MÉMOIRE RAISONNÉ
sua LE SORT DE LA SAXE ET DE SON SOUVERAIK, Distribué par les pleoipotentiairet frasçais , à Tienne y
Prince de TALLE YRÀHD , duc de DALBBHG , comte de lYoAlUJKt.
La question sar le sort de la Saxe et de son soayerain j peat être envisagée sons le double rapport du droit et de Putilile\ On parle du royaume comme d^un pays yacant , du roi comme d'un criminel qui n'a plus rien à attendre, si ce n'est peut-être de la clémence.
Le roi n'a point abdiqué ; si donc il a perdu ses droits , il faut nécessairement de deux choses l'une : ou que la conquête seule ait pu les lui faire perdre , ou qu'un jugement l'en ait privé.
Quand l'oppresseur de l'Europe disposa du Hanovre, qu'il avait conquis, loin de reconnaître qu'il avait pu en disposer , l'Angleterre déclara la guerre à la puissance qui avait consenti à le recevoir de lui.
Quand , par représailles , celle-ci donna la Guadeloupe à la Suède, le même oppresseur de l'Europe réprouva, à son tour , sa doctrine que la conquête seule peut 6 ter la souveraineté. L'Angleterre et son ennemi ont donc également rejeté cette doctrine ; la conquête n'a donc pas pu rendre le royaume de Saxe vacant.
Le roi de Saxe n'a certainement pas été jugé , car il n'a été y ni cité ni entendu; il est donc tout au plus dans le simple état d'accusé , c'est-à-dire , dans un état oii celui qui s'y trouve ne perd pas même le droit d'être tenu pour innocent jusqu'à ce qu'il ait été condamné.
Si le roi de Saxe devait être jugé y par qui le serait-il? Serait-ce par ses accusateurs ? Serait-ce par ceux qui veulent profiter de ses dépouilles ? Serait-ce par ceux dont la politique a seule crée cette nécessité qui Tabsont de toutes les &ates qu'acné aurait pu lui faire commettre?
Serait-il jugé par la Saxe ? La Saxe le rappelle de tous ses Tœux. Par l'Allemagne ? L'Allemagne désire , avant tontes choses, qu'il soit rétabli dans ses droits. Par le congrès? Quel est celui d^entre les ministres qui doivent le former , qui a reçu une telle mission ?
Bflais à quoi bon ces questions? Est-ce aux sonrerains de F£arope qu'il faut dire que les rois n'ont d'autre juge qae celui qui juge les justices? Et doit*on craindre d^entendre les maximes contraires , de la bouche des ministres <)ece$ souverains?
Le roi n'a point été jugé , il ne pouvait pas l'être. Gpmnent donc serait-il condamné ?
Admettons , pour un moment , qu'il puisse l'être et qu'il le soit : d'après quel principe de justice la peine portée contre lui serait-elle étendue aux princes de sa ligne , et ^ ceax de la ligne ducale qui ont combattu dans les rangs lies alliés , qui ont versé leur sang , qui ont tout sacrifié fonr la cause commune ? La confiscation que les nations éclairées ont bannie de leurs codes , serait-elle introduite la dix-neuyième siècle dans le droit général de l'Europe? On la confiscation d'un royaume serait-elle moins odieuse , fue celle d'une simple chaumière?
Quand Charles-Quint, chef de l'empire^ dont Jean-Fréliéric n'était que vassal , et dont , conséquemment , il était jputiciable , transféra l'électorat de la Saxe , il ne le transféra point à une autre maison.
L'Europe réunie , si elle pouvait juger le roi de Saxe , terait-elle moins juste que ne le fut €harles«Qnint ? Les piissauces alliées qui ont roula restaurer l'Europe , yen-
lo.
lent-elles , d'ailleurs , imiter les exemples que leur ofire le rcfi;ne de Charles-Quint*
Eu toute chose , considérons les suites. Agir comine si la conquête seule donnait la souyerainetë, c'est anéaniir le droit public de l'Europe , et la placer sons l'empire exécutif de l'arbitraire et de la force. Se constituer juge d'un souyerain , c'est sanctionner toutes les rëyolutions; k tenir pour condamné y lorsqu'il n'est pas et qu'il ne pent pas même être jugé , c'est fouler aux pieds les premiers principes de la justice naturelle et de la raison même.
Maintenant, à qui la disposition que l'on prétend feire de la Saxe, serait-elle utile?
A la Prusse ? Deux millions de sujets qui , d'ici à pins d'un siècle, peut-être, ne s'affectionneraient point à la dynastie nouvelle, qui se sentiraient opprimés, et croiraient légitime tout moyen de sortir d'oppression , seraient pour elle une cause permanente d^embarras , d'inquiétude et de danger. On vent fortifier la Prusse, on l'aura, réellement affaibli. Est-ce, d'ailleurs, la Prusse qui a droit de s'approprier les biens de ses voisins? Oublie-t-on la protection qu'elle a donnée à l'Allemagne par les négociations à £àle , à Rastadt , à Katisbonne , en i8o5 , à Vienne.
A rAllemagne? Pour savoir quels sont ses intérêts, u n'y a qu'à consulter son vœu. Les princes n'ignorent assurément pas ce qu'ils doivent désirer ou craindre; or tous» à l'exception d'un seul , disent que c'en est fait de l'Alia* magne, si la Saxe est sacriBée.
La situation de TAllemagne est un des obstacles lesplos forts à la réunion de la Saxe à la Prusse; mille feux y cou* vent la cendre. Cette réunion serait peut-être rétinceUl qui embraserait tout! Si cela arrivait, la France resterait» elle spectatrice tranquille de ces discordes civiles? H ^ plutôt h croire qu'elle en profiterait , et peut-être ferait-eW sagement d'en profiter*
A FAngleterre ? Elle , à qui il &ut surtout des marches , qne gagnerait-elle , si Pune des plus grandes villes de commerce de l'Allemagne , thdâtre d'une des plus grandes foires h pays et de l'Europe , et jusqu'ici sous la domination dion prince avec lequel l'Angleterre ne pourrait jamais iToir des dëmélës , passait sous Li domination d'une puis- «nce avec laquelle elle ne peut être sûre de conserver un« étemelle paix ?
Un autre prétexte alldguë en faveur de la réunion de la Saie à la Prusse , c'est qu'on veut faire de cette dernière ne barrière contre la Russie. Mais les souverains des deux pays sont unis par des liens y qui font , que tmt qu'ils virront tous deux , l'un n'aura rien à craindre de l'autre ; cette |nrécaation ne pourrait donc regarder qu'un avenir fort éloipé; mais que diraient ceux qui appuient avec tant de chalenr le projet de réunion, si , témoins de cet avenir, ils ▼oyaient la Prusse s'appuyer de la Russie , pour obtenir en Allemagne une extension qu'ils lui auraient facilitée , et ïppuyer à son tour li Russie dans des entreprises sur l'em^ pire ottoman ? Non-seulement la chose est possible , elle ttt encore probable , parce qu'elle est dans l'ordre naturel.
L'union de l'Autriche et de la Prusse est nécessaire an Kpos et à la sûreté de l'Allemagne; mais la disposition qa'on prétend faire de la Saxe , serait 'la chose du monde la plus propre à rallumer une rivalité qui a duré jusqu'aux astres de la Prusse , et que ces désastres ont suspendue , nais n'ont pas peut-être éteinte.
Ainsi y ces dispositions iraient contre le but même qui les aurait fait faire , et d'un premier mal naîtraient une feule de maux. Reconiiaissons donc que l'injustice est un Savais fondement , sur lequel le monde politique ne sau«< nit bâtir que pour sa ruine.