INSTRUCTION
Adressée par S. Ex. M* le comte de Nessel&ode , ministre des affaires e'tran§ères de Russie ^àM.le haron «T Anstett , erwoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de S. M. /• près la diète germaniijue , en date du 26 (H>riL
Monsieur ,
Ma circulaire relative au dëpart d'une partie des gardes Impériales et les publications que nous avons été obligés de faire paraître dans le journal de Pétersbourg, concernant les trop justes griefs fournis à la Russie par la Porte-Ottomane 9 vous auront fait prévoir qu'une guerre entre les deax empires se trouvait désormais inévitable.
Depuis ce moment , nulle mesure de conciliation n'en a diminué la triste nécessité dans tout ce qui regarde les intérêts des États de S. M. I. Les mêmes provocations subsistent , les mêmes entraves pèsent sur noire commerce , et, en se prolongeant, la violation ouverte de tous nos traités ne devient que plus préjudiciable et plus grave.
Dans de telles circonstances, l'empereur, malgré son vif désir de conserver la paix , n'avait qu'un seul parti à prendre ; il l'a pris. Nous venons de publier la déclaration de guerre ci-jointe contre la Porte-Ottomane, et nous l'a-
Tons accompagnée de pièces justificatives que vous trouverez également an nombre des annexes de la présente.
L'intention de l'empereur est qu'en portant officiellement à la connaissance du gourernement , auprès duquel tous êtes accrédité , la déclaration dont il s'agît et les docamens ci-dessus mentionliés , tous y ajouties quelques obserrations dont je vais indiquer ici la substance.
S» M. invite tous les Etats , amis et alliés de la Russie, à peser attentivement les motifs qu'elle k iàïi développer à l'appui de la détermination qu'elle adopte ; elle les invite à considérer d'un œil impartial le tableau de la politique russe envers la Porte-Ottomane , depuis le traité de Bucharest, persuadée que cet examen ne peut avoir qu'un seul résultat , celui de convaincre que jamais raisons de guerre ne furent plus légitimes , ni plus urgentes y que jainais le voeu de la prévenir ne se manifesta plus long-temps par des &its mieux constatés sous des formes plus solennelles et malgré des sujets de plaintes , malgré même des actes hostiles , plus positifs et plus évidens.
Pénétré de cette vérité , Pempereur espère que le gouvernement auprès duquel il a fixé votre résidence, s'empressera de la reconnaître publiquement et d'approuver les résolutions dont vous êtes chargé de lui faire part.
Elles ont été précédées d'explications amicales entre la Russie et les premières puissances de l'Europe , la Grande- Bretagne , la France , l'Autriche et la Prusse. Il n'en est aucune qui conteste la justice du droit que nous avons de déclarer la guerre à la Porte. Comme nous , elles déplorent l'exercice de ce droit ; comme nous , elles désirent en restreindre , autant que possible, les effets , et abréger la durée de l'état de choses qu'il amène ; comme nous , enfin, la Grande-Bretagne et la France persistent dans la résolntion d'exécuter le traité de Londres , et si notre attitude à IMgard de la Porte doit nécessairement différer de celle que ces
deux coars conservent , n'ëtant pas en guerre avec l'empire ottoman , le but de nos efforts ' et des leurs pour la paci6cation de la Grèce, ne cessera d'être le même : les mêmes intentions dirigeront leurs démarches et nos armes , les mêmes liens continueront de nous unir à elles pour le fisible ayantage de l'Europe et de l'humanité,
il voQS sera aisé , avec ces notions , de réfuter les bruits q«e la malveillance ou la peur feront circuler sur de prétendus dangers , qui menaceraient le maintien de la paix générale.
11 ne TOUS sera pas difficile non plus de répondre aux assertions qui tendent à effirayer tous les Etats européens des vues ambitieuses de la Russie , et de ses vastes projets de conquêtes.
Le traité de Londres aurait suffi pour réduire au néant ces accusations calomnieuses , s'il était possible de jamais imposer silence à la mauvaise foi. Ceux qui les répandent n'en connaissent pas moins que nous l'absurde fausseté , et cependant, ils s'efforcent d'en préoccuper les gouvememens et les peuples* Sans étouffer ces clameurs , heureusement impuissantes , notre déclaration placera encore une fois dans tout son jour la modération de l'empereur. S* M. veut que les traités entre la Kussie et la Porte se renouvellent de manière à être efficaces et à renfermer en euxmêmes la garantie de leur observation scrupuleuse. Peutil y avoir une intention plus juste , plus naturelle et plus sincèrement pacifique ? S. M* veut que la liberté de la navigation du Bosphore et du commerce de la mer Noire soit désormais inviolable. Les intérêts les plus chers de ses États lui dictent ce désir , et nous ne connaissons pas de pays qui ne doive le partager pour son propre bien. S. M. veut do plus que la crise du moment serve à la pacification du Levant tout entier. Un traité formel fui impose l'obligation d'y coopérer de tout son pouvoir 5 et l'accomplir ,
c'est faire disparaître , au rétablissement de la paix, le dernier germe d'une autre guerre. Sans doute , l'empereur demandera à la Porte d'indemniser la Russie des frais de celle qui commence , et ses sujets des pertes dont ils ont à se plaindre* Mais cette demande découle des principes de la plus stricte équité. Et d'ailleurs , quand nous annonçons que des vues ambitieuses nous sont étrangères , que nous n'en voulons point à la puissance ottomane , et qu'aucun sacrifice trop onéreux ne sera réclamé de sa part, nous encouragerions ses efforts et nous l'inviterions, en quelque sorte , à prolonger les hostilités , si nous ne lui faisions sentir qu'en les prolongeant , elle aggravera sa position. Au demeurant , l'indemnité à exiger de la Turquie , sera réglée par S. M. I. d'après cette même modération qui caractérise toute sa politique.
Faut-il une preuve encore de ses véritables desseins? La lettre dont j!ai ordre d'accompagner notre déclaration, en la notifiant au grand-visir, démontre qu'il ne tient qu'à la Porte de conclure la paix avec nous ; et que A, d'un côté, nous ne pouvons nous laisser entraîner dans une négociation qui nous ferait perdre toute une campagne, an cas où elle suspendrait les opérations militaires , de l'autre , notre unique pensée est d'ouvrir , dès à présent , les voies à une réconciliation aussi prompte que durable.
Au moment où nous traçons ces lignes , nos troupes vont franchir nos frontières, et le commandant en chef des armées de l'empereur adresse aux habitans des deux principautés une proclamation que je me fais un devoir de vous communiquer ci-après. Aucune espérance exagérée n'y est donnée aux Moldaves ni aux Yalaques , aucun mot n'y dénote des intentions que la Porte elle-même ne puisse et ne doive approuver. Tous nos soins ont maintenant pour objet de conserver la tranquillité en Servie, et d'y empêcher une insurrection contre les Turcs , malgré les mesures
hostiles, que le ctivan, toujours impri]^dent et ayeug)[e| adopte envers cette proyînce.
Recevez , etc.
NESSELRODfi.