INSTRUCTIONS
Données à M. le baron *** ^ pour lui servir de direction dans sa mission en Pologne (1812).
Monsieur ,
L'empereur compte assez sur votre dévouement et sor votre habileté pour vous avancer dans sa confiance jusqu'à vous charger d'une mission du plus grand intérêt politique. Cette mission demande activité , prudence et discrétion.
Vous vous rendrez à Dresde ; l'objet apparent de votre voyage sera de présenter à S. M. le roi de ^axe une kttre que l'empereur vous remettra demain après son lever. S. M. I et. R. vous a déjà fait connaître ses intentions ; elk vous donnera verbalement ses dernières instructions sur les ouvertures que vous aurez à faire au roi de Saxe.
L'intention de l'empereur est que l'on agisse envers ce souverain avec les égards que lui mérite l'estime toute particulière que S. M. professe pour sa personne. Vous yova expliquerez , soit avec le roi , soit avec les ministres , avec une franchise sans réserve. Vous ajouterez foi aux notions que vous donnera M* le comte de Senft-^Pilsach.
De la part de la Saxe il n'y «lura point de sacrifice saiis compensation.
La Saxe tient peu à la souveraineté du duché de Varso» vie , tel qu'il existe aujourd'hui ? c'est une possession pré-
caire et onéreuse* La possession de ce fragment de la Pologne la place dans une fausse position à l'ëgard de la Prasse , de PAutriche et de la Russie* Vous développerez ces idées ; et tous traiterez cette question dans le sens de la discussion qui a eu lieu , le 17 , dans le cabinet de S* M. , en Totre présence. Vous trouverez le cabinet de Dresde peu disposé à vous combattre : sa diplomatie nous a présenté à plusieurs reprises les mêmes observations. Ce n'est doQc point d'un démembrement des Etats du roi de Saxe qn'il s'agit.
Après un cornet séjour à Dresde , tous annoncerez TOtre départ pour VarsoTie , où tous devrez attendre de nouveaux ordres de l'empereur.
S. M. I. prie le roi de Saxe de vous accréditer auprès de ses ministres polonais.
Vous concerterez à VarsoTÎe tos démarches arec le prince *** , chambellan de l'empereur , aTCc le général ***. Ces deux personnages descendent des plus illustres familles ie la Pologne ; ils ont promis de faire serTir l'influence dont ils jouissent parmi leurs concitoyens pour les porter à traTailler au bonheur et à l'indépendance de leur patrie. Vous devez donner au gouvernement du Grand -Duché une impulsion propre à préparer les grands changemens que l'empereur se propose d'opérer en faTéur de la nation polonaise.
Il faut que les Polonais secondent les desseins de l'empereur , et qu'ils coopèrent eux-mêmes à leur régénération. Us ne doiTcnt considérer les Français que comme de pois-" sans auxiliaires.
L'empereur ne se dissimule point les difficultés qu'il aura à éprouTer au rétablissement de la Pologne. Ce grand œuvre de politique doit contrarier les intérêts apparens et actuels de ses alliés.
Le rétablissement de la Pologne par les armes de l'em-
pire français est une entreprise hasardeuse, périlleuse même, où la France dcTra lutter également contre ses amis et contre ses ennemis. Entrons dans quelques détails.
L'objet que se propose l'empereur est l'organisation de la Pologne avec tout ou portion de son ancien territoire, en évitant la guerre, si cela est possible. Pour y parvenir y S» M. a donné des pouvoirs très étendus à son ambassadeur à Pétersbourg ; elle a envoyé a Vienne on négociateur qui est autorisé à traiter avec les principales puissances, h offrir de grands sacrifices en territoire de la part de Pempire français , comme indemnité des cessions à faire pour le rétablissement du royaume de Pologne.
L'Europe se partage en trois grandes divisions , l'empire français à l'ouest, les États de l'Allemagne au centre, l'empire russe à l'est, l'Angleterre ne peut avoir sur le continent que l'influence que les puissances voudront bien lui conserver.
Il faut empêcher , par une forte organisation du centre, que la Russie ou la France puisse un jour, en voulant s'étendre davantage , envahir la soureraineté de l'Europe. L'empire français jouit actuellement de toute Téncrgie de son existence : s'il ne termine en cet instant la constitution politique de l'Europe , demain il peut perdre les avantages de sa position , et succomber dans ses entreprises.
L'établissement d'un état militaire en Prusse , le règne et les conquêtes du grand Frédéric , les idées du siècle et celles de la révolution française , mises en circulation , ont anéanti l'ancienne Confédération germanique. La Conféd^ ration du Rhin ne tient qu'à un système provisoire. Les princes qui ont acquis voudraient peut-être la consolidation de ce système ; mais les princes qui ont perdu , les peuples qui ont souffert des malheurs de la guerre, les États qui redoutent la trop grande puissance de la France y s'opposeront au maintien de la Confédération du Rhin,
chaque fois que Toccasioa s'en présentera. Les princes , même agrandis par le nouveau système , tendront à s'en âoigner à mesure que le temps les consolidera dans les possessions qu'ils ont obtenues. La France finirait par yoir arracher de ses mains un protectorat que sûrement elle aurait acheté par trop de sacrifices.
L'empereur pense qu'à une époque finale , qui ne peut tarder à se produire, il conviendra de rendre la confédération des puissances de l'Europe à toute leur indépcn* dance.
La maison d'Autriche y qui possède trois vastes royaumes, doit être l'ame de cette indépendance , à cause de la situation topographique de ses Etats; mais elle n'en doit pas être la dominatrice. En cas de rupture entre les deux empires de France et de Russie , si la confédération des puissances intermédiaires était mue par une même impulsion , elle entraînerait nécessairement la ruine de Tune des parties contendantes. L'empire français serait plus exposé que l'empire russe.
Le centre de l'Europe doit se composer d'États inégaax en puissance qui auront chacun une politique qui leur sera propre; qui, par leur situation et leurs rapports politiques chercheront un appui dans le protectorat des puissances prépondérantes. Ces Etats sont intéressés au maintien de la paix , parce qu'ils seront toujours victimes de la guerre. Dans ces vues , après avoir élevé de nouveaux Etats, après en avoir agrandi d'anciens , afin de fortifier pour l'avenir notre système d'alliance , il est un intérêt majeur pour l'empereur et en même temps pour l'Europe , c'est d''établir la Pologne^ sans la réédification de ce royaume, l'Europe reste sans frontières de ce côté 5 l'Autriche et l'Allfemagne se trouvent face à face avec le plus puissant empire de l'anivers.
L'empereur prévoit que la Pologne comme la Prusse sera
par la suite Palliëe de la Russie ; mais si la Pologne lai doit sa restauration , l'ëpoque de l'union de ces États sera assex ëloignëe pour laisser l'ordre établi se consolider. L'Earope étant ainsi organisée , il n'y a plus de raison pour que la France et la Russie soient en rivalité ; ces deux empires auront les mêmes intérêts commerciaux , ils agiront d'après les mêmes principes.
Avant le refroidissement avec la Prusse , une première pensée de l'empereur avait été de faire une alliance solide avec le roi de Prusse , et de poser sur sa tête la couronne de Pologne. Il y avait moins d'obstacles à vaincre puisque déjà la Prusse possédait le tiers de ce royaume. On aurait laissé à la Russie ce qu'elle aurait voulu absolument garder ; on aurait donné des indemnités à i'Aatriche. La marche des événemens a £iit changer les projets de l'empereur.
Lors des négociations de Tilsitt, il a fallu créer des États précisément dans les contrées qui redoutaient le plus la puissance de la France. Le moment-^tait propice au rétablissement de la Pologne , quoiqu'il eût été l'ouvrage de la violence et de la force. Il aurait fallu prolonger la guerre ; l'armée française souffrait du froid et de la disette; la Russie avait des armées sur pied. L'empereur a été touché de$ sentimens généreux que lui témoignait l'empereur Alexandre. 11 éprouvait des obstacles de la port de l'Autriche. Il a laissé dominer sa politique par. un égal désir de signer une paix qu'il espérait rendre durable 9 si par l'influence de la Russie et de l'Autriche , l'Angleterre avait voula consentir à une pacification générale*
Après ce i^evers , la Prusse avait trop de haine contre nous popr ne pas chercher h modérer sa 'paissancei^ c'est dans cette vue qu'a. été organisé le Grand-^Duché- de Var^* vie. On lui a donn^ pour souverain le roi de 'Saxe y prince dont la vie entière a été employée à faire le bonheur de ses sujets. On a cherché à satisfaire les Polonais par des ins-
fîtttâons qui leur plaisaient et qui coDTenaient à leurs meeurs et à leur caractère. On a mal agi en tous sens.
La Saxe, sëpurëe de ses nouvelles possessions par la Prusse , ne pouvait , avec la Pologne , constituer un corps assez organise pour devenir fort et puissant. L'ouverture d'ime route militaire sur le territoire prussien , pour cornmuoicpier de la Saxe avec la Pologne » a grandement humilie la nation prussienne ^ et les Polonais ont gémi d'être trompés dans leurs espérances.
L'emper«ur stipub^it l'occupation des forteresses de la Prusse , pour être certain que cette puissance ne cherche^ rait point à rallumer la guerre. La campagne de 1809 a &it voir combien sa politique avait été prévoyante ; elle lui ayait fait prendre la ferme résolution de travailler sans relâche à terminer cette organisation de. l'Europe qui doit mettre fin à des guerres désastreuses.
Uempereur a. pensé qu'il devait se montrer fermidable p&r le ntnouLre de troupes qu'il poasse vers la Y istule , par l'occupation des forteresses de la Prusse , afin de commander la fidélité de ses alliés , et d'obtenir par les négocia** tions ce que peut-être il ne faudrait attendre que de la guerre.
Dans ces circonstances , les dangers sont immihens. Ge s'est passans péril qu« l'on porte des armées à cinq cents lieues de leur territoire ; et la Pologne doit attendre autant de ses propres forces que de l'appui de l'eiUperettr» Çila ^erre s'engage , les Polonais , je le répète , ne doivent la considérei* que comme un moyen ajouté à leurs propres i^ss^aroesw ••..;
Les peuples du Grand^^Duché -veulent le rétablvsseikieiit de la, Pologne; cPest à eux qu^îl aj^rtiënt dé préparer 'les Ybiéi par^lesquelles lesprovinûes séparées* pourront arriver
à prononcer leur Yolonté. Le gouTernement du Grand'-Duchë doit , aussitôt que les ëyëneniens le permettent, ùtïrd confédérer sous les bannières de Pindëpendance les dëmeœbremens de leur malheureuse patrie. S'il est des Polonais , sous la domination de la Russie on sous celle de FAutriche , qui se refusent à retourner à la mère-patrie , il &ut renoncer à les y contraindre. La Pologne doit tirer sa f<^ce de son esprit public, de son patriotisme, autant que des institutions qui constitueront le nouvel ëtat social.
L'objet de Toire mission est donc /i'ëclairer, d'encourager , de diriger dans leurs opérations les patriotes polonais. Vous rendrez compte de vos négociations au ministre des relations extérieures ; il instruira l'empereur de vos succès* Voua m'enverrez des extraits de vos rapports.
Les malheurs et la faiblesse de la république de Pologne ont été causés par une aristocratie qui n'avait ni règle ni mesute. A cette époque, comme aujourd'hui, la noblesse était puissante, la bourgeoisie soumise, et le peuple n'était rien. Mais au nûlieu de ces désordres il y avait dans cette nation un amour pour la liberté et pour l'indépendance qoi soutint long-temps sa débile existence. Ces sentimens doivent avoir crû par le temps et par l'oppression. Le patrio-» tisme est un sentiment naturel aux Polonais , même aux individus, des grandes maisons* L'empeyeur tiendra sans restriction la promesse qu'il a faite, par Particle 25du traitrf du 9 juillet 1807, de faire régir le Grand-Duché par des constitutions qui assurent sa liberté et les privilèges des peuples , se conciliant avec la tranquillité des Etats voisins- Il y aura pour, la Pologne indépendance et liberté. Qo&nt au choix du souverain, il résultera du traité que S« M* signera avec les puissances. S* M. ne prétend au trône de k Pologne ni pour elle ni pour sa famillel Dans le gr^md ûbqvre de la restauration de la Pologne elle n'a en vue quels bonheur des Polonais et la tranquillité de l'Europe. S»^*
TOUS autorise à âiire cette dëclaration , à la faire formel^ lement lorsque tous le jugerez utile aux intérêts de la France et de la Pologne.
S. M. m'a ordonné de tous transmettre cette note et ces inslractions , dont elle a pris connaissance, afin que tous poissiez en faire la matière de tos entretiens aTCc les ministres étrangers qui seront à YarsoTie ou à Dresde.
L'empereur fait adresser des notes au ministre de la gaerre et à celui des affaires étrangères du Grand-Ducbé. S'il était besoin de ressources pécuniaires y S* M. Tiendrait au secours du trésor de la Pologne , par des assignations sur les domaines de Textraordinaire qu'elle possède encore en Pologne et en HanoTre*