‹ Traité complet de diplomatie; (volume 2)Chapitre 16 sur 82 · TOME m. Il · texte numérisé non relu

TOME m. Il

— lea —

ses négociations immédiates arec lè divan , elle s'efforçait de lever encore un obstacle à la réconciliation entre les Turcs et les Grecs. Sous ses auspices , les conférences d'A- Lemian s'ouvrirent. Elles aboutirent à la conclusion d'ane convention additionnelle au traité de Bucharesi, convention dont les clauses portent l'empreinte de cette modération réfléchie , qui , subordonnant toute demande aux principes immuables d'une stricte justice , ne consulte ni les avantages de position , ni la supériorité des forces , ni la ftcilité du succès. L'envoi d'une mission permanente à Gonstantinople suivit de près cet accommodement, dont la Porte ne pouvait assez se féliciter , et bientôt le traité du 6 juillet 1827 vint encore consacrer à la face du monde les maximes de désintéressement énoncés au protocole du 4 aVril. Il vint , en faisant la part des droits et des vœux d'un peuple infortuné , les concilier , à la fiiveur d'une combinaison équitable , avec l'intégrité , le repos et le vrai bien de l'empire ottoman. Les voies les plus amicales furent toitéespour faire agréer à la Perte les tcrities de cette transaction salutaire. De pressantes instances l'engagèrent h suspendre l'effusion du sang. Des communications franches , qui déroulaient à ses yeux tous les plans des trois cours , la prévinrent que , dans le cas d'un refus , leurs flottes réunies seraient obligées d'arrêter une lutte devenue încompatiMe avec la sûreté des mersi , les besoins du commerce ,- et la civilisation du reste de l'Europe. La Porte ne tint aucan compte de ces avertissemens. Un commandant des troupes ottomanes , aussitôt après avoir conclu un armistice provi* soire , viola sa parole , et finit par en appeler à la force. Alors eut lieu le combat de Navarin ; mais y résultat nécessaire d'un manque de foi prouvé et d'une agression flagrante, ce combat même fournit, à la Russie et à ses alliés , l'ocpasion d'exprimer au divan les vœux qu'ils formaient poar le maintien de la paix , et de l'inviter encore à la consolider ,

à retendre au Levant tout entier , à Fasseoir sur des clauses qai associeraient Tempire ottoman aux garanties r^iproques dont elles seraient accompagnées, et qui , moyennant d'otiles concessions , lui assureraient le bienfait d'une sëcn* rite profonde.

Tel est le système f tels sont les aetç3 anxqa^b la Porte a répondu par son manifeste du 20 décembre y et par des me^ sures qui constituent autant dUnfractions açx traités de la fiossie, autant d'insultes à ses droits , autant de graves at>teintes à sa prospérité conamerciale , autant de témoigna «^ ges du désir de lui susciter des embarras et des ennemis»

Placée dès lors dan3 une position où l^onneur de ses intérêts en souffrance ne lui permet plus de rester^ la Hossie déclare la guerre à la Porte ottonaane, non sans re» gretjmais après n'avoir rien négligé > pendant seize années consécutives, pour lui en épargner le malheur.

Les causes de cette guerre en indiquent suffisamment les objets.

Provoquée par la Turquie, elle fera peser à sa charge indemnisation des frais qu'elle entraine , et des pertes essayées par les sujets de S. M. I. — Entreprise pour remettre en vigueur des traités que la Porte regarde comme aon ayenos, elle tendra à en assurer l'observation et l'efficacité. Amenée par le besoin impérieux de garantir an commerce de la mer Noire et à la navigation du Bosphore, une liberté désormais inviolable , elle sera dirigée vers ce but, également utile à tous les états de l'Europe.

£n recourant aux armes , la Kussie , loin de se liirrer , comme le divan l'en accuse , à des sentimens de haine contre la puissance ottomane , ou d'en méditer la chute , croit avoir fourni la preuve convaincante que s'il entrait dans ses vues de la combattre à outrance , ou de la renverser , elle aurait saisi toutes les occasions de guerre que ses relations arec la Porte n'ont cessé de lui offrir.

La Russie n'est pas moins éloignée de nourrir des projets ambitieux. Assez de pays et de peuples reconnaissent ses lois, assez de soins s'attachent à Tëtendue de ses domaines.

Finalement , la Russie , pour être en état de guerre avec la Porte ^ par des motifs indépendans du traité du 6 juillet , ne s'est pas^écartée , et ne s'écartera pas des stipulations de cet acte. Il ne la condamnait point , il ne pouvait la condamner à sacrifier des droits antérieurs d'une hante importance' h tolérer des provocations directes , et à ne pas demander la réparation des plus sensibles dommages. Mais les devoirs qu'il lui impose , et les principes sur lesquels il se fonde seront ^ les uns remplis par elle avec une scrupuleuse fidélité' les autres observés sans déviation. Ses alliés la trouveront toujours prête à concerter avec eux sa marche dans l'exécution du traité de Londres , toujours empressée de concourir à une oeuvre que sa religion et tons les sentimens dont l'humanité s'honore recommandent à son active sollicitude , toujours disposée à ne profiter de sa situation actuelle que pour accélérer l'accomplissement des clauses du 6 juillet, et non pour en changer les effets on la nature.

L'empereur ne posera les armes qu'après avoir obtenu les résultats indiqués dans la présente déclaration, et il les attend des bénédictions de celui que la justice et une conscience pure n'ont jamais encore vainement imploré.

Donné à Saint-Pétersbourg, le i4 avril 1828.

Page 1