrer qu'il fut impossible au roi , pendant tout ce temps, de regagner sa spontanéité , ou de faire une démarche libre vis-à-vis des alliés.

Départ du Roi de Dresde»,

Lorsqu'au commencement d'octobre , Napoléon quitta Dresde pour livrer bataille aux armées alliées , le roi eut le choix de s'enfermer dans sa résidence ( qui fut toujours sous le commandement d'un général français) , ou de suivre le quartier général de Napoléon. Le roi se décida pour le dernier parti , puisqu'il paraissait lui laisser plus de liberté

Il arriva à Leipzig le i4 octobre, peu de temps après Pemperetur.

Séjour du Roi à Leipzig.

Les troupes saxonnes qui faisaient partie du septième corps d'armëe français y étaient arrivées dans les enyirons de Leipzig , le 17 au soir. Le lendemain , pendant la bataille y un officier vint rapporter au roi que la plus grande partie de sa cavalerie , attachée à ce corps , avait passé à l'ennemi , et que Pinfanterie paraissait résolue de satyre cet exemple , si elle ne recevait pas l'ordre de se séparer des Français. Le roi répondit par un ordre écrit , « que ses « troupes ne pouvaient prourer mieux leur attachement à « sa personne qu'en remplissant strictement leur devoir; « et que du reste il plaçait une confiance entière dans leur «c fidélité >• Rien n'aurait pu engager le roi à dissoudre , autrement que d'une manière franche et ouverte , les liens politiques qui l'attachaient encore à Napoléon. Le roi apprit peu d'heures après y par le général de Zeschau , que tes régimens d'infanterie avec toute l'artillerie araient passé dans les rangs des armées , à l'exception de près de sept cents hommes que leur chef arait réussi de ramener à Leipzig , où ils fiirent réunb aux grenadiers de la garde du roi. Dans la nuit du 18 au 19, Napoléon fit prévenir le roi y par le duc de Bassano , de la résolution qu'il avait prise de se retirer sur Erfort; il lui fit demander en même temps s'il préférait de suivre son quartier général , ou de rester à Leipzig; on ajouta que, dans le premier cas, toutes les mesures seraient prises pour sa sûreté* Le roi crut devoir profiter du premier instant de sa liberté , pour déclarer positivement et sans hésiter , au ministre français , qu'il resterait à Leipzig, et qu'il se remettrait à la générosité et à la justice des monarques coalisés. Il répéta cette déclaration à l'empereur lui-même , lorsque celui-ci lui proposa le len-

demain de l'accompagaer jasqa'à Weissenfels y cPoii il poarmit envoyer quelqu'un pour entamer des nëgociations ayec les alliés* Napoléon étant parti de Leipzig y le roi donna Fordre à ses troupes , rassemblées sur la place , de ne point eommettre d'hostilité à l'entrée des troupes alliées* Sur ces entrefaites , le magistrat de Leipzig avait résolu d'euToyer m commandant en chef des aimées alliées une députa tion ; et le colonel de Ryssel , qui devait accompagner cette dernière conime parlementaire , fut chargé de réclamer , au nom du roi » sa protection pour la ville. Cet officier rapporta , à son retour , que l'empereur Alexandre , auquel on l'aTait adressé y lui avait répondu : « Qu'il était là à la tête I de trois cent mille hommes pour prendre la ville , si elle t refusait d'ouvrir ses portes , et que , quant au roi , il le c regardait comme son ennemi , et ne pouvait pas entrer eu f négociation avec lui »• Le roi n'a su que plus tard , par des personnes qui s'étaient trouvées alors à la suite de S. M. I. , que le colonel de Ryssel n'avait pas saisi ni rendu exactement les paroles de l'empereur* Si l'on considère d'ailleurs la position oii se trouvait le roi dans ces momens , on se convaincra aisément que » loin de vouloir arrêter les progrès des alliés , le roi ne pouvait avoir d'autre intention ^e de terminer aussi promptement que possible la crise sospendue sur la ville j et que tout autre motif qu'on voudrait supposer à la démarche qu'il fit faire à cet effet , se trouverait également peu analogue à la circonstance et à la franchise naturelle du roi*

Le général ToU , qui arriva peu après chez le roi , l'ayant sommé de i&ire évacuer la ville par les troupes qui s'y trouvaient 9 S* M. envoya chez le commandant français pour l'engager à les retirer \ mais celui-ci venait de quitter la ville , qui fut au même instant enlevée de vive force par les troupes alliées* Les bataillons saxons s'abstinrent de toute résistance , et le colonel de Ryssel les conduisit in-

cessammeat bors de la ville , pour les remettre à Femperear Alexandre.

Le prince royal de Snède , qni était entré dans la ville avec les premières colonnes^ vint chez le roi Passnrer de ses sentimens d'amitié , et le roi était encore en conversation aYCC lui , lorsque des cris d'allégresse de la part des habitans annonçaient l'arrivée de l'empereur de Kussie et du roi de Prusse. Le prince royal quitta de suite le roi pour salaer ses augustes alliés , et le roi descendit immédiatement; mais, arrivé à la porte de la maison , il eut le chagrin de ne plos pouvoir joindre les souverains , qui avaient suivi les troupes sans s'arrêter. Le roi envoya sans délai chez les monarques, ses aidés de camp, pour leur demander la permission de les voir, et reçut de ta part de l'empereur Alexandre la réponse : « Qu'il « aurait de ses nouvelles. » Il ne reçut pas de réponse de S. M. Prussienne; et l'empereur d'Autriche n'a^ut Êiit que passer par la ville , avait continué son voyage. Dans l'aprèsdîner , le conseiller privé d'Anstett vint notifier au roi , de la part de l'empereur de Russie , a Que son maître déclarait « S. M. son prisonnier, et qu'une entrevue ne pouvait être « que désagréablepour les deux parties ».

Les démarches fôites dans l'intervalle et après par le ministre du roi auprès des puissances alliées y menèrent aussi peu au résultat désiré que les lettres que le roi écrivit aux empereurs dans la nuit du 19 au ao»

Départ pour Berlin*

Le 21 au soir, le baron d'Anstett porta au roi la réponse de l'empereur son maître , avec son invitation « de quitter Leipzig , et de se rendre avec sa Êimille dans les états de S. M. Prussienne, oh l'un des aides de camp impériaux et lui-même avaient l'ordre d'accompagner S. M. » Les instances du roi pour obtenir l'agrément de rester dans ses Etats

étant restées également sans effet, le roi fut obligé de se mettre en route le 23 octobre , et arriva à Berlin le 26.

Démarches du Roi pendant sa captivité'.

Le baron d'Anstett, après avoir conduit jasquc- là le roi, repartit aussitôt pour le grand quartier général; le roi lui fit remettre une note exprimant de nouveau son désir de justifier sa conduite politique auprès des souverains alliés, et d'être admis dans la coalition.

Au commencement du mois de décembre le général Watzdorff fat envoyé à Francfort, oh les quartiers généraux se trouvaient encore réunis, pour entamer des négociations et solliciter le retour du Roi dans ses États* Le général fut admis l l'audience des ti:ois monarques , et reçut des assurances de leur intérêt pour le roi , mais sa demande ne fut point accueillie.

Le roi , désirant donner aux puissances alliées une nou- Yelle preuve de la sincérité de ses intentions et de sa confiance illimitée, s'adressa à S. M» l'empereur de Russie, en date du 24 décem., pour obtenir la permissionpour le prince Frédéric, son neveu , d'assister à la campagne. Un mois plus tard, le roi offrit par lé même motif à S. M* L de remettre aux ordres des souverains alliésla forteresse de Kœnigstein, et demanda, en même temps son enti*emise pour faire parvenir à son ministre à Paris Tordre de suspendre ses fonctions : Fune et l'autre de ces offres restèrent sans réponse.

Quelque affligeant que fût ce silence pour le roi , il persévéra dans la ligne de conduite que S. M. l'empereur Alexandre loi avait tracée en l'invitant par écrit à Leipzig, « de lui vouer une confiance entière. »

II se défendit toute plainte et toute réclamation auprès d'autres cours pour obtenir leur intercession. Il n'a pas cberché à mettre quelque entrave aux opérations du gouverne-r

ment général établi en Saxe, et il a £iit apporter toute la franchise et la prévenance possibles aux communications qui ont eu lieu entre son ministre et le chef de ce gouyernement, par rapport à divers objets d'administration. Il a supporté avec calme et patience des mesures inconyenanles et attentatoires à sa dignité , émanées de l'autorité intérimistique en Saxe , se persuadant qu'elles ne sauraient être que désavouées par l'empereur , et que la décision prochaine de son sort y mettrait un terme. Il s'est flatté enfin que les pratiques et insinua* tions dont on s'est servi pour détourner l'amour de son peuple , et pour lui nuire dans l'esprit des souverains alliés ^ devaient échouer contre le souyenir d'un règne de près d'an demi-siècle , marqi]^ par la plus stricte loyauté , et les efforts constans d'accomplir ses devoirs comme souverain.

En attendant^ les armées coalisées avaient atteint leur but , et vu combler leurs vœux par les succès les plus bril* lans et les plus complets. La nouvelle de la prise de Paris étant arrivée à Berlin , le roi s'est empressé de féliciter par écrit les monarques alliés , et de leur témoigner son intérêt sincère à un événement qui , en rendant à la France son souverain légitime, promettait à l'Europe le rétablissement de la paix si ardemment désirée. Il a réclamé en même temps de leur justice la prompte décision de son sort. Le roi n'eut pas non plus de réponse à ces lettres. Enfin, le traité de paix avec la France étant prêt à être signé, et l'époque s'approchant où S. M. l'empereur de Russie devait repasser par l'Allemagne, le roi lui fit demander une entrevue; mais le général de Watzdorff, qui avait suivi Fempereur à Londres, reçut de sa part la réponse qu'il était impossible à S. M. I. de donner au roi le rendez -vous désira; qu'on s'occuperait de ses intérêts au congrès de Vienne , et qu'au reste S. M. I. renouvelait les assurances de sa bonne volonté pour le roi , qu'elle avait déjà données à Francfort.

Résumé desfaits»

En rësomant les faits contenus dans cet exposé simple de la marche politique du roi et de sa position Tis^à-vis des puissances alliées , on se flatte d'ayoir démontré d^une manière évidente pour tout homme impartial :

1® Qne le roi de Saie n'est pas déchu, par sa conduite comme souverain et comme membre du corps germanique de ses anciens titres à la reconnaissance de son peuple, et à la confiance de l'Allemagne et de l'Europe entière \

2^ Que pendant le temps de k prépondérance de Napoléon, le roi n'a cédé qu'à la loi du plus fort , sans jamais démentir ses principes de justice et de loyauté;

Z^ Qu'il a été le premier des princes de la confédération da Rhin qui ait &it des démarches franches et sincères pour se détacher de ce lien politique ;

4^ Que si ces démarches n'ont pas été suivies du résultat désiré , ce n'est pas à lui , mais à la force irrésistible des circonstances qu'il faut lattribuer ;

3^ Que l'amour et le bien de son peuple ayant été le motif qui a dirigé la conduite du roi , ce motif doit la mettre audessus du blâme ;

6^ Qne le roi n'a jamais été Tennemi direct d'aucun des souverains alliés , qu'il ne leur a apposé des forces militaires que tant que la force prépondérante l'y oblig^it malgré lui, et qu'il a profité avqç empressement et sincérité du premier instant libre pour se rapprocher d'eux ;

7^ Que durant sa captivité U a prouvé à ces monarques une confiance illimitée.

Le roi se flatte .que les souverains alliés ne se refuseront pas à l'évidence des corollaires qui piit éié tirés des 6iits développés dans le présent exposé de sa conduite politique. Leurs sentimens de justice lui garantissent même qu!ils prendront en considération ce qui a été dit pour la justifica-

tion de cette conduite, et qu'ils agiront en consëquence. En attendant la captiyité du roi dure encore, sans que S. M. puisse s'en expliquer les motifs. Il est vrai qu'il s'est répandu à cet égard différens bruits alarmans. On a même prétendu qu'il est question de priver le roi , soit de la totalité, soit d'une partie de ses États héréditaires , contre un dédommagement. Le roi n'y ajoute aucune foi* Sa ferme confiance dans les souverains alliés , dans les principes de leur coalition publiquement annoncés, et dans son droit, s'y oppose.

D'ailleurs , aucun équivalant ne pourrait le dédommager de la perte de ses Etats héréditaires, ni de<5elle d'anciens et fidèles sujets. Les droits du roi ne sont pas éteints par sa captivité; et le droit de conquête, s'il en est un de bien fondé, a aussi ses bornes, et ne saurait au moins être exercé contre un prince qui n'a pas déclaré la guerre aux alliés , ni recherché d'y prendre part; qui a tâché plutôt de s'y soustraire et qui ne s'est joint de nouveau à l'ennemi des alliés , qu'après que les deux tiers de son royaume se trouvèrent déjà au pouvoir de cet ennemi , et qu'il fut menacé de la perte du tout poar toujours. Indépendamment de cela serait*il conforme à l'équité de faire valoir un droit de conquête contre un prince qui , d'après ses principes de modération , et d'après la position et le peu d'étendue de son pays, ne peut jamais devenir dangereux à des voisins infiniment plus pnissans,et qui depuis presqu'un demi-siècle n'a connu d'autre soin ni d'autre désir que de rendre ses sujets heureux et de mériter l'estime et la confiance de ses voisins? S'agirait-il peut-être seulement du démembrement d'une partie de la Saxe , dans la vue d'assurer le repos de l'Europe en agrandissant davantage d'autres grands États , ou en leur donnant une frontière militaire plus forte, ou enjes dédommageant des cessions qu'ils feraient ailleurs ? Dans ce cas, pareille mesure , uniquement fondée sni^ la convenance serait nou-

seulement injuste , d'autant plus qu^elle ne frapperait que la Saxe seule , qui, on le répète y n'est pas dangereuse pour les grands Etats , ses yoisins , dont la sûreté , par conséquent , nfezigepas une extension de frontières à ses dépens; mais elle manquerait aussi son but , tant parce que de semblables moyens d'arrondissement ne soot propres qu'à jeter les germes de défiance et d'éloignement entre les souverains et les sujets, on de dissensions entre les sujetsanciens et nouveaux, que parce qu'en général il est difficile de les renfermer dans de justes bornes^ et qu'ils donnent souvent lien à de nouvelles guerres.

Par toutes ces considérations , Te roi croirait faire injure aux souverains alliés en leur supposant de pareilles desseins, quand même ils n'auraient pas déclaré à la face de l'Europe que leur intention n'était point de faire des conquêtes , mais de rétablir l'ancien ordre légitime des choses , et de conquérir une paix solide et durable. Us sont restés jusqu'ici fidèles à ces principes , et ont remis les anciennes dynasties en possession de leurs États. Pourquoi voudraient-ils en iàire une exception en défaveur de la Saxe seule? Voudraiton en effet priver le roi de Saxe de la totalité ou d'une partie de ses États, tandis que les autres princes, qui ne se sont pas détachés plus tôt que le roi de leurs liens avec l'empereur Napoléon , ou s'ils l'ont fait, trouvèrent moins d'obstacles dans les circonstances, en ont seulement conservé les pays acquis par son appui, mais obtiendront peut-être même encore, enpartie,des agrandissemens de territoire ? Après avoir fait la guerre au système arbitraire et envahisseur de l'ancien gouvernement français, pourrait'On vouloir agir dans le même sens? Non! les souverainsalliésont, lors de l'occupation delà Saxe, fait déclarer à la nation , parle département central d'administration et par le gonvernement général , qu'ayant toujours devant les yeux l'objet de délivrer l'Allemagne du jougétranger, ils n'emploieraieiit, pour aucun autre but 9 les moyens

des pays repris; et dans cette dëdaraiion , il a ^t^ aussi pea question de considérer ou traiter la Saxe comme pays conquis y que dans la lettre que S. M • l'empereur de Russie écrivit au roi à Leipzig, pour l'informer <c que les mesures militaires exigeaient son éioignement de la Saxe » expressions qui devaient faire concevoir au roi l'attente qu'il lui serait permis après la paix de retourner dans son royaume.

Qu'est-ce donc qui l'empêche encore ? Voudrait-on peutêtre punir le roi de la déférence qu'on lui reproche d'avoir eue pour l'empereur Napoléon pendant ses engagemens avec lui? Aucun souverain n'en a le droit, presque tous s'étant trouvés dans le même cas. D'ailleurs , ita été stipulé dans le traité de paix de Paris, que les hautes parties contractantes veulent mettre et faire mettre dans un entier ouhli les divisions qui ont agité l'Europe. Pourquoi le roi devrait-il continuer à porter seul la peine de tous , et pourquoi devrait-il rester prisonnier de guerre , après que la guerre est termi* née? ha, connaissance qu'a le roi de la justice et des nobles sentimens des monarques alliés, éloigne donc de sa pensée toutes ces appréhensions , et le confirme dans la confiance qu'ils lui accorderont bientôt la demande de sa remise en li« berté et de sa réintégration dans la possession de ses États et dans la jouissance de tous ses droits. Il est impossible que ces monarques puissent rester plus long-temps indifférens h fa situation du roi, la plus dure qu'aucun souverain ait jamais éprouvée. Après avoir e&suyé pendant toute une année la douleur d'être témoin des maux sans nombre qui pesaient sur la Saxe , et de la ruine d'une grande partie de ses provinces, le roi, partageant avec ses sujets l'espoir de la délivrance du royaume par la bataille décisive de Leipzig, s'empressa de se jeter entre les bras des alliés , se flattant de pouvoir employer sous sa direction le reste des moyens du pays pour le but commun , et de voir renaître , sous la protection des alliés , le repos et le bien-être de ses sujets. An

liea d'être ëcoutë , le roi fut déclaré prisonnier de gnerre , éloigné de son royaume. Depuis près de neuf mois on le retient captif, et séparé de sa jEimilIe et de son peuple.

D'un autre coté , les mesures prises par le gouvernement général ont concouru à augmenter les peines et les chagrins do roi* On a saisi ce qui était resté d'argent dans sa caisse particulière, à son départ de Dresde. En dernier lieu, on s'est fait délivrer parle commandant de Kœnigstein la raisselle du roi qui était déposée , sous prétexte de la faire gar- (iler ail cl^teau royal ; tandis qu'incontinent après on l'a mise en gage pour un emprunt. De semblables mesures n'entrent certainement pas dans le sens de la volonté des monarques alliés, qui en ont usé partout avec les plus grands ménage^ mens' pour la propriété privée des souverains. On retient les apanages des princes frères du roi , et de la princesse Cn* nëgonde sa tante. Ce n'est que depuis peu qu'on leur a £)it espérer un très petit à compte* On refuse les nppointemens à une grande partie de la maison du roi , ainsi qu'à ses légations. Le gouvernement général n'a aucun égard aux représentations qui lui ont été faites à ce sujet , prétextant l'épuisement des caisses, et les besoins plus pressens de l'État; tandis qu'il emploie des sommes assez considérables pour l'embellissement des places et pour les divertissemens publics, etc.

Lors de son établissement, le gouvernement général avait annoncé , que , pour autant qu'il serait conciliable avec les rapports subsistans , la constitution du pays et les formes constitutionnelles de la marche des affaires seraient maintenues et observées. Cependant, sans que le but de l'occupation militaire du pays l'eût exigé , on a supprimé et réformé entre autres plusieurs conseils administratifs ou judiciaires constitutionnels, et on a fait des changemens dans la législation civile : réformes dont le bulletin des lois du gouvernement général fait foi , et que le roi lui-même né se serait pas permises sans prendre auparavant l'avis des Etats. Abstraction

faite, que de pareils changemens sortent des bornes d'un gouTcrnement provisoire, on a à se plaindre, en particulier, de ce qu'ils se font en partie dans l'intention d'accréditer l'opinion que]^le roi ne retournerait jamais dans le royaume. C'est dans ce sens qu'on a £iit , par exemple , des reformes dans l'organisation de la cour et de la maison du roi. Plusieurs lois et ordonnances de ce gouyernement, renferment des censures déplacées de la constitution telle qu'elle a subsisté; elles ont, de même que les couleurs fausses et odieuses qu'on prête publiquement à la conduite politique du roi , la tendcince manifeste d'affaiblir Pattacbement des sujets pour leur souverain. On étouffe yiolemment le yceu de la nation pour le retour du roi , et l'on cbercbe même à empêcber que ce yœu ne parvienne aux souverains alliés. Gomment peut-on oser en imposer à des monarques qui savent apprécier des sujets fidèles , et qui se sont occupés jusqu'à présent à raffermir entre eux et leurs souverains cet ancien lien d'amour cordial, dont le baut prix s'est manifesté de la manière la plus brillante dans la lutte qui vient d'être terminée, qui en a même décidé, et sans lequel il n'y a ni repos ni bonbeur pour les nations. Sans doute , ces monarques accorderont volontiers à la nation saxonne l'accomplissement du yœu 9 que son souverain , dont la vie n'est consacrée qu'à son bonbeiîr , lui soit bientôt rendu , et que le royaume qu'elle babite conserve son intégrité et son indépendance ; à cette nation qui , nonobstant que depuis sept ans elle ait éprouvé de grandes calamités , et que dans la dernière campagne elle ait été épuisée presque jusqu'à l'inanition par les événemens de la guerre et les maladies contagieuses , a néanmoins satisfait de 1^ manière la plus distinguée à l'appel de prendre part à la lutte générale ; qui a prouvé de nouveau son amour pour le droit et la -liberté; qui s'est acquis une baute considération parmi tous les peuples, par sa loyauté , par son attacbement à son souverain et

i sa patrie y par sa calture , sa frugalitë , son industrie et son commerce étenda dans toutes les parties de PEurope; à une nation enGn qui occupe une des premières places dans Panion des États germaniques , et ne manque pas de titres à an accroissement de puissance , tandis que toute diminution de son ëtat de possession ne saurait qu'altérer Pëquilikre intérieur de l'Allemagne , en paraissant sanctionner un principe aussi dangereux pour l'ensemble du corps que funeste pour l'individu qui en serait frappe le premier.

Elle peut donc prétendre y du meilleur droit , à être protégée efficacement contre sa séparation de son souverain , et contre» toute diminution de territoire* Il lui est permis d'y compter avec d'autant plus de confiance que S. M» l'empe- Ror de Russie l'a prise sous sa protection particulière , a rendu publiquement y en plusieurs occasions , justice com- : plète à ses efforts pour la cause comniune , et lui a fait promettre par le gouvernement général son intégrité. Le roi ^en tient également à celte assurance par une suite de la confiance entière que ce monarque lui a demandée , en lui témoignant l'espoir que les événemens mettraient S. M* I« imême de prouver son amitié et son intérêt à la dynastie royale. La Providence a béni les armes des alliés. La paix est £iile , et le moment est venu où rien ne peut plus empêcher ces souverains de suivre les mouvemens de leurs cœnrs généreux , ni le roi d'appeler définitivement leur attention à sa situation. Il met sa confiance en Dieu y en son {<lroit, eX en la justice et la loyauté des cours alliées. Fait à Berlin, au mois de juillet i8i4-

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