DE LA GUERRE
Toas les yœax de la Russie pour rester en paix avec an empire limitrophe ont été inatiles* Contrainte , malgré sa longue patience et de coûteux sacrifices , h confier aux armes le soin de protéger ses droits dans le Levant , et d'imprimer à la Porte ottemane le respect des traités , elle développera les moti& toot à la fois impérieux et justes qui lui imposent la pénible nécessité d'une telle détermination.
Seize années se sont écoulées depuis la paix de Bucharest^ et seize années, ont vu la Porte enfreindre les stipulatioùs qa'elle venait de conclure , éluder ses promesses y ou en su- Wdonner Paccomplissenient à d'interminables délais* Trop de preoves , que le cabinet impérial citera , démontrent cette tendance aveuglément hostile de la politique du divan* Dans plus d'une occasion y et surtout en 1821, elle prit, à l'égard de lafi.ùssie, un caractère de provocation et d'inimitié ouvertes. Elte le r^rend depuis tix>is mois par des actes solennels et des mesures: dé notoriété européenne.
C'est le jour ok, en quittant Constantinople) les ministres de trois puissances 9 unies par une transaction désintéressée , dans une cause qui est celle delà religion et de l'humanité 8ou{£raute, e:{priinaient encore le vif désir de conserver la paix; lejour où ils en indiquaient le &cile moyen , et oh la Porte protestait également de ses intentions pacifiques f
c'est te même jour qu'elle a appelé aux armes contre la Russîe tous les peuples qui professent le culte de Mahomet ; qu'elle l'a proclamée l'implacable ennemie de l'islamisme; qu'elle l'a accusée de vouloir renverser l'empire ottoman ; qu'enfin , avouant elle-même sa résolution de négocier uniquement pour s'apprêter à combattre p et de ne jamais rem* plir des articles essentiels de la convention d'Âkerman , elle a déclaré ne l'avoir conclue que dans le seul dessein de la rompre. La Porte n^ignorait pas que c'était rompre aussi tous les traités antérieurs, dont la convention d'Akerman a stipulé le renouvellement ; mais elle avait arrêté d'avance ses décisions et sa marche.
 peine le grand-seigneur a-t-il parlé anx vassanx de sa couronne , que les privilèges du pavillon russe sont violés, les bâtimens qu'ils couvraient détenus ; leurs cargaisons saisies ; leurs capitaines contraints de les livrer à des prix fixés arbitrairement ; les valeurs d'un paiement incomplet et tardif , réduites de moitié; bientôt même les sujets de S. M. I* forcés de descendre à la condition de rayas, ou de quitter en masse tous les territoires de la domination ottomane. Cependant le Bosphore se ferme ^ le commerce de la mer Noire est comme enchaîné ; la ruine des villes russes , qui lui doivent leur existence , devient imminente , et les provinces méridionales des Etats de Tempereur perdent le seul débouché de leurs produits , la seule communication maritime qui puisse , en y favorisant les échanges , y féconder le travail , y porter l'industrie et la richesse* Mais les litni* tes de la Turquie ne suffirent pas à l'activité de ces malfeisantes dispositions. Quand elles éclatèrent à Gonstantinople, le général Paskévitch , à la suite d'iUne glorieuse cam* pagne , négociait avec la Perse une paix , dont la cour de Téhéran avait déjà accepté les conditions. Tout à coup il fut surpris des lenteurs qui succédèrent à l'empressement de signer une convention approuvée des deux parts dans
tousses articles* Après les délais Tinrent les difficul tes , après les difficultés les intentions belliqueuses : et , d'un côté , l'altitude des pachas du yoisinage , armant à la bâte ; de Pautre , des renseignemens certains , des aveux positifs , nous révélèrent le secret des promesses de diversion, qui nous coadainnaient à de nouveaux efforts.
Ainsi , par ses proclamations , le gouvernement turc publiait le dessein de rompre ses traités avec la Russie > et déjà, par ses mesures , il les mettait au néant. Ainsi, il lui annonçait la guerre dans un prochain avenir; et déjà , en réalité, il la faisait à ses sujets et à son commerce. Il la ranimait oii elle venait de s'éteindre.
La Russie n'insistera pas sur les motifs qui Pautorisent à ne point tolérer des actes d'hostilité aussi manifestes, et à en empêcher le retour. Si un État pouvait abandonner ses intérêts les plus chers , immoler son honneur , et répudier des transactions qui sont pour lui , tout ensemble , des monumens de gloire et des garanties de prospérité , il se trahirait lai-mécne , et manquerait à ses devoirs en manquant à ses droits.
Mais de tels droits, de tels devoirs, deviennent plas positifs encore quand ils succèdent^ une évidente modération et aux témoignages éclatans des intentions les plus pacifiques.
Les sacrifices que la Russie s'est constamment imposés , dans le but d'assurer au monde une paix solide, depuis l'époque à jamais mémorable qui détrôna en même temps le despotisme militaire et le génie des révolutions 5 ces sacrifices, dictés par une politique généreuse, et aussi spontanés qu'ils ont été nombreux, l'univers les connaît, l'histoire des dernières années les atteste 5 et la Turquie elle-même , quoique peu disposée à les apprécier , et nullement en droit d'y prétendre ,en a éprouvé , à son tour , les résultats conserva^ .teurs.ElIe n'a cessé néanmoins de méconnaître l'utilité de
ses stipulations ayec le cabinet de Saint-Pëtersboarg , des traités fondamentaux de Kainardjë , de Yassi et^de Bucharest, qui , en plaçant son existence et l'intégrité de ses frontières sous la sauve-garde du droit public , deyaient , par une conséquence palpable , . coopérer à la durée de son empire. La paix de 1812 était à peine signée , que déjà elle crut pouvoir profiter impunément des conjonctures difficiles , mais fécondes en succès , où se trouyait alors la Russie , pour maltiplier les infractions aux engagemens qu'elle venait de prendre* Une amnistie avait été promise aux Servi eus: elle fut remplacée par une invasion et d'afjEreux massacres. Des immunités étaient garanties à la Moldavie et à la Yalachie : un système de spoliation acheva la ruine de ces malheureuses provinces. Les incursions des peuplades qui habitent la rive gauche duGouban, deyaient être prévenues par les soins de la Porte. Elles furent hautement encouragées ; et la Turquie , non contente d'élever , au sujet de plusieurs forteresses indispensables à la sûreté de nos domaines asiatiques y des prétentions dont elle-même a reconnu le peu de fondement par la convention d'Âkerman , les rendit doublement inadmissibles en favorisant aux bords de la Mer-Noire , et jusque dans notre yoisinage , le commerce des esclaves , les rapines et tous les genres de désordres. Il y eut plus : alors comme à présent 9 les yais&eaux sur lesquels flottait le pavillon de Russie furent arrêtés dans le Bosphore , leurs cargaisons saisies , et toutes les stipulations du traité de commerce de i^85 ouvertement violées. C'était an moment même ou la gloire la plus pure et de bienfeisans triomphes couronnaient, dans une cause sainte, les armes de S. M* l'empereur Alexandre, d'immortel souvenir. Il n'aurait tenu qu'à lui de tourner sa puissance contre la Porte ottomane. Mais vainqueur pacifique, et supérieur à tout ressentiment, ce monarque évita jusqu^à l'occasion la plus légitime de redresser ses propres griefs , et ne youlut point interrompre,
immëdiatement aprèsl'ayoir afFermie , cette paix rendue à l'Europe par de nobles efforts et de nobles pensées. Sa position lai offrait d'immenses avantages. Il renonça à s'en prëyaloir , pour entamer , dès l'année 1819 , ayec le goayemement tore , une négociation fondée sur le principe et le vœu d'obtenir exclusirement , à l'aide de la persuasion , des ga* ranties d'ordre, de fidélité aux conventions en vigueur, et de rapports mutuels, satisfaisans et paisibles , garanties que sa main victorieuse aurait pu imposer à la Porte , hors d'état de lui résister.
Une si hante modération ne fut pas comprise. Pendant cinq ans , le divan se raidit contre les ouvertures conciliantes de l'empereur Alexandre , s'appliqua à fatiguer sa longanimité , à contester ses droits , à révoquer en doute sss bonnes dispositions , à braver même la prépondérance de la Russie , enchaînée par le seul désir de prolonger la tran* quiiiitë générale , en poussant la patience jusqu'à ses dernières limites.
£t cependant une guerre avec la Turquie n'entraînait ancune complication des rapports de la Russie avec ses principaux alliés. Nul pacte de garantie , nulle solidarité politique ne rattadhaient les destinées de l'empire ottoman anx stipulations réparatrices dei8i4 et i8i5, à l'ombre desquelles l'Europe civilisée et chrétienne respirait de ses longues discordes , et voyait les gouvernemens unis parle souvenir d'une gloire commune et par une heureuse identité de principes d'intention.
Après cinq années d'efforts bienveillans et soutenus de la part du représentant de la Russie , des tergiversations et des lenteurs du côté de la Porte , lorsque plusieurs points de la négociation relative à l'exécution du traité de Bucharest paraissaient devoir être résolus , un soulèvement général de la Morée, et l'irruption en Moldavie d'un chef de parti infidèle à ses devoirs , vinrent réveiller dans le gouver-
nement et dans la nation tarcpe tons les transports d'âne haine ayeaglc contre les chrétiens ses tribataires , sans dis* tinclion entre Pinnocent et le coupable. La Russie n'bësita pas un instant à frapper d^une juste réprobation l'entreprise du prince Ypsilanti. £lle autorisa comme puissance protectrice des deux principautés , les mesures de défense et de répression légitime adoptées par le divan y en insistant tootefois auprès de lui sur la nécessité de ne point confondre des populations inoffensiTCs avec les fauteurs de trQubles, qu'il importait de désarmer et de punir. Ces conseils furent repoussés ; le représentant de S» M. I. fut insulté dans sa propre demeure, l'élite du clergé grec et le patriarche , qai en était le chef , subirent au milieu des solennités de notre sainte religion un supplice ignominieux. Tout ce qu'il j avait d'élevé pariùî les chrétiens fut saisi , dépouillé, mas* sacré sans jugement; le reste prit la fuite. Cependant, le feu de Tinsurreclion , loin de se ralentir , se propageait de toutes parts. En vain le ministre de Russie essaya de rendre à la Porte un dernier service ; en vain, par sa note an 16 juillet 1821 9 il lui incliqua des voies de conciliation et de salut. Apre» avoir protesté contre des crimes et desfareurs , sans exemples dans l'bistoire ^ il se vit obligé de remplir les ordres de son souverain en quittant Gonstantinoplc. Ce fut dans ce temps que les puissances amies et alliées de la Russie , toutes intéressées au maintien de la tranquillité générale , s'empressèrent d'offrir et d'emplojer leurs bons offices à l'effet de conjurer l'orage qui allait fondre sur le gouvernement turc , frappé d'un aveuglement faneste. La Russie suspendit à son tour le redressement de ses trop justes griefs, dans l'espoir de parvenir à concilier ce qu'elle se devait à elle-même , avec les ménagemens que h situation de l'Europe et son repos , plus d'une fois compromis y paraissaient alors réclamer.' D'aussi grands sacrifices demeurèrent stériles. Tous les efforts des alliés de
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l'emperear échouèrent successivement coatre robstination de la Porte y qui , s'abusant peut-être sur les motifs de notre conduite , comme sur l'étendue de ses propres ressources , poursuivît l'exécution d'un plan destructeur contre les populations chrétiennes soumises à son pouvoir. La guerre arec les Grecs soulevés redoubla d'acharnement , an mépris des démarches qui , dès lors ^ eurent pour objet la^ pacification de la Grèce. — ^ L'attitude du divan devint de jour eu joar plus menaçante à l'égard de la Servie , nonobstant son exemplaire fidélité ; et l'occupation de la Moldavie et de la Yalachie se prolongea malgré les plus solennelles promesses faites au représentant de la Grande-Bref agne, malgré même l'empressement de la Russie à rétablir, dès qu'elles forent articulées , ses anciennes relations avecLi Porte. Tant de procédés hostiles devaient enfin lasser la patience de Pempeceur Alexandre. Il fit remettre au ministère ottoman, en octobre 1826 , une protestation énergique ; et quand une mort précoce l'enleva à l'amour de ses peuples, il venait de déclarer qu'il réglerait les affaires de Turquie selon les droils et les intérêts de son empire.
Un nouveau règne commen<^a et offrit des preuves nouvelles de cet attachement à la paix, dont le règne précédent lui avait légué le noble héritage. Dès son avènement wx trône, l'empereur Nicolas entama ^te& négociations avec la Porte ^ dans le but d'ajuster plusieurs différends qui ne regardaient que la Russie , et posa ensuite , le ^5 mars ( 4 avril) 1826, de concert avec S. M. le roi de la Grande- Bretagne , les bases d'une intervention hautement réclamée par le bien général. Un visible désir d'éviter des mesures octrêmes présidait h sa marche. D'un côté , S. M. I. , espérant de l'union des grandes cours, la cessation plus facile et plus prompte de la guerre qui ensanglante l'Orient , reaonçaità toute influence isolée, écartait toute idée de mesure exclusive dans cette question majeure ; de l'autre , par