‹ Traité complet de diplomatie; (volume 2)Chapitre 56 sur 82 · INSTRUCTIONS SPECIALES · texte numérisé non relu

INSTRUCTIONS SPECIALES

Adressées de Layhach, par M. le comte de Nesselbode, ministre des affaires étrangères de S. Af. [^empereur de toutes les Russies j à M» le comte de Stackêlbero , envoyé extraordinaire et minisire plénipotentiaire de la cour de Saint-' Pétershourg près celle de Naples.

( Traductioa. )

Monsieur le comte , ' ^

Pour mettre Y. Exe. en état de bien connaître l'objet de nmportante commission que S. M* l'empereur tous confie par la présente , et que tous aurez à remplir de concert ''vcc le ministre de Prusse , le chargé d'af&ires d' Autriche 6t celui de France , nous tous faisons connaître , Monsieur le comte , les explications nratuelles qui , depuis l'arriTée dn roi de Naples à Laybach, ont eu lieu entre ce monarque ^t les souTerains alliés , ainsi que le résultat auquel oot

conduit les délibérations de leurs plénipotentiaires on Congrès*

S. M* le roi de Naples» éminemment intéressée à cou* naître y dans toute leur étendue , les intentions des souverains alliés, relativement aux affaices de son royaume, a Cait remettre pour cet effet à la conférence des plénipoteatiaires , un message portant :

Qu'ayant accepté avec intérêt l'invitation de ses augustes alliés , dans l'espérance de concilier le bien-^être dont il désirait faire jouir ses peuples, avec le devoir que les monarques alliés pourraient être appelés h remplir envers leurs Etats et envers le monde; et dans l'espoir de faire dlspa* raître sous les auspices de la paix et de la concorde, les obstacles qui depuis sept mois ont isolé ses États de l'alliance européenne; n'ayant pu se dissimuler l'impression désagréible que les derniers événemens arrivés dans son royaume avaient produite en Europe, et devant avec raison en craindre les conséquences ; ayant appris avec la plus vive satisfaction que les souverains allies , fidèles aux principes de justice , de sagesse , de modération qui les ont constamment guidés , n'avaient voulu prendre aucune mesure définitive, relativement aux affaires de Naples, avant d'avoir épuisé les moyens d'une conciliation qu'ils préféreraient à tout autre moyen d'arriver au but pour lequel ils sont réunis , et le roi pouvant se flatter de faire valoir un titre aussi cber à son cœur que celui de conciliateur en &veur de ses tjujets;

•S. M» était impatiente de jite conoert^r av<ec ses alliés sur les .moyens d^épargner à son pays les xnalhieurs dont il le voyait tnenucé ;; xnais que pour remplir , avec . quelque espérance de succès, l'important. devoir que S*.M< s'était imposé., elle demandait avant toiii:à;setsiiugusles.aUiés de manifester sans réserve toutes leurs pensées, convaincue qu'elle était qu'ils ne manqueraient^j^nsS de donner au monde

dans cette occasion , une nouvelle preuve des sentimens ëlcyés et des vues justes et éclairées qui forment la base de lear politique.

Les plénipotentiaires (i) des souverains alliés ont fait à cette première ouverture la réponse suivante :

S. M* sicilienne n'a pas pu ignorer les impressions désa* gréables produites par les.événeraens arrivés à Naples depuis le 2 juillet) et les inquiétudes auxquelles ces mêmes événemeos ont donné lieu. Il appartenait plus particulièrement aux plénipotentiaires des souverains alliés de faire connnî«tre toute Fétendue de ces inquiétudes par la gravité des causes qui les avaient fait naître.

Pour mettre celte observation dans tout son jour , et donnera S* M. pleine connaissance des considérations im*portantes qui ont motivé les déterminations adoptées par les souverains , il convient d'entrer dans les développemens saivans:

' Yoici la Ibte de leurs noms, <^u'on a daQS le temps donné comme authentique.

I. Autriche* Le prince de Mettemich, le général de cavalerie, baron de Yincent , ministre à la coût de France, s. Russie» lies secrétairefs d'État le comte de Nesselrodle et le comte de Capô-d^Tstria ; le lieutenant général Pozzo di Borgo , ministre de Russie à la cour de France. 3. Ptuste* Le chancelier d'Ëtat , prince deHardenberg ; le comte Bernstûrff, ministre des affaires étrangères ; le lieutenant général de Krusemark , ministre à la cour d'Autriche. 4* France» Le comte de Blacas , ambassadeur de France près S. S. le ï^àpC et S. lil.' le roi deis Deu:t-iâiciles ; le marquis de Garaman , ambassadienr à la cour d'Autriche; le comte de la Feri'onàay^ , tninîsttie à la cour de Russie. 5. Ginande* Bretagne» LordStevatt, ambassadeur Si 'a cour d^ Autriche , FhoQorable R. Gordon , ministre plénipotentianr» près la même cour. 6. Rome» Le cardinal Spina , légat du Pape à Bologne ; 7. Sardaigne. Le marquis de Saint-Marsan , ministre des afiaîres étrangères ; le comte d'Aglié. 8. Florence* Le prince Neri^orsîni. 9. Modène. Le marquis de Mdba. ' "

M. àa Gentz était chargé de la rédaction des protocoles et deer "autres actes du congrès.

La réyolutioD de Naples porte en elle-même un caraetèrt trop alarmant , pour ne pas appeler l'attention des souverains. Ils doivent diriger leurs mesures d'après les maux dont cette révolution menace les £tats voisins. Les moyens employés par cette révolution, les principes hautement professés par ceux qui s'en déclarent les chefs , la marche qu'ils ont suivie , les résultats déjà connus, tout devait répandre l'épouvante dans les États d'Italie , et agir fortement sur les puissances plus directement intéressées au repos de la Péninsule. Le gouvernement autrichienne devait pas regarder avec indifférence une catastrophe dont les conséquences incalculables , en bouleversant l'ordre et la paix de l'Italie , pouvaient compromettre les intérêts les plus précieux de l'Autriche, et menacer même sa propre sûreté. Fidèle au système qu'elle a invariablement suivi depuis sept ans , la cour de Vienne a cru , dans une circonstance aussi importante, remplir un devoir également imposé, et par sa position, et par ses engagemens, en invitant ses alliés à l'éclairer de leurs lumières , et à délibérer avec elle sur des questions dignes , sous tant de rapports , d'occuper sérieusement la pensée et la sollicitude de toutes les puissances*

Cependant , les cabinets réunis à Troppau n'ont pu con** sidérer la révolution de Naples comme un événement absolument isolé : ils ont reconnu ce même esprit de trouble et de désordre qui désole le monde depuis long-temps , et qu'on a pu croire comprimé par les salutaires effets d'une pacification générale , mais qui s'est bient&t etmalheureasèment réveillé de nouveau dans plus d'un Etat en Europe, et a reparu sous des formes moins effrayantes , au premier aspect que celles soiis lesquelles il s'était antérieurement développé, mais plus essentiellement dangereuses pour lo maintien de l'ordre social. Ces considérations ne peuvent qu'imprimer aux yeux des souverains un caractère singulièrement grave aux événemens arrivés dans le royaume

des DeuX'Siciles , et ils sont demeures convaiocns qu'en l'occupant, dans lés vues les plus justes et les plus l^gitimeSy des moyens propres à établir l'ordre dans ce royaume , ils trarailiaient en roetne temps dans Pintérêt général du repos et dtt bonheur de l'Europe , et potar la durée de cette paix qui, après tant de désastres et tant d'efforts, avait été fi-* aalement consolidée par les transactions de Vienne , de Paris et d'Aix-la-Chapelle.

En effet, la révolution de Naplesa donné au monde un exemple aussi instructif que déplorable, de ce que les nations ont à gagner lorsqu'elles cherchent les réformes politiques dans les voies de la rébellion. Ourdie en secret par &oe secte dont les maximes impies attaquent h la fois la religion , la morale et tous les liens sociaux , exécutée par des soldats traîtres à leurs sermens , consommée par la violeaceet les menaces, dirigée contre le souverain légitime, cette révolution n'a pu produire que l'anarchie et le despotisme militaire, qu'elle a renforcé au lieu de Tafiaiblir, en créant un régime monstrueux , incapable de servir de base à un gouvernement quel qu'il soit , incompatible avec tout ordre public et avec les premiers besoins de la société.

Les souverains alliés ne pouvant, dès le principe, se tromper sur les effets inévitables de ces funestes attentats, Rc décidèrent sur-le-champ à ne point admettre comme lé^ gai tout ce que la révolution et Tusurpation avaient pré* tendu établir dans le royaume de N«iples , et cette mesure fut adoptée par la presque totalité des gouvernemens dé rSarope. Voyant d'un jour à l'autre se développer* les résultats auxquels un pareil état de choses devait nécessairement conduire, les souverains alliés n'ont eu qu'à s'applaudir de leurs premières résolutions. Ni la soumission momentanée d'un peuple qui a pu cesser d'être fidèle ; ni les ncriGces pénibles que le désir d'éviter les malheurs d'une guerre civile , elde prévenir des délits encore plus inexpli-

cables > a dictés à S. M. , n'oat pu iodoire tes souyeraîas ea erreur sur le véritable caractère de ces ëvénemens. Ils se sont définitivement déterminés à ne reconnaître jamais une révolution produite par le crime, et qui , d'un moment à Pautre , pourrait troubler la paix du monde , mais à réunir leurs efibrts pour mettre un terme aux désordres aussi pernicieux pour les pays qu'ils frappent directement j que pleins de dangers pour tous les autres*

Cependant , toujours éloignés de recourir aux mesures extrêmes pour obtenir ce qui pourrait être obtenu par des moyens infiniment plus analogues à leurs principes et à leurs vues , les souverains alliés se seraient sincèrement félicilés , et se féliciteraient encore s'ils pouvaient, par la force de la raison, par les moyens de conciliation et^depaiz, atteindre un but auquel ils ne sauraient renoncer, sans manquer à leur conscience et à leurs devoirs les plus sacres. Animés de ces sentimens , ils ont invité S. M. le roi de Napies à prendre part à leurs délibérations , et à y concourir par tons les moyens que pourra lui inspirer le soin da bonbeur de ses sujets et du repos de ses États. Les sooverains se croiraient beurenx de préparer ainsi à S* M« un titre de plus à Tamour et à la vénération de ses peuples , et ce serait certainement le plus grand bien qu'il leur aurait jamais fait , s'il parvenait à les éclairer sur les maux dont ils sont menacés , et sur les desseins de ceux qui , sans posséder aucun moyen de les préserver de ces maux , n'ont que le triste pouvoir de consommer leur ruine.

Aussitôt que , par la suppression spontanée d'un régime condamné à périr sous le poids de ses propres vices, €t qui ne peut prolonger son existence qu'eu augmentant incessanunent les malheurs du pa3'^s , le royaume des Deux- Siciles sera rentré dans ses relations anciennes et amicales avec les Etats de l'Europe, et dans le sein de l'alliance gii" nérale dont il s'est séparé par sa position actuelle , les sou-

Terains alliés n'auront pfais qu'un yœu h former , celui 6e Toir S. M* le roi , environné des lumières et soutenu par le xèle des homme» les plus probes et les plus sages entre ses sujets , étouffant jusqu'au souvenir d'une époque désitstreuse, établir pour Favenir dans ses États un ordre de cboses por^ tant en lui-même les garanties de la stabilité, conforme aux ▼rais intérêts de ses peuples , et propre à rassurer les États Toisins sur leur sûreté et sur leur future tranquillité*

A cette franche et sincère exposition des souverains alliés était jointe la* déclaration suivante :

Si, pour le malheur du royaume des Deux-Siciles, cette dernière tentative restait infructueuse : si la voix de S» M. le roi n'était point écoutée, et s'il ne restait plus d'espoir de vaincre par les conseils de la «agesse et de la bienveilhuce les égaremens d'un fanatisme aveugle^ ou les perfides suggestions de quelques hommes coupables, il ne resterait plus aux souverains alliés qu'à employer la force des armes, pour mettre à effet leurs déterminations invariables de faire cesser l'état de choses que les événemens du mois de juillet dernier ont produit dans le royaume des Deux-Siciles*

S. M* sicilienne a été en même temps invitée à faire connaître aux plénipotentiaires des souverains alliés les mesures qu'elle jugerait convenables de prendre pour prévenir les nouvelles calamités qui menacent ses royaumes , et pour seconder le vœu bien sincère des souverains de voir Tordre et la paix rétablis , et ses sujets rentrés dans le sein de l'alliance européenne.

£n conséquence de cette déclaration , S* M. a fait adresser à l'assemblée des plénipotentiaires un nouveau message

portant :

ce Que, connaissant enfin dans toute leur extension les principes et les intentions des souverains alliés relativement aux af&ires de son royaume; ne pouvant se faire aucune illusion, ni conserver aucun doute sur la position dans la-

quelle elle se trouve ; yoyant que les souverains regardent Fëtat des choses , produit par les ëvëaemens du mois de juillet dans le royaume des Deux-Siciles , comme incompati' Lie avec la sûreté des pays voisins , et avec la tranquilUtë gënërale de TEurope, au maintien de laquelle ils se croient également obligés , et par leurs devoirs envers leurs sujets, et par des promesses solennelles ; connaissaut leur invariable détermination de faire cesser cet état de choses , soit par les moyens de persuasion , soit parla force des armes, si cette dernière ressource devenait nécessaire; instruite en outre par les délibérations qui ont eu lieu à Troppau, que les souverains ont adopté cette détermination après un mûr examende toutes les questions d'un intérêt général qui s'y rapportaient, et que par» conséquent ils ne s'engageraient plus dans des discussions qui auraient pour objet de leur faire adopter un point de vue entièrement différent ; réanissant toutes ces considérations , S* M» devait nécessairement reconnaître l'inutilité ou plutôtl'irapossibilité absolue d'une négociation fondée sur des bases irrévocablement rejetées par les souverains alliés 5 convaincue qu'elle-même chercherait en vain h dissimuler que le seul et dernier service qu^élIe pouvait dans ces circonstances rendre à ses peuples, était celui de les préserver du fléau d'une guerre qui mettrait le comble aux malheurs dont ils sont accablés 5

<c Que, placé ainsi entre l'alternative de les abandonnera de nouvelles calamités, et la nécessité de les déterminer à renoncer, par une prompte et complète rétraction, aux changemens politiques qui ont eu lieu dans le royaume depuis le 2 juillet, le roi ne pouvait hésiter un moment; qu'il était décidé à embrasser la seconde alternative, avec la conviction de pouvoir répondre à Dieu et à sa conscience, du parti qu'il prenait dans une situation aussi difficile et aussi pénible , et encore avec la ferme persuasion que , quelle que puisse être l'issue de cette crise , ses augustes alliés ^

désirant eux-mêmes apaiser tes mesures de conciliation pour ëriter les mesures coercitives ou en lëgitîmer Fusage , ne lui refuseraient dans aucun cas ni leurs conseils , -ni leurs se* cours;

Que le roi pouvait se flatter encoi^e que Pimmeinse majorité de ses sujets ne serait pas sourde à sa voix paternelle, et qu'an lieu de se précipiter dans un abime de dangers , elle lui confierait le soin de yeiller à leurs intérêts , de les réconcilier avec leurs Toisins et avec l'Europe , et de leur préparer un avenir plus heureux ;

Que , guidé par de si puissans motifs , le roi se proposait d'adresser à son fils , le duc de Calabre , une lettre par laquelle il lui ferait connaître sa propre position , les déterminations des souverains alliés , et les dangers auxquels . le royaume serait ' inévitablement exposé, si on persistait à soutenir ce qui désormais ne pourrait conduire qu'aux plus fâcheuses extrémités ; que, devant, dans cette lettre, se borner au langage simple et précis que l'urgence du pîbment et les circonstances dans lesquelles elle se trouvait lui dicteraient à regard de son fils , S. M. espérait que ses augustes alliés seconderaient ses efforts en adressant à leurs agens diplomatiques à Naples une instruction rédigée dans le mémo sens , et en leur fournissant toutes les informations dont ils pourraient faire usage , afin de coopérer au résultat heureux qui mettrait un terme aux peines de S* M. et auxsouffî*ances de ses fidèles sujets.

A la suite de ce message , le roi a donné communication de la lettre qu'il a écrite à S« A. R. le duc de Calabre , et dont V« Exe. trouvera ci-jointe une copie. S* M. aenm.éme temps annoncé qu'elle jugeait utile , sous plusieurs rapports, d'appeler le duc de Gallo . auprès de lui , afin que la conférence des plénipotentiaires, lui fît .connaître directement la détermination des souverains alliés qui a motivé la conduite du roi , et pour qu'il puisse en rendre compte au TOME m. 19

prince duc<)e Calabre. Les plénipotentiaires, ne voyant de leur coté aacun inconvénient à cette mesure , y ont consenti sans dif&calté*

Tels ont été , Monsieur le comte, les résultats des communications qui ont eu lieu jusqu'ici par rapport aux affîiires de Naples. Four seconder, autant qu'il est en nous , la cooduite du roi envers le prince son fils , nous vous invitons : lo A faire connaître et certifier à S* A. K. le prince duc de Calabre, que les déterminations des souverains alliés sont en tout conformes à la lettre qui lui a été écrite par le roi son père ^

2** A déclarer qu'il appartient maintenant à S* A* R. de juger et d'apprécier , de faire juger et de faire apprécier pr ceux qu'il admettra à ses conseils, d'une part les avantages qu'un oubli spontané des événeraens du a juillet et des résultats qu'ils ont eus, offrirait au royaume des Deux-Siciles; de l'autre , les calamités inévitables auxquelles le royaume serait livré, s'il refusait d'obéir à la voix paternelle de son roi;

50 A représenter à S* A. R. combien il est urgent de prendre les moyens les plus prompts et les plus convenables pour faire cesser la situation affligeante dans laquelle se trouve le royaume , tant par les convulsions qui en agitent l'intérieur , que par les dangers qui le menacent du debors*

V« Ëxc. voudra bien communiquer la présente dépêche au prince duc de Calabre , en assurant S* A. K. que les souverains alliés réunissent sincèremeiit leurs vœux à ceux de son auguste père , pour que la conduite de S« M« produise le plus beureux effet, prévienne toute mesure de rigueur que les souveraids n'adop ter aient qu'a vec un profond regret, et rétablisse le plus promptement possible l'ordre et la paix dans le royaume de^ Deux-Siciles.

Laybach, 19 (5i) janvier i8ii.

Les dépêches adressées à M. le baron de Ramâbor , et à M. le chevalier de Mens , sont conformes à la présente.

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