LETTRES MINISTÉRIELLES
Lettre du prince de MnmVimcu^ adressée, le 2^ op/. ^8i4|
,^u pfinpe de IJ^de^ero.
MoK Prikcr,
J'ai reçu la lettre ^onfidentiellsjque V. A. m^a bit Thoiir xieur de m'adresser-, le 9 octobre; je l*at soumise à l'empereur , et S • M* If m'a autorise à développer au cabinet prussien , cbns la réponse suivante 9 sa pensée .entière.
L'intérêt qneL'einpereur youe à la prospérité de la Prusse i^'a plus besoin^ d'assurance de sa part. Le jour où S* JA* }• a pris sur elle de conseiller au roi de ne pas arrétjsr Ip noble élan qui , vers la fin de l'année 1.81^ » l'avajt pQrté h préparer des moyens , pour secQnd.er les effort^ q,ue l'empereur de Ku^sle avait annoncé vouloir consacrer au soutien de la cause de l'indépendance de Jl'lÇurope ; ce jour même , la déterminatipn de S. M* },• dç ne pas séparer ses intérêts de ce^x de la Prusse ^e pouvait être douteuse. Décidé à saiiyer l'Europe eç se liant d'intention et d'effet avec les pu^sances liçnéep pour cette fin , pu à partager tputes les chance? de i^ajl^eur de la Prusse , l'empereur n'a pas dévié un moment de la ligne qu'il s'était tracée* TOMK TH. QO
' Le succès lé plas complet ayant Maronné l'enfreprise des alliés , S. M. I* saisît tontes les occasions ponr fournir à l'Europe des preuves de son ëloîgnement de toute Toe personnelle , de conHance dans les souverains amis, d'ëgards pour leurs intérêts , de sollicitude pour ceux de la Prusse* Convaincu que le seul résultat digne d'aussi grands efforts et dé sacrifices aussi immenses, serait Vé' tablissement d'un système de paix fonde sur une juste répartition de forces entre les puissances, l'empereor admit comme une des premières bases de ce système la reconstruction de la monarchie prussienne sur l'échelle de la plus grande dimension antérieure ; il n'hésita pas à déclarer qu'il verrait sans nulle jalousie le renforcement de cette monarchie au-delà même de cé^ ))Ot*nes. Sur Tunioa la plus intime de l'Autriche et de la Prusse , renforcée par celle d'une fédération germanique, placée sousl^influence égale des deux États , sans que l'Allemagne cessât de former un seul cotp^ politique , l'initiative appartient au ca- Linet autrichien. La marche entière dePAutriche /toaslés traités conclus par elle portent Pemprein te de cette idée, qui, dans sbri développement, et par llntimité des puissances centrales que ce développement amènerait , o£5rmiit à l' Allemagne une garantie de repos, et à l'Europe entière un gagé dé paix.
Des prétentions qui se sont élevées dans les derniers temps entravent cependant directedient un système aussi salutaire. Trois ohjels occupent dans ce moment plus particulièrement la sollicitude des deux cabinets. Il s'agit de fixer des bornes aux viïés que la* Russie développe d'utie manière aussi inquiétante pour lé repos de l'Europe qu'elics sont contraires aux textes des trahîtes d'alliance a Vec l'Autriche et la Prusse. Le sort de la Sàié , et fe l-épartïtîon des territoires occupas provisoirement par' les alliés , forment les autres. '
L'emperenr regarde le sort dii duché de Varsovici po^l|a^. trop mtimement lié aux intéirétâ directs des deux puissances' copartagean tes de la Pologne, aussi bien qu'à ceux de l'Europe- entière, pouf le eonfodadrearee un autre.
La Prusse a des motifs , pour le moins aussi puissans foe. l'AsiIrH^e:, pour empêcher que la Russie ne dë« passe de eertaines bornes, et surtout poor qu'elle ne s'empare des points de défense nécessaires aux deux mo-r uarchies. L'Europe ne désire pas moins que. le roi puisse cimenter de plus en plus les rapports les plus conformes à ses sentiraens d'attachement et de reconnaisaaace pers(mnélle enrers l'émporeur de Russie ; mais elle ne saurait croire .^pie de pareils rapports puissent exister à la longue, s'ils ne sont assis sur des principe^ avoués par: les maxioiea d'une saine politique. L'empereur ne nourrit ^ucun doute qiie le ?roi ne partage et ses sentiraens et ses pria<3pes , et il compte sur son appui pour, le soutien d'wç cause à laquelle se lient leurs intérêts les plus chers , ;po|ir le soutien 'de laqiselle se prononcent les. premières puissaftces de PEui^ope , et en Êiyeur de laquellie parlent , /(jt les termps.les. plus précis des traités , et les priqeipesT qui ont guidé, dans sa» belle carrière ,. Alexandre luirnjféme. ,. . L'empereur, mlà autorisé de ' m'eutendre/ ayec; V* A*.€^ lord Gasdereagfa , sur la suite iminédiate h doimer aux points de vUe lumineux établie dan^ le mémoi;re de <^e scr <:rélaire d'État. ! -, .
Les Tues de la Prusse sur Pincorporatiou de la Saxe à ^a» monar^e sont un TéritahU. sujet .de |>«;g):)et,pou|:* l'^mperei^r. '^ans disculÉlr çatle;> question *Pi>B \ Ip < lyapport . ^u droit, S. M. I. roit aveq pei»€i.qu'wÇ.d^$;pluf>^Yi<;i^nc;s d]EiiM*ie&:de. VE^OfA puisse âUr^inoi^aQée. 4il pç^r/^ec jout ic^ patrimoine de: s»l.pève0> efiim-. W sjr^èqe^v vépffra^e^r. L'intérêt direct de IlAlutri«bé m^ Uq par ibjC^a^paqp.de cp^r sidératibns à k cônserratibn; de la Saxej des liens de fn-
milles très étroits existent entre S. M« I.etia fiiiniUe royale; l'emperear rencontrerait d'an antre c6té les contestation! les plus TÎves de la part de beaucoup d'autres puissances» Il regarde l'exécution du projet de la réunion totale comme un germe inévitable de méfiance directe contre la Crusse f et d'accusation contre l'Autricbe , de la part des patssances allemandes. Il est convaincu que PAUemagne entière improuvera la réunion des deux cours sur une question envisagée d'une manière aussi contraire au sentiment généniL
L'empereur ne sai.t pas moins » d'un autre c^é , subor^ donner ses réflexions , quelque importantes qu'elles soient , à une considération majeure aussi intimement liée à l'intérêt général de l'Europe , que l'est le renforcement prai« sien sur l'échelle prévue par les traités.
L'edhésion que vient C'C donner le gouvernement britan-* nique aux vues de la Prusse sur la Saxe , et l'intérêt que la Russie met à cette réunion , ne sauraient diminuer les regrets de S« M* L 9 et elle désire vivement que le roi veuille apprécier dans sa sagesse la somme des inconvénîens qni découlent delà réunion totale du royaume de Saxe à sa momarchie , et qu'il la compare au nombre de ceuK que ferait éviter à la Prusse et à PAutridie la conservation d'une partie de ce royaume «voisinant les frontières de la Bohême.
Si y en dernier résultat , la force des circonstances rendait la réunion de la Saxe inévitable , S. M. I. se verrait toutefois obligée de mettre à son assentiment ces conditions expresses :
lo Que cette question soit liée à d'autres arrangemens territoriaux de PAUemagne, sons les points de vne que je vais développer à S. A. y et non moins^
a^ Sous la réserve expresse d'arrangemens à prendre entre les deux puissances sur des points de frontières y sur i'état de fortification de quelques places , snr des arrangemens de commerce, et sur la libre navigation de l'Elbe.
les bases qae l'empereur établît comme conditions , sine qud non i de tout arrangement de l^AUemagae , sont simples. Elles découlent de la natnre même des choses. Sans elles , tkii ëtat de repos rëritable ne saurait se concevoir ^ et rAutricbe , en portant d'immenses sacrifices à un principe d'tiDidn 9 ne peut se priver des moyens sur la convenance hiutuelie des parties intéressés* Je m'explique*
Plus S. M. I. désire ne jamais voir l'Allemagne se diviser en sud et en nord , et conserver comme premier principe da ftitur pacte fédéral celui d'une parfôite unité ; plus elle vise à établir l'équilibre le plus complet entre l'influence que l'Autriche et la Prusse se trouveraient appelées à exercer sur l'Allelnagiie , moins elle peut confondre les systèmes de défense autrichien et prussien* Commettre cette Êiute , permettre qu'un de ces systèmes empiète d'une manière directe Sur l'auti^e , ce serait les anéantir tous les deux 9 ou subordonner tellement l'un à l'antre^ que l'égalité de protection et d'influence des deux grandes puissances allemandes cesserait dès ce moment d'existety^
L^mpereur regarde la ligne du Mein^ y compris Mayence ^ boninie aussi nécessaire à la défense du midi de l'Allemagne qu'à là sûreté de sa monarchie» Il insiste donc sut* ce que cette ligne reste au midi* Il n'existerait pas de possibilité que les lots des princes du midi pussent se compléter , si la Prusse voulait étendre ses possessions sur la rive droite de la Moselle i il établit par conséquent cette rivière comme ^ ligne de démarcation*
Sans entrer dans d'autres détails ni calculs , il est évident que les Etats prussiens , en jouissant de la protection des places de la Belgique et de la Hollande 9 en appuyant et en bcmipiétant leur système de défense parles places de Luxembourg, de Juliers> de Wesel 9 d'Ehrenbveitstein , par la ligne de la Lahu , par celle du Weser , de l'Elbe et de fOder, ne risquent plus rien pour leur sâreté. L'empereur
ne renoncera jamais à compter dans , ses moyens de défense la seule pkce importante qni s'oppose à la rapidité de la marche d'une armëe ennemie sur le bas Danube ; il peut aussi peu renoncer au seul débouche commercial direct qai lai reste vers les mers du Nord*
£n récapitulant le contenu de. la présente ouyerture, aussi franche que simple , je croîs devoir la résumer dans les propositions sniyantes :
i^ L'empereur ne forme qu'an ▼«eu politi<pie , c'est celai de la plus entière rëanion de yueb et d'intérêts ayec la Prusse;
a9 II compte sur l'appui réciproque , et sur une conformité absolue des démarches des deux cours dans la question polonaise ;
5® Il fait dépendre son assentiment à l'incorporation da royaume de Saxe des réserves susmentionnées , en invitant S* M* prussienne , de la manier elà {dus piressante ^ à prendre en considération si elle n'atteindrait pbs te but de compléter ses dimensions, en conservant on noyau de ce royaume , et en se dispensant. ^ de cette manière , d'assigner un lot au roi de Saxe en forme d'iodemnitd ; .
4* L'empereur insiste sur la conservation du Mein daas la ligne de défense du midi , et sur le cours de la. Moselle, comme devant séparer les deax portions de .territoires sosceptibles de former un moyen d?arrangemën» et d'inden^nités pour des princes du nord et dii no|idi do l'ÀUepiagne;
L'empereur , plus intéressé que toute autre puissance à mettre la place de Mayence à l'abri de ton(^ surprise ^ se réserve d'entrer, sur cette importante matière^ dans des explications ultérieures sur dès moyens prqpres à. assurer ce but, et qui pourraient se trouver conformes à ses rapports directs avec la cour de Bavière ^ et. à ^ la possibilité d^arran^r les disImbilMons territoriale^ da l'Allemagne*
Les métrés àt prendre à cet égard se lient directement
à Fëtabilssement da pacte fédéral , et aux moyens qui seront concertés pour la défense de la confédération* S* M* I» ne croît pas que leur discussion puisse être séparée de celle de ces deux objets;
5^ S. M. !• réunit toutes ces questions dans an seul corps de négociations* Elle soutiendra tout ce qu'elle promet, en même temps qu'elle lie ses promesses à un engagement fondé sur une parfaite réciprocité.
J'ai en l'honneur de m'expliquer verbalement yis-à-yis de V. A* sur Voccupation provisoire de la Saxe par les troupes prussiennes. Je ne puis que me référer à ce que je lui ai dit à ce sujet; et l'empereur se flatte que le roi puise, dans ce procédé , de nouyelles preuves de sa confiance , et de son désir de se prêter à tout ce qui peut servir des intérêts qu'il s'est habitué à ne pas séparer des siens propres.
Recevez , mon prince , les assurances de ma haute considération •
Vienne, le 22 octobre i8i4*
Signé le prince de Mettbrnich.