‹ Traité complet de diplomatie; (volume 2)Chapitre 59 sur 82 · RÉPONSE · texte numérisé non relu

RÉPONSE

De M. le secrétaire dŒtai Canning , à sirW> A'Court.

Bureau dec affaires étrangèrec , 3o janvier 1834.

Monsieur ,

Le messager Latchford m'a remis, le 1 4 de ce mois, voire dépêche, contenant une copie de la note officielle que lo comte d'Ofalia vous a remise le a6 décembre dernier , ainsi qae la copie d'une instruction adressée par ordre de S. M. C. à son ambassadeur à Paris 9 et à ses mini sires plénipotentiaires h Vienne et à Saint-Pétersbourg*

J'ai mis ces papiers sous les yeux du roi j S. M. m'a chargé de voua enjoindre d'y faire la réponse suivante :

« Le but de l'instruction espagnole est d'inviter les différentes puissances alliées de S. M. C, à établir des conférences à Paris , afin que leurs plénipotentiaires , assistés de ceux de S. M. G. , puissent aider PEspagne à arranger les af&ires des colonies révoltées de l'Amérique ».

La conservation de la souveraineté de l'Espagne sur ses anciennes Cîolonies , doit feire, d'après l'instruction , l'objet âpéicial des conférences 5 et , quoiqu'il n'y soit pas clairement indiqué qu'on compte , pour parvenir à ce but , sur les forces des puissances invitées aux conférences , on ne rejette pas ouvertement un tel moyen.

L'invitation contenue dans cette instruction n'étaiit pas directement adressée au gouvernement de la Grande-Bretagne , il peut être inutile d'observer que , dans la partie où il est question des derniers événemens de la Péninsule , on les désigne comme ayant ouvert le chemin pour la coopération désirée.

Le gouTernemcnt anglais ne saurait reconnaître un appel fonde sur des opérations auxquelles il est resté étranger , mais un tel appel n'était pas nécessaire* Aucune révolution dans les affaires intérieures d'Espagne n'a, à aucune époqae , fait changer le désir qu'a le roi de yoir terminer les maox engendrés par la lutte prolongée entre l'Espagne et l'Amérique espagnole , ni les dispositions de S. M. à concoarir pour amener enfin le terme de tant de maux»

Depuis 1810, époque oh l'Espagne, pour arriver à une réconciliation ayec ses colonies ^ dont les premiers troubles venaient d'éclater , demanda l'unique médiation du roi , qui l'accorda jusqu'en 1818, o& la même médiation, devenue plus difficile par le cours et la complication des ërénemens en Amérique, fut proposée aux puissances alli<ies assemblées en congrès 2k Aix-la-ChapeUe ; et , depuis 1818, jusqu'aujourd'hui , les bons offices de S. M* ont toujours été dans cette affaire à la disposition de l'Espagne , mais ayec des restrictions , et sous des conditions toujours explicitement stipulées.

Ces restrictions ont de tout temps exclu l'emploi de k force et des mesures contre les colonies de la prt des puissances médiatrices ; et ces conditions ont en toat temps exigé que l'Espagne commencerait par faire quelque proposition définie et intelligible , et renoncerait à an système entièrement inapplicable aux nouvelles relations qui ont eu lieu entre les provinces américaines et les autre pays.

L'issue infructueuse des conférences d'Aix-la-Chapelle aurait détourné le gouvernement anglais d'accéder à tonte proposition pour traiter une seconde fois dans des confia rences la question d'une médiation entre l'Espagne et les provinces américaines, lors même que d'autres circonstances n'auraient presque point changé. Mais les événemens qui depuis cinq ans se sont succédé avec tant de rapidité , ont créé une différence si essentielle , soit dans la

situatioD relative dans laquelle se trouvaient et se troayent aujourd'hui l'Espagne et les provinces américaines , soit dans les relations extérieures, et dans les affaires intérieores des provinces elles-mêmes , qu'il serait inutile d'espérer aucun succès d'une médiation qui ne serait pas^ fondée sur la base de V indépendance.

La meilleure preuve que le gouvernement anglais puisse donner de l'intérêt qu'il porte toujours à l'Espagne , c'est de donner franchement son opinion sur la marche la plus coDyenable que doit suivre S. M. G. , et de répondre avec la même franchise à la question énoncée dans l'instruction de M. Ofalia , à la question sur la nature et l'étendue des relations du gouvernement anglais avec l'Amérique espagnole. '

II n'y a pas à hésiter pour répondre à cette question. Les sujets de S. M. ont fait le commerce depuis longues années dans les provinces américaines qui se sont déclarées indépendantes de l'Espagne.

Dans l'origine , ce commerce se fiiisaît avec le consentement du gouvernement espagnol :- il a pris graduellement one telle extension, qu'il a nécessité quelque protection directe , par l'établissement de consuls anglais dans plusieurs ports et dans plusieurs' villes de ces provinces , mesure long-temps différée par délicatesse envers l'Espagne , et adoptée enfin , non sans avoir été notifiée authentiquer ^ent , et à temps , au gouvernement espagnol.

Quant à la reconnaissance des gouvememens de feit de ^Amérique , avant que S. M. se décide à prendre aucune mesure en leur faveur , sa détermination ( comme on l'a déjà signifié à l'Espagne et autres puissances ) dépend du om- <^urs de plusieurs circonstances différentes , entre autres ^s rapports que peut recevoir le gouvernement anglais sur ^élat actuel des affaires dans plusieurs provinces américaines.

Mais il parait manifeste aa gouvernement anglais , que si une aussi vaste portion du globe devait rester beaucoup plus long-temps sans existence politique reconnue , on sans relation politique définie avec les gouvernemens établis de l'Europe , les conséquences d'un tel état de choses pourraient être h la fois très désagréables pour ces gouvernemens^ et très nuisibles pour les intérêts de toutes les nations européennes*

Pour ces raisons , et non d'après les vues bornées d'une politique égoïste , le gouvernement anglais est décidément d'avis que la reconncdsscmce des nouveaux Etats qui ont établi de fiiit leur indépendance et leur existence politique , ne saurait être beaucoup plus long-temps difierée.

Le gouvernement anglais ne désire nullement prévenir l'Espagne dans cette reconnaissance^ au contraire , il £tit des vœux pour voir S. M. €• avoir la bonne grâce et l'avantage de se mettre à la tête des puissances de l'Europe pour cette reconnaissance.

Mais la cour de Madrid doit savoir qu'à cet égard la volonté de S* M. ne saurait être liée indéfiniment par celle de S« M« €• 9 et que même , avant peu de mois , des considérations d'une nature plus étendue, des considérations em« brassant à la fois les intérêts essentiels des sujets de S. M. ^ et les relations de l'ancien monde avec le nouveau , pourraient triompher du désir sincère qui anime aujourd'hui le gouvernement anglais de laisser la priorité à l'Espagne.

Si l'Espagne se décidait à profiter de l'occasion qn'il est encore en son pouvoii^ de saisir , et si k cour de Madrid le désirait , le gouvernement anglais ne demanderait pas mieux que de présenter ses bons offices , et de favoriser une négociation déjà conunencée sur la seule base qui loi paraisse maintenant possible , et verrait', sans déplaisir, une telle négociation amener un arrangement qui assurernit à

la mère-patrie la jouissance d'ayantages commerciaax fupériears à ceux accordes aux autres nations.

Qaant à elle, la Grande-Bretagne ne demande pour son commerce ni privilëges exclusifs, ni même une prëfërence , toujours source d'envie, mais une liberté du commerce égale pour tous.

Si l'Espagne se détermine à continuer à suivre d'autres aris, on ne peut que s'attendre à voir la Grande-Bretagne prendre son parti dans cette affaire , lorsque le temps sera venu pour le prendre : ce dont l'Espagne aura une ample et prompte connaissance.

Eien de ce qui est ënoncé ici ne saurait causer de surprise au gouvernement espagnol.

Dans ma dépêche à sir Charles Stuart , du 5i mars 1823 ^ dëpéche communiquée au gouvernement espagnol, cette opinion était clairement exprimée que « le temps et le cours des événemens avaient complètement décidé la séparation des colonies et de la mère-patrie , quoique la reconnaissance formelle par S* M. , de ces provinces , comme Etab indépendans, pût être hâtée ou retardée pas différentes circonstantes ultérieures , et par les progrès plus ou moins tttisfiiisans que ferait chaque Etat vers une forme régulière et fixe de gouvernement »•

A une époque subséquente, .dans une communication &ite d'abord à la France et ensuite aux autres puissances et à l'Espagne , ces opinions ont été reproduites , avec cette addition importante que, si FEspagne cherchait (ce qui heureusement n'est pas probable ) , soit h faire revivre cette interdiction tombée en désuétude, l'interdiction de relation avec des pays sur lesquels elle n'exerce plus actuellement aucun empire, soit à employer l'assistance étrangère pour" établir sa domination sur ces pa^^s par la fente des armes , la recoAnaissance par S« M. de ces nou-^ veaux Etats serait décidée et immédiate.

Après TOUS aroîr feit ainsi connaître , ponr en instniîre la conr de Madrid , l'opinion bien réfléchie dn goayernement anglais snr des points proposés par l'Espagne à ses alliés , le cabinet anglais ne juge nullement nécessaire de se rendre à une conférence pour y répéter de nouveau cette opinion : lors même que , d'après la teneur de l'instruction de M. O&Iia , il serait parfaitement clair que la ^Grande- Bertagne est , par le fait , comprise dans l'inTitation à la conférence de Paris.

Chacune des puissances invitées a été informée constamment et sans réserve, nou-senlement de chaque mesure que le gouvernement anglais a prise , mais de chaque opinion qu'il s'est formée à ce sujet ; en outre , cette dépêche sera communiquée à toutes ces puissances*

Si ces puissances arrivaient séparément h la même conclusion que la Grande-Bretagne , l'expression unanime de leurs opinions individuelles ne pourrait avoir moins de poids aux yeux de l'Espagne , et devrait lui être naturellement plus agréable , que si cet accord était le résultat d'nne conférence de cinq puissances , et portait ainsi le caractère d'une détermination dictée de concert.

Si malheureusement (du moins nous ne le pensons pas) \fi alliés ou l'un d'eux prenait une conclusion différente , nous aurons au moins évité l'inconvenance d'une discussion qui n'aurait changé en rien notre opinion ; nous aurons au moins évité une apparence de mystère qui aurait pu exciter la jalousie d'antres parties ; nous aurons au moins évit^ un délai que supporte à peine l'état de la question.

En outre , cette^récapitulation claire de tous nos sentiraens et de toutes nos actions dans cette affiiire si grave) doit prouver d'une manière suffisante que nous ne mettons pas de mauvaise volonté à répondre à l'appel que l'Espagne nous a feit pour nous demander un conseil amical , et nous

prëserrer de toat soupçon d'avoir eu le projet de noas cacher de l'Espagne ou du monde entier.

Je sais , etc.

Signé George Ganning.

Au très honorable sir W. A'Court , etc.

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